‹ Traite d'hygiene navaleChapitre 24 sur 224 · FAUX-PONT DES NAVIRES DE GUERRE · texte numérisé non relu

FAUX-PONT DES NAVIRES DE GUERRE

g /[er — Faux-pont en général.

Le faux-pont est, à proprement parler, le rez-de-chaussée de l'habitation maritime, et cette assimilation, parfaitement légitime, sous le rapport de l'analogie de position, ne l'est pas moins sous celui de la salubrité. Tous les hygiénistes s'accordent à regarder les rez-de-chaussée de nos maisons "comme beaucoup moins salubres que les étages supérieurs, à cause du voisinage du sol et du peu de pureté des couches inférieures de l'atmosphère; aussi dans les pays marécageux, est-il d'habitude d'élever les rez-de-chaussée au-dessus du sol, pour les rendre moins humides et moins malsains. Le faux-pont des navires présente, lui aussi, des conditions défavorables. En partie immergé, il emprunte fi la porosité capillaire de ses murailles une inévitable humidité qui

(1) Nous tenons de M. Couffon, chirurgien de la marine, un fait qui montre bien que la visite journalière de la prison est un des plus impérieux devoirs du médecin d'un bâtiment. Un matelot de la Pvoscrpine fut emprisonné pour un délit de discipline; au bout de quelques jours, et quoique le navire se trouvât dans les parages glacés du cap Horn, la température de la prison devint si élevée, que des symptômes de congestion cérébrale grave se manifestèrent chez le délinquant et durent ûtro combattus par une saignée. On sait qu'un homme, â bord d'un vaisseau, fut trouvé mort dans sa prison. Ces faits sont graves, mais ils incriminent bien plus l'insuffisance et la mauvaise disposition du compartiment de la cale dans lequel est subie la peine de l'emprisonnement que les rigueurs d'une sévérité d'ailleurs nécessaire.

s'accroît encore de celle que les eaux de lavage, la pluie ou les coups de mer, introduisent journellement dans les profondeurs déclives du faux-pont; sa position directe au-dessus delà cale l'expose de plus aux émanations qui s'en dégagent; il en devient, en quelque sorte, une annexe à chaque remaniement partiel ou général de l'arrimage ; l'air, enfin, aussi bien que la lumière n'y pénètrent souvent que de haut en bas, à travers mille obstacles intermédiaires, de manière à rendre trèsdifficile le renouvellement de son atmosphère intérieure; ajoutons enfin

Fig. 7 — Faux-pont d'un ancien trois-ponts à voiles (*).

Fig. 8. — Faux-pont du vaisseau mixte le Jean-Bart (*

que la cambuse y verse ses exhalaisons, que les sacs, parfois humides, y sont entassés, qu'il sert souvent de déversoir au trop plein du charge-

(•) 1. Poste des maîircs. — 2. Chambres des maîtres. — 3. Casiers de l'équipage. — 't. Panneaux. — 5. Grand mât. — 6. Four. — 7. Office des aspirants à tribord, pétrin à bâbord. — 8. Cabinet de toilette des aspirants à tribord, pharmacie à bâbord. — 9. Chambres d'officiers. — 10. Chambre du commandant. — H. Chambre du commandant en second. — 12. Sainte-barbe.

{'*) 1. Poste des maîtres. — 2. Soutes aux -voiles. — 3. Chambres des maîtres. — 'i-. Casiers pour l'équipage. — 5. Soutes à charbon. — 6. Panneau de la cambuse. — 7. Panneau de la cale à eau. — 8. Four. — 9. Cheminée. — 10. Claire-voie de la chambre de chaufic. — U. Établis des mécaniciens.

— 12. Ciaire-Yole des machines. — 13. Échelle de la chambre des machines. — 14. Panneau de la cale au vin. — 1.5. Panneau du coqueron. — 16. Casiers pour les élèves. — 17. Chambres d'officiers.

— 18. Sainte-barbe.

ment de la cale, et nous aurons une idée des causes multiples qui produisent et maintiennent l'insalubrité du faux-pont.

Un fait qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est que celte insalubrité augmente k mesure que s'accroît le rang du navire. Le faux-pont d'un bâtiment à batterie barbette est à peu de chose près, en effet, dans les conditions hygiéniques de la batterie haute d'un vaisseau : des torrents d'air et de lumière y affluent par les panneaux, et toute la différence de salubrité gît uniquement dans la supériorité d'aération que donnent à cette batterie les ouvertures latérales de ses sabords. Pour des raisons identiques, le faux-pont des grandes corvettes et des frégates est plus habitable que celui des vaisseaux à deux batteries, et celui-ci, plus que le faux-pont des vaisseaux de premier rang.

Sur les bâtiments à voiles le faux-pont est continu et s'étend d'un bout à l'autre du navire ; à bord des bâtiments à vapeur, sa continuité est nécessairement interrompue par la chambre de la machine, et deux compartiments tout à fait isolés l'un de l'autre, le constituent. Les vaisseaux mixtes sont à peu près dans le même cas, car le tuyau des fourneaux et les soutes latérales de charbon ne laissent de communication, du faux-pont avant au faux-pont arrière, que par deuxpa sserelles étroites, insuffisantes pour établir l'échange et l'équilibre de ces deux atmosphères confinées. Ces particularités modifient les conditions générales d'hygiène ; nous y reviendrons quand nous comparerons la salubrité relative des divers types denavires. Le faux-pont des cuirassés offre des dispositions particulières. Sur les corvettes le faux-pont est coupé en deux parties par la machine et elles ne communiquent entre elles que par les coursives qui séparent en abord les chaudières des soutes à charbon ; le faux-pont avant est encombré, mal aéré, mal éclairé; c'est le plus mauvais poste de couchage du navire ; le faux-pont arrière est aussi encombré ; mais il a plus d'air et de lumière. M. Bourel-Roncière assigne au faux pont de la Tkétis : 30^30o de carré d'aération (réduit à 18*, 615 par les obstacles), et à chacun des 112 hommes qui y couchent un carré superficiel de 0S164. Sur les grands cuirassés des types Océan, Marengo, Richelieu , il y a, à proprement parler, deux faux-ponts : 1° l'un supérieur ki^çÀnQ émergé, muni de hublots, d'une hauteur de a-^.âO, subdivisé par le réduit en trois compartiments : l'un médian, c'est le réduit éclairé par 12 hublots, encombré par le tuyau, les caissons, le four, à parquet en fer ; le deuxième, sur l'arrière logeant 112 hommes et contenant des chambres d'officiers et le poste des élèves ; le troisième, sur l'avant, logeant une partie de l'équipage et contenant les chambres et le poste des maîtres; ce fauxpont supérieur est aéré par 64 hublots et 7 panneaux ; il a une surface aératoire de 512,523 réduite à 28^,629, et il cube 2Ho3,20 ; 2» le second /•meî^r, immergé, interrompu par des cloisons étanches, logeant à l'avant et h l'arrière 91 hommes qui disposent d'un espace cubique et superficiel assez convenable, mais auxquels manque la lumière ; dans ce faux-pont

Fig. 9. — Faux-po)it du Redoutable , (Cuirassé de l"rang, échelle de 0,005) (*).

SI

Fig. 10. — Fcnix-po?it de Larjcdissonniève. (Cuirassé de 2« rang, échelle de 0,005) (**).

(•) 1. Postes de couchage. — 2. Écubiers. — 3. Cabestan. — 4. Casiers pour l'ciquipagc. — 5. Cuisine de l'équipage. — 6. Four. — 7. Panneaux cuirassés. — 8. Panneaux. — 9. Cuisine des officiers. — 10. Cuisinc'du commandant. — M. Bouteilles. — 12. Chambres d'officiers. — 13. Poste des élèves. — 14. Avant carré. — 15. Soute à charbon de la cuisine. — 10. Coursive. — 17. Soute a charbon du four.

(**) 1. Magasin général. — 2. Panneaux, — 3. Chambres de maîtres. — h. Soutes aux voiles. — o. Casiers déquipage. — 6. Postes de couchage. — 7, Soutes à charbon. — 8. Coursives pour le passage des munitions. — 9. Chaudières. — 10. Cheminée. — 11. Chambre de chauiïe. — 12. Empilement de la machine. — 13. Postes des élèves. — 14. Pharmacie. — Ib. Poste des seconds maîtres mécaniciens. — 10. Chambre du maître mécanicien. — 17. Chambres d'officiers. — 18. Chambres disponibles. — 19. Chambre de la barre du gouvernail. — 2û. Coursive.

inférieur sur lequel empiètent les soutes à charbon, se trouvent la chambre des stoppeurs, le poste des blessés (I). Les types plus nouveaux, Richelieu, Colbert, Redoutable, doivent à leurs cloisons étanches d'avoir des faux-ponts encore plus défectueux.

§ 2. — Logements particuliers.

Le faux-pont, à bord des bâtiments à batterie barbette, est, bien entendu, le seul compartiment habitable : sa partie moyenne est affectée au couchage des matelots; son extrémité arrière, au logement du commandant, des officiers et des élèves; son extrémité avant à celui des maîtres (2).

L Logement du commandant. — L'appartement du capitaine est, comme de raison et de droit, le plus spacieux et le plus confortable de tous, et quoique de simples cloisons le séparent des chambres des officiers, son étendue et l'élégance de son ameublement y sauvegardent assez bien le prestige de l'autorité. L'hygiène n'a point, du reste, à s'occuper de cette partie du navire, qui, par son aération facile, sa propreté habituelle, son isolement des autres logements habités, offre des conditions presque aussi favorables que celles de nos maisons. C'est tout au plus si elle peut signaler comme nuisibles ces compartiments accessoires que, par imitation des dépendances d'un logement ordinaire, on multiplie dans un espace parfois si restreint, et qui sont autant d'obstacles à la libre circulation de l'air. Les commandants qui se condamnent à habiter une chambre exiguë placée en abord, afin de laisser à leur chambre de réception ou galerie tout son développement et toute sa régularité, se mettent volontairement dans les conditions hygiéniques des logements moins favorisés. Sur les navires à dunette le logement du capitaine est sur le pont, condition avantageuse sous le rapport de l'aération et de la lumière mais qui a l'inconvénient d'un bruit très-incommode.

IL Carré et chambres. — Deux séries de cellules placées symétriquement de chaque côté du navire et interceptant entre elles un espace vide désigné sous le nom de carré, servent au logement des officiers,

(1) Voy. Bourel-Roncière, Contrihiiliom a i^hi/f/iène des cuirassés. Arch. méd. nav., 1875, t. XXIII, p. 81 et suiv. Ce médecin distingué a ajouté aux éléments que j'avais déjà'indifiués 'pour apprécier la salubrité d'un compartiment habitable le carré superficiel par individu (C). Cet élément, il faut le reconnaître, a plus de rapports avec le bien-être qu'avec l'iiypiène.

(2) Je rattache l'étude des logements particuliers îi la description du faux-pont parce que celui-ci les contient tous sur le navire îi batterie barbette que j'ai pris pour type de description. J'indiquerai chemin faisant les particularités des logements sur les autres sortes de navires ; cette élude sera d'ailleurs complétée dans le chapitre relaUf à la topographie spéciale des différents types.

FAUX-PONT ET SES DÉPENDANCES. 87 nui se les partagent suivant l'ordre hiérarchique du grade et de l'andennc é, mais non pas suivant l'ordre de l'assimilation.

s" chacune de ces cabines appartient en propre à l'olficier qu, 1 habile s' peut s'y créer les douceurs d'un che. soi restrein , le carré Ïù cont aL, est une sorte de terrain neutre, de propriété commune nui serU la ois et de réfectoire et de salon. Cet espace que des cloili^s c conscrivent et isolent complètement du reste du faux-pont sur es na es ordinaires, bricks, corvettes, frégates, est ouvert, au conaire urîes vaisseaux, et la grande chambre de la deuxième batterie rem^^cë avan.ageusem;nt le carré sous le double rapport de la com-

eit dat des conditions hygiéniques trés-satisfaisantes et il ne reste réellement qu'à en tirer parti par «ne surveillance assidue et nar une vigilante propreté. L'habitude de recouvrir le plancher d'une ton nie est 'excellente, et l'on ne peut que regretter de ne pas voir cet usage étendu à toutes les catégories de navires Les lavages du pont sont ainsi rendus inutiles, et la surface lisse de cette loile nermet d'opérer à l'aide d'une éponge un nettoyage plus complet. Il mp"t que les panneaux des cloisons du carré soient à treillis ; que " portes d'entrée et de sortie soient disposées de manière à produire l'une par rapport à l'autre, un tirage purificateur; que la claire-voie q i s'ouvre soi! sur le pont, soit sur la batterie, ne demeure ermée qu quand les conditions atmosphériques l'exigent absolument; que des manches à vent y soient établies en permanence, prmcipa emen la nuil; que des désinfections répétées ou le dégagement lent d'assiettes de chlorure de chaux y purifient continuellement l'air, etc.^

Les chambres des officiers, à raison de leur exiguïté extrême et surtout aussi des variétés d'installation que le caprice individuel peut y introduire, sont plus directement justiciables des prescriptions mquisi-

toriales de l'hygiène. ... u- ,

Leurs murailles, peintes au blanc de zinc au départ, subis ent bientôt, au contact des émanations animales et des vapeurs fuligineuses des lampes ou bougies, un changement de teinte qui obhge à leur chercher un nouvel enduit. Nous nous sommes déjà explique sur les dangers que présente en cours de campagne le renouvellement de la peinture des chambres, alors même qu'elles peuvent rester momentanément inhabitées. Le badigeon à la chaux additionnée de colle est au contraire très-salubre et peut être renouvelé aussi souvent qu on le désire. Nous le préférons décidément aux tapisseries de papiers peints dont quelques officiers, dans le désir de se faire illusion, ornent les cloisons de leurs chambres; outre que, par cette pratique, le netloyage des parois est à jamais rendu impossible, la colle qui a lixé le papier appelle les cancrelats, et l'intégrité de la vision, déjà tant de fois compromise par les conditions de la vie nautique, trouve

dans ce bariolage de couleurs une circonstance offensive de plus.

Une an Ire précaution, et pour celle-ci nous ne saurions nous montrer conciliant, consiste à éviter, autant que faire se peut, l'encombrement des cabines. Les officiers tiennent .souvent, surtout au début de leur carrière maritime, à meubler leur chambre de bord aussi complètement qu'un logement ordinaire, et ils sacrifient ainsi les nécessités vitales de l'aération aux exigences factices d'un confort élégant. Nousmême avons commis d'abord cette infraction aux règles de l'hygiène; mais l'expérience de la navigation est venue nous démontrer que ces mollesses athéniennes se payaient cher, et que le besoin de respirer primait tous les autres. Nous n'exigeons certainement pas des autres la réforme radicale que nous avions introduite nous-même dans l'ameublement de nos chambres, mais nous croyons qu'il y aurait grand avantage : lo à voir remplacer dans tous les cas la couchette de bois par un lit de fer qui n'emprisonne pas l'air au-dessous de lui; 2° h lui substituer même, si on le peut, un cadre suspendu qui, replié le jour, laisse à l'aération toutes facilités désirables et qui d'ailleurs peut être fréquemment exposé à l'air; 3° à préférer à ces meubles, faits pour les chambres spacieuses de nos maisons et non pas pour les cellules étroites des navires, de simples armoires dont les panneaux à treillage de fil de fer permettraient à l'air de circuler du dedans au dehors. Qu'on retranche du vide intérieur d'une chambre d'officier le cubage de la couchette, de la commode, du secrétaire, parfois même de la bibliothèque; qu'on se rappelle l'odeur infecte de moisissure qu'exhale l'armoire à panneaux pleins sous-jacente au lit quand on vient à l'ouvrir, et l'on verra si les exigences de ce radicalisme de Spartiate ne sont pas légitimes. Comme pour le carré, nous voudrions que le plancher des chambres fût toujours recouvert d'une toile vernie, que les cloisons donnant sur le carré ne fussent jamais à vitres, mais à treillis, et que la frise qui les surmonte, ainsi que cela se voit à bord de beaucoup de navires à vapeur, offrît toujours par ses découpures un accès facile à l'air (I). Une petite planchette fenôtrce et à coulisse dont

(1) Je dois signaler ici, pour en montrer toute rincommodité et tout le péril, une disposition qui existait à bord de l'aviso Ji vapeur le Forfait pendant la campagne de ce bâtiment au Mexique de 1858 îi ISUO. M. Debout, médecin do cet aviso, nous apprend que des conduits partant de la cale et passant entre les couples, allaient aboutir, par des plaques de cuivre h crible, au-dessous des couchettes des officiers et au-dessus de celles-ci par des ouvertures ménagées à cetcfTet. Cette idée de faire communiquer ainsi l'atmosphère de la cale avec celle des chambres était anti-hygiénique et M. Debout a pù se demander si la localisation d une épidémie de fièvre jaune ;\ l'arrière de son navire ne pouvait pas s'expliquer par cette disposition. Klle produisait, du reste, une telle incommodité qu'on dut. la faire disparaître en cours de campagne (F. Debout, Ji.ssui sur les fièvres intermittentes et pernicieuses observées sur les côies du golfe du Mexique à bord de In coruelte à vapeur le Forfait, Thèse de Mordpellier, 18G5). M. Bourel-Honcière a vu également sur la Circé une odeur infecte envahir les chambres des officiers et il a rapporté .'i cette cause certains malaises éprouvés par eux, en particulier des embarras gastriques {Comimmicaiion orale).

FAUX-PONT ET SES DÉPENDANCES. 89' les Irous correspondent à volonté avec ceux de la paroi au-dessus de la porte remplit très-bien cet office.

Si l'on songe que la chambre d'un officier est le seul endroit du navire où il échappe aux exigences permanentes du joug disciplinaire, où il dort, où il travaille, où il passe, en un mot, toutes les heures de libre possession de lui-même que le service lui laisse, on comprendra que nous nous soyons un peu appesanti sur les moyens d'en améliorer l'hygiène.

Le logement du capitaine et celui des officiers ont pour annexes, le premier des bouteilles (closets) dont nous aurons plus lard à étudier l'installation, tous les deux des offices ou chambres affectées aux approvisionnements de leurs tables. Il est à peine besoin de faire remarquer que le voisinage de ces dépendances, l'incurie et la malpropreté traditionnelles des gens de service qui les habitent, la nature éminemment altérable des objets qu'on y enferme, sont autant de raisons qui rendent insalubres ces annexes, d'ailleurs fort mal aérées d'ordinaire. Ce sont, en quelque sorte, des cambuses supplémentaires, et qui, non moins que la véritable cambuse, exigent une surveillance assidue et une minutieuse propreté.

Assez habituellement toutes les chambres des officiers ne sont pas contenues dans l'enceinte du carré. Celles placées sur l'arrière sont fort recherchées à cause de l'isolement que leur position leur assure et de l'air qui leur afflue par le panneau qui fait communiquer la batterie avec le carré. Il n'en est pas de même des chambres de l'avant-carré,. qui, sur les petits navires, les avisos à vapeur par exemple, longent le fétide panneau de la cale aux vins, ont souvent une exiguïté qui ne permet d'y séjourner qu'assis, reçoivent directement le méphitisme et le bruit assourdissant du faux-pont, et sont provisoirement le partage invariable de la même catégorie d'officiers, sans acception des droits créés par l'assimilation et par l'ancienneté.

III. Poste des aspirants. — Sur l'avant du carré et du côté opposé à ces chambres supplémentaires, est placé le poste des aspirants (1). I/insouciance juvénile de ceux qui l'habitent, leur gaieté qui leur tient lieu de tout, leur résignation facile aux privations d'une existence dont l'étrangeté les séduit, compensent un peu les misères de ce logement en commun, où chacun a pour domaine l'espace que limite son hamac, et doit mesurer ses bagages aux proportions exiguës de l'armoire que le devis lui confère. C'est là que l'élève dort, chante, fait son point, fronde l'autorité, passe, en un mot, gaiement toutes les heures que les fatigues du quart ou les rigueurs disciplinaires du magasin général ne

(1) Je crois devoir rappeler ici que j'écris la topographie générale du navire. .lo reviendrai à propos des divers types sur les particularités qui signalent les divisions intérieures de chacun d'eux.

lui prennent point. Dans le posle des aspirants, plus peut-être qu'en aucun autre endroit du navire, se trouvent condensées les conditions les plus délétères de l'encombrertient : exiguïté extrême de l'espace ; aération insuffisante; viciation de l'atmosphère par des émanations animales, par des approvisionnements putrescibles, par une lumière artificielle qui y est presque constamment entretenue ; rapprochement forcé des hamacs pendant la nuit; évaporation de l'humidité des vêtements, etc. ; que de causes d'insalubrité à la fois, et combien semblentelles plus menaçantes encore, si l'on songe que les jeunes gens qui les subissent sont à cet âge où l'entassement dans une atmosphère confinée, nne mauvaise hygiène et le changement complet de genre de vie, semblent faire éclore avec le plus de facilité le germe des alfections typhoïdes! Aussi le poste des aspirants demande-t-il à être surveillé avec soin : rechercher si la propreté d'apparat des jours d'inspection ne sert pas de voile au désordre byronien des caissons et des armoires; ne point hésiter à attribuer à une partie des aspirants des postes de couchage dans le faux-pont; assainir fréquemment leur logement par des désinfections chlorurées; exiger que nul vêtement humide n'y séjourne; assurer le renouvellement de l'air par l'ouverture prolongée des hublots, par le tirage des brasières ou le jeu d'un ventilateur, sont autant de précautions dont l'observance est rigoureusement nécessaire (1).

Sur toutes les frégates cuirassées, le poste des aspirants placé dans le faux-pont arrière à bâbord est si mal éclairé qu'une lampe y demeure en permanence toute la journée. Sur les frégates du type Gauloise le " poste a à peu près les dimensions de deux chambres réunies. Sur les corvettes [Reine- Blanche, Thétis, Aima), le poste est dans la batterie arrière, ouvrant sur la salle d'armes, et il est éclairé par une fenêtre et un hublot.

J'ai visité récemment l'Océan, j'ai constaté que le poste y est mal aéré, mais éclairé suffisamment par les hublots. Ce poste est divisé en deux parties, l'une affectée au couchage, l'autre servant de réfectoire.

Il ne faut pas oublier, je le répète, que le poste des aspirants est occupé par une population jeune, à besoins respiratoires énergiques, et prompte par suite à ressentir la pernicieuse influence de l'encombrement. M. Chastang a vu survenir sur les aspirants de la frégate la Pandore, dont le poste était éclairé par un seul hublot et isolé du grand panneau par un magasin provisoire, des accidents à forme typhique qui ne disparurent qu'après l'évacuation du poste (2). Disons que la nature de la

(1) Des dispositions réglementaires ont depuis alTccté la sainte-barbe des vaisseaux pour poste aux élèves aspirants. Cette modification qui plaçait à des étages Incrarclnquement superposés les trois catégories d-officicrs du navire était tres convcnable ; elle était aussi très-hygiénique, parce que ce poste iiouvait être facilement aere par les Siiborcis de l'uvrièrc»

'(2) A. Chastang, Étude vmlic. mv l'Islande. Campagne de la frégate mixte la Pandore. Thèse de Mont [wl lier, 18GG.

campagne de cette frégate (elle était affectée à la station d'Islande) aggravait par le confinement les périls de ce séjour.

IV. Poste des chirurgiens en sous-ordre. — A l'opposite du poste des aspirants avait réglementairement été placé jusqu'ici celui du chirurgien ou des chirurgiens en sous-ordre, si ce n'est sur les navires où un poste en commun, sorte de chambre noire placée au centre du fauxpont, réunissait anormalement les Dupuytren en germe et les amiraux en herbe. Par malheur, ce qui n'était que l'exception, il y a quelques années, tend, dans les modifications récentes de l'architecture nautique, à devenir une règle invariable pour les grands navires, et les chirurgiens en sous-ordre, violemment séparés de leurs médicaments, qui leur assuraient au moins un logement sans lequel tout travail leur est impossible, se voient relégués de nouveau dans le poste des aspirants. Nous savons, pour avoir navigué dans ces conditions, qu'il n'est pas d'habitudes studieuses qui leur résistent ; mais comme nous ne voulons faire intervenir ici que des raisons d'hygiène, nous nous demandons seulement si l'encombrement du poste des aspirants n'était pas assez réel sans qu'on l'augmentât encore par cette disposition regrettable (1).

V. Chambres et poste des maîtres. — L'ordre hiérarchique des logements nous conduit à celui des maîtres, ou du petit état-major du navire. Quelques chambres latérales, et un espace clos intermédiaire qui sert de dortoir aux sous-officiers privés de cabines, et de réfectoire à tous, constituent d'ordinaire ce logement.

Les chambres sont généralement moins spacieuses que celles des officiers, et elles n'ont d'autres moyens d'aération que leur hublot ; les considérations hygiéniques dans lesquelles nous sommes entré relativement aux premières, leur sont, au reste, entièrement applicables. Disons seulement que le voisinage habituel du four et de la cuisine est, dans les pays chauds, une source d'incommodité et de malaise.

Le poste des maîtres pêche, comme beaucoup d'endroits du fauxpont, par défaut d'air (2). Quelques hublots latéraux et un panneau étroit à claire-voie, qui, pour les bricks et les petites corvettes, donne sur le pont, pour les frégates s'ouvre dans l'hôpital, et pour les vaisseaux dans la première batterie, sont les seuls moyens d'aération de ce poste presque toujours humide, obscur, et dont une propreté minutieuse

(1) Sur les vaisseaux cuirassés du type Océan, le médecin en sous-ordre est logé dans la pharmacie. Il y a des cuirassés sur lesquels il est logé dans une annexe de l'hôpital placée dans la batterie arrière : la Eeine-Blanche offre cette particularité.

(2) Sur les frégates cuirassées, le logement des maîtres est très-défectueux. A bord de la Gauloise, le poste des sous-officiers a 2", 30 de longueur, 2 mètres de largeur, 2"i,12 de hauteur moyenne et son cubage brut est de 29"'3,868, ce qui donne à, chacun des 12 maîtres, 2"'3/i8. De plus la claire voie do ce poste ne s'ouvre pas au-dessous du panneau-avant du pont, mais bien dans la batterie, et ce poste ne reçoit ni jour, ni air (Deschiens .

peut seule mitiger les conditions défavorables. L'emploi exclusif du briquage à sec, le blanchiment répété à la chaux, l'usage des ventilateurs, des manches à vent et des fumigations de chlore, sont de rigoureuse nécessité pour cette partie du navire que le défaut de soin personnel de ceux qui l'habitent tend encore à rendre plus insalubre. Une manche horizontale, appliquée par une ouverture à l'un des écubiers des frégates, et pénétrant par le panneau du poste, contribuerait beaucoup sans doute à l'assainir.

VI. Postes de couchage de réqwpage. — L'espace qui s'étend entre les logements de l'état-major et ceux des maîtres est réservé pour l'équipage logé tout entier dans le faux-pont des petits navires, en partie dans celui des frégates, mais qui n'habitait qu'accidentellement celui des anciens vaisseaux. C'est dans cet intervalle, dont les diverses cuisines, le four et la machine dislillatoire amoindrissent encore le cube d'air, que les matelots alignent leurs hamacs et logent, dans des sacs symétriquement étagés, les effets d'habillement qui leur appartiennent. Nous nous occuperons plus tard du couchage des matelots; disons seulement que les caissons à parois pleines ou les compartiments en parallélipipèdes dont chacun reçoit un sac, au lieu d'être de bois et d'emprisonner forcément une masse d'air énorme, seraient remplacés avec avantage par des tringles de fer, les unes horizontales, les autres verticales, qui intercepteraient en se coupant des espaces prismatiques propres à loger les sacs (1) ; l'air circulerait entre ceux-ci, qui se maintiendraient plus secs, et ne croupirait plus, comme il le fait aujourd'hui, entre les sacs et les loges pleines qui les reçoivent.

Ce qui fait l'insalubrité relative des entre-ponts des grands navires, ce n'est pas seulement leur superposition immédiate à la cale, leur éloignement du pont par les batteries intermédiaires, et par suite, la difficulté du renouvellement de leur atmosphère intérieure, la pénurie de lumière, mais aussi leur défaut de dégagement \-)om nous servir d'un terme emprunté au vocabulaire maritime : le volume énorme des caissons d'équipage, les cuisines, le four, les cloisons des logements de l'avant et de l'arrière, sont autant d'obstacles au libre écoulement de l'air vicié et à son remplacement par de l'air pur. Ces inconvénients existaient dans l'ancienne marine à voiles ; les vapeurs les exagéraient ; ils sont au maximum sur les cuirassés.

Les hublots latéraux dont l'adoption assez récente pour les faux-ponts des vaisseaux à voiles avait si heureusement modifié leur hygiène, ne sont qu'un insuffisant palliatif à ce mal; l'action purificatrice des

(1) Le muséo maritime de Brest possède un modèle de caisson de ce genre, nous ignorons quel on est l invcnteur. Le système de caisson que je proposais, il y a vmgt^ ans, est tout h fait analogue h celui des casiers îi bouteilles utilist'S pour nos caves. Je ne sache pas que cette idiie ait été mise en pratique.

sabords d'arcasse est limitée c\ la seule sainte-barbe par la cloison qui circonscrit celle-ci sur l'avant ; et l'on ne tire pas encore un parti suffisant, pour l'aération du faux-pont, des coursives latérales qui traversent'les logements des officiers et servent à la circulation pendant les branle-bas de combat.

Voici comment pourrait, à notre sens, être assaini le faux-pont des navires à voiles. Deux ouvertures ou panneaux seraient ménagés sur l'avant, et, comme les sabords de charge des navires de commerce, leur fermeture serait assez hermétique pour ne compromettre en rien la sûreté du bâtiment. Ces ouvertures seraient à l'avant de l'entre-pont ce que les sabords d'arcasse sont à l'arrière ; il faudrait interdire d'une manière formelle l'établissement au milieu du faux-pont de ces chambres noires qui s'opposent à son aération de bout en bout (1).

Les cloisons transversales du poste des maîtres, la paroi avant du carré et celle de la sainte-barbe, devraient être à panneaux coulissés susceptibles de se retirer à un moment donné pour établir la continuité du mouvement aérien qui s'établirait des deux sabords de l'avant à ceux de l'arrière. Ce système aératoire serait enfin complété par les coursives des chambres. Certes, nous comprenons très-bien que, si ces moyens d'aération devaient être journellement employés, le remède pût avec quelque raison, par suite des incommodités qui y seraient inhérentes, être considéré comme aussi fâcheux que le mal, mais en le réservant pour le séjour des rades, pour les beaux temps et pour les époques oh. les rigueurs des épidémies font mieux sentir le prix de l'hygiène, on en retirerait, nous n'en doutons pas, des avantages précieux.

Page 1