TROISIEME SECTION
Les aliments nautiques proprement dits sont plutôt en rapport avec les exigences spéciales de la navigation et du transfert maritime qu'avec les besoins réels des équipages; aussi l'intérêt de leur santé, non moins que l'intérêt pécuniaire des armateurs et des gouvernements qui les nourrissent, exige-t-il que des emprunts fréquents soient faits à la faune et à la flore des pays qu'ils habitent temporairement. Les navires de commerce utilisent surtout cette ressource, et, sur les rades étrangères, leur alimentation, sauf le biscuit et le vin, est presque exclusivement empruntée aux productions locales. Une économie bien entendue, puisqu'elle satisfait en même temps un intérêt d'hygiène, remplace aussi, pour les bâtiments de guerre (toutes les fois que cela est possible), le biscuit et les salaisons par du pain et des viandes fraîches, et l'allocation destinée à l'achat de légumes verts suffit presque toujours, dans les détails sagement administrés, pour fournir encore aux matelots ces fruits qui leur sont si utiles quand ils sont judicieusement choisis et distribués en temps opportun. Enfin, le pouvoir discrétionnaire dont sont investis directement les commandants de station, et, par délégation, les capitaines des navires, pour acheter, dans l'intérêt des malades, des rafraîchissements dont la nature et le besoin sont indiqués par le médecinmajor, complètent un ensemble de ressources à l'utilisation desquelles l'hygiène a mission de veiller (1). Nous n'avons pas besoin de faire remarquer dans quelles limites étroites la nature de notre ouvrage nous force à resserrer un sujet qui exigerait des développements considérables. Le Dictionnaire de Bromatologie exotique de M. Mouchon (2), qui devrait faire partie de la bibliothèque spéciale de tous les médecins navigants, suppléera pour eux les détails que nous nous verrons forcé d'omettre. Ce livre a puisé ses documents à de bonnes sources, et-si nous pouvons regretter, comme critique, que l'opinion personnelle de l'auteur n'y paraisse pas assez, et, comme médecin, que l'histoire naturelle n'y ait laissé que peu de place à l'hygiène, le nombre des emprunts que nous lui avons faits témoigne au moins de notre estime pour sa valeur. La Flore des Antilles de Descourtilz est aussi une source précieuse que les
(1) M Ad. Nicolas a formulé un vœu très-pratique et auquel je m'associe pleinement c'est que l'administration de la marine établisse pour les divers aliments susceptibles d'ùtre achetés en cours de campagne, des 77iaxi'}m de prix au-dessus desquels on pourrait se procurer ces aliments, dont la quantité, pour une ration individuelle, serait également fixée par l'administration {Arcit. de méd. nav., t. XII, p. 330).
(2) Mouchon, Did. de Bromatologie exotique. Paris, 1848.
médecins de la marine interrogeront avec fruit. Ils y trouveront un texte précis et clair et des dessins d'une fidélité et d'une beauté remarquables (1).
Nous diviserons les aliments exotiques comme nous avons divisé ceux de la ration, en : 1° boissons; 2" aliments proprement dits, subdivisés eux-mêmes en aliments féculents, en viandes, en fruits et en condiments.