‹ Traite d'hygiene navaleChapitre 75 sur 224 · NAVIRES ANCIENS ET NAVIRES MODERNES · texte numérisé non relu

NAVIRES ANCIENS ET NAVIRES MODERNES

contemporain a construits, le Great-Britain, la Brelarjne, le Duke of Wellington, le Gréai -Eastern, etc., n'eussent guère ressorti auprès de ces bâtiments antiques, dont le devis, nous le craignons bien,, a été dressé par l'imagination, cet ingénieur hnrdi du fantastique Voltigeur hollandais des contes du gaillard d'avant. Quoi qu'il en soit de la réalité de ces proportions incroyables, le chiffre élevé de l'équipage des navires antiques les mettait certainement dans des conditions d'encombrement plus fâcheuses que les nôtres, comme salubri té et comme bien-être.

On peut dire la même chose des navires du moyen âge. Au treizième siècle, les statuts de Marseille accordaient à chaque homme 0'^,59 de largeur et 1=^,57 en longueur, c'est-à-dire exactement l'emplacement d'un branle ou hamac, ou un espace cubique moins considérable que celui attribué aujourd'hui à celui des types modernes de navires qui était le plus encombré, c'est-à-dire au brig aviso de 10 canons. On rapporte que la nef qui transporta saint Louis d'Acre, à Hières, contenait 800 hommes (I). Quand on pense qu'à bord de ce navire, les châteaux de poupe destinés aux logements du roi, de sa suite et des chevaliers, devaient absorber au moins un tiers de leur cubage, on est effrayé de l'encombrement insalubre auquel le reste de l'équipage était nécessairement voué. C'est tout au plus, en effet, si l'on peut assimiler les dimensions de la nef royale à celle de l'une de nos anciennes corvettes de charge.

Quelques documents relatifs à la marine, sous Louis XII, permeitent d'apprécier l'encombrement des navires de cette époque. Le vaisseau la Chaernte, portant 200 canons, avait 1200 soldats, plus les matelots; la fameuse Cordelière d'Anne de Bretagne, et le vaisseau le Caracon de François P% portaient également des équipages monstrueux, mais nous croyons encore, avec Deslandes, que ces immenses navires n'étaient que des monuments d'ostentation destinés à ne jamais quitter les ports.

Des renseignements plus précis sur la marine du seizième siècle nous apprennent que sur toutes les nefs de guerre, armées à Dieppe, le chiffre des hommes embarqués était déterminé par le tonnage du navire : un bâtiment de 300 tonneaux avait 300 hommes, une galère de 150 un nombre égal de matelots. Sil'on appliquait ce tarif d'armement auxnavires modernes, un ancien vaisseau de premier rang aurait eu environ trois fois plus d'hommes qu'il n'en porte, et eût présenté un encombrement inouï.

Les progrès de l'architecture nautique ont, depuis cette époque, en élevant successivement les dimensions des différents types de navires, amélioré le bien-être des équipages, et l'encombrement a, dès lors,'

me garderai bien de parler de leur liygiène. Le Centaure, la Baleine, la Chimère et, la

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(1) Jal, Archéologie navale, t. II, mémoire, n" 7, p. 4-28.

tendu à diminuer d'une manière progressive. La marine cuirassée a inauguré, grâce à la transformation de l'artillerie navale, un progrès qui ne sera sans doute pas dépassé désormais et la modicité de l'effectif de ces grands navires peut être considérée comme l'explication de leur supériorité hygiénique, malgré certaines conditions défavorables qui sembleraient devoir les placer au-dessous des types de l'ancienne marine. J'ai insisté avec soin sur ce point en traitant de l'encombrement nautique.

On le voit, l'encombrement des navires a toujours été en diminuant, soit que les effectifs fussent réduits, soit que l'augmentation des proportions des bâtiments leur assurât un emplacement plus vaste. Or, nous nous sommes efforcé, dans un des chapitres précédents, de démontrer que la grandeur du cube d'emplacement attribué à chaque homme dans la capacité des logements habitables à bord des différents navires, pourrait, jusqu'à un certain point, être prise pour la mesure de leur salubrité relative, que nul élément de l'hygiène nautique ne primait celui-ci sous le rapport de l'importance. C'est dire assez que les bâtiments actuels peuvent, sur ce seul fait, être considérés déjà comme plus habitables que les types de construclions qui les ont précédés.

L'aération des navires anciens était aussi beaucoup moins assurée que celle des navires contemporains; l'absence de hublots, l'exiguïlé des sabords, l'élroitesse et la mauvaise disposition des écoutilles, l'absence de tout moyen de ventilation, même de ceux imparfaits dont on se contente aujourd'hui, sont autant de raisons pour que les bâtiments de cette époque fussent mal aérés, et, par suite, condamnés à un méphilisme inévitable, que la découverte des désinfectants chimiques n'avait pas encore appris à combattre avec succès.

La lumière n'avait non plus dans l'intérieur des navires qu'un accès difficile, et, sous l'influence de la stagnation de l'air, de la chaleur intérieure et de l'humidité, la décomposition putride du bois marchait avec une activité qui compromettait la durée du navire et la santé de ses habitants. Est-il besoin d'ajouter, à ces conditions déjà si fâcheuses, l'omission de toutes les prescriptions de l'hygiène relatives à l'assainissement du navire et à la propreté des équipages, l'influence d'ime nourriture grossière et mal conservée, pour avoir le secret de ces épidémies meurtrières qui désarmaient des navires et même des escadres, de ces ravages du tvphus et du scorbut inconnus aujourd'hui à nos bâtiments, même dans des circonstances exceptionnelles de navigation. On se sentira, par le môme molif, porté à admirer ces marins illustres, Gook, Bongainville, Anson, etc., qui savaient faire de la bonne hyg.ène avec des éléments aussi détestables, s'appliquaient avec une sagacité merveilleuse h assurer le bien-être physique et moral de leurs matelots, e s'enorgueillissaient au moins autant, et à bon droit, lorsqu ils revenaient de leurs expéditions, des pertes insignifiantes qu'avaient subies leurs équipages, que des résultats scientifiques de leurs explorations.

NAVIRES DE GUEllRE ET NAVIRES DE COMMERCE.

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