MOYENNE
(Volume d'air expiratoire après une inspiratioa maximum.)
De 13 à U ans.
centil.
70 îi l
FONisSAGUiVES, Ilyy. nav.
M. Rey fait remarquer que les nombres qui expriment la capacité vitale dans ce tableau ne sont que des moyennes pour une taille donnée (1).
Hulchinson a admis que la capacité respiratoire croît proportionnellement avec la taille, et il a même fixé entre {"^,02 et l'",82, Taugmentation à 8 pouces cubiques pour chaque pouce anglais (O^jOSo) de stature. Cette loi de Hulchinson a été conlestée par Pepper, Fabius, Walshe (2) ; le tableau précédent montre cependant un accroissement de la capacité respiratoire proportionnel à l'accroissement de la taille.
Fig. 19. — Vue de l'intérieur du pnéomètre de Maréchal.
A taille égale, l'embonpoint paraît diminuer la capacité respiratoire, mais seulement quand il est très-marqué. Hulchinson explique ce fait par la moindre mobilité de la poitrine chez les gens très-gras.
Le môme observateur avait admis paradoxalement que l'étendue du périmètre Ihoracique ne modifiait pas la capacité respiratoire et il invoquait à ce sujet l'exemple de groupes de sujets ayant une circonférence thoracique moyenne de O-.OSO à 0"\94o et une capacité pulmonaire de 239 pouces cubiques tandis que, dans un autre groupe, à une circonfé-
(1) H. Rey, De la dynamométrie et de la spirométrie appliquées au recrutement des vquipaqes {Revue marit. et coloniale, janvier 1875).
(2) Walshe, op. cit., p. 6G.
irence de 40 pouces et demi correspondait une capacité de. 217 pouces I cubiques.
L'auteur, il est nécessaire de ne pas l'oublier, indique la mobilité de lia poitrine comme un élément dont il faut tenir compte. II est bien I probable qu'à mobilité égale, les poitrines qui ont le plus grand périmètre sont aussi celles dont la capacité respiratoire est la plus considérable.
En somme, et quoique la spirométrie par ses défectuosités et par l'étude insuffisante à laquelle elle a été soumise, laisse encore prise à des objections, les médecins navigants feront bien de soumettre leurs équipages à des rechercbes attentives sous ce rapport. Ils ne sauraient mieux employer les loisirs des longues traversées, d'autant plus qu'ils • ont sous la main et constamment leurs sujets d'expériences.
§ 5. — Poids.
La détermination du poids offre un intérêt réel pour le recrutement maritime comme pour le recrutement militaire. M. Morache, s'appuyant sur les données fournies par Ailken, Hamond, Parkes, Seeland, établit ce fait que chez les individus sains, la taille, le poids et le périmètre thoracique augmentent ou diminuent parallèlement, et que cette donnée doit désormais intervenir dans l'appréciation des aptitudes physiques •des recrues (1).
J'eslime au moins que des pesées générales et successives de l'équipage d'un navire (les vêtements des hommes étant les mêmes quand on procède à cette opération) pourraient, avec un point de départ fixe pris . à l'armement, fournir en cours de campagne, des renseignements utiles ' sur l'accroissement ou la diminution de la prospérité physique d'un ' équipage et sur la nécessité de se ravitailler, de relâcher, d'abréger la durée de certaines stations. Le rapprochement de ces pesées d'ensemble, si faciles d'ailleurs à réaliser, pourrait donner les résultats les plus curieux et les plus utiles. On comprend que les causes d'erreur • qui s'introduiraient dans ces pesées disparaîtraient à la faveur des grands chiffres. La moyenne du poids d'un adulte bien portant étant de 6o kilogrammes environ, un équipage de 500 hommes donne un poids d'ensemble de 33 tonnes et demi (33,500 kilogrammes). Quelle importance aurait une erreur de 100 kilogrammes sur un chiffre pareil? Elle n'altérerait certainement en rien la signification des résultats fournis par ces pesées. Je recommande cette idée aux médecins des navires et aux capitaines. Le D"" Alexander Raltray a procédé à des pe-, sées partielles dans le but d'apprécier l'inHuence du climat et du régime des salaisons sur la santé des matelots ; cela est utile sans doute
(1) Morache, Die!, encyelop. des se. méd., art. Hygiène militaihe.
mais n'enlève rien à l'intérêt qui s'attacherait à ces pesées d'ensemble (i).
g (5. — Essai dynamométrique.
Quant à la détermination de la force musculaire de chaque matelot au moment où il est recruté, et à celle de l'ensemble d'un équipage, un instrument spécial, le dynamomètre, est là pour fournir cette donnée intéressante. Dans l'édition de 1857 de mon Traité dliygiène navale (2), je proposais de recourir à cet essai et je mettais cette idée, qui me semblait de nature à soulever des objections, si ce n'est des railleries, sous le patronage d'une autorité qui commande l'examen, celle de l'honorable et savant Kéraudren, qui a fait ressortir avec tout le soin désirable le parti que l'on pourrait retirer des essais dynamométriques pour la répartition des hommes à bord suivant leurs aptitudes corporelles, et Toutes choses égales d'ailleurs, écrivait-il en 1814, nous considérons les matelots doués d'une grande force manuelle comme les plus propres à servir dans les hunes ; on sait de quelle force de préhension les gabiers ont besoin pour pincer ou serrer une voile agitée ou tendue par le vent; les hommes, au contraire, qui jouissent d'une force rénale considérable seraient affectés à l'artillerie et particulièrement à la manœuvre des gros canons tels que ceux de 36 livres de balles qui composent la première batterie d'un vaisseau de ligne (3). » Sans doute les conditions de la navigation, comme celles de la guerre, ont changé depuis cette époque et ont fait perdre de son importance à la force musculaire dans l'appréciation des aptitudes complexes qui font un bon matelot et il est probable que la vapeur ira se chargeant de plus en plus des efforts qu'on demande encore à ses muscles, mais encore ceux-ci auront-ils toujours à entrer en jeu et la force sera-t-elle recherchée comme indice de la santé et comme instrument de travail. Ces essais dynamoraétriques n'ont donc rien perdu de leur intérêt, d'ailleurs ils constituent un moyen d'apprécier aussi la validité d'un équipage en cours de campagne.
Freycinet, Pérou, Kéraudren et plus récemment Quételet, avaient institué leurs essais avec le dynamomètre Régnier. Le statisticien belge s'est livré à des expériences nombreuses desquelles on peut tirer les conclusions suivantes :
1° La force musculaire croît jusqu'à quarante ans;
(\) A Rattray De quelques modifications physiolof/iques importantes produites dans l'économie humaine par les changements de climats. Trad. Foucaut {Arch. de méd. nav.
1872, t. XVII, p. 427).
(2) Fonssagrives, Hyg. navale, p. 10'2.
(3 Kéraudren, Dict. des se. méd., 1814, t. X, art. Dynamomètre, p. 203. Les canons do trente six livres de balles sont bien loin de nous, mais en dehors de cette application, l'idée de faire intervenir la force dynaniométrique pour l'aiïoctation des matelots aux divers travaux est certainement rationnelle.
90 La force rénale diminue plutôt avec l'âge que la force manuelle ;
30 La force rénale d'un matelot de cinquante ans est, en moyenne, •égale à celle d'un novice de seize ans ; . , .
4" Des âges peu avancés ou des âges très-avancés peuvent s équivaloir pour le développement de la force musculaire ;
50 De onze à seize ans la force rénale est en moyenne de 60 ; de seize à vingt-cinq ans, elle est représentée par 120^^5 ; elle décroît à partir de quarante ans ; à soixante ans elle n'est plus que 90^"^ 3;
60 La force manuelle avec deux mains a son summum à trente ans (elle est de 89 kilogrammes) ; à soixante ans elle n'est plus guère que de 56 kilogrammes, c'est-à-dire sensiblement égale à ce qu'elle est d
quinze ans ; .
70 La force manuelle moyenne avec les deux mains réunies étant de 66'''\6, celle obtenue avec les deux mains isolément est de €>0^'\^ ;
8°'Enfin la force manuelle moyenne de la main droite étant de celle de la main gaucbe est de 28''", 7 (1).
M. Maréchal, médecin-major du vaisseau-école le Louis XIV, entrant dans les vues que j'ai indiquées plus haut, a institué sur son bâtiment des recherches dynamométriques pleines d'intérêt pour apprécier la force musculaire des élèves canonniers. Il a employé comparativement le grand dynamomètre de Régnier et le petit dynamomètre de Mathieu (fig. 20)
rig. 20. — Dynamomètre de Mathieu.
en faisant remarquer que ces deux instruments ne concordent pas dans les expériences de traction et qu'il y a entre eux, quand on approche de 100 kilogrammes, une différence de 7 à 8 kilogrammes au profit du petit dynamomètre. De plus de 500 observations il a conclu que la moyenne de traction horizontale à exiger d'un apprenti canonnier est de 100 kilogrammes au dynamomètre de Régnier et de 105 au dynamomètre de Mathieu. « L'épreuve dynamométrique, ajoute ce médecin, a donc une incontestable utilité ; elle fournit un point de départ, un critérium certain dans l'appréciation de la quantité d'efiorts nécessaire pour exécuter une manœuvre et celle que l'on peut rationnellement demander à un homme ou à un groupe d'hommes désignés pour son exé-
(1) Quételet, Expériences sur la force musculaire de l'homme aux différents âges.
L'nOMME DE MER.
cution. Ainsi 28 kilogrammes sont le maximum d'efforts qu'un servant doit produire dans l'exercice du canon, et 21 kilogrammes la moyenne. Or, on peut en conclure qu'en deux heures d'exercices un apprenti canonnier dépense, en défalquant le déploiement de son propre poids, en compensant le repos par la plus grande rapidité de certains mouvements et en supposant une vitesse moyenne de 0"',004 par seconde (ce qui reste, je crois, au-dessous de la vérité) dépense, dis-je, une force utile variant entre 27,713 et 8,648 kilogrammètres (demandant de 441 à 13G calories d'après le professeur Hirn). On peut admettre que six canonniers travaillant d'après ces données font le travail utile d'un chevalvapeur de 75 kilogrammètres (1). » M. Maréchal propose, avec raison, de n'adopter pour le service des hôpitaux et pour celui des navires que des dynamomètres gradués d'après un même type afin d'avoir des observations comparables.
M. H. Rey a proposé, pour obtenir la force de traction, de se servir d'une balance à cadran en usage dans le commerce; l'instrument étant fixé à un point solide, on passe une corde dans un anneau et la traction se communiquant à un ressort fait marcher une aiguille indicatrice. Il a formulé ainsi les règles pratiques des épreuves dynamométriques de pression ou de traction :
(( Pour les épreuves de pression, le sujet sera debout, les talons joints, les épaules et les poignets libres; il sera en manches de chemise ; il faudra s'assurer que la paume des mains et le voisinage des articulations des doigts et des poignets ne présentent ni plaie, ni gonflement, ni verrues, rien en un mot qui soit de nature à altérer la valeur du résultat, en empêchant l'homme de développer toute la force dont il est capable. Le dynamomètre sera alors saisi à deux mains (si l'on se sert du grand modèle, ce qui est toujours à préférer) la face dorsale en haut, les deux index se rapprochant parallèlement; on engagera le sujet à bien empoigner l'arc métallique. L'équilibre établi et les mains saisissant l'instrument, comme il vient d'être dit, les membres supérieurs forment un système unique relié parles épaules et par l'instrument. Alors les membres supérieurs sont étendus naturellement, puis élevés à l'horizontale, et, après une forte inspiration, l'effort de pression est produit en un seul temps, rapidement mais sans secousse. Si c'est du petit dynamomètre que l'on fait usage, aucune aide ne sera nécessaire pas même celle de l'autre main; l'instrument doit être bien assujetti avant tout effort. Pour cela la face palmaire de cette main étant tournée en haut et largement ouverte, l'instrument y sera posé, le cadran vers la paume dè la main de façon à ce que les doigts, en se contractant, ne fassent pas marcher l'aiguille. Une fois l'instrument bien empoigné (la main, l'avanl-bras
(I) .T. Maréclial, Consid. médic. sur les apprentis canonniers du vatsseau-école le Louis XIV, 1865-I8G7 {Arch. de méd. nav., 1868, t. IX, p. 466).
et le bras tournés en demi-pronalion et le membre écarté de tout point fixe) l'efl'ort est produit comme il vient d'être dit.
^ « Pour les épreuves de traction horizontale prenez un pomt fixe situé à hauteur de ceinture, un croc de brague par exemple. Une métallique s'accroche par une de ses courbures à ce point fixe et par 1 autre à un des segments de l'ellipse que représente le dynamomètre. Sur 1 autre extrémité de cette ellipse sera fixé un bout de corde d'une longueur suffisante et d'un diamètre qui rappelle celui des cordes sur lesquelles le marin a le plus souvent l'occasion, pendant la manœuvre, d'exercer des tractions, soit horizontales, soit verticales. Le sujet de l'expérience saisit cette corde avec les deux mains en ayant soin de ne pas la tourner autour de la main; les bras sont étendus sans effort, les genoux légèrement fléchis ; un pied est porté en avant, l'autre en retraite et prêt à se lever pendant l'effort pour laisser tomber tout le poids du corps sur les mains. On aura soin de tourner l'instrument, la graduation en haut; les pieds doivent être déchaussés pour éviter le glissement, mais il n'est besoin pour eux d'aucun appui tel que buttoir, traverse, etc.
« Les choses ainsi disposées, le sujet fait une grande inspiration en tendant vigoureusement l'appareil pour lui imprimer un effort brusque de traction partant des bras et des épaules et s'étendant instantanément aux lombes et aux membres inférieurs, le tout vivement et sans soutenir un effort inutile. L'expérience est à refaire s'il s'est produit un choc, une glissade, enfin tout mouvement imprévu et de nature à distraire de Tefiort une partie de la force du sujet.
« Pour l'épreuve de traction verticale le même appareil peut servir, mais il doit être disposé de façon à ce que les forces musculaires dont le point d'appui est aux lombes, aient leur maximum de puissance, c'est-à-dire que le compas dont les parties supérieure et inférieure du corps formant les deux branches devra être fermé au degré le plus favorable pour que les masses musculaires soient mises en jeu dans le moment utiky comme dit M. Maréchal. Pour arriver à ce résultat, l'appareil sera placé verticalement, la graduation en avant. L' w métallique est accrochée sur une traverse de bois dur ou en fer sur laquelle le sujet prend appui par le milieu de la plante des pieds ; les membres inférieurs sont rapprochés; les genoux et les chevilles presque en contact. On saisit des deux mains la corde terminale et sans effort, on tient l'appareil tendu. Alors, pliant la colonne lombaire en avant, les jointures des coudes et des genoux un peu fléchies, le sujet exécute, tant par l'efl^et de l'extension des membres inf érieurs rapprochés que par celui du tronc et de la flexion des avantbras, un effort de traction vertical, gradué, mais vif et de courte durée et toujours sans secousses (1). »
(!) H. Rey, De la dynamomélrie et de la spirométrie appliquées au recrutement des équipages, in Revue marit, et coloniale, janvier 1875.
iî)2 l'homme de mer.
M. Rey indique aussi la possibilité d'obtenir le poids du corps à la faveur d'une très-légère modification de cet appareil, qui consiste, Vw élant suspendue à un croc de hamac, de fixer à l'autre sommet de l'ellipse une corde en étrier dans laquelle le sujet met le pied et, saisissant à deux mains la corde, se soulève de façon à faire porter le poids du corps qui se lit sur la graduation.
§ 7. — Essai visuel.
L'essai visuel offre un bien plus grand intérêt pour le recrutement des matelots qu'on ne le supposait jadis. C'est, en effet, une question qui intéresse directement la sécurité des hommes et celle du navire. Cet essai comprend quatre questions : 1° l'acuité visuelle; 2° la myopie ; 3° l'héméralopie ; 4° l'existence ou l'absence du daltonisme.
1° Le marin a comme l'Indien, et plus encore que lui car il vit entouré d'ennemis plus nombreux, besoin de sens délicats et exercés. C'est pour lui une condition de sagacité professionnelle et quelquefois une condition de sécurité pour lui et pour son navire. L'acuité visuelle peut d'ailleurs servir à classer les matelots de façon à interdire à ceux chez lesquels la vue est obtuse, des services tels que ceux de vigie auxquels ils sont inaptes. Je ferai remarquer ici, comme je l'ai développé ailleurs (1), que le sens de la vue est de tous le plus susceptible d'éducation : « Nos sens ne nous donnent pas aujourd'hui ce que nous aurions le droit d'en attendre, ce sont des serviteurs un peu dégénérés : l'éducation peut et doit les améliorer. » Cela est vrai surtout de la vue et plus vrai encore de la vue du matelot que de celle de tout autre homme. On sait l'acuité visuelle à laquelle arrivent les vieux marins reconnaissant à l'horizon les linéaments d'une voile ou d'une côte qui échappent à des yeux moins exercés ; il y a là une sorte de presbytie professionnelle qui devance l'âge et qu'on peut conquérir par l'habitude. Un degré minime de myopie peut trouver dans ces conditions d'horizons éloignés où l'on est placé en naviguant, un moyen efficace de redressement.
2° Les dangers de la myopie à bord des navires n'ont pas besoin d'être démontrés et les règlements maritimes se montrent pour l'admission des élèves du vaisseau-école justement rigoureux en cette matière. On comprend ce qu'une manœuvre commandée par un officier présentant celte imperfection visuelle, par exemple le brasseyage d'une vergue sur laquelle quelques hommes resteraient encore, pourrait avoir d'horriblement dangereux. Je n'ai pas à insister sur ce point ; je ferai seulement remarquer que les myopes sont beaucoup plus nombreux qu'on ne le suppose, que la myopie avancée se révèle seule d'elle-même et qu'il y a une myopie acquise dont il faut aussi tenir compte pour le recrutement des services à bord.
(J) Fonssagrives. Éduc.phys. des garçons. Paris, 1870, p. 22l>.
3° L'ftémcmlopie, nous le verrons, n'est pas exclusive aux pays chauds, mais elle s'y rencontre plus souvent que sous les climats tempérés et la vie du marin y prédispose particulièrement; de plus, si elle est souvent passagère, elle peut durer presque indéûniraent à un degré médiocre et il faut que les médecins examinent sous ce rapport ceux de leurs matelots qui ont fait des campagnes aux colonies.
4° Enfin l'imperfection visuelle la plus grave, celle sur laquelle il faut avoir l'attention dirigée, est la dysckromatopsie on le daltonisme qui consiste dans l'inaptitude à percevoir certaines couleurs du spectre ou à distinguer d'autres couleurs, certaines couleurs élémentaires. Quand le bleu n'est pas perçu c'est Vacyanopsie (1) (de xuavoç bleu); quand c'est le rouge c'est Vanerythropsie (2) (5va sans, èpuôpo'; rouge) ; quand c'est le vert, on peut appeler cette forme du daltonisme Yachloropsie (de à privatif et y>poç vert). Le daltonisme est beaucoup plus fréquent qu'on ne le supposait dans le principe. Suivant Wilson, d'Edimbourg, cité par Deval (3), une personne sur vingt en Angleterre serait daltonienne à un degré quelconque. M. Favre, de Lyon, a, dans ces dernières années, étudié de très-près le daltonisme et il a montré le danger que cette imperfection sensorielle peut, quand elle est méconnue (ce qui arrive habituellement), faire courir dans le service des chemins de fer et à plus forte raison, à bord des navires. Examinant 1,050 individus de 18 à 30 ans, il a trouvé sur ce nombre quatre-vingt-dix-huit daltoniens ou 1 sur 10,7, proportion réellement très-considérable. Ces daltoniens auxquels manquait toujours la perception de plusieurs couleurs, ont commis des erreurs 78 fois par rapport au violet ; 50 fois par rapport au bleu ; 54 fois par rapport au vert ; 14 fois par rapport au jaune ; 10 fois par rapport au rouge. Eloignant les cas de simple hésitation sur la nature d'une ou de plusieurs couleurs, M. Favre évalue à 1 sur -17 environ, la proportion des vues entachées de daltonisme. De là donc la nécessité de faire entrer la recherche de la dyschromatopsie dans l'examen des aptitudes nautiques. La perception nette du rouge, du vert et du blanc, couleurs employées pour les feux de position et pour les phares, est indispensable aux marins. On s'est demandé si beaucoup de sinistres inexpliqués n'ont pas été dus à des abordages provoqués par des faits de daltonisme, et M. Favre n'est pas éloigné d'attribuer le sinistre assez récent de la Ville-du-Havre à une cause de cette nature. Les conclusions de son travail sont les suivantes : Tous les marins destinés à faire usage de signaux coloriés doivent subir la visite des couleurs. — La notion exacte du rouge et du vert est indispensable et des exercices sur les couleurs doivent être institués à bord de tous les
(1) Les mots acyonoblepsie, ahjanoblepsie ont été proposés, mais celui d'acyanopsie est moins long et me paraît préférable.
(2) Le mot anerythroblepsie est passible des mêmes reproches.
(3) Deval, Traité théorique et pratique des maladies des yeux, Paris, 1862, p. 607.
navires — les marins alleinls de conlusions, de plaies des yeux ou de la tête, doivent subir cet examen. — Il esl de rigueur après toute maladie grave. — L'usage abusif de l'alcool et du tabac rend nécessaire la répétition fréquente de l'examen. — La nécessité de reconnaître le rouge et le vert ne constitue pour les marins qu'un minimum qui sera sans doute trouvé insuffisant plus tard (1).
Il est inutile d'insister sur le soin avec lequel les médecins de la marine doivent examiner de temps en temps, à ce point de vue, l'état visuel des hommes de l'équipage.
On le voit, il n'est plus permis aujourd'hui de se contenter de ces impressions de surface qui font juger d'une manière très-faillible de la force ou de la faiblesse d'un équipage. La taille moyenne, le poids moyen, la force moyenne, la capacité spirométrique moyenne, etc., sont des éléments dont l'appréciation rigoureuse doit désormais être invoquée et dans quatre conditions : 1° au moment du recrutement; 2° au moment de la formation d'un équipage ; 3° en cours de campagne; 4° au retour. Quel champ d'expériences pleines d'intérêt pendant la durée des différentes campagnes, à leurs diverses périodes et au débarquement en comparant par exemple le poids et la force dynamométrique d'un équipage revenant d'une station de deux ou trois ans à ce qu'ils étaient quand ils ont été consignés sur le livret, au moment du départ !.. Je ne saurais trop engager les médecins de la marine à entrer dans cette voie de précision qui sera féconde pour eux en résultats intéressants et inattendus.
(1) Favre. Marseille médical, 1876. — M. Féris, médecin de première classe de la marine, vient de pubier dans les Archives de médecine navale (t. XXV, 187 6, p. 270}, sous ce titre : Du daltonisme dans ses rapports avec la navigation, un intéressant travail sur la dyschromatopsie nautique. Faisant remarquer avec raison que cette imperfection visuelle doit jouer un rôle considérable, s'il n'est que soupçonné, dans les collisions des navires, et que la fausse appréciation des couleurs des phares par les vigies atteintes de daltonisme a dû provoquer maints naufrages, M. Féris a examiné à ce point de vue spécial 501 matelots pris au hasard ; il a trouvé sur ce nombre : 1 1 daltoniens confondant le. vert avec le rouge, le bleu avec le violet ; 11 autres daltoniens à un moindre degré, ne distinguant passablement que les couleurs pures, et 23 hésitant avant de se prononcer sur la nature d'une couleur; en somme, 9,4 sur 100 lui ont paru entachés k des degrés divers de cette imperfection visuelle. M. Féris conclut à la nécessité de la rechercher chez les candidats au Vaisseau-école et chez les marins. 11 croit d'ailleurs cette névrose curable, et il recommande d'employer la méthode d'exercice et d'éducation chromatiques imaginée par M. Favrc et employée par lui avec succès.
ARTICLE PREMIER