‹ Traite d'hygiene navaleChapitre 50 sur 224 · COUCHAGE · texte numérisé non relu

COUCHAGE

§ 2. — Literie.

Je considérais jadis la literie des matelots comme suffisante ; les progrès du bien-être m'ont rendu plus exigeant. J'ai à rectifier, en particulier, ce que je disais dans la première édition de cet ouvrage relativement à l'impossibilité de munir les matelots ào. draps de hamac. Le logement de ces draps ne serait pas une difficullé insurmontable; quant à leur nettoyage, la profusion de l'eau douce à bord du navire et l'Mtroduction certaine, dans un avenir peu éloigné, des lessiveuses mécaniques rendront possible ce qui aujourd'hui paraît peu praticable. La rareté des bains à bord rend cette amélioration même plus nécessaire. Deux paires de drap pourraient être allouées par hamac. La propreté des couvertures serait ainsi garantie et l'on pourrait sévir contre les matelots qui se couchent tout habillés dans leur hamac.

hes couvertures des hamacs sont brunes; je vois à cette couleur l'inconvénient (recherché comme un avantage) de dissimuler la malpropreté. Il serait préférable qu'elles fussent de couleur blanche, on jugerait ainsi beaucoup mieux du moment oîi leur nettoyage est devenu indispensable, car, en fln de compte, on doit tendre plutôt à combattre la malpropreté qu'à la dissimuler à l'œil là où elle existe. Si la toile du hamac est soumise au nettoyage mensuel prescrit par les règlements, cela tient peut-être un peu, tout esprit de critique à part, à ce qu'il contribue, quand il est placé dans les bastingages, à celte propreté d'apparat à laquelle on tient tant. Son nettoyage est cependant moins essentiel que celui des autres pièces de la literie. Il est nécessaire de nettoyer fréquemment les couvertures, qui absorbent la sueur, de les priver de leur humidité par l'aération, le battage et l'exposition au soleil, aussi souvent qu'on le pourra, et de les laver à l'eau douce tous les deux mois au moins; ce n'est certainement pas là demander un luxe d'assainissement et de propreté. Dans l'escadre de la Méditerranée, M. Bourel-Roncière avait obtenu un lavage périodique des couvertures. La salubrité du navire exige impérieusement que cette opération soit renouvelée fréquemment (1). Il importe en effet de ne pas oublier que les tissus de laine, retenant fortement l'air dans leurs porosités, se débarrassent avec peine des miasmes qui les imprègnent et deviennent au premier chef des véhicules de contagion. Il est indispensable qu'on embarque un double jeu de couvertures, autrement la difficulté de les faire sécher entre deux

(I) Dans la même escadre on lavait périodiquement aussi les pantalons de drap et autres effets de laine. Je crois qu'il y a, à ce propos, un service îi organiser. Au lieu de ces grands nettoyages d ensemble il serait peut-ôtrc bon qu'un jour par semaine une partie des couvertures et des hamacs, correspondant à une série, fussent lavés et «avonnés. Des rechanges données îi ce propos, et pour deux jours, permettraient à lu

ene de sécher complètement.

L'nOMME DE MER.

branle-bas serait un obstacle à ce qu'on les nettoyât souvent. Ce vœu que je formulais, il y a vingt ans, n'a pas reçu satisfaction jusqu'ici. Aussi sur les rades du Nord les hommes continuent-ils à coucher tout habillés. J'apprends cependant que la question de la délivrance d'un double jeu de couvertures est actuellement à l'étude. Espérons qu'elle finira enfin par recevoir une solution favorable.

Le matelas du hamac n'est presque jamais refait, quelle que soit la longueur de la campagne; aussi l'humidité et la sueur qui l'imprègnënt lui donnent-ils, à la longue, une odeur désagréable qu'on ne saurait considérer comme indifférente. Les matelots voiliers, (piand ils ne sont pas employés aux travaux du navire, ne pourraient- ils pas carder et refaire un matelas de temps en temps de manière à procurer annuellement à chaque homme le bénéfice de celle réparation salubre, et l'embarquement d'une machine à carder dans ce but serait-il un luxe superflu ? Je ne le pense pas.

Le contre-amiral Ryder, de la marine anglaise, a proposé récemment de remplacer le petit matelas de crin du hamac par des matelas remplis de liège granulé qui coûteraient moins cher et serviraient, au besoin, de moyens de sauvetage. Une (|uarautaine de ces matelas ont été envoyés pour essai à l'escadre ' du Canal. J'ignore quel en a été le résultat. La marine russe a adopté ces matelas et l'équipage d'un navire leur a dû, paraît-il, en partie, son salut. La marine américaine se préoccupe également de l'adoption de ce mode de couchage. Il serait à désirer que cette idée ingénieuse fût appliquée ou tout au moins expérimentée chez nous. J'y verrais le double avantage d'améliorer la salubrité du couchMge des matelots, le crin et la laine des matelas étant des subtances suspectes comme réceptacles de miasmes, et de leur fournir éventuellement un moyen de sauvetage.

§ 3. — Postes de couchage.

Les postes de couchage sont fixés d'une manière invariable par les règlements. Cette détermination est basée sur des raisons de facilité de service, sur des prérogatives de grade, ou sur des convenances de moralité. C'est ainsi que l'ordonnance du 15 août 1834 (art. 707, 708, 70!)) assignait, sur les anciens navires de guerre, aux seconds maîtres, connue poste de couchage, l'arrière du logement des maîires, que les quartiers-maîtres et chefs de pièce, etc., étaient logés dans les batteries-arrière, les mousses dans le voisinage de la grande chambre des vaisseaux, etc.

Il convient que l'hygiène ait sa voix, et sa voix prépondérante, dans cette répartition des postes de couchage entre l?s diverses parties du navire. C'est là en effel un intérêt du plus grand prix et la détermination du

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carré spécifique ctaération (1) de chaque compartiment, du degré d'élévation de sa température pendant la nuit, de la façon dont s'y comporte le psychromètre, du cube individuel qu'il offre à chaque personne, etc., sont les éléments de ce problème véritablement scientifique et dont la solution a été empirique jusqu'à présent. On se guide aujourd'hui uniquement sur la supputation du nombre de crochets de hamacs que peut recevoir chaque poste de couchage, sans songer qu'à dimensions égales, les divers compartiments, très-inégalement partagés sous le rapport de l'aération, ne pourraient pas sans inconvénients loger la nuit le môme nombre d'hommes. Il y a lieu d'étudier chaque groupe et chaque type de navires à ce point de vue spécial. Les comparaisons thermomélriques prises la nuit seraient déjà un guide suffisant pour arriver à une répartition rationnelle des postes de couchage ; c'est là un indice qu'il faut interroger, l'impureté de l'air de deux parties d'un navire pendant la nuit pouvant être considérée comme mesurée par leur température réciproque. J'ai demandé que les hommes fussent appelés à jouir alternativement du bénéfice hygiénique des postes privilégiés, et je me suis demandé si l'objection tirée de l'arrangement des rôles ou de la distribution des numéros de série était réellement très-fondée. Il y aurait quelque chose de plus important que cela, ce serait de ramener tous les compartiments à avoir la nuit une même atmosphère, par une meilleure répartition de l'encombrement. Il y a là un sujet d'études entièrement neuf et que je recommande aux médecins de la marine. Les données existent aujourd'hui, il s'agit de les appliquer.

Le personnel des chauffeurs et mécaniciens doit être logé dans le voisinage de la machine de façon à ce qu'ils ne soient pas obligés de traverser le pont pendant la nuit (ce qu'ils sont déjà trop disposés à faire) pour se rendre à leur service ou à leur hamac.

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