MÉPHITISME NAUTIQUE
On sait combien il est diflicile de donner une déflnition du méphitisme et de séparer ses effets de ceux de l'intoxication miasmatique. On courrait, pour mettre fin à cette logomachie rebutante qui a tant contribué à rendre inextricables des sujets déjà bien suffisamment obscurs par eux-mêmes, réserver le mot de méphiiisme pour exprimer les effets nuisibles, lents ou soudains, qui sont la conséquence de la respiration dans une atmosphère viciée par l'encombrement ou le confinement. Ce n'est sans doute pas une asphyxie, puisque ces atmosphères confinées peuvent produire leurs effets alors -qu'elles contiennent encore les éléments qui constituent un air respirable, mais il peut se aire cependant r^^à l'empoisonnement positif qui constitue le fond du méphiiisme viennent se surajouter les dangers de la disette d'air.
Or le méphit^^sme du confinement mamfeste ses effets sous deux formes à bord des navires : 1° méphitisme lent par respiration d un air m e V le l'encombrement, mais qui, constituant l'atmosphère générale du navire, n'est que relativement confiné ; r méphitisme brusque par respiration d'une atmosphère devenue toxique par son confinement abo u da^ un espace clos et circonscrit. Je donnerai au premier le nom :re :n^r.-..neirencomôm..n^ et au second celui de meplu^sme du^
confinement.
§ 1". Méphitisme de V encombrement . "
L'encombrement est une eon.lilion délétère : partout où des honmies « ,nnt entTsé en grand nombre dans un espace restreint le ch.ffre de la rortaS,::/ considérablement, que cet espace soU une vile, un
(„ Clouet, Mai. <n,„ voya,c autour du ,no„^e, ■> KorO de la M,a,c l lsis. Thèse (te Montp., 1873.
ENCOMBREMENT ET MÉPIIITISME. 309
quartier, une caserne, une maison, un navire. Ici les faits se pressent pour démontrer la puissance destructive de l'encombrement. Je n'invoquerai, comme je l'ai fait jadis, ni la concordance de la mortalité en Angleterre avec la densité des centres de population, ni le môme fait appliqué à l'étude démographique des arrondissements ou des quartiers d'une même ville, parce que le fait physique de Yentassement se complique, dans ces conditions, d'autres éléments qui concourent avec lui à l'accroissement de la mortalité. J'aime mieux chercher une démonstration des sévices de l'encombrement dans ce fait, que j'ai invoqué ailleurs, de la relation étroite qui existe entre la mortalité moyenne d'une ville et le chiffre exprimant la densité moyenne de la population de ses maisons. Un navire est-il autre chose, en effet, en hygiène, qu'une maison spéciale à population nombreuse et à étages et compartiments multiples ? Cette densité est représentée pour Paris par 32 habitants, et pour Londres paî" 8 habitants seulement. Or, telle est l'importance de cet élément que Londres, avec son affreux climat, son sol argileux, sa Tamise infecte, ses égouts vicieux, sa misère et son alcoolisme portés à des limites que Paris est loin d'égaler, Londres, dis-je, réactionne la vie humaine d'une façon plus favorable et a une moindre mortalité proportionnelle (d). Si l'on rapproche de ce fait cet autre, non moins significatif, que l'armée française a, en garnison, une mortalité plus considérable que celle de la population civile du même âge, bien que les conseils de révision et les congés de réforme lui fassent éprouver une véritable épuration, et bien que ces hommes de choix mènent une vie autrement facile et salubre que celle de la même catégorie d'âge dans l'ensemble de la population (2), on a la mesure très -suffisante de ce que peut \d. vie condensée, l'encombrement. — a Les hommes, dit J.-J. Rousseau, ne sont pas faits pour être entassés en fourmilière, mais pour demeurer épars sur la terre qu'ils doivent cultiver ; plus ils se rassemblent, plus ils se corrompent ; les infirmités du corps, ainsi que les vices de l'âme, sont l'infaillible effet de ce concours trop nombreux. L'homme est de tous les animaux celui qui peut le moins vivre en troupeaux. Des hommes entassés comme des moutons périraient tous en très-peu de temps. L'haleine de l'homme est mortelle à ses semblables, cela n'est pas moins vrai au propre qu'au figuré (3). » Malgré ce qu'elle a de paradoxal, cette pensée repose sur un fait réel. Toutes les fois qu'une ville s'élève, et les grandes cités du nord de l'Amérique en ont fourni maintes fois la preuve, raffiux subit d'un concours nombreux de population sur un espace restreint y développe une mortalité inévitable ; la part altri-
(1) Londres a on moyenne par an un décès sur 38 habitants et Paris 1 sur 35. Ce con- {r^sV^* '^^P'^^ssif. Voy. Fonssagrives, Hygiène et assainissement des villes. Paris, 1874,
(2) Desjoberts, Mortalité de l'année [Ann. d'ivj.j. pubï., 1- série, t. XXXIX, p. 3i)6
(3) Rousseau, Émile. Paris, 1839, liv. I, p. 38.
buée dans ce résultat au remaniement du sol n'est pas plus grande que celle qu'il faut rapporter à l'encombrement. De môme aussi les villes fermées qui voient, par des circonstances industrielles ou stratégiques, leur population s'accroîlre. très-rapidement (Toulon en est un exemple), sont-elles vouées aux ravages du typhus (1). Les grandes agglomérations d'hommes, comme celles que l'esprit de migration entraînait jadis à travers l'Europe, ou comme celles qui, de nos jours encore, se réunissent dans un but d'agression ou de défense, ont toujours eu ce fléau sur leurs traces et l'ont semé sur leur passage.
CeiiQ fièvre des vaisseaux, comme on l'appelait jadis, trouve tellement bien sur les navires un terrain favorable à son éclosion, qu'à une époque où les intérêts de l'hygiène nautique étaient méconnus, on la voyait trèshabituellement se développer dans les escadres et y exercer des ravages auxquels ceux du choléra indien ne sont pas comparables. C'est ainsi que l'escadre du chevalier de Piozin, en 1745, perdit ^13 hommes, eut près de 2,0Û0 malades et dut chercher un refuge à l'île d'Aix. 20 chirurgiens sur 11 payèrent noblement leur tribut au fléau (2). L'escadre de Dubois de la Molhe, en 1757, fut encore plus rudement éprouvée : elle arriva à Brest avec plus de 4,000 malades sur les cadres, et provoqua dans la ville une épidémie qui coûta la vie à près de 10,000 personnes (3); l'épidémie qui sévit à Rochefort en 1809 avant l'affaire des brûlots, celle qui ravagea en 1829 les bagnes flottants de Toulon, etc., n'étaient aussi que des typhus nés d'un encombrement excessif. Si de nos jours les soins persévérants de l'hygiène compriment le miasme typhique et l'étouffent en quelque sorte dans son germe, ils ne peuvent cependant toujours prévaloir contre les effets de l'encombrement, et l'apparition de temps en temps du typhus sur nos navires vient montrer que c'est là son terrain de prédilection et qu'il n'attend qu'une occasion pour s'y développer.
Les événements maritimes de la mer Noire ont fourni, il y a vingt ans, de nombreux exemples de l'influence de l'encombrement sur la production du typhus. En 1855, la corvette de charge la Fortune, à la suite d'un transport de troupes turques, fut envahie par ce fléau. Les deux tiers de l'équipage furent atteints, elle en perdit un tiers et deux offlciers- on fut obligé de débarquer le reste à Messine. Le vaisseau mixte le Prince-Jérôme part de Kamiesh pour Conslantinople avec un chargement considérable de blessés, et, malgré la brièveté du trajet, il jette environ 60 hommes à la mer avant d'arriver à sa destination. Alger, stationnant à Kamiesh en 1854, vit également, non plus par 1 entasse-
(1) Barallicr, Du typhus épidémiqne et kist. méd. des épid. de typhus observées au baane de Toulon en 18.S5 et 1856. Pans, 1861.
ENCOMBREMENT ET MÉPIIITISME. 3 H
ineiU d'un grand nombre de malades, mais par l'encombrement du fauxponl et de la batterie basse par le cbargemenl, le typhus apparaUi-c à son bord ; pendant que sévissait l'inlluence épidémiqiie, toutes lesallections, même les plus franchement inflammatoires (pneumonies, angines, etc.), revêtaient une physionomie lyphique évidente. Si cette influence délétère de l'encombrement se l'ait sentir au maximum sur les navires, elle est plus ou moins apparente, mais toujours réelle, dans tous les lieux où des quantités considérables d'hommes sont accumulées. Les épidémies des collèges, des casernes, des lazarets, des prisons, l'infection purulente et les érysipèies graves (1), ce désespoir de la chirurgie des hôpitaux, les fièvres puerpérales de nos villes, ces dispositions inconnues dans leur nature qui font que certaines opérations graves, l'hystérotomie, par exemple, ne réussissent jamais qu'à la campagne, etc.,
au tant decirconstances dans lesquelles l'encombrement intervient comme élément étiologique principal (2).
Toutes les fois qu'il s'est agi d'expliquer le méphitisme aérien produit par l'encombrement, on s'est surtout attaché à démontrer l'insuffisance des éléments vivifiants de l'air et la condensation, au contraire, de son principe antivital, l'acide carbonique ; en d'autres termes, on a considéré les accidents de ce méphitisme comme dus plutôt à une asphyxie qu'à un empoisonnement. Pour nous, nous croyons que l'air peut subvenir encore aux besoins chimiques de la respiration dans un lieu encombré d'hommes, alors que, par les miasmes organiques qui l'imprègnent, il est déjà devenu un agent délétère ; aussi faisons-nous peu de cas de ces dosages rigoureux d'acide carbonique qui n'ont pas encore donné, et ne donneront jamais, sans doute, le secret de la viciation de l'air par encombrement « Ce qu'il y a de plus dangereux dans l'air vicié
(1) A bord du vaisseau /a Loire M. A. Doué a vu surgir par le fait de l'encombrement une épidémie d'érysipèle qui coûta la vie à deux hommes. L'érysipèle nautique est dé la même famille que l'érysipèle nosocomial.
(2) M. Léon Colin vient de proposer dans un travail récent de diviser en trois groupes les affections qui lui paraissent être le fait de l'encombrement : 1° affections dans lesquelles l'encombrement joue un rôle indispensable (typhus, infection purulente, fièvre puerpérale, érysipèle nosocomial) ; 2° affections dont l'encombrement facilite la diffusion, mais qu'il ne crée pas (variole, scarlatine, rougeole, oreillons); 3° affections dans lesquelles l'influence morbifique de l'agglomération humaine est complètement indirecte et consiste soit dans l'épuisement des provisions alimentaires, soit dans la pénurie d'air (phthisie, scorbut) . La fièvre typhoïde, la dyssenterie, l'ophthalmie purulente, la stomatite ulcéreuse se placeraient comme intermédiaires entre les deux premiers groupes (Léon Cohn, De I'i7iflue7ice puthogénique de l'encombrement . Anti. d'/iijQ,nubl 1876, t. XLV, p. 233 et 385). ^ ' ^ Les idées qu'il exprime dans ce travail concordent en grande partie avec celles que
''7o7/^^ ouvrage récent rVoy. Htjgiène et assainissement des viUes.
1 ans, 1874, chap. xi. § \. — Méphitisme par encombrement, p. 432). M. Léon Colin considère la phthisie pulmonaire comme pouvant procéder, dans une certaine mesure de 1 encombrement, et il invoque ses ravages dans l'armée. La fréquence de cette maladie dans la marme mise en évidence par le travail de M. J. Eochard, ne tiendrait-elle pas également à cette cause ? ^
312 INFLUENCES DU NAVIRIÎ.
(les habitations étroites, dit M. Piony (1), nous ne le savons pas, la chimie ne nous l'a pas appris, mais nos sens, plus délicats que la chimie, nous démontrent, d'une manière évidente, la présence de matières putrides délétères dans l'air où l'homme a longtemps séjourné ; ce n'est pas la seule fois que l'organisation découvre ce que l'analyse ne trouve pas (2). » Chaque homme est, en effet, entouré d'émanations vaporeuses et gazeuses formées par le rejet hors de son organisme de certains matériaux qui ne sauraient y rester sans y provoquer des perturbations graves; quelques-unes de ces émanations affectent en même temps l'odorat et la vie, d'autres, au contraire, trompent la vigilance du premier, et n'en sont pas, pour cela, moins pernicieuses; si le renouvellement de l'air est incessant, ou si l'encombrement n'est pas considérable, ces miasmes n'acquièrent point une intensité dangereuse; dans les circonstances opposées, leuraction toxique se manifeste. Le miasme typhique{3), dont nous ne connaissons pas la nature, est le fruit nécessaire de l'encombrement, et cela est si vrai que l'on pourrait, par le défaut de renouvellement de Tair et par l'agglomération d'individus sains ou malades, le produire en quelque sorte à volonté. La pourriture d'hôpital, les érysipèles malins, le typhus, sont les effets les plus habituels du méphitisme d'encombrement, qui, alors même qu'il ne s'élève pas jusqu'à un degré suffisant pour produire par lui-même des maladies spéciales, donne a celles qu'il rencontre un cachet de physionomie et de gravité qu'on ne saurait méconnaître.
(\) Piorrv, Des habitations. Thèse de concours, p. 45. . 2 Ze]ouv est loin d'être fait complètement sur la nature de l'altération aérienne qui produit le méphitisme de l'encombrement, on entre cependant par la substitution ri'ralvse morphologique à l'analyse chimique, ou plutôt par la combmaisonde ces deux ordres de irherches^ le réactif et le microscope, dans une voie qui nè peut manquer d'être féconde l faut signaler, à ce sujei, comme un essai intéressant les recherches ?a tes en 1 867 par M. J. Lemaire dans les casernes du fort de l'Est à AubervUhers et qu i l a comniuniqii:^;^ l'Académie des sciences O- Condensant la vapeur ^ une ^^--br en^ combrée ayant mie odeur désagréable, une température de 18 <= i ^onsta a que le Unuide cuù en provenait était incolore, insipide, d'une odeur semblab e a cel e de air eu re a X réactifs L'examen microscopique fait au bout de deux heures lui montra dans ce qÙ de de corps diaphan ovalaires%ui n'étaient que des microp lytes et des microliqu.de ^es coi ps 1 l^^^^t Heures, la puUulaiion de ces corps
di^ôh nés é a eurômet^^^^^^^^^^ ce liquide des Bucteriu,n ten.o et B. punc-
mettrait ensuite „„e i'ai proposé, dans la première édition de
fSy C'est i'i ce miasme de l'encombrement que j ai piuijuov, i cet ouvrage, de donner le nom de miasme zoo-hamique.
, « «■■/7«»i/<ç foriiK^s par Ir cnyps de l'homme c» savtc.
ENCOMBREMENT ET MÉPIIITISME. 313
L'encombrement produit à bord d'un navire la môme série de maladies on d'accidents que dans une maison, dans une caserne, dans un hôpital, j'ajouterai aussi que dans une ville. J'ai rapporté à l'cncombremenl urbain dans un ouvrage récent (1), la fréquence, si ce n'est la production du typhus, de l'érysipèle (ou plutôt des maladiesérysipélateuses), de la dialhèse purulente avec ses productions diverses. Un médecin de la marine, M. Bellamy, a, dans sa thèse (2), assigné celte cause à la lymphangite superficielle à bord des navires, affection que l'on sait être très-commune dans ce milieu. Si la malpropreté, les excoriations fréquentes, l'habitude de marcher pieds nus, l'usage de souliers mal faits, si l'irritation de la peau produite par l'abondance des sueurs et le frottement direct d'un pantalon de drap sont des causes provocatrices de la lymphangite, celles-ci resteraient insuffisantes le plus souvent, si une disposition générale dont la cause est dans le méphitisme du navire ne venait seconder ces causes extérieures. Ce qui arrive accidentellement dans les hôpitaux existe en permanence sur les navires encombrés. Les épidémies d'érysipèles et de lymphangites à bord du Montebello, du Louis XIV et de la Bretagne ont pu être expliquées par les conditions d'encombrement de ces navires.
Un fait qu'il importe de ne pas oublier, c'est que de deux navires offrant à chacun de leurs habitants un cube d'emplacement égal, celui qui aura l'équipage le plus nombreux, sera le plus exposé à l'action du miasme de l'encombrement ; dans toutes les escadres que le typhus a envahies, ce sont, en effet, toujours les grands navires qui ont été et les premiers atteints et les plus rudement éprouvés, quoiqu'ils fussent en apparence dans des conditions hygiéniques meilleures que les autres, comme si le fait de l'agglomération absolue contribuait plus encore que le fait de l'encombrement spécifique à la production du miasme typhique.
§ 2. Méphitisme du confinement.
Des atmosphères closes depuis longtemps sont susceptibles de déterminer quelquefois des accidents sidérants dont la possibilité doit toujours être présente à l'esprit quand on emploie les hommes à certains travaux du bord. J'ai déjà cité l'accident si curieux et si dramatique survenu à bord de la flûte le Chameau, et celui dont Gonzalès nous a conservé les détails. Quelques faits plus récents méritent aussi qu'on les signale d'autant plus qu'ils se sont produits dans les conditions nouvelles que la vapeur a faites à la navigation et qu'ils peuvent fortuitement se. répéter.
En 1865 iVL Bourel-Roncière, chirurgien-major de l'aviso à vapeur le
(1) Konssagrives, et assainissement des villes. Paris, 1S74, p. /|27.
(2) Bellamy, Des causes de la lijmphungite superficielle. Thèse de M^ontpellier, 1870.
Bisson, signala un fait très-curieux de méphilisme causé par l'almosphère des chaudières de son navire. Voici les détails principaux de ce dramatique événement tels que je les ai résumés d'après lui dans un travail spécial (1).
Le 31 octobre l'aviso à- vapeur le Bisson revenant de la mer et rentrant àHonfleur, éteint ses feux; on évacue la vapeur et l'on pratique une extraction bien incomplète puisqu'on a retrouvé après l'accident une couche de 0"^,57 centimètres d'eau saturée de sels et restant au fond de la chaudière. La soupape de sûreté du tuyau d'évacuation de la vapeur reste ouverte, mais au bout de quelques jours on recouvre l'extrémité de ce tuyau avec un capot de toile peinte, solidement assujetti. Le trou d'homme était resté fermé, de plus le tuyau du poêle destiné à chauffer la chambre de la machine, poêle qui est resté presque constamment allumé pendant les trente jours qui ont séparé l'extinction des feux de la production des accidents, traversait la boîte à fumée contenue dans la chaudière et devait élever sensiblement, et d'une manière continue, la température intérieure de celle-ci. M. Bourel-Roncière a insisté sur cette particularité qui a dû singulièrement favoriser les modifications chimiques qui se sont produites au sein de Talmosphère de la chaudière. Au bout d'un mois, c'est-à-dire vers le i" décembre, on veut procéder au nettoyage intérieur de celle-ci ; on ouvre la porte du regard, le couvercle du trou d'homme s'engage entre les tirants ; deux hommes s introduisent successivement dans la chaudière, tous deux tombent asphyxiés ; le cuisinier de l'équipage s'efforce de leur prêter secours, il est" frappé également et reste sans connaissance, le corps à moitié engagé dans le trou d'homme. Sur ces entrefaites, une certaine quantité d'air s'était introduite dans la chaudière, en avait rendu l'atmosphère moins irrespirable et le sauvetage de c^s trois hommes avait pu être opéré sans nouveaux accidents. En résumé, trois cas d'asphyxie s élaient produits avec une certaine gravité qui s'est montrée en raison directe du séjour dans la chaudière et en raison inverse du temps écoule depuis l'ouverture de celle-ci. La guérison eut heu dans les trois cas après des accidents asphyxiques suivis de phénomènes nerveux et compliq.iés de traces évidentes d'une irritation locale de la peau, de la conionctive oculaire et de la muqueuse aérienne.
Des accidents de celte nature ne sont certainement pas sans exemple , il est impossible que le nettoyage des chaudières, qui est «ne opération usuelle n'en ait pas déjà provoqué d'analogues et je tiens de M. le mécani-
ien rindpal, Ortolan, qu'à bord de l'./.a.... à Toulon, ^es faUs se. blables ont été observés; mais ils n'ont pas été publiés, que je sache du
(t) Fons.a,..ivos, D. .r,>Mis,ne P^rraircn^d. t^S 1804, t. X, p. 317).
ENCOMBREMENT ET MÉPIIITÎSME. 3f5
moins, et les recherches que j'ai faites à ce sujet sont demeurées infructueuses. Quoi qu'il en soit, le minisire de la marine désireux de prévenir le retour d'accidents de cette nature prescrivit par une dépêche du 2 février 1863 de donner à une Commission supérieure formée à Brest la mission d'émettre un avis sur la nature des accidents observés sur le Bisson et d'indiquer les mesures propres à les prévenir.
Cette commission, dont je fus le rapporteur, fit avec une chaudière du vaisseau le Duquesne, mise à sa disposition dans ce but, des expériences qui la conduisirent à infirmer l'opinion de M. Bourel-Roncière qui attribuait les accidents à la formation d'ammoniaque dégagée pendant l'oxydation du fer et rattachait à l'action de ce gaz les accidents locaux de cautérisation observés sur les victimes de Taccident du Bùson. L'analyse minutieuse de l'air de la chaudière du Duquesne, après trente jours d'occlusion de celle-ci et de maintien pendant huit ou dix jours d un réchaud allumé dans la boîte à fumée, ne révéla pas la présence de l'ammoniaque dans l'atmosphère de la chaudière (1) ; mais s'il n'est pas permis d en conclure que ce gaz irritant faisait défaut dans la chaudière du Bisson, il me parut difficile de lui attribuer les accidents si graves qu'ont présentés les malades de ce navire. Les cautérisations lui semblaient imputables, mais j'admets qu'avec ce gaz coexistait un de ces poisons subtils que la chimie- n'a encore démontrés ni isolés, et qui s engendrent dans la décomposition des matières organiques. C'est là le véritable agent du méphitisme des égouls, comme de celui, des fosses d aisances comme de celui des puits et des puisards. Il s'agissait ici évidemment d'une intoxication et non d'une asphyxie. Les conditions de la production de ce poison organique sont tout à fait inconnues, et l'on comprend amsi comment de deux puits, de deux fosses d'aisances ou de deux chaudières de bateaux à vapeur placés en apparence, dans les mêmes conditions, l'un foudroiera les ouvriers qui s'y introduiront tandis que l'autre n'exercera sur eux que l'action propre aux atmosphères désoxygénées. L'impossibilité de saisir cet agent toxique a porté naturellement à attribuer les effets qu'il produit aux gaz chimiquement constatables qui coexistent avec lui. C'est ce qu'on a fait pour l'asphyxie des vidangeurs. Cette prétendue asphyxie attribuée, pour le plomb, à 1 hydrogène sulfuré n'est le plus souvent qu'une intoxication due à un poison organique. Les accidents produits par les cuves vinaires sont- Us aussi exclusivement d'origine chimique? Il est permis d'en douter (2).
M ^Carnpn^ri'"''',","* ^'^ d*^^"-^^'^ P'^^' «^l^i^iste distingué r2i r.l v e;'^J°"^''l ''"^ pharmacien en chef de la marine à Brest. ^ '
en^Vér r L^^eS.o"^T'""■T•f'" ^^'^^^^dant dans un foudre pour
aspect me rappe aTtout a ?.it I^pI P^lenr livide; son
mort k BrestTqui /nt'^. ^ trois v.dangeurs dont j'avais eu à constater la
mille S«int-Pierre dlocteu,-l H T ' ' ^ « d'une fosse. M. Ga-
intéressanttravaiU^r ce te iuas ion . ^^ f^^^^^^^^ de Montpellier, a publié jadis un cette question ; il attribue la mort à l'action de l'acide cariionique
La Commission dont je viens de parler a indiqué les précautions diverses à prendre pour prévenir des accidents de la nature de ceux qui se sont produits à bord du Bisson : ces précautions sont en tout conformes h celles recommandées par les instructions de police relatives au curage et à la réparation des puits, puisards et égouts particuliers. Elles peuvent
être ainsi résumées :
1" L'atmosphère intérieure d'une chaudière de bateau à vapeur, close depuis longtemps, peut devenir méphitique et l'on s'expose aux dangers les plus sérieux en y pénétrant sans précaution ;
2° La présence d'une couche d'eau de mer au fond des chaudières, €t l'occlusion prolongée de celles-ci, paraissent favoriser l'altération de l'air qu'elles contiennent ;
3° L'extraction devra donc être opérée aussi complètement que
possible, et dès qu'on pourra; •
4° Si le bâtiment doit rester longtemps au mouillage, il faudra fréquemment ouvrir les trous d'homme, les regards et les soupapes, pour faire communiquer, aussi largement que possible, l'atmosphère intérieure des chaudières avec celle du dehors ;
5° Quand on devra procéder au nettoyage des chaudières, il conviendra, trois ou quatre jours auparavant, d'ouvrir le trou d'homme et une ou plusieurs autoclaves, et s'il reste" de l'eau au fond de la chaudière, d'agiter celle-ci à plusieurs reprises et dans tous les sens, a i aide
d'un ringard ; ' , • n
6° Gela fait, on introduira dans la chaudière une bougie allumée et l'on observera la façon dont elle se comporte dans les différentes couches d'air qu'elle traverse. Si la flamme ne diminue pas de volume si son intensité reste la même, on pourra pénétrer dans la chaudière sans inconvénients. Dans le cas contraire, il faudra attendre, et activer le courant d'air qui traverse la chaudière, soit au moyen d un réchaud allumé placé à l'entrée du trou d'homme, soit au moyen d une manche Tvent. Il est nécessaire de ne pas oublier que l'épreuve de la bougie n ofnJ de garanties suffisantes, qu'autant qu'elle a été prolongée pendant un quart d'heure au moins, et qu'il faut la renouveler pendant e même laps de temps après que l'eau du fond de la chaudière a été re-
""'70 Dans tous les cas, les matelots qui s'introduisent dans une chaudière, doivent être ceints d'un bridage, dont la corde est surveillée, pou. qu'on puisse les retirer au premier signal; .r^iipmentde 8» sLs pouvoir préciser, d'une manière générale, le traitement de
et ,ueu,.erois, e. mbsenco de ce ^-^^i^^:;:::^;;:,^ i^^sSéS ^îî^;
finance de l a.ote. ''\^;\'^ZIZT/oZ^^ <^"^°'" ''''' '
donné en moyenne, .5,3 pour f''-^^^^^^^^^^ irrespirable des cuves
l'intervention d'un poison organique (<-• * ^' '
vumrres. Ann. tl'hyg. publ., 1' série, t. XXM).
PARASITISME NAUTIQUE. 317 cette sorte particulière de méphitisme, on peut dire que la première période, caractérisée par la perte de connaissance et la suspension des mouvements respiratoires, indique la nécessité de recourir aux moyens habituellement employés pour pratiquer la respiration artificielle. La faradisation cutanée serait sans doute très-utile pour réveiller la sensibilité par une révulsion douloureuse, et l'analogie permet de supposer que les alFusions froides pratiquées de haut sur la colonne vertébrale et la tête rendraient aussi de grands services ;
9° Dans la seconde période, quand la chaleur est revenue, quand la respiration et la circulation sont rétablies, le traitement doit se baser sur des indications qu'on ne peut prévoir par avance et qui dépendent essentiellement de la forme que prend cette réaction.
La Commission, en terminant, émettait le vœu qu'une circulaire ministérielle rappelât aux capitaines des navires à vapeur, et la possibilité d'accidents analogues à ceux survenus à bord du Bissau et l'ensemble des précautions très-simples à l'aide desquelles on peut les prévenir Une circulaire (1) a donné à tous ces faits une notoriété désirable et ^ rendu obligatoires les mesures de prophylaxie indiquées plus haut