FRUITS
S'il est un point de l'hygiène des pays tropicaux qui ait soulevé et soulève encore des contradictions, c'est celui qui est relatif à la salubrité ou à l'insalubrité des fruits de ces pays. Les créoles, prémunis par la satiété contre les périls de l'abus et enthousiastes des productions du beau ciel sous lequel ils vivent, soutiennent l'innocuité et même la supériorité hygiénique de leurs fruits ; les navigateurs, au contraire, se tiennent à leur endroit dans une défiance justifiée, et les accusent volontiers de prédisposer à toutes les maladies des pays chauds, notamment à la fièvre et à la dysenterie. Il y a exagération des deux côtés: des fruits de bonne quahté, arrivés à maturité parfaite et mangés sans excès, sont partout le complément d'une alimentation parfaite; où trouverait-elle ailleurs, en effet, ces acides végétaux, ce sucre, cette eau de végétation sans lesquels la nutrition s'altère et tend à la dégénérescence scorbutique ? La Providence n'a pas mis sous la main de l'homme des aliments évidemment destinés à son usage pour qu'ils lui deviennent préjudiciables, alors qu'il n'en abuse pas. Les fruits de nos pays ne présententils pas aussi des inconvénients quand on en mange avec excès ou quand on les utilise avant maturité complète? Les diarrhées et les dysenteries d'automne dans une foule de localités dépendent-elles d'une autre cause? Est-ce là un motif pour renoncer à cette source précieuse d'alimentation ? On peut appliquer aux fruits, comme à tant d'autres choses, ce mot si sensé: « Que le mal est bien moins dans la nature des choses que dans l'abus qu'on en fait. » Les témoignages des médecins qui ont écrit sur les maladies des pays chauds sont à peu près unanimes sur ce
(1) Wilson, Naval hygiène. Philadelphia, 1870.
(2) E. Chastang, Étude sur V Islande. ïhèae de Montpellier, 1866.
(3) J'ai constaté, au Gabon, les ressources que nous donnait la création d'un jardin à terre. Les bâtinients devaient toujours être munis de graines potagères.
(4) Navry, Yesso, Nippoz et les Kouriles japonaises {Arch. de méd. nav.. 1870, t XIV p. 211}. '
FoNSSAGRivES, Hyg. nav. 52
point. Dnti'oulau (1) combat l'opinion qui attribue la dysenterie de la Martinique à l'usage des fruits. Segond fait également justice d'une étiologie analogue imaginée pour la colique sèche (2). M. Garpon a insisté aussi sur l'insignifiance du rôle des fruits mûrs et mangés avec modération, dans la production de l'hépatite des pays chauds. Moreau de Jonnès, après avoir dit que l'excès des fruits est dangereux dans les pays chauds, que l'usage fréquent en est même nuisible, se livre à une longue énumération de ces fruits et reconnaît au plus grand nombre, pris isolément, des qualités avantageuses ; c'est tout au plus s'il en cite cinq ou six espèces dont l'usage est constamment dangereux. M. Celle croit les fruits des pays chauds avantageux dans la saison sèche, et mauvais dans l'hivernage. Il s'attache à réfuter l'opinion qui attribue aux fruits des colonies des propriétés fiévreuses ou dysentériques, et ne leur reconnaît, quand on en abuse, d'autres inconvénients que de charger l'estomac et d'affaiblir l'économie en ne lui fournissant pas des matériaux suffisamment réparateurs. En résumé, nous estimons que les fruits des pays chauds, quand ils sont bien choisis, et que les équipages en usent avec modération, sont infiniment avantageux. C'est en même temps et une garantie et un remède contre le scorbut. Cette appréciation générale de la valeur des fruits des tropiques serait dénuée de toute utilité pratique, si nous ne la complétions en indiquant brièvement quels sont ceux qui doivent être recherchés de préférence, quelle forme alimentaire il faut leur donner, quels sont ceux, au contraire, dont il convient d'éviter l'usage.
Nous diviserons ces fruits en quatre groupes : 1° fruits sucrés ; 2° fruits acides; 3° fruits aromatiques; 4° fruits huileux (5).
§ 1 . — Fruits sucrés et aqueux.
Fruits sucrés et aqueux. — La banajie est, sans contredit aucun, le plus usuel et le plus inoffensif des fruits des pays chauds ; son goût et son parfum agréables, sa digeslibilité facile, ses propriétés nourrissantes lui assurent sur tous les autres une prééminence incontestable. Il en est de plus savoureux, mais qui font payer cet avantage par des qualités hygiéniques équivoques et qui ne sauraient, en tout cas, entrer comme celui-ci dans les habitudes du régime quotidien des Européens qui séjournent dans les pays chauds. Sa composition, dans laquelle se trouvent réunis : de la fécule, du sucre, un principe acide cl un arôme agréable, explique, du reste, et la diffusion et l'innocuité de son usage
Des deux espèces principales , la grande banane, fruit du Musapara-
(1) Dutroulau, Endémie dysentérique, p. .
(2) Segond, Névralgie du gra7id sympathique. Pans, 183(, p. 4.
disiaca (L.)ou figue d'Adam, et la petite banane fournie par le Musa sapientùm ou bananier des Sages, c'est cette dernière qui porte le nom de figue banane; elle se mange au couteau. L'autre, au contraire, ne se mange qu'après avoir été cuite; elle est tout aussi nourrissante, mais beaucoup moins estimée comme saveur.
La banane de Chine est une des plus savoureuses; on l'importe dans beaucoup de colonies oi!i elle s'acclimate et fournit des produits supérieurs à ceux du bananier indigène. C'est ce que M. Duplouy a constaté aux îles Sandwich (1). Les bananes de Cochinchine sont de bonne qualité, bien qu'elles soient peu soignées (2). Celles qu'on mange à Bourbon et aux Antilles sont très-bonnes et très-parfumées.
M. Boussingault, qui a analysé en 18o6 le fruit et la séve du bananier, a constaté dans sa séve la présence de l'acide gallique ; quant à la banane, il y a trouvé, indépendamment de ce même acide qui colore en noir le couteau avec lequel on la coupe, de la gomme, de l'acide malique, de l'acide pectique, de l'albumine végétale, du ligneux. Il faut ajouter à ces principes du sucre et un arôme spécial. L'amidon n'existe dans la banane qu'avant la maturité. Quand le fruit a pris cette coloration jaune uniformCj cette noblesse et ce parfum qui indiquent qu'il est complètement mûr, la fécule a disparu en grande partie et s'est transformée en gomme et en sucre. Les grandes bananes cuites avant maturité sont peu sucrées et constituent surtout un aliment féculent. Corenwinder a analysé la banane mûre du Brésil et lui a trouvé la composition suivante :
Eau 75,000.
Albumine végétale 4,820
Cellulose -, . . 0,200
Matière grasse G 632 '
Sucre de canne, sucre interverti, acide organique,
pectose, traces d'amidon 19,657
Acide phosphorique, chaux, alcali, chlore, fer... 0,791
Total 100,000
La question de savoir si la banane qui mûrit sur l'arbre ne contient que du sucre, n'est pas encore résolue.
Pereira consigne dans son ouvrage (3) des détails intéressants sur la fécule de banane,- détails qu'il tenait du D'Shier, médecin à la Guyane anglaise. Il évalue à 17 p. 100 la quantité de fécule que contient la banane. Elle eslblanchâtre, otire au microscope quelque ressemblance avec la fécule de gingembre ; ses grains sont elliptiques ; le bile est placé vers
(1) Duplouy, Contribut. à la géographie médicale, iaArdi. de méd. nau., 1864; t. I, p. 483.
(2) Richaud, Topogr. méd. de la Cochinchine française, in Arch. de méd. nao,, 18G'i, 1. 1, p. 205.
(3) Pereira, Materia medica, voL II, part, i, p. 223.
la plus petite extrémité ; examinés à la lumière polarisée, ils offrent la croix ordinaire. Ses propriétés chimiques sont celles de toutes les autres fécules. La banane non mûre, disais-je tout à l'heure, est peu sucrée, mais très-féculente. On en prépare une farine assez nourrissante. Elle est désignée àDemerari sous le nom de conquin-tay. Suivant le D' Shier, elle contient 68 p. 100 de fécule, et 0,88 d'azote p. 100 parties, ce qui fait 5,72 p. 100 de matière azotée. On prépare avec la banane des tranches séchées au soleil. Le procédé de préparation des légumes séchés et pressés pourrait sans doute être appliqué aux bananes, et l'abondance de ce produit dans quelques colonies permettrait de le verser à vil prix sur les marchés européens qui ne reçoivent guère aujourd'hui, en France du moins, que les bananes d'Alger, médiocrement
savoureuses, et en assez petite quantité pour qu'elles constituent un fruit de luxe.
La figue banane se mange crue , après enlèvement préalable de sa cosse (1) et de la couche cotonneuse blanche qui enveloppe sa pulpe. La grande banane se prépare de diverses manières : on la mange bouillie, frite, cuite au four ou sous les cendres. On fait avec ce fruit des confitures, des marmelades , des compotes (2).
La bar badine [Passiflom quadrangularis), la sapotille {Ac/iras sapota), le cacliiman {Annona reticulata et inucosa), ]echénmolia {Aiiona cherimolia), la pomme cannelle {Annona squammosa) (fig. 126), sont des fruits d'une saveur excessivement agréable, très-vivement recherchés par les arrivants, et auxquels M. Moreau de Jonnès attribue des qualités bien-
Fig. 126.— Pomme cannelle i*).
M W a cosse de banane mûre est très-riclie en sels de potasse et en chlorures. Elle contient 44 5G p ,00 de carbonates de potasse et de soude, et 25 de chlorure de potas-
(2" KsTgnts? D.chonn«.V. encyclopédique des sciences ,né<llcales, art. Bx^A^B, 1868, 1'* série, t. VIII, p. 319.
, . • i7n„!iin,. nhinniriips altcmcs, Fleurs verdntrcs en dehors, jaunes en
Cl fructifère. — 2, fruit coupé transversalement.
ALIMENTS EXOTIQUES ADDITIONNELS. otl
faisantes (1). Us ne sauraient toutefois être mis sur la même ligne que la banane, à titre d'aliments usuels. La canne à sucre {Saccharum officinarum) (fig. 127) est dans le môme cas; son suc rafraîchissant ne peut jamais être pris en quantité suffi-
sante pour avoir un effet nuisible.
La famille des Cucurbitacées renferme des fruits mucoso-sucrés dont les navires s'approvisionnent d'ordinaire dans leurs relâches. La citrouille est un excellent aliment qu'on trouve à peu près partout, que les matelots affectionnenl beaucoup, et qui fournit à leur soupe les principes gélatineux des sucs végétaux que les légumes secs ne peuvent y introduire; d'ailleurs sa conservation prolongée est très-facile. Le melon est suspect au premier chef; il est d'observation que, dans les localités marécageuses, l'ingestion de cet aliment prédispose singulièrement aux rechutes des fièvres intermittentes ; nous avons observé nombre de fois ce fait à Rochefort. M. Celle proscrit également ce fruit de
l'alimentation des pays chauds. Fig. 127. - Canne à sucre.
Le 7nelon d'eau ou pastèque {Cu-
curbita cilrullus) ne paraît pas moins dangereux. Bienvenue, chirur- . gien-major de la frégate CArélhuse, vit, au mouillage d'Annapolis,>ne petite épidémie caractérisée par des défaillances, des nausées, des vomissements, de la diarrhée, naître sous l'influencede l'usage des melons d'eau ; on dut interdire l'achat de ce dangereux fruit. La pastèque est donc un fruit dont on ne saurait trop proscrire l'usage. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a reconnu ses inconvénients. GaUen l'accuse de produire des accidents cholériques : TYivixa&ta U xal x,o^eptxouç aTroxEXsTv (2).
(1) Moreau de Jonnès, op. cit., p. 56.
(2) Galien, in Oribase Œuvres, traduction Bussemaker et Daremberg. Pans, 1351, t. I, p. 317.
(•) Canne à sucre [Saccharum officinarum). — Caractères botaniques : Epillets biflores, poilus à leur base, à fleur inférieure neutre, à une seule piiillettc; la supérieure hcrmapiirodile ; 3 élamines; o\airc, scssile, glabre; 2 styles terminaux, allongés; stigmates plumeux. (Guibouut.)
Desgenelles, qui a eu l'occasion, dans la marche de l'armée d'Orient de Rosette au Caire, d'observer un grand nombre d'accidents produits par les pastèques, les a ainsi décrits : « Les hommes attaqués de ces indiges- « tions étaient saisis de sueurs excessives à la suite desquelles ils parais- « saient presque asphyxiés ; leur pouls était faible et lent, presque im- « perceptible ; leur bouche était écumeuse, et leur prodigieux H affaissement n'était interrompu que par des tremblements tels que « ceux qui se manifestent dans les accès d'épilepsie; souvent il y avait « un léger vomissement. Les cordiaux agirent avec succès (1). » M. Aubert-Roche interdit également aux Européens établis sur le littoral de la mer Rouge l'usage des pastèques et des fruits aqueux (2). M. Celle cite un fait qui démontre d'une manière péremptoire les fâcheux effets des pastèques: « A San-Blas (Mexique), huit jeunes gens ayant chassé tout un jour s'égarèrent et prirent différents chemins pour retourner à la ville; trois d'entre eux rencontrèrent au milieu des bois un bûcheron qui portait une pastèque, et, mourant de faim et de soif, ils l'avalèrent avidement ; les cinq autres purent retrouver la grande route, et sans faire, à leur grand regret, de rencontre semblable, ils durent arriver au gîte, épuisés de fatigue, de soif et de faim. Aucun d'eux ne fut malade; des trois autres, deux furent atteints de diarrhée, le troisième d'une fièvre pernicieuse dont il mourut (3). » Alors même que la pastèque serait inoffensive dans l^Archipel, il faudrait encore s'en défier sous le climat brûlant des tropiques,
La papaye [Carica papaya), de la famille des Papayacées (fig. 128), n'a pas les mêmes inconvénients : sa pulpe sucrée et aromatique est assez facile à digérer ; ses graines contiennent un principe âcre qui se rapproche singulièrement de celui des fruits de capucine ou des feuilles de cresson, et elles pourraient, après macération dans le vinaigre, être employées comme condiment (4). La barbadine {Passiflora quadrangu lavis) est un fruit très-goûté aux Antilles, et l'on ne saurait attribuer aucun danger à son usage. La racine de ce végétal passe pour vénéneuse. M. Rufz (5) a combattu cette assertion ; suivant ses recherches, tout au plus pourraiton lui attribuer, quand elle est administrée à certaines doses, quelques propriétés éméto-cathartiques. La figue d'Inde est le fruit d'un Cactus, le Cactus opuntia; sa chair est jaune rougeâtre, sucrée, un peu acidulé ; on
(1) Desgenettes, Histoire médicale de l'armée d'Orient. Paris, 1831, p. 14-15.
(2) K\xhGTi-]\Qc\\G, Acclimatement des Européens, p. 40.
(3) Celle, op. cit., p. 190.
(4) Un médecin anglais, le D'' Roy, a signalé, il y a peu de temps, dans le suc de la papaye, la curieuse propriété d'opérer la digestion artificielle de la viande, comme fait la pepsine. Aussi, dans le pays où vient la papaye, se sert-on du suc laiteux du papayer pour attendrir les viandes. Il y a sans doute lt\ un médicament utile et qu'il appartient aux médecins de la marine d'étudier de plus près.
(5) Rufz, Empoisonnements pratiqués par les nègres {Ann. d'hygiène, 1844, t. XXXll, 1844, p. 400).
lui allribue des propriétés lempéranles. Suivant M. Mouchon, ces fruits colorent assez fortement les urines en rouge {\). Les dattes, fruits d'unpal-
Fig. 128. — Papayer commun (*).
mier {Phœnix dactylifera) (fig. 129, 130), ont, lorsqu'elles ont été séchées au soleil, une saveur qui les fait rechercher dans le monde entier. On les a accusées d'être indigestes; M. Mouchon les défend de ce reproche, contre lequel proleste d'ailleurs l'appétence de l'Orient et de l'Afrique pour cet aliment. Il paraît cependant que, dans le nord de l'Afrique, les Arabes sont quelquefois, à la suite d'ingestions de dattes, pris de coliques intestinales auxquellesils opposent un empirique qu'ils appellent bouillon de chien. Il est vraisemblable que ces accidents ne surviennent guère que quand les dattes sont mangées avant maturité et avec excès (2). M. Bertherand (3)parle avec éloge d'une sorte de pain que font les Arabes
(1) Mouchon, bromutologie exotique, p. 37.
['î) Bertherand, Médecine et hygiène des Arabes. Paris, 1855, p. 358. (3) Bertherand, i/yz'rf.
(*) Caractères botaniques : Tronc droit. Feuilles palmées. Fleurs mâles longuement pédonculées,
jaunâtres; fleurs femelles blanches, sessilcs, fruit jaune aurore. Graines brunes ridées.
1, papayer mâle. — 2, papayer femelle. — 3, grappe de fleurs mâles. — 4, grappe de Ileurs femelles. — Fruit ouvert.
algériens du sud avec les dattes et de l'huile. [Ce médecin militaire pense que ce pain de dattes serait préférable au biscuit pour les expéditions (1). Nous n'avons pas qualité pour décider cette question, qui est toute du ressort de l'hygiène militaire. V acajou, enfin [Cassuviujn pomiferum), fournit une pulpe saine et agréable.
Fruits acides.
La nature, qui a merveilleusement adapté les productions de chaque zone terrestre aux besoins de ses habitants, a multiplié avec profusion les fruits acides dans les pays chauds. L'ananas, la goyave, le citron, Vorange, le tamarin, le coros%ol, sont les plus usuels de ces fruits ; ce sont aussi les seuls auxquels nous consacrerons quelques mois.
V ananas [Bromelia ananas) (fig. 131) est le fruit que les créoles opposent avec le plus de complaisance à nos fruits d'Europe, et, de fait, son volume énorme, ses écailles roses et vertes , le panache élégant de feuilles finement dentées qui le couronnent, le parfum et le goût de sa chair, lui concèdent, sur les autres fruits Fig. 130. -Détails du fruit du dattier (-). des tropiques, une supré-
(1) Le nom de fièvre r/cs dattes, donné à une fièvre avec courbature, qui, suivant M Vauvray, ne serait autre cliose que la dengue, n'implique aucun rapport étiolog.que entre cette maladie et l'usage des dattes; il se rapporte vraisemblablement à la coïncidence de son apparition avec l'époque de la maturité des dattes. (♦) Caractères botaniques : Fleurs clioïqucs enveloppées dans une spathe nionophylle. Fleurs mâles
à 6 étamines. Graines allongées, aplaties, à sillon longitudinal. (") 1, ovaire surmonté de 3 pisfils. - 2, dattes entières. - 3, datte coupée long.tud.nalement. - 4, noyau coupé transversalement.
Fig. \19. — Dattier {Phœnix dactylifera) {*].
malie incontestable; la gastronomie européenne lui rend, d'ailleurs, hommage en cultivant dans les serres ce beau fruit auquel le chaud soleil des tropiques peut seul donner tout son arôme. L'ananas est-il aussi hygiénique qu'il est séduisant par le goût et par l'aspect ? Nous sommes obligé d'avouer que nous n'en croyons rien. Sa saveur sucrée et acide, son parfum, constituent une amorce de laquelle il faut se défier.
Notre expérience personnelle se prononce contre ce fruit considéré comme dessert de tous les jours ; nous lui avons dû souvent des douleurs gastralgiques très-vives, et un état persistant d'inappétence. La qualité de l'ananas doit être prise en considération, non moins que son point de maturité.
L'ananas jaune est le plus sucré, le moins acide, le plus salubre de tous, et, quand il est mangé avant maturité, sa pulpe est dure, sèche, d'une acidité extrême due à la présence des acides citrique et malique ; ce point, au contraire, dépassé, la pulpe devient molle, transparente 'comme de la gélatine, exhale une odeur fade, et se digère avec peine. En tous cas, les deux correctifs nécessaires de l'ananas sont le vin, surtout le madère et le sucre ;
il faut renoncer à ce fruit si l'on ne peut lui donner cet assaisonnement aussi hygiénique qu'agréable. L'ananas paraît, dans quelques localités, avoir des qualités particulièrement nuisibles. M. Celle qui, pour le dire en passant, nous semble avoir exagéré les dangers des fruits des tropiques, proscrit l'ananas dans les pays humides et pendant l'hivernage (1). Collas assure qu'à Batavia l'ananas est un fruit mortel, à raison des dysenteries qu'il détermine (2). Léclancher, chirurgienmajor de la Favorite, rapporte qu'à Singapour, les dysenteries sont très-fréquentes pendant la mousson de S.-O., et qu'on les attribue à l'usage des ananas qui y sont à vil prix, et qui, apportés dans des bateaux plats, oîiils restent exposés au soleil, ont déjà subi un commencement de fermentation quand les matelots les achètent (3). 11 faut évi-
(1) Celle, op. cit., p. 187.
(2) Collas, Thèse cit., p. 48,
(3) Léclancher, Rapport sur la campagne de. la Favorite (Collection de Brest ).
(*) Ananas {Bromelia ananas). — Caractères botaniques : Hacijic fibrcuso. Feuilles longues, dtroilos, roidea, crénelées. Flcui's bleuâtres, scssiles, éparscs sur la surlace d'uu réceptacle couiniuu ou fruit. Celui-ci est surmonté d'un panache de feuilles
Flg. 131. — Ananas jaune (*).
demment, dans ces reproches, faire la part de la qualité du fruit, et celle de l'avidité intempérante avec laquelle les arrivants en abusent; mais on peut dire cependant que l'ananas est du nombre de ces fruits dont l'Européen doit se défier. Il n'en est pas de même de la goyave (fig. 132).
Ce fruit appartient au genre Psidium de la famille des Myrtacées; on en distingue deux espèces : la goyave blanche {Psidium pyriferum) (fig.
132),etla goyave rouge {Psidium pomiferum), qui diffèrent non-seulement par la couleur de leur pulpe, mais encore par leur forme et leur grosseur. Quand on les mange bien mûres, il est rare qu'on en éprouve de mauvais effets; d'ailleurs ce fruit, comme la banane, est de ceux auxquels on s'habitue vite et dont on se lasse tardivement. M. Celle n'en parle pas en bons termes ; il la taxe d'indigeste , de fiévreuse, de diarrhéique, et, de plus,illuialtribuela propriété de faire naître une grande quantité de lombrics (1). A Bourbon, la goyave n'est pas très-eslimée ; on l'accuse de produire la dysenterie ; nous n'avons pas entendu dire qu'à Taïli, où l'on en mange énormément, cette infiuence ait été constatée. La double propriété attribuée par Dampier à la goyave, de resserrer le ventre quand elle est mangée verte, et de le relâcher quand elle est mûre, a été reconnue par tous ceux qui en ont fait usage d'une manière générale (2) .
Les fruits acides de la famille des Aurantiacées (citrons, oranges, chadecks) n'ont guère de propriétés nutritives; ce sont, à proprement parler, des réservoirs de sucs acides et sucrés, qui sont hygiéniques quand on en use avec modération ; qui deviennent, au contraire, dangereux quand
(1) Celle, op. cit., p. 285.
(2J Voyage de Dinvpier, t. I, p. 238.
n Caractères 6o/a«.î«« Feuilles opposées. Fleurs i)lancl,cs à 5 pélalcs cordiformcs "P^^ J^^ extérieurement, rose en dedans, contenant des graines nombreuses. - 1, rameau fructifère. - 2, fruit coupé longiludinalenient.
Fig. 132. — Goyavier pyriforme (*].
on cherche dans leur usage les moyens d'étancher une soif qu'ils ne peuvent calmer que momentanément (1). Les fruits du tamarinier [Tamarindus indica) (fig. 133), du Bromelia karatas, doivent aussi être considérés comme de la même nature : il ne faut y recourir qu'avec modération.
Le corossol fait exception entre les fruits très-acides. Sa pulpe crémeuse, dont la blancheur tranche si agréablement sur la robe verte et épineuse du fruit, ne paraît avoir aucun inconvénient hygiénique ; nous n'avons vu, du moins, aucun accident résulter de son usage.
§ 3. — Fruils aromatiques et acres.
Ce sont des fruits de fantaisie qui tantôt sont recherchés à cause de leur saveur et de leur arome^ tantôt sont employés comme simples condiments. Au nombre des premiers nous avons les mangviers, de la famille des Térébinthacées, comprenant la mangue dont la chair a le parfum de la pêche relevé de celui de la térébenthine, et la mangue à grappes [Mangifera pinnata) dont les fruits, plus petits, sont aussi beaucoup moins savoureux; Idiprune d Espagne {W^. 134) [Spondias purpurea), la prune de Cythère {Spondias cytherea). Parmi les fruits âcres nous
(1) L'orange a, par la séve abondante qu'elle renferme, d'éminentes propriétés antiscorbutiques. C'est un rafraîchissement qu'il faut s'empresser de procurer aux équipages dans les pays tels que les îles du cap Vert, Bahia, etc., où ce fruit abonde et où il est de bonne qualité.
Les citrons constituent aussi des fruits très-utiles pour les équipages qui sont touchés par le scorbut. Lind a expérimenté, en 1847, sur le Sa/iv^wr//, divers moyens antiscorbutiques sur douze malades (élixir vitriolique, eau de mer, un èiectuaire particulier, les oranges, les citrons), et il accorde la supériorité à, ces derniers fruits i. C'est du reste Lind qui, le premier, a donné une formule pour la préparation d'un citron et d'un orançje-juice.
(*) Tamarinier [Tamarindus indica, lamillc des Légumineuses). — Carar.tères botaniques : Feuilles alternes piiinées sans impaire. Fleurs jaunes rayées de rouge à 3 pétales. Gousse brun rougeâtrc, étranglée de distance en distance.
1 Rey, Etude sur le Traité du scorbut de Lind {Arch. de méd. nav., I8G7, t. VU, p. 50).
trouvons le piment enragé [Capsicum minimum), la noix de Ravintsara
[Agatkophyllum aromati- ^ cum), de la famille des
Laurinées, etc.
§ 4. — Fruits émucsifs.
Les fruits gras recèlent le plus souvent leur huile dans des amandes, plus rarement dans leur pulpe elle-même. Les fruits à pulpe grasse sont : 1° VElaïs guineensis ; 2° le Laurus persea ou avocat. VElaïs guineensis est un palmier dont le fruit, écrasé dans l'eau, laisse surnager une huile couleur d'ocre qui se concrète aisément ; elle présente, au moment où elle vient d'être recueillie, une saveur douce et agréable; mais elle devient rance très-promplement.
C'est actuellement, et depuis peu d'années, une branche très-importante de commerce pour la côte ouest d'Afrique. Les nègres sont très-friands de cetle huile ; nous ne saurions dire si elle se digère aisément, sa couleur et son odeur forle nous ont toujours empêché d'en faire usage.
Vavocat {Laurus persea) est l'un des fruits des pays chauds les plus justement estimés ; sa pulpe, molle et butyreuse, a une saveur de beurre frais relevée d'un goût agréable de noisette ; on la mange seule ou assaisonnée avec du rhum et du sucre. Ce fruit n'est nullement dangereux, d'ailleurs on s'en rassasie avant d'en avoir abusé. Dampier se porte garant de son innocuité, et lui attribue, peut-être sans raison suffisante, certaines propriétés aphrodisiaques.
Les deux fruits que nous venons de citer ont, comme notre olive, leur substance oléagineuse condensée dans leur pulpe ; les autres fruits gras ne le sont que par leurs amandes. Tels sont : Vacajou {Cassuvium po-
Fig. 134. — Prunier d'Espagne (*).
(•) Mombin à fruits rouges ou prunier d'Espagne. - Caractères botaniques : Feu.lles a.lées a^ec ^ ^ impaire. Fleurs petites et rouges eu grappe ; corolle à b pétales. Drupes couleur pourpre. - I, branche florifère et fructifère.- 2, détails de la tteur.
mî/m/m), de la famille des Térébinthacées (fig. 135); VAnacardium officïnarum, Vamandier des tropiques, le bewre de Galam, huile concrète retirée des semences du Bussia butyracea ; le cacao {T/ieobroma cacao), la pistache {Avachis hypogea) (fig. 136) ; et enfin le coco, fruit du Cocos nucifera, palmier qui croît en abondance dans toute la zone intertropicale,
Fig. 135. — Acajou à pommes ;*).
Fig.