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CHAPITRE m

Travaux nautiques.

Les travaux accidentels ont pour but tantôt la visite et le nettoyage de la carène ou la propreté intérieure, tantôt le ravitaillement et le chargement.

Les premiers tirent surtout leurs dangers de leur nature particulière ; les seconds des influences climatériques auxquelles ils soumettent les matelots.

§ 1". — Ratiers.

Les ratiers chargés de fourbir les feuilles émergées du doublage et de peindre les bordages de la carène accomplissent leur besogne sur un radeau. C'est un travail fatigant qui oblige les hommes à avoir constamment les pieds dans l'eau et qui les expose, pour peu qu'il se prolonge un peu avant dans la'matinée, à des insolations contre lesquelles rien ne les préserve. Nous avons entendu plusieurs fois des hommes affectés à ce service se plaindre de ce qu'il avait de pénible et demander instamment à être remplacés. La précaution, dans les pays chauds, de ne faire travailler les ratiers que du côté de l'ombre est d'ailleurs indispensable. Si des travaux d'urgence obligeaient à ne pas l'observer, il laudrait veiller à ce que les hommes eussent leurs chapeaux de paille au lieu de leur bonnet de travail. Serait-ce une précaution de luxe que de demander, dans ces cas, que le radeau ftit muni à ses quatre angles de mortaises pouvant recevoir des chandeliers amovibles qui serviraient, le cas échéant, à l'établissement d'une tente ?

(1) Barthélémy, loc. cit., p. 216.

§ 2. — Plongeurs.

La nécessité de visiter la carène des navires ou de relever du fond des objets divers : ancres, canons, débris d'épaves, etc., oblige certains hommes, choisis à raison d'une aptitude spéciale, à plonger pendant un temps variable et à courir par conséquent les risques d'une suppresion temporaire de la respiration (là oh on ne dispose pas d'appareils spéciaux) et les effets d'une compression et d'une décompression aériennes. Le travail des plongeurs doit être envisagé dans ces deux conditions si différentes. .

1° L'action de plonger, sans appareil, est précisément l'inverse de nager, puisque, pour l'accomplir, il faut imprimer au corps une impulsion descensionnelle et faire qu'il présente aussi peu de volume que possible; elle exige une éducation préalable et une aptitude spéciale à suspendre sa respiration pendant un certain temps.

On a singulièrement exagéré la durée possible du séjour d'un plongeur sous l'eau. Am. Lefèvre, ancien directeur du service de santé de la marine à Brest, a fait justice de toutes les fables dont les auteurs fourmillent en ce point, et, par des expériences précises faites à Navarin sur les plongeurs grecs dont l'habileté est extrême, il a fixé à deux minutes le temps maximum du séjour possible sous l'eau à une profondeur de 100 pieds environ. Ses observations ne lui ont même fourni qu'une moyenne de 76 secondes. « Lorsque ces travailleurs sortent de l'eau, dit ce savant, ils ont presque toujours la face injectée. Souvent ils sont pris d'hémorrhagies nasales très-abondantes ; dans quelques cas, on les a vus rendre du sang par les yeux et par les oreilles... Ils peuvent impunément répéter cet exercice trois ou quatre fois dans une heure. Malgré mes questions, je n'ai pu savoir d'eux si, dans un âge avancé, ils étaient, plus souvent que d'autres hommes, atteints de lésions organiques de l'appareil respiratoire, ainsi que peuvent le faire présumer des suspensions aussi répétées de Tacte respiratoire, et par suite la stase du sang dans le système afférent du poumon (1). »

Les matelots forts, vigoureux, à poitrine bien développée, chez lesquels la respiration se fait bien, qui n'ont aucune trace d'affection du cœur, sont ceux qu'il faut choisir de préférence, et le médecin doit veiller : d'une part, à ce qu'ils ne plongent qu'à un moment éloigné du dernier repas; d'autre part, à ce qu'une distribution supplémentaire de spiritueux vienne ranimer la circulation quelquefois engourdie lorsque la saison est rigoureuse.

(0 Am. Lefèvro, Observations sur les plongeurs, à la suite du mémoire sur V Asthme. Paris 1835, p. 79. M. Leroy de Méricourt a repris récemment cette étude dans un mémoire spécial (Considérations sur l'hygiène des pécheurs d'épojiges. An7i. d'hyg. pub., 1869, t. XXXI, p. 274.), et a insisté sur les conditions de recrutement et d'hygiène qui doivent être recherchées pour ces travaux dangereux.

IP Depuis bien longtemps on s'est efforcé de réaliser à l'aifle d'appareils ingénieux le problème de séjourner impunément sous l'eau pendant un temps assez long, et avec assez de liberté d'allures pour pouvoir s'y livrer à des travaux divers. On peut dire aujourd'hui que le génie humain a pris une possession plus complète du fond de la mer (]u'il ne l'a fait des hautes régions atmosphériques. Les travaux qui s'accomplissent en ce moment h Toulon pour sauver les débris du Magenta mesurent, par la perfection et par l'innocuité avec lesquels ils sont conduits, le progrès qui a été réalisé en quarante ans dans l'art des travaux sous-marins.

L'F.cposùion univrselle de 1867 a indiqué le point précis oti en était arrivée la question à cette époque (1); et depuis, les appareils Rouquayrol-Denayrouse et Galibertont encore serré de plus près la solution complète du problème. Je n'indiquerai ici que les scaphandres Gabirol Rouquayrol-Denayrouse et Galibert.

1° Le scaphandre Gabirol qui figurait à l'Exposition de 1867 se compose d'un casque et d'une pèlerine métalliques et d'un vêtement imperméable. Le casque, qui est en cuivre étamé, est percé en avant de quatre ouvertures (A,B, G) fermées de glaces et qui permettent au plongeur de voir dans toutes les directions. Une petite ouverture (D) lui sert à évacuer de l'air quand la pompe lui en envoie une trop grande quantité. L'obturation de ce trou gonfle l'appareil d'air et aide le plongeur à remonter. Au casque aboutit le tuyau d'apport de l'air (F), et une soupape donne passage à l'air expiré. Des saillies placées en arrière du casque supportent les poids (G) qui maintiennent le plongeur au fond de l'eau. Le casque se léunit à vis sur la gorge de la pèlerine métalliiiue. Le vêlement est en toile doublée de caoutchouc et les manches sont terminées par des lanières de la même substance ; le haut du vêtement se fixe sur la pèlerine. Des brodequins de cuir à semelles de plomb; une ceinture munie d'un poignard et à laquelle est attachée une petite corde (I) dont l'extrémité est tenue à la main par un homme intelligent complètent cet appareil dont nous reproduisons ici la figure sous deux aspects (fîg. 21 et 22).

2° L'appareil Rouquayrol-Denayrouse se compose d'un réservoir à 'à\và\Vrégulateur{^i^. 23), boîte métallique, résistante, composée de deux compartiments horizontaux et fixée sur le dos du travailleur par des bretelles. Le compartiment supérieur contient l'air en consommation, l'inférieur l'air, en approvisionnement et qu'il a reçu par une pompe à air. Un mécanisme très-ingénieux, fondé sur le jeu d'une soupape laissant passer de l'air du compartiment d'approvisionnement dans celui de consommation quand l'aspiration respiratoire a diminué la pression mtérieure de celui-ci, est la clef du fonctionnement intérieur de cet ap-

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FoNSSAGnivES, Hyg. nav. ^3

•104 l'homme de mer.

pareil. Un artifice aussi bien conçu permet à l'air expiré de sortir, en partie, du compartiment supérieur de telle sorte que les mouvements respiratoires font fonctionner cet appareil, qui fournit une quantité régulière d'air pur à chaque expiration, et d'un air ayant la même pression, quelque diverse que soit celle du milieu extérieur. Le poids

Fig. 21. — Scaphandre Cabirol, vu de face.

du régulateur est de 20 kilogrammes. La soupape de distribution de l'air, dont les diverses parties sont indiquées dans les figures 23, 24, 25 et 26 (Voy- page 196), est d'une construction très-mgenieuse et qui atteint parfaitement le but. Un tuyau d'aspiration est terminé par un ferme-bouche en caoutchouc vulcanisé (lîg. 28) qui se place entre les lèvres

et les dénis, et le nez est obturé au moyen d'un pince-nez. L'nppareil régulateur est mis en communication avec une pompe à air (lig. 29) au moyen d'un Uibe en toile enduite de caoutchouc contenant une hélice en fer pour en augmenter la résistance. La figure 30 (page 197) donne une idée de l'appareil dans son en-

Fig. 22. — Scaphandre Cabirol, vu de dos.

semble, le plongeur fonctionnant sans masque et sans vêtement. Des sandales à semelles de plomb du poids de 16 kilogrammes s'ajoutant au poids du régulateur maintiennent le travailleur au fond de l'eau (fig. 31). 'Juand il conserve ses vêtements il peut se servir de ses lunettes ou ^'en passer, suivant la nature des travaux qu'il exécute. En hiver et

dans les pays froids on se sert d'un habit en caoutchouc surmonté d'un masque à verres.

Avec cet appareil on peut travailler très-aisément par des fonds de 5

Fig. 23. — Réservoir régulateur. Fig. 24. — Soupape de distribution d'air.

Fig. 26. — Coupe de la soupape.

Fig. 25.

Clapet.

Fig. 27. — Bouton du clapet.

Fig. 28. — Fermebouche.

à 25 mètres, et d'une façon presque indéfmie, quand la température n'en limite pas la durée. L'absence de toute perturbation physiologique, ainsi

Fig. 29. - Pompe à air r), [échelle à 1/12).

que cela a été constaté à bord de la Thémis et de la Gloire, est le meilleur

(.) B. Plaquedc fonte, C. Corps de pompe ; D. Chapeau ; E. Moyen d'arrivée de l'air ; F. Godets ; G. Balancier ; T. Tige de la chope du chapeau ; S. Soupape.

critérium de sa valeur; il n'y a ni douleur de lôte, ni troubles audilifs. La simplicité de la surveillance de l'appareil et celle de l'apprentissage sont deux autres avantages à signaler. M. Leroy de Méricourt a comparé dans les termes suivants l'appareil Rouquayrol au scaphandre. « Avec ce

Fig. 30. — Appareil plongeur Rouquayrol-Denayrouse, sans masque et sans

vêtement.

dernier appareil, dit-il, rien ne règle le débit ni la pression de l'air injecté dans l'enveloppe qui entoure le plongeur; il en résulte que l'ouvrier reçoit souvent trop ou trop peu d'air, il est obligé, pour remédier en partie à la gêue de la respiration qu'il éprouve, d'ôLre constamment en rapport avec les pompeurs, au moyen de signaux consistant en un certain nombre de coups donnés à une corde d'appel, moyen très-difficile et imparfait de correspondre. C'est à ce mode irrégulier et direct de

l'envoi de l'air qu'on doit attribuer, croyons-nous, tantôt l'anxiété, tantôt l'oppression qu'éprouve le plongeur et surtout les douleurs ressenties dans la tête et dans le conduit auditif à chaque coup de piston. L'imperfection du mode d'aération dans le scaphandre exige, par suite, ^ une éducation spéciale, une constitution ro-

buste; beaucoup de sujets ne peuvent jamais s'y appliquer. L'appareil Rouquayrol par son système si précieux de distribution de l'air, supprime tous ces inconvénients. Le salut du .plongeur est entièrement subordonné à l'intégrité parfaite de l'enveloppe qui constitue le scaphandre. L'habit, au lieu d'être, comme dans l'appareil Rouquayrol, un simrig. 31. — Soulier. moyen de protection contre le froid,

constitue lui-même le réservai?^ ctair. Il supporte parfois des pressions considérables ; le choc des corps étrangers peut le déchirer ; les glaces du casque peuvent être brisées, et nous n'avons qu'une très-médiocre confiance dans la fermeture de la soupape d'aspiration, comme ressource destinée à prévenir l'asphyxie par submersion dans ce cas; le casque peut se dévisser, comme cela a été observé à Lorient, le tuyau d'injection d'air peut se rompre. Dans l'appareil Rouquayrol les avaries de l'habit, du masque, du tuyau d'injection muni d'une soupape de retenue ne compromettent nullement la vie du plongeur (l). »

3° L'appareil Galibert (fig. 32 et 33) est destiné à permettre de séjourner impunément dans les atmosphères irrespirables. Il a reçu deux dispositions différentes suivant qu'unecommunication peut ou ne peut pas être établie entre l'atmosphère extérieure et l'atmosphère confinée. Dans le premier cas (Qg. 32), l'appareil Galibert se compose simplement de deux tuyauxen caoutchouc, l'un d'aspiration, l'autre d'expiration communiquant chacun par un trou avec une pièce en bois ou eu corne, sorte d'opercule qui s'applique sur la bouche. La langue se portant alternativement de l'un à l'autre de ces trous joue l'office d'obturateur qui ouvre pendant l'inspiration l'un des tuyaux ,et le ferme pendant l'expiration. Un pince-nez détermine l'occlusion parfaite des narines. Si au contraire, l'ouvrier est obligé d'avoir avec lui sa provision d'air, il l'emporte sur son dos dans une outre en peau de chèvre que l'on gontle de 80 litres d'air à l'aide d'un soufflet (fig. 33).

Cet appareil ne serait pas susceptible d'être appliqué aux travaux sousmarins. M. de Méricourt croit même que, malgré les avantages de sim-

(I) Le Roy de Mcricourt, Note sur les nouveaux appareils respiratoires destinés à permettre de séjourner dans les milieux irretpirnbles {Arch. de méd. uav., 18G5, t. III, p. 234), et Considér. sur Chyg. des pêcheurs d'épongés (Bullct. Acad. de méd., 18G8, t. XXXIII, p. 785).

plicilé et de légèreté qu'il offre, il ne pourrait ÔLre employé pour les travaux d'assainissement des cales infectées, à raison du temps qu'ils nécessitent ; la fatigue de la langue, obligée de fonctionner comme soupape, et l'afflux de la salive provoqué par l'opercule, seraient en effet des obstacles à son emploi dans ces cas. 11 n'en est pas moins à désirer toutefois que cet appareil se trouve à bord de tous les navires pour permettre

Fig. 32. — Appareil Galibert. Fig. 33. — Appareil Galibert.

de pénétrer dans des atmosphères confinées, et parfois dangereuses, comme le sont quelquefois les atmosphères des chaudières des bateaux î\ vapeur et surtout pour procéder rapidement à une opération de sauvetage en cas d'accidents.

Les tuyaux en caoutchouc vulcanisé dont on se sert pour le scaphandre peuvent être le point de départ d'accidents dus évidemment à la respiration des vapeurs du sulfure de carbone dont sont imprégnés les tubes en caoutchouc récemment vulcanisés. Telle est du moins l'explication plausible proposée par MM. Thibaut et Leroy de Méricourl, dans un travail intéressant relatif à un accident de ce genre (1).

(1) L. Thibaut et Leroy de Méricourt, Note sur les accidents observés 'pendant l'usagi' d'un scaphandre dont le tuyau injecteur d'air en caoutchouc vulcanisé venait d'être renouvelé [Arch. rnéd. nav. 18G4, t. I, p. 225).

Quel que soit l'appareil dont on se serve, il est des précautions générales qu'il faut prendre pour rendre inoffensifs ces travaux sous-marins. M. Leroy de Méricourt les a parfaitement résumés dans un travail spécial, mais dont les conclusions sont entièrement applicables aux autres travaux de ce genre : il veut que les marins qui travaillent comme plongeurs soient choisis avec soin; qu'ils aient un embonpoint modéré; qu'ils n'aient pas plus de trente-cinq ans; qu'ils soient d'une taille moyenne, d'une grande sobriété; que l'examen de la poitrine et du cœur ne révèle chez eux aucune lésion; qu'on leur donne pendant leurs travaux une alimentation réparatrice et au moins un litre de vin par jour; qu'on ne se serve que d'appareils à régulateur comme celui de Rouquityrol-Denayrouse ; qu'on règle la durée du séjour sous l'eau dans une proportion inverse à celle de la profondeur; qu'à 30 mètres le plongeur ne prolonge pas l'immersion au delà de deux heures; que la décompression soit d'autant plus lente qu'il est descendu plus bas; qu'on la conduise à raison de une minute par mètre; enfin que des services médicaux soient organisés en permanence sur le lieu des travaux (d).

§ 3. — Charbonniers et bûcherons.

Dans certaines campagnes on envoie à terre des hommes destinés à faire du charbon de bois. Il est bien rare, dans les pays marécageux, que ces hommes reviennent à bord sans que leur santé soit compromise, et cela se conçoit : indépendamment des excès auxquels ils s'abandonnent, ils passent presque toujours la nuit à terre, circonstance on ne peut plus dangereuse dans ces localités, et en coupant du bois ils mettent à découvert un'humus riche en émanations fébrigènes.

. Il faut en dire autant des matelots employés à ramasser à terre le bois destiné à alimenter les cuisines ou les fourneaux des machines à vapeur. Lind rapporte que sur douze hommes descendus à la Dominique pour faire du bois, onze furent pris de fièvre (-2). Il n'est pas de médecin de la marine qui n'ait eu l'occasion de constater l'insalubrité de cette besogne. Nous avons vu plusieurs fois, pour notre compte, des accès pernicieux se manifester chez des hommes qui avaient séjourné la nuit sur la rive gauche du Gabon pour y faire du charbon et y ramasser du bois.

M. Bourel-Roncière conseille de n'envoyer les hommes à ces corvées de bois que le matin et de les interrompre dès que la chaleur se fait sentir, jusqu'à quatre heures du soir; de leur faire prendre avant le départ du vin de quinquina; de confier au chef de corvée de l'eau mélangée de café ou légèrement alcoolisée pour désaltérer ses hommes et les empêcher de boire de mauvaise eau. Dans les parages à reptiles il est utile que celui qui dirige ces travaux ait à sa disposition un flacon d'ammo-

(1) Leroy do Méricourt, Idc. cit.

[2) Colle, Ilyg. prat. des pays chauds, p. 301.

niaque. Enfin il faut, avant d'embarquer le bois, le visiter nnorcean par morceau pour éviter l'introduction h bord d'animaux dangereux, en particulier de scorpions, si ce n'est de serpents venimeux (1).

§ 4. — Défricheurs.

Les défrichements pratiqués quelquefois par nos matelots exposent aux mêmes dangers et nécessitent les mêmes mesures préservatrices. Remuer une terre vierge, c'est ouvrir une issue à tous les miasmes qui procèdent de la pulréfaclion végétale. Les faits qui prouvent la léthalité des travaux de ce genre se rencontrent partout. Suivant M. Maher, la première épidémie de fièvre jaune à la Nouvelle-Orléans éclata à la suite deremuemcnîs considérables de terrains et de déboisements étendus; la même cause ramena encore le fléau, en 1822, à la Nouvelle-Orléans, au Natchez, en 1819 (2). Le creusage d'un canal à Saint-Martin fut, suivant M. Drouet, le signal d'une épidémie de fièvres pernicieuses (3).

M. Celle a cité deux exemples intéressants des dangers qui se rattachent aux défrichements. Le premier est relatif à une épidémie de dysenterie et de fièvre qui se déclara à Tépic (Mexique), dans une localité non tnarécageuse, parmi les nombreux ouvriers employés à préparer l'établissement d'une filature de colon; le second se rapporte à la brus^ que invasion d'accès pernicieux à Mazatlan, à une époque où l'on entoura cette ville d'un fossé de 6 à 8 mètres de largeur (4). La fondation de nos comptoirs commerciaux de la côte ouest d'Afrique, Assinie, Grand-Bassam, le Gabon, a été signalée par des sinistres analogues. Toutes les fois donc que l'équipage d'un navire devra être employé à des travaux de ce genre, il faudra atténuer leur insalubrité par des précautions convenables, et surtout se tenir en garde contre la transformation possible et soudaine d'accès simples en accès pernicieux. C'est dans ces cas surtout que l'action prophylactique de la quinine, sur laquelle j'insisterai plus loin, peut être invoquée avec profit.

§ 5. — Chargeurs.

Le travail de chargement du charbon à bord des navires est effectué partons les hommes du pont indistinctement. C'est un service temporaire qui ne peut guère exercer d'influence appréciable sur la santé. Il paraît en être autrement lorsque ce travail de chargement et de déchargement du charbon est journalier et constitue en quelque sorte un service permanent. M. Constant a vu se développer à bord de la Cha-

(1) Bourel-Roncière, La station navale du Brésil et de la Plata [Arch. de mêd. nav 1872, t. XVII, p. 124).

(2) Maher, op. cit., p. 76.

(3) Drouet, Des fièvres intermittentes pernicieuses. Tlièse de Paris 1845.

(4) Celle^ op. cit., p. 309.

rente, navire qui, pendant trois mois, ne fit pas d'antre service que de charger et de décharger des hriqueltes, des otites qu'il expiicina par rinlroduction de poussière de charbon dans le conduit auditif. Des soins de propreté et la précaution d'obturer les oreilles avec un bourdonnet de colon prévinrent le renouvellement de ces accidents. Il ne paraît pas que les soutiers y soient exposés, ce que M. Constant explique par ce fait qu'ils ne travaillent que quatre heures consécutives dans leur soute et se nettoient entre deux quarts successifs (1).

Il est aussi des opérations de chargement et de déchargement qui exposent les matelots qui les exécutent à des inconvénients plus ou moins sérieux. Tels sont les phargements de riz qui peuvent contenir des larves d'un charençon, la calandre du riz {Curculio oryzœ), dont les débris sont doués de propriétés irritantes. M. de Brou a vu, sous l'influence de ces poussières, des ouvriers employés au déchargement d'un bateau de riz, être pris de tuméfuclion delà face avec rougeur, d'ophthalaiie, etc. (2). Ce sont des accidents analogues à ceux qui se produisent sous l'influence des moisissures de la canne de Provence [Arundo donax), et que l'on a décrits sous le nom de dermatose des vanniers ou cannissiers (3).

§ 6. — Pêcheurs.

Les pêcheurs, indépendamment des rhumatismes et des autres affections à frigore auxquelles les expose leur profession, sont de plus sujets à quelques maladies particulières. Telles sont les panaris, l'ulcère des saleurs, et la fleur d'Islande.

Le panaris est le fléau des grandes pêches. M. Chastang explique la h'équence des panaris en Islande, par l'élat de turgescence dans lequel les doigts sont soumis à l'impression d'un air très -froid (4); mais la malpropreté y joue sans doute le rôle principal.

C. Nielly a décrit sous le nom d'ulcère des saleurs, une affection ulcéreuse particulière, arrondie, cupuliforme, sèche, noirâtre, indolore, qui s'observe souvent à Miquelon, chez les pêcheurs (5).

Enfin on connaît en Islande, sous le nom de fleur d'Islande, une

(1) Constant, Otile traumatique des chargeurs de charbon de terre {Arch.de méd.nav. 1871, t. XV, p. 403).

(•2) Gaz. hef)d. de Méd. 1860. , , u u

(3) On sait nue d'autres plantes telles que le panais {Pasiinaca satwn) la berce-branoursine (Herac/enrn sijhond,//iim)\^rne {Ruta graveolen,}, etc., déterminent aussi par leur attouchement des éruptions diverses. ' r- ;

(/i) Chastang, Étude méd. sur l' Islande. Montp., 18GG. - Voyez aussi Auvray. E<mi su, le panaris, Montpellier. I8G5. - Saurel a insisté avec raison sur riiiducnce exercée par lo. lempératuros froides sur le développement du panaris; c est ainsi que dans les pa rages froids du cap Ilorn et du sud du cap de Bonne-Espérance, on voit fréquemment dos épidémies de panaris se montrer à bord (Saurel, Chirurgie imale, Pans, 186.. p ] 82

(5) Gras, Quelques mots sur Miquelon. Thèse de Montpellier, 1807.

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