PARASITISME NAUTIQUE
devantrAcadémie de médecine (l),et comme l'avait déjà établi M. Rambert à propos de la transmission de la morve et de la pustule maligne. Les mouches inermes, telles que la mouche domestique {Musca domestica), sont moins à redouter que les mouches armées ou piquantes, et en particulier' le stomoxe piquant. Les bateaux-écuries sont, de plus, hantés par les parasites du cheval, surtout par le Chrysops excutiens et la mouche plate ou hippobosque du cheval [Hippobosca equina) ; les bâtiments de commerce qui ont des chargements debœufsou démontons sont exposés à l'incommodité de deux autres tabanides, le Tabanus bovinus, et V Hippobosca ovina. Ces diptères peuvent, commeles muscides, servir de véhicules au contage du charbon et de la morve. Le docteur Gandèze a cité le fait d'un jeune homme qui dut subir l'amputation du poignet à la suite d'une piqûre de ce genre. La propreté est le meilleur préservatif contre la pullulation des mouches; celle-ci une fois produite, on n'a, pour en conjurer les effets, que la ressource des pièges qui retiennent mécaniquement les mouches ou des papiers tue-mouches .dont le seul inoffensif est le papier enduit d'une macération miellée de quassia amara*.
Dans celte gent ailée qui, dans les pays chauds, s'abat sur les navires il faut mettre en tête des plus incommodes les cousins ou moustiques, diptères de la tribu des Gulicides, dont les maringoim et mosquitos de l'Amérique méridionale, le cousin rampant {Culex reptans) de la Suède, le cousin de la Laponie et des régions polaires, sont de simples variétés. Les caisses à eau, principalement quand on a renouvelé -son approvisionnement à terre, sont la résidence de prédilection des moustiques; les femelles y pondent des œufs innombrables (2) formant par leur agglomération de petits corps flottant à la surface de l'eau ; les œufs éclosent au bout de deux ou trois jours, les larves aquatiques se transforment en nymphes quinze jours après, et au bout de la troisième semaine l'insecte parfait apparaît. Les vents qui passent sur des terrains inondés apportent quelquefois de très-loin ces nuages de moustiques qui s'abattent sur les navires. Ce parasite est, en particulier, le fléau des navigations à Terre-Neuve (3). On cite dans la marine le fait d'un officier qui, égaré à la chasse dans les bois de cette île, aveuglé par les moustiques, en proie à une sorte de délire déterminé par la douleur des morsures de
(1) Fonssagrives, Dicf. de la santé ou Répertoire d'hygiène usuelle à l'usage des familles et des écoles. Paris-, 1875, art. Taon, p. 710.
(2) Une femelle de moustique pond environ 2000 œufs par an et l'on à calculé que, dans un seul été, il peut procéder d'un seul couple, et par des générations successives' au moins cinq millions de cousins. ' '
(3) On sait combien les explorateurs polaires ont eu h souffrir des moustiques. Franklin, voulant s'endurcir aux souffrances de ce genre de navigation, avait pris la résolution de ne jamais chasser un moustique qui se posait sur sa figure. Il lui arrivait quelquefois d'ôtre obligé d'abandonner son livre ou sa plume, à cause du gonllemcnt des paupières que provoquaient les piqûres de ces parasites. C'est un exemple insigne -de ce que peut la force de la volonté.
FoNSSAGRiVES, Ilyg. nav. .2j
ces insectes, fut retrouvé, par bonheur pour lui, deux jours après et reconduit à son navire dans un élat lamentable.
Il est très-remarquable, mais ce sont des faits avérés, que toutes les personnes ne sont pas également recherchées par les moustiques ; le degré de finesse et de vascularisation de la peau, et peut-être aussi la nature des sécrétions cutanées, éloignent ou appellent ces parasites. De plus, le traumatisme opéré, les phénomènes de rougeur, de tuméfaction et de prurit cuisant ne sont pas les mêmes chez tout le monde ; il y a là des diversités idiosyncrasiques qui se révèlent du reste à propos de la morsure de tous les insectes hémophages : la puce, la punaise par exemple (1). Enfin on admet qu'il y a une sorte d'assuétude aux piqûres des moustiques ; on finit par s'habituer à ce venin, qui ne produit plus que des effets locaux insignifiants. C'est encore un aspect du mithridatisme.
Les morsures du moustique produisent des papules ortiées avec rougeur, chaleur et prurit; celui-ci, qui s'accompagne d'une sensation de brtilure, n'a pas la même intensité dans toutes les régions de la peau; plus celle-ci est mobile et lâche, moins la piqûre est douloureuse. Elle n'est nulle part plus pénible que sur les parties latérales des doigts, où elle trouve des tissus inextensibles, s'opposant au libre développement de la papule, et d'ailleurs très-riches en filets nerveux.
Quand on est mordu sur une région qui permette cette pratique, la succion est le meilleur moyen de réduire au minimum les phénomènes locaux ; les morsures sont-elles multiples, on peut leur opposer des lotions avec de l'eau aiguisée d'ammoniaque, mais il n'y a pas à déployer contre ces piqûres un grand arsenal de moyens et il faut les abandonner à elles-mêmes. Si les paupières se gonflaient outre mesure sous cette influence, une sorte de malaxation de ces voiles membraneux entre la pulpe de deux doigts suffirait pour dissiper presque instantanément
cette incommodité. ^
y a-t-il des moyens préventifs de la morsure des moustiques? Ce n est pas douteux et on finira par trouver des substances dont le goût répugne à ces diptères ou qui exercent sur eux une action toxique. On a vanté, à ce propos, les lotions préservatrices avec une solution alcoolique de Pyrethrum roseum. J'ai eu la pensée que la précaution de faire macérer un peu de quassia amara dans l'eau destinée aux ablutions de toilette mettrait les parties découvertes du corps c\ l'abri des morsures des moustiques. Un essai dans celle voie, et que j'avais suggéré, n'a pas été
n ) J'ai cru trouver dans la façon dont la peau réagit sous rinduence de ces morsures (l) J ai cru trouver ua ^ , l'existence de riicrpétisme et de la constatation parasitiques un i.ul.ce ^""^f ^'^"^./j^i^',' i' ,^ „eau s'émeut k peine au contact d'un de ses degrés. .le conna des l'^' ° ^"^^^^^ t^^^/pétiqu par leurs antécédents et par épizoaire; j en d'une puce ou d'une punaise, des
de diagnostic de l'herpétisme. moyen bizarre sans doute, ma.s utilisable ?
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favorable, raVl-on dit. Ce serait peul-ôtre à revoir. Le quassia amara base des papiers tue-mouches sans arsenic, exerce une action d'une telle toxicité sur les mouches qu'il me paraît difficile que les moustiques aient beaucoup d'attrait pôur lui ; c'est à essayer
Les Anglais, qui n'aiment pas ce qui les gêne, et je ne saurais les en blâmer, ont cherché dans les pays chauds les moyens de se mettre à l'abri des moustiques et ils n'ont rien trouvé de mieux que la moustiquaire {mosquùo netling) qui, à bord des navires, a l'inconvénient d'opposer un certain obstacle à Taéralion et d'augmenter la chaleur. Les Américains ont imaginé un parapluie moustiquaire, dont ils se servent dans les pays chauds et qui protège efficacement contre ces parasites.
Le navire n'est pas seulement infesté par les moustiques, il leur sert aussi de moyen de transport. C'est ainsi qu'il y a peu de temps, les journaux anglais signalaient l'invasion de Woolwich par des myriades de moustiques qui y avaient été apportés par un navire venant des Bermudes. Plût au ciel que les navires ne transportassent jamais que des moustiques !
Ld. punaise était jadis, sur les vieux navires en bois, une horrible incommodité, mais qui a à peu près disparu complètement aujourd'hui, tenue en bride comme elle l'est par une propreté plus grande et, au besoin, par l'emploi des poudres insecticides. Ramazzini nous donne dans le passage suivant Une idée de ce qu'était ce fléau nautique dans la seconde moitié du xviii^ siècle r « Cimicum porro in navibus tanta est copia ut ah illorum morsibus cavere non possint nautae; tam gravis quoque odor ex hisce animalculis emaneat ut nauseam ac vomitum non secus ac nausea faciat (j).»
La découverte des propriétés insecticides des pyrèthres permet aujourd'hui de tenir en bride la pullulation de ces parasites dégoûtants qui peuvent être apportés à bord de mille façons. Les sacs des matelots logés souvent à terre dans des garnis malpropres sont leur véhicule le plus habituel. C'est une raison, à ajouter à d'autres, pour que j'insiste sur la nécessité de substituer aux casiers pleins et en bois des casiers à treillis en fer (2).
, Les fourmis ne hantent qu'accidentellement les navires ; cependant un médecm de la marine néerlandaise, M. Van Leent. a signalé la fourrai blanche des Indes orientales {Termes fatalis), comme pouvant se cantonner à bord des navires et y devenir une cause d'incommodité La fourmi rouge {Formica rubra) on fourmi-feu, ainsi nommée à raison de la sensation de brûlure qu'elle produit, paraît en lutte avec la fourmi blanche et la détruit (3) .
(i) Vorpage' 9?' Venetiis, 17',G, p. 286. «i^^Ic" VIII. or""'"" ^'^-'«'^^■^-■^^^ ^'^^Z^* On>«^a/.. ^Arok. de méd.
324 INFLUETNGES DU NAVIRE.
Les scorpions sont quelquefois inlroduils à bord des navires avec la cargaison ou avec du bois de chaufl'age. Le scorpion ordinaire ou le scorpion Qavicaude {Scorpio europœus) du midi de la France; le scorpion occitanien ou de l'Europe méridionale {Androctonus occitanius), le scorpion tunisien ou scorpion d'Afrique peuvent aussi être introduits à bord M. Van Leent a signalé l'existence, à bord des vieux navires en bois qui ont séjourné longtemps dans les pays chauds, d'un petit scorpion grisâtre dont la piqûre douloureuse détermine quelquefois une fièvre vive; il indique comme le meilleur topique à appliquer sur cette piqûne un petit cataplasme préparé avec la poudre d^ipéca (l).
Le mille-pieds ou scolopendre peut aussi être introduit a bord. La scolopendre cingulée {Scolopendra cingulata) atteint quelquefois plus deO"' 15 La morsure, dont l'instrument est un pied-mâchoire, ou forcinulè reposant sur une glande à venin, produit des accidents d'inflammation locale vive, qui n'ont pas toutefois les dangers qu'on leur attribue d'ordinaire. M. Lebastrassy a observé deux cas de morsure par ce myriapode : dans l'un, il s'agissait d'un petit garçon de 8 ans : une morsure au petit doigt amena la perte de deux phalanges; dans le second la morsure se produisit au-dessus du coude, une douleur vive s étendit à tout le membre, une eschare de la largeur d'une pièce de cinq francs fut la conséquence de cette morsure. Il y eut en même temps des symptômes généraux: de l'anxiété précordiale, des vertiges, des vomissements, etc. Ce ne sont pas là, on le voit, des accidents insign.-
^^tl" chique (Pulex peneirans) n'est guère à redouter que pour les matelots quî vont à terre et qui marchent dans les bois hantés par ce parasite; cependant deux faits cités par M. G. Bonnet dans remarquable travail (2), et observés par lui à bord de l'Ama.one en 1860, prouvent qu'une chique fécondée peut se cantonner à bord d'un navire et y produirrmême en France, les accidents qui sont habituels à ce parasite De serpents peuvent enfin pénétrer à bord des navires ; Us y arriven de deux fiçons : introduits avec du bois de chauirage, ou portés s du bois flotté ; parfois même ils entrent par les écubiers (3). M. Bourel
.7 7 « m Pp moven est à essayer. On sait que l'ipéca a sur la
(1) Van, Leent, loc. cit., p. 10. C^™^'^" ^''.j.^,^^^^ M. Posada Arango a décrit les peau, comme sur les muqueuses ""''^ ''^''ZZ '^^^^^^^ Les scorpions de cettr Iffets des morsures du sconn^^^ ^^^^;^> Mr^LST^corpio gU ils ont de région appartiennent surtout aux espcouso . ^ „„e moyenne de tem- Ô.V)8 h i-,11 et ne se rencontrent que d'^'^^ f î^auteur décrit comme carac-
téristiquc de cet empoisonnement un e' gour" ...„„„,,cs de citron. L'infusion de guaco
combattent en appliquant sur cet ^'f^,^;'"'^^^^^^ 1871).
est un remède populaire contre ces accidents (^4 ^^^^^^
(2) G. Bonnet, Mémoire sur la puce 7' ^l^np Moutnellier 1878. ,X'o'-^V:^i ies^î^ml^éî' un soLgenre. La pélamide bicolore
Roncière a rapporté le fait de l'introduction d'un serpent par celte voie à bord de la canonnière italienne la Véloce qui remontait le Parana. 11 recommande, dans ces parages, de tenir les écubiers hermétiquement clos. VÂi/drophys de Bornéo, serpent venimeux, réalisant, sauf les proportions, l'histoire du fameux serpent de mer qui a défrayé si longtemps la verve du Constitutionnel, vient quelquefois à la nage à bord des navires. Le dendrophys du même pays vit sur les arbres et, apporté à bord par le bois flotté, il se loge dans les aubes. Le dendrophys brun {Coluber fucus) du Sénégal, de 1°',25 de long, vit aussi sur les arbres, au Sénégal. Les dendrophys ne sont pas venimeux.