‹ Traite d'hygiene navaleChapitre 25 sur 224 · FAUX-PONT DES NAVIRES DE COMMERCE · texte numérisé non relu

FAUX-PONT DES NAVIRES DE COMMERCE

L'entre-pont des navires de commerce est coupé au milieu par la cale, comme celui de nos bâtiments à vapeur l'est par la chambre de la machine; l'avant etl'arrière, qui n'ont de communication que par le pont, y sont exclusivement affectés au logement du capitaine et de l'équipage.

La chambre du capitaine et des officiers^ ou plutôt la chambre, comme on la désigne d'ordinaire, placée au-dessous d'un roufle ou d'une dunette, est large, spacieuse, sur les navires bien installés, et se trouve dans des conditions d'hygiène généralement avantageuses, lorsqu'une partie du chargement n'y fait pas irruption. Les chambres affectées aux

(1)M, Le Helloco demandait dans sa thèse que ces chambres fussent supprhnées. Que dirait-il aujourd'hui s'il voyait les faux-ponts séparés en compartiments multiples communiquant îi peine les uns avec les autres par des couloirs étroits ? (Le llelloco, Consid. sur quelques points rl/iygiène et de méd. navale. Montpellier, 1822.)

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officiers et aux passagers sont habituellement mieux éclairées et plus aérées que celles des navires de guerre, à raison de leur voisinage du pont; mais il n'en est pas de même de ces cabines à couchettes superposées dont l'odeur fétide trahit d'ordinaire une insalubrité regrettable, et pour lesquelles l'élroitesse de l'espace s'aggrave encore des inconvénients d'une promiscuité de logement des plus délétères. L'hygiène de cette partie des bâtiments de commerce est, du reste, étroitement dépendante du degré de propreté personnelle des gens qui l'habitent.

Combien sont plus fâcheuses encore les conditions du logement que l'équipage occupe sur l'avant du navire! L'avidité du lucre, qui juge mal d'ordinaire ses propres intérêts, restreint tellement au profit du chargement, l'espace attribué au couchage des matelots, que ceux-ci sont accumulés les uns sur les autres dans un poste étroit que leur malpropreté, affranchie de toute surveillance disciplinaire, remplit d'émanations non moins fétides que celles du chargement lui-même. « Les chirurgiens de la marine, appelés très-souvent à bord des navires de commerce pour donner des soins à leurs malades, ont toujours, dit M. Foll, l'occasion pénible de constater l'omission complète des précautions hygiéniques les plus vulgaires. L'exiguité du logement est encore aggravée par la malpropreté, l'incurie, le défaut de blanchiment à la chaux, etc. (1). »

« Le poste de l'équipage sur nos navires de commerce, dit aussi un médecin américain, est véritablement dans un état regrettable. On est suffoqué quand on pénètre dans un de ces réduits. Si on ne peut donner plus de place aux matelots, qu'on améliore au moins les conditions de leur couchage et qu'on remplace leurs grabats fétides par des hamacs, qu'on leur donne un emplacement pour mettre leurs effets et se nettoyer ; qu'on entretienne dans cette partie du navire une propreté d^autant plus nécessaire qu'elle est exposée aux émanations du chargement. Nous entendons souvent déplorer la rareté toujours croissante des matelots ; autant vaudrait s'étonner de ce que les aspirants aux places de pénitenciers ne sont pas plus nombreux i^l). »

Nous avons été souvent à môme d'exprimer les mêmes regrets. Si les intérêts de l'humanité n'étaient pas plus que suffisants pour avertir les armateurs et les capitaines de la nécessité de mieux loger leurs matelots, nous leur rappellerions que leurs bénéfices de spéculation, si gravement compromis parfois par les maladies tropicales, qui, dans bien des cas, arrêtent le chargement de leurs navires, exigeraient seuls impérieusement une amélioration dans le logement des matelots du commerce. L'autorité administrative, qui surveille les conditions de sécurité matérielle de la navigation marchande, ne devrait-elle pas aussi

fj) A. Foll, Rapport sur la campagne de la Malouine, cCle occidentale d'Afrique, 1842 (collection de Brest).

(2) Wilson, Naval Hygiène, p. 14.

joindre à ses prérogatives celle de fixer les dimensions du poste de Vavanlau prorata dunombre des hommes qui doivent l'habiter. Il est à peine nécessaire d'ajouter que l'aération doit y être également assurée par un panneau de grandeur suffisante, et que la cloison qui sépare le logement de l'équipage de la cale doit être hermétiquement calfatée, pour°que l'odeur, parfois si fétide, de certains chargements (guano, sucre, cuirs verts, morue, arachides, etc.) ne puisse y pénétrer (1).

Nous devons dire cependant que les conditions du logement sur les navires de commerce se sont sensiblement améliorées dans ces dernières îinnées, principalement à bord des paquebots à passagers. Les installations de ceux qui servent à la navigation entre l'Europe et les États- Unis offrent sous ce rapport des modèles dont les autres doivent tendre à se rapprocher le plus possible. M. A. FoucauU nous a donné une idée de ce genre de navire en décrivant les aménagements du beau paquebot la Ville-de- Paris qui faisait le service entre le Havre et New-York. Son pont était occupé par un spardeck dont l'avant tenait toute la largeur du navire et servait à loger l'équipage, et dont l'arrière était affecté au logement du capitaine et du second, ainsi qu'à la timonerie et à la barre. Les matelots étaient aussi logés dans un local aéré oti la lumière abondait; leurs hamacs étaient rangés en abord, et le long des murailles étaient des vitrines à claire-voie destinées à recevoir les vêtements mouillés dont l'eau était recueillie par une rigole en pente qui la conduisait au dehors. Le poste des maîtres était immédiatement à l'arrière de celui de l'équipage et il n'en différait que par l'existence de couchettes superposées, avantage équivoque au point de vue de l'hygiène et contre lequel M. Foucault s'élève à bon droit. Des waterdosets à irrigation continue et des robinets d'eau pourvoyaient aux besoins de la propreté. Des tuyaux de vapeur chauffaient le poste de l'équipage et ses efforts manuels étaient suppléés par le jeu de machines ingénieuses et par l'application de la vapeur à des travaux qui se faisaient jadis à grand renfort de bras (2). Si Rouppe et Lind pouvaient voir des installations de cette nature, quel ravissement n'en éprouveraient-ils pas !

Les nouveaux transports-hôpitaux de Gochinchine à Toulon {Corrèze, Sarthe, Aveyron, etc.) réalisent, nous le verrons, une partie de ces avantages.

(1) Nous émettons le vœu que, dans chaque port important, une inspection sérieuse des conditions de salubrité des navires en partance soit faite par un médecin de la marine affecté spécialement à, ce service sous le contrôle du chef du service de la marine dans ce port. La visite du coffre de médicaments h. laquelle se réduit aujourd'hui cette inspection, est une garantie dérisoire. Il faudrait que cet inspecteur de la salubrité des navires de commerce eût un âge et un grade susceptibles de lui donner une autorité nécessaire pour l'utile accomplissement de ses fonctions.

(2) A. Foucaul, La navigation transatlantique de nos jours dans ses rapports avec l'hyg. nav. in Arch. de méd. nav., 1867, t. VU, p. 180.

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