LES DIVERSES SORTES DE RATIONS
Les règlements sur la nourriture de l'homme de mer reconnaissent chez nous quatre sortes de rations : 1° ration de journalier ; 2° ration de campagne; S'' ration de malades; 4° ration d'exception.
§ 1. — Ration de journalier.
Applicable aux ports et rades de France, la ration de journalier a pour caractéristiques principales : le remplacement du biscuit par le pain frais, l'absence de salaisons; une allocation en argent affectée à l'achat de légumes verts; l'emploi de la morue au dîner du vendredi. Les boissons sont celles de la ration de campagne. Ici, je signalerai une fois de plus l'inutilité de la ration d'eau-de-vie et pour les raisons que j'ai énumérées plus haut. C'est une concession aux goûts du matelot et à la tradition, mais c'est, à mon avis, une dépense inutile et sans aucun avantage pour la santé.
§ 2. — Ration de campagne.
C'est la ration type en quelque sorte, et la plupart des détails dans îesquels nous sommes entré déjà se rapportent à cette ration. Au moment où elle est appliquée, le navire en effet se détache de la terre, vit <le ses propres ressources, et la santé de son équipage se trouve aux prises avec les difficultés inhérentes à la vie nautique. 11 convient ici de rendre hommage au zèle généreux avec lequel on s'est appliqué à améliorer la ration de campagne au prix de sacrifices qui ne pouvaient être considérés comme trop onéreux, puisqu'il s'agit de conserver des existences qui sont placées dans des conditions exceptionnellement dangereuses. Quand je compare la ration du matelot à la mer telle qu'elle
est constituée aujourd'hui à ce qu'elle était il y a trente-six ans quand je mettais pour la première fois le pied sur un navire, je suis obligé de reconnaître que le plus important a été fait et qu'il n'y a plus place désormais que pour des améliorations de détail. Il me serait bien doux de penser que j'ai eu ma part, pour humble qu'elle soit, dans ce progrès (I).
§ 3. — Ralion de malades.
L'introduction, dans le régime des gens de mer, d'une ralion spécialement destinée aux malades, remonte à une époque assez éloignée. Jean Matheille de Bergerac, qui nous a transmis des détails précieux sur la nourriture de la chiourme à bord des galères du roi, indique l'usage de « bailler chair et autre chose » aux malades de ces navires. Celle précaution salutaire a été de bonne heure consacrée par les règlements sur la marine, et tous indiquent la nature et la quantité des aliments spéciaux embarqués pour les convalescents. Cette partie si imporlanle de l'hygiène navale a de tout temps préoccupé les chirurgiens de la marine, que leur ministère met constamment en contact avec des souffrances auxquelles ils ne peuvent opposer que des ressources insuffisantes; aussi, ont-ils signalé dans la ration des malades des inconvénients dont quelques-uns sont écartés aujourd'hui, et ont-ils proposé des améliorations dont la réalisation eût semblé impossible il y a trente ans. Les progrès de Thygiène navale et la découverte de procédés efficaces pour la conservation des «ubsLimces alimentaires ont du reste secondé leur zèle; et quand on compare aujourd'hui l'alimenlation des malades des navires à ce qu'elle était, il y a peu d'années encore, on ne peut nier qu'il y ait eu progrès immense. Une des modifications les plus avantageuses qui ail été aiiporlée au régime des malades consiste dans le remplacement d'une partie des rafraîchissements par une somme d'argent qui, mise à la disposition du capitaine, et parcimonieusement dépensée par le médecin-major, assure aux convalescents une nourri-, turc plus fraîche el plus variée que celle des conserves. Le Helloco se louait beaucoup de cette innovation, ([ui paraît avoir élé essayée pour la première fois sur le vaisseau le Colosse, monté par M. de Ilosamel ; il demandait que l'allocation fût plus large, el proposait d'en étendre le bénéfices tous les navires. C'est ce qui se fait aujourd'hui : les commandants de slation disposent de fonds spécialement afieclés à cet emploi, et tous les médecins navigants savent combien celte ressource est précieuse ù leurs malades.
Tant que les matelots alités sont sous le coup de maladies aiguës, et par conséquent à la diète, la lâche professionnelle du médecin de la marine est sans doute difficile, à raison des conditions spéciales où il est
(1) Voir h la fin de l'ouvrage le tableau de la ralion tle campagne.