‹ Traite d'hygiene navaleChapitre 39 sur 224 · PROFESSIONS ET SERVICES DE L'INTÉRIEUR DU NAVIRE · texte numérisé non relu

PROFESSIONS ET SERVICES DE L'INTÉRIEUR DU NAVIRE

§ 1. Professions de tintérieur du navire.

Aux professions qui s'exercent à l'air libre, sur le pont des navires, il faut opposer, sous le rapport de l'hygiène, celles qui obl.gen à la séaueslration dans l'intérieur du navire. Les fourriers adonnés à des occupations de comptabilité et de bureaucratie ; les maîtres et surtout ceux de professions, que la nature de leurs fonctions n appelle que rarement en haut; les surnuméraires, cuisiniers, domestiques, qui ont in-

, , , iRcr- f m n. 113. En escadre les hommes de barre

(,) Barthélémy, ^^.'^'^'J^l^^^^^^^^^^ aotter. C'est une bonne précaution,

ont une ceinture qui empûche le""^^,*;;™,^ ^esse dans la machine autour d or- Les chauffeurs et mécaniciens qui ^ts "^"J^'^^ Un règlement récent

ganesen mouvements devraient ^^^^ ^^^^^^^ Sais il est à craindre que cet.o

a fait entrer la ceinture dans le cos me ^^^^^^^^ , m'cxpliquer

additionne serve quîi la tenue destinée à lexitrium.

bientôt sur la valeur de cette innovation. ^ loto

uieniui OUI .» 221, Gt Vmon niéihcale, iSbS.

(2) Doumic, Ann. Injg. 1861, t. \>i, p. ^'"i

térêl à fuir le grand jour pour cacher la sordidilé de leur personne et de leurs vêtements; le calier qui aime les profondeurs sous-marines du navire parce qu'il y jouit d'une liberté relative et s'y crée une sorte de home; les cambusiers, le magasinier, qu'il faut violenter pour les faire monter sur le pont, appartiennent à cette catégorie.

On pourrait, à la rigueur, la subdiviser en deux groupes, comprenant, l'un les individus qui séjournent dans les lieux habitables (batteries, faux pont), l'autre ceux qui vivent dans la cale ou ses compartiments (caliers, cambusiers, magasiniers). La différence des conditions de salubrité du faux pont et de la cale indique assez que ces derniers courent, par le fait de la séquestration, des dangers encore plus sérieux que les autres. La privation d'air, la pénurie de lumière et les miasmes infectieux des parties basses du navire sont les trois périls de celte vie sous-marine. L'anémie, avec tout son cortège ordinaire, en est la conséquence inévitable; alors même qu'elle n'atteint pas un degré qui compromette directement la vie, elle use les ressorts organiques, affaiblit la force de résistance vitale, et donne aux maladies un cachet de léthalité insolite. Les épidémies atteignent de préférence ces professions.

Ainsi il est digne de remarque que dans les tableaux des cas de fièvre jaune qui se sont manifestés sur VHerminie, les professions séquestrées ont été de toutes les plus maltraitées, ainsi qu'on peut en juger par les chiffres suivants :

Cuisiniers, coqs, aides de cuisine. . . . 66,66 pour 103 Boulangers et cambusiers 64,58 —

Il suffit d'opposer ces chiffres à ceux qui représentent le nombre des cas de fièvre jaune dans les professions de la deuxième catégorie (de 33,30 p. iOO à 20 p. 100), pour se faire une idée de l'influence délétère de la séquestration. Le danger réside-t-il exclusivement dans la privation d'air pur et de lumière? Nous n'en croyons rien; il faut aussi tenir compte de cet empoisonnement lent par les miasmes sulfhydriques ou autres qui se dégagent dans les parties profondes du navire et aussi, pour quelques catégories, de l'état d'usure ou de débilité des individus qui les composent.

I. Le calier se reconnaît aisément, dans les inspections, à la pâleur de son teint, à la bouffissure œdémateuse de ses joues, à cette apparence d'étiolement et de débilité générale que quelques mois de séjour dans la cale suffisent pour lui faire revêtir. Cette profession entre pour une

Caliers. .

Officiers

Premiers maîtres Mousses

— (Maher),

part considérable dans les relevés de maladies (1). M. Malier a trouvé que les caliers de VHerminie avaient donné 54,59 pour 100 de malades, tandis que la moyenne générale avait été de 28 pour 100 senlement(2).

Trois moyens se présentent pour combattre les dangers très-sérieux de cette séquestration, qui est un peu le fait de la nature des travaux, mais aussi celui de l'habitude :

1° Ne pas faire de la cale un poste permanent; faire rouler, si l'on veut, ce service, à raison des aptitudes spéciales qu'il réclame, sur une catégorie restreinte de matelots, mais exiger qu'ils alternent, et qu'après huit jours passés dans le méphitisme de la cale ils aillent se retremper à l'air libre.

2° Soumettre les caliers en fonctions à l'usage d'une petite quantité de vin de quinquina, si surtout le navire est vieux et a une cale fétide.

3° Veiller à ce que les hommes appartenant à l'une des professions désignées séjournent sur le pont à une heure et pendant un temps déterminés. Nulle spécialité de la profession maritime n'est plus insalubre que celle-ci; il faut donc s'attacher h en neutraliser les périls par des moyens appropriés.

II. Camhusiers et magasiniers. — Les cambusiers étaient,' jusqu'à une époque rapprochée de nous, des surnuméraires, recrutés un peu au hasard, souvent débiles, usés, sans aptitudes ni accoutumance nautiques, enclins par suite à subir les influences insalubres du milieu dans lequel ils vivaient, comme ils subissaient les railleries frondeuses de l'équipage qui se plaisait à se venger sur eux des défectuosités de la ration. Cet état de choses s'est amélioré, mais le cambusier n'en est pas moins exposé aux dangers d'étiolement et de méphitisme qui résultent de son séjour habituel.

Les magasiniers sont dans le même cas, car les améliorations introduites par les progrès de l'art nautique dans les conditions de l'hygiène des nouveaux types de navires n'ont pas plus profité au magasin général qu'à la cambuse, comme j'ai pu m'en assurer récemment à bord du cui- . rassé /'Ocmn, où le magasin-général inférieur comme je l'ai dit plus haut, est si méphitique que la combustion d'une bougie n'y peut continuer.

§ 2. — Services de l'intérieur du navire.

Les services habituels se confondant avec les professions, nous n'avons rien à en dire ici, mais il y a des services intérieurs qui sont

(1) Rouppe avait signalé l'insalubrité des fonctions de calier et la vocation bizarre que prennent pour ce métier ceux qui l'exercent. 11 faut en chercher la cause dans 1 aUrait instinctif (et si peu satisfait h bord des navires), que l'on éprouve .\ avoir un chez ot fùt-il un coin de la cale, et dans le désir de se soustraire aux exigences de la tenue e de trouver, dans les profondeurs du bâtiment, une indépendance et une liberté relatées.

(2) Mahcr, op. cit., p. -H) suiv.

entièrement accidentels et auxquels un certain nombre d'hommes appartenant à des catégories professionnelles très-diverses peuvent être employés. Ceux qui se font dans les batteries et le faux pont sont inoffensifs, il en est autrement des services accidentels de la cale: travaux d'arrimage, de désarrimage et travaux de peinture.

I. Désarrimeurs . — Le désarrimage partiel ou total d'un navire, pratiqué pour aveugler une voie d'eau, exécuter des réparations majeures ou nettoyer la cale en temps d'épidémie, est une opération aussi insalubre, si le bâtiment est armé depuis plusieurs années, que le curage d'un égout ou le défrichement d'un sol marécageux.

Nous verrons plus tard, à propos de l'infection, que cette mise à découvert du marais nautique n'est jamais inoffensive, et que les hommes employés à cette besogne courent des dangers on ne peut plus sérieux. On ne saurait donc trop s'attacher à amoindrir ceux-ci par une bonne hygiène, une alimentation choisie, l'alternance réitérée du repos et du travail, et l'administration quotidienne du vin de quinquina ou de sulfate de quinine à doses prophylactiques.

II. Peintres et badigeonneurs. — J'ai déjà parlé des accidents que peut provoquer le renouvellement de la peinture en cours de navigation. M. Villette a cité le fait d'un matelot du vapeur le Grand-Bassam qui, employé à peindre le navire avec une peinture blanche que l'on croyait à base de zinc, fut pris de coliques de plomb. L'analyse démontra que c'était une peinture à la céruse.

Quant aux badigeonneurs, rien à signaler si ce n'est des ophthalmies dues à la projection accidentelle de chaux dans les yeux. J'ai relaté plus haut la possibilité de cet accident, assez peu grave du reste, et indiqué le moyen de le prévenir.

ARTICLE m.

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