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CHAPITRE II Couchage

COUCnAGE DES MATELOTS.

§ 1". — Mode de couchage.

Le couchage du matelot ne laisse rien à désirer actuellement; la concession d'un hamac (1) séparé pour chaque homme a éloigné les

(1) Les anciens ne paraissent pas avoir connu le hamac autant que j'en puis juger par le silence que garde Pitiscus {Lexic. anliq. roman,, t. Il, art. Lbctus), sur l'emploi

dangers et les dégoûts de l'amalelotage (I) ; l'inslallalion des hamacs pendant le jour, soit dans les bastingages, soit dans des caissons ouverts assure leur purificalion par l'air (->), enfin la précaution d'en embarquer un double jeu permet d'opérer, aussi souvent qu'on le veut, leur nettoyage complet.

I. Hamac. — Le hamac ou branle, comme on rappelait jadis, convient Irès-bien aux besoins ïiautiques ; son arrimage facile, la rapidité de sa mise en place, la possibilité de désencombrer les balteries ou le faux pont, en réunissant au même croc les deux extrémités des hamacs inoccupés, lui assurent sur tous les autres moyens de couchage une telle supériorité que nous ne comprenons guère qu'on en emploie d'autres pour les casernes régimentaires. Bien que cela sorte complètement de notre sujet nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer, en passant, combien le nettoyage et l'aération des chambres de soldats seraient plus faciles et plus complets, si l'on y remplaçait les lits par des hamacs amovibles (3).

La literie du matelot se compose de (rois choses : 1° d'un hamac proprement dit, rectangle de toile à deux enveloppes dans l'intervalle desquelles on introduit un matelas ; 2° du matelas lui-même ; 3° de la couverture.

Les deux extrémités du hamac sont percées de trous par lesquels passent des cordes ou araignées, qui convergent vers une boucle, laquelle

du lectuSpensi/is h bord des navires, de ce lit suspendu qui servait à bercer les malades dans quelques aflfections et dont on usait dans les bains. Il est vrai que les petites dimensions de leurs tiares {ledœ ou ap^iœ) ne permettaient guère ce bien-êire.

(î) Il y a moins de cent ans que la pratique malsaine qui consistait à ne donner quun liamac pour deux hommes était encore réglementaire dans la marine sons l'influence de lordonnance de 1 8G9 (Voir Lefèvre, Histoire du service de sauté de la marine, cbap. VI). Cailisen conseillait de ne pendre la nuit que la moitié des hamacs, la bordée qui laisse le quart y remplaçant celle qui le prend. Roy, Le,- mé'lecin!^ r/nvic/a(eurs. Elude critique sur Callmev- Arch. de méd. nav , 18(i8, t. XII, p. l'83). Il n'est pas nécessaire de faire ressortir les inconvénients de toute nature de cette pratique de l'amatelota^'e qui reparait encore, il est vi ai, mais dans des circonstances exceptionnelles. C'est ainsi que l'insuffisance du nombre des couvertures oblige quelquefois les capitaines dans les latitudes froides à revenir temporairement à cette pratique dégoûtante et qui constitue un anachronisme véritable.

(2) L'ir)stallation dos hamacs dans les bastingages les soumet à une aération trèsopportune ; de plus les hamacs devenus un objet de symétrie et d'ornement, sont exposés à la vue, et la salubrité bénéficie de cette coquetterie nautique.

l3) Je suis heureux de voir les médecins militaires se rallier peu à peu à cette idée, que je leur suggérais en 185G, de substituer le hamac au lit dans le casernement des soldats. M. Boisseau semble n'accepter les hamacs que pourles casernes des pays cliaud> (Die/. eiicycL des se. médic, 2= série, t. XII, p. '^77). C'est un pas de fait. M. Maurice a. paraît-il, essayé au camp de Meudon l'usap^e des hamacs pour les barraques et il s'en est bien trouvé, linfin l'auteur d'un important Traité d'hijyièuc tnihtaire, M. Moracho, s'est fait, dans la fréquentation des ports de mer et dans ses voyages maritimes, une idée favorable îi la substitution du hamac au lit dans le casernement des soldats. Je ne doute pas que cette réforme, si désirable pour l'aération des chambres et pour la propreté du coucliago, ne s'accomplisse prochainement.

COUCnAGE.

s'attache an croc suspenseur. Les malelols inexpérimentés acceptent et utilisent leur hamac tel quel ; les initiés savent, au contraire, en interposant des bâlonnels aux deux extrémités, lui donner une ampleur plus grande, et le convertissent en un cadre très confortable; les élèves, les maîtres et les malades sont à peu près les seuls à bénéficier des avantages de celte inslailalion.

Le hamac, suspendu par ses deux extrémités, suivant les mouvements d'oscillation latérale et de tangage du navire, atlénue pour les marins novices les souffrances du mal de mer, et diminue pour les initiés des secousses dont la violence pourrait comprometire leur sommeil. On a cherché, à plusieurs reprises, à imaginer pour les hamacs un système de susppnsion plus parfait que celui qu'on utilise actuellement. Pingeron en 1770 en a proposé un qui est excessivement ingénieux, il en donne la figure dans son ouvrage, mais comme il l'avoue lui-même, il pourrait tout au plus êlre employé pour les cadres des officiers et des malades. Il y a là évidemment une amélioration possible; mais la complication du mécanisme la ferait payer trop cher (1).

Fig, 34. — Crochet suspenseur de hamac imaginé par Pingeron *.

Je ne dois pas omettre de signaler un système très-ingénieux de suspension des hamacs qui commence à êlre appliqué à bord des navires anglais, (|ui existe notamment sur le vaisseau The Monarch et dont M. Leroy de Méricourt (2), si zélé pour tout ce qui intéresse l'hygiène navale, a donné une description et une figure que je reproduis ici (fig. 35).

Ce syslème de suspension n'a pas pour but d'atténuer les mouvements

(1) Pinp;eron, S'mté dps marins. Paris. 1870, p. 105. Les paquebots h. passagers pourraient iitilisca- le système de suspension qivl) propose. Des crocs siispenseui-s à double articulation sont quelquefois dél.vrés aux navires de guerre pour les cadres des officiers supérieurs.

(■-i) An/iir. m-id. nav., 1870, t. XV, p. 210.

* a, A, cylindre de fer poli terminé par une petite verfçe c. — d, d, tourillons aux deux bouts du cylindre. - /■, spirale d'acier ftxéc au point a. — ff, manchon de cuivre pr(!,enl,ant de chaque côté un n. — i, /. poulies de eu v,c vertical. s. — r, rainure pratiquée dans le cvlindre et recevant une arûte du manrhon. - m, poulie horizontale. - /t, puulies verticales. - q, q, cordes passant dans les poulies. - s, crochet suspen.eur. - t,t,Mis outrant dans les poulies et se fixant par des Kouoilli-s aux pièces 0,0. • i o 1

du navire, mais bien de permellre, sur les navires à étages élevés, de ne pas appliquer les hamacs à la partie supérieure là où la chaleur est la plus forte et où l'air est le plus impur. Ce système de suspension peut être relevé pendant le jour de façon à ne gêner en rien la circulation.

Fig. 35. — A. — Manière de suspendre les hamacs sur des tringles transversales, ■" adoptée dans les navires à entre-pnnt élevé {*).

B. Vue latérale d'un système analogue proposé comme mesure hygiénique dans les petits navires où il peut être nécessaire de relever l'appareil entre les barrots pendant le jour ; il est retenu par des chevilles et crochets convenablement placés,

i comme. on le voit en e. Les autres lettres correspondent à celles de la figure A.

^11. Cadre. — Le cadre est une invention anglaise qui réunit au confort de nos lits ordinaires les avantages nautiques du hamac; il rend de grands services aux malades, et les officiers, soucieux de leur bien-être, le substituent très-habiluellement à ces couchettes inamovibles qui leur enlèvent le quart, si ce n'est plus, du cubage de leur chambre. Nous no;is sommes déjà expliqué, à propos de l'ameublement des cabines d'officiers, sur les avantages qu'offre la couchette de fer sur la couchette de bois, et sur toutes les deux un cadre à l'anglaise, qui, le jour, se place sous barrots, et n'enlève rien à un emplacement déjà trop exaigu.

III. Lits. —Les officiers, je le répèle, ont presque tous dans leur chambre un lit-armoire qu'ils feraient bien mieux, à mon avis, de remplacer par un cadre suspendu, lequel serait placé sous barrots pendant le jour et qu'on pourrait fréquemment aérer. Les couchettes superposées en usage dans certains postes de maîtres des navires de guerre et dans les chambres des paquebots sont incommodes et malsaines, cette disposition interceptant le renouvellement de l'air. Les Anglais avaient fait établir sur les bâtiments destinés aux voyages polaires des lits fixés dans des armoires à portes et à coulisses, tout à fait analogues aux litsclos qui sont, de temps immémorial, employés dans les fermes de Bretagne. Kéraudren blâmait à bon droit cette installation en ce sens qu'elle maintient le corps dans l'iitmosplière de ses propres émanations et que le passage de cette température élevée à celle glaciale du pont peut et doit produire des répercussions fâcheuses (1).

(0 Kéraudren, Observ. médko-hyg. sur les expédit. marit. aux pôles {An7i.d'liyg.,mS. t. XIX, p. "î.'i).

(•) n. Barrol en fer ; cheville à œil ; c, tringle IransTcrsalc légèrement coudée tous les 3S centimètres, à laquelle sont suspendus les hamacs.

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