CHAPITRE 11 Désinfection aérienne
Le meilleur désinfectant de l'atmosphère d'un navire est la propreté de sa cale; mais cette propreté ne peut être que relative, et d'ailleurs les approvisionnements, le chargement, l'entassement d'un grand nombre d'hommes dans un espace restreint, versent incessamment dans l'atmosphère du navire des produits gazeux qui la vicient et il faut les neutraliser par des désinfectants. Ceux-ci agissent de deux façons: 1° par action chimique, 2° par action parasiticide ; la limite de ces deux actions est souvent indécise et cerlains de ces agents paraissent désinfecter l'air par ce double mécanisme.
Les désinfectants qui ont été employés à bord des navires ou qui sont susceptibles de l'être avec avantage sont extrêmement nombreux. J'élaguerai d'abord ceux qui ne font que substituer une odeur à une autre, tels que l'encens, le sucre caramélisé, les essences, etc., qui n'ajoutent que des produits irrespirables à l'air sans le purifier en rien. L'article 23 du règlement du 1" janvier 1786 qui prescrivait de fumiger alternativement avec le genièvre, le vinaigre ou la poudre à canon, tous les matms la cale, le faux pont, l'entre-pont et le dessous des gaillards, et deux fois par jour le poste des malades, n'avait aucune efficacité.
Le moine, masse pyriforme de poudre à canon délayée avec du vmaigre et dont Delivet parle avec tant d'éloges, était un de ces moyens insigniaants et incommodes auxquels on attribuait des propriétés imaginaires. On pratiquait aussi dans les parties basses du navire des fumigations balsamiques au moyen de baquets de brai dans lesquels on mettait un boulet rouge. Il y a plus, on fermait quelquefois les écouliUes pour soumettre les hommes, en même temps que le navire, à cette désinfection équivoque (1). Quant à la fumée de copeaux de bois résineux, jadis employée comme désinfectant, Callisen disait avec une sagacité hygiénique aiguisée d'un grain de scepticisme malicieux qu'il la croyait excellente parce qu'elle obligeait i\ ouvrir les sabords et les écoutilles. Elle n'avait évidemment que cela de bon.
Le lait de chaux employé comme badigeon a des propriétés désinfectantes non douteuses. La proposition que j'ai faite de les augmenter en ajoutant de l'hypochlorite de chaux, ou de l'eau de javelle, au badigeon a été accueillie par beaucoup de médecins qui s'en sont bien trouvés.
Quant aux fumigations acides, jadis très-employées, elles sont tombées en désuétude. Le procédé de Guyton de Morveau (2), qui traitait le chlo-
gion et d'eu arrêter les progrès. Paris. 3* édition, 180o.