VIBRATIONS, BRUIT ET TRÉPIDATION
matelots canonniers. Il l'a vue survenir simultanément chez quatre matelots à l'occasion d'un môme accident, l'explosion d'une jjiôce de 36 dans la batterie du Suffren. Le tir des mortiers lui paraît surtout exposer à la rupture du tympan, et celui des pièces en bronze aux troubles nerveux de l'ouïe, caractérisés par de la dysécée, des sifllemenls, des bourdonnements. Ce chirurgien signale à ce propos ce fait curieux que l'intensité de la violence auditive n'est pas en rapport avec le nombre des pièces qui détonent en même temps, et il invoque ingénieusement, pour expliquer celte bizarrerie, un phénomène d'interférences sonores (1). M.. Mège a constaté également la fréquence des troubles de l'audition et aussi celles des otites et otorrhées chez les matelots.
§ 2. Influence sur le système nerveux.
Quant aux effets généraux que peut produire la persistance du bruit à bord d'un navire, il n'y a guère que les organisations impressionnables dont les houppes nerveuses s'agacent au moindre ébranlement, les personnes qui s'obstinent aux méditations de l'étude dans des conditions où celle-ci est presque impossible, à en ressentir une fâcheuse exaspération : le sommeil devient léger, variable, peu réparateur et inapte à calmer la mobilité vaporeuse de leurs nerfs; les convalescences, qui donnent aux constitutions les plus plastiques, les plus calmes, une susceptibilité nerveuse remarquable, souffrent, elles aussi, delà persistance du bruit, et bien souvent nous avons déploré les fâcheux effets que produisaient, sur l'état de nos malades, le maniement des chaînes, les salves d'artillerie, le voisinage assourdissant de l'équipage, ou enfin le fracas de l'enclume placée d'ordinaire sur le pont, immédiatement au-dessus de l'hôpital. Nous nous rappelons avoir vu les accidents d'un ramollissement cérébral prendre, chez un malheureux matelot, une marche promptement funeste à la suite d'un salut d'artillerie dont chaque coup lui arrachait un cri de douleur. Mais, qu'y faire? Un navire de guerre est avant tout une machine de combat, et exiger de lui le silence d'un cloître, c'est oublier sa destination.
§ 3. Moyens d'en atténuer les effets.
Si toutefois on ne peut modifier cette condition défavorable, on peut au moins en atténuer les effets, en ajournant, dans un but d'humanité, les travaux les plus bruyants, si des malades doivent en pâtir, ou en les éloignant de l'hôpital autant que possible (2). Une précaution bien vul-
(1) Barthélémy, loc. cit., p. 305.
(2) Le repos est le premier besoin des malades et des opérés, c'est le moins satisfait à bord des navires. Van-Swieten a longuement insisté sur le danger de ces ébranlements (Boërhaave, Ap/torismes de chirurgie, Plaies en général). A. Paré a dit à ce propos : « D'auantage il faut que le malade soit en lieu de repos et hors du grand bruit s'il est possible, comme loin de cloches, non près do mareschal, tonnelier, muletier, armurier^
gaire et que les médecins de la marine doivent conseiller sinon d'une manière continue, du moins toutes les fois que des saluts ou des exercices doivent ébranler le navire, c'est de modérer les sensations auditives au moyen d'un bourdonnet de coton introduit dans le conduit auriculaire (1) ; ce sont là des conserves de l'ouïe aussi nécessaires que le sont celles des yeux dans les contrées imprégnées d'une vive lumière. Cette mesure est de règle et de nécessité pour les malades atteints d'affections aiguës, notamment d'affections cérébrales qu'un bruit intense ne saurait manquer d'aggraver (5). Terminons enQn en disant que l'ébranlement brusque déterminé par les détonations a été fréquemment la cause d'orchites par froissement des testicules contre les cuisses. L'ascension brusque des testicules par une contraction, comme convulsive, des crémasters, peut-être même un ébranlement moléculaire de leur tissu, doivent concourir également à la production de ces orchites. M. Barthélémy, qui adopte cette interprétation, considère néanmoins cet accident comme rare. M. Mége, médecin-major du vaisseau-école des canonniers, le Louis XIV, et duquel j'ai eu, par voie indirecte, des renseignements précis sur ce point, n'a eu à soigner, sur ce bâtiment dont l'effectif était de 1,200 hommes, qu'une orchite soit traumatique, soit blennorrhagique par mois. On peut comprendre dans cette statistique les orchites blennorrhagiques, car il serait possible que, chez les individus atteints d'une blennorrhagie aiguë ou chronique (et les cas en sont nombreux chez les matelots), l'ébranlement produit par le tir augmentât la prédisposition à l'orchite. La fréquence de cet accident sur les navires où les exercices à feu sont journaliers, est donc un point qui appelle de nouvelles recherches de la part des médecins qui sont embarqués sur ces bâtiments.
Il faudrait, en attendant, que le port d'un suspensoir devînt réglementaire à bord des navires affectés à des exercices d'artillerie.