‹ Traite d'hygiene navaleChapitre 93 sur 224 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Assainissement d'un navire sur rade.

Quand un navire est en proie à une épidémie grave et qu'il atteint un mouillage, ce à quoi il doit tendre dans tous les cas, ce mouillage peut lui offrir les ressources d'un pays civilisé, mais aussi les entraves quarantenaires des ports de cette nature, ou bien il appartient à une terre qui ne lui offre ni ces ressources ni ces entraves et ot. il doit pourvoir, isolé mais en toute liberté, à ses besoins les plus pressants. Dans ce dernier cas, qui n'est pas toujours le moins favorable, et dans le premier toutes les fois que "ce sera possible, l'évacuation du navire et la dissémination de son équipage est le premier acte de l'opération d'assainissement du navire. On doit choisir sur le littoral un point bien exposé, suffisamment haut, offrant d'excellentes conditions d'aération, de nature et d'inchnaison du sol, pouvant en un mot fournir une bonne assiette à un campement, et ne laissant à bord que le nombre d'hommes strictement nécessaire pour la sécurité du navire, faire là, sous tentes, un établissement dont la durée sera déterminée par la durée de l'épidémie et par celle des opérations d'assainissement auxquelles le navire sera soumis. La précaution de s'installer au vent du navire si les brises soufflent d'une direction régulière est une condition de sécurité de plus. Les tentes et les voiles du navire sont utilisées pour ces campements et l'on évite, autant que faire se peut, un entassement qui aurait moins de dangers sans doute que l'encombrement du navire lui-même, mais qui, pour un équipage recelant des germes d'épidémie, ne saurait être considéré comme inoffensif. La précaution d'isoler les lentes les unes des autres par des intervalles assez considérables atténuerait ces inconvénients. La police de ce camp sanitaire doit, du reste, comme son installation, s'inspirer des règles formulées à ce sujet dans les ouvrages d'hygiène militaire, en particulier dans ceux de Hammond, de Parkes de Marvaud, de Morache, etc., et auxquels nous ne saurions mieux faire que de renvoyer nos lecteurs. Gela fait, on décharge autant que possible le navire (1), on le déleste, on l'affourche de façon à ce que pré-

(1) M. Le Roy doMéncourta conseillé de se servir des appareils Galibert ouRouquay-

sentant le flanc à la brise, il puisse être balayé et purifié par elle ; on maintient largement ouverts les panneaux, les bublots, les sabords, et on établit, si cela est possible, un courant d'air de l'avant à l'arrière en supprimant les obstacles movibles qui peuvent l'empêcher de s'établir ; s'il s'agit d'un navire à vapeur le chautFage de la machine quelques heures par jour augmente l'aération et produit en même temps un utile assèchement. Si le navire est dans un port fermé et à eaux tranquilles, et que sa sécurité le permette, on rend cette aération plus efficace en enlevant un bordage extérieur, ou préceinte de chaque côté à la partie supérieure de la coque, et un bordage intérieur ou vaigrage à la partie la plus déclive ; le fonctionnement des manches, celui des pompes rotatives h épuisement d'air, si le navire est muni de ces appareils, contribuent efficacement au renouvellement de l'air.

On a proposé dans ces cas, pour assainir le bâtiment, de laver soigneusement à l'eau douce sa cale, ses ponts et toutes les parties de ses murailles qui sont accessibles; d'y joindre un grattage exact à la râclette ; de recourir aux désinfectants de la cale indiqués plus haut; de faire intervenir des fumigations les panneaux étant fermés, enfin de terminer ces opérations par l'emploi des moyens d'assèchement : aéralion, ventilation, foyers mobiles, etc.

Des procédés rigoureux et d'une efficacité contestable tels que la submersion et \e subordement ont été employés dans des cas extrêmes; je ne parle pas de Vincendie qui appliqué quelquefois au milieu des émotions panophobiques d'une épidémie, comme il est advenu jadis du Donastiera dans le port du Passage, constitue un procédé d'un radicalisme sauvage et qui fort heureusement trouvera peu d'imitateurs. J'en dirai volontiers autant de la submersion ; couler un navire pour l'assainir et le débarrasser de ses miasmes, ressemble un peu au procédé attribué par Aristote au renard cherchant à s'afl'ranchir d'aggressions parasiliques, mais avec cette différence que le renard sait ce qu'il fait, et qu'en submergeant un navire, nous le mettons sous l'eau, mais nous ne savons pas le premier mot du sort que nous faisons aux miasmes qu'il contient. L'eau les dissout-elle, les dilue-t-elle au point de les rendre inoffensifs, les noie-t- elle, si tant est que des germes vivants les constituent? Ne leur laisse-t-elle pas au contraire leur activité, et le résultat n'est- il pas aggravé par les conditions nouvelles de méphitisme et d'insalubrité qui sont créés à un navire par sa submersion ? Le sabordement lui-même, plus incertain dans ses effets purificateurs, mais qui crée aussi au sein du navire une humidité malsaine et dont il ne se débarrassera plus ne me paraît pas une pratique à introduire dans les procédés

roi pour le nettoyage des cales des navires {Arch. de méd. nav., t. III, 18G5). Cette précaution donnerait en effet des garanties de sécurité et ne dispenserait pas des autres usités en pareil cas, notamment de l'emploi du quinquina et du sulfate de quinine à titre propliylactique.

ASSAINISSEMENT ACCIDENTEL. 465 d'assainissement des navires contaminés. Mélier envoyé, comme chacim sait, à Saint-Nazaire pour prendre les mesures que commandait l'arrivée dans ce port, en 1861, de VAnne-Marïe, de Nantes, venant delà Havane avec un chargement de sucre et en proie à la fièvre jaune, crut devoir proposer à l'administration et lui faire accepter la mesure du sabordementde ce navire. Yoici comment on procéda à cette opération : on versa préalablement dans lacale un kilolitre d'eau additionnée de 50 kilogrammes de sulfate de protoxyde de fer, alors que le bâtiment était encore exposé aux mouvements de la mer. Au bout de 24 heures, et l'Anne- 31arie étant amenée dans un port où cette opération devait être inoffensive, ce navire fut échoué et à marée basse on le saborda; la mer pénétra dans la cale et en sortit à chaque marée pendant huit jours. Quand ce bâtiment fut remis à flot, on procéda à son nettoyage qui ne prit pas moins de quinze jours ; cette opération difficile fut conduite avec les plus grandes précautions ; leramonage des mailles obstruées par la vase et par les matières que l'eau y avait entraînées ; l'enlèvement de la vase et des sédiments au préalable arrosés d'une solution de chlorure de chaux qu'une pompe à incendie répandait dans tous les recoins de la cale (1) • l'assèchement par des poêles placés à fond de cale et dont les tuyaux sortaient parles panneaux, complétèrent ce laborieux assainissement (2). L'épiJémie s'arrêta; le sabordement y fut-il pour quelque chose ? Nul ne saurait le dire, et il faudrait voir cette pratique aux prises avec une épidémie de fièvre jaune dans son pays et non pas égarée surles côtes de France, sous un climat qui ne lui va guère et ne lui permet pas de jeter des racines bien tenaces. Je préférerais à cette pratique du sabordement lîanjection de vapeur surchauffée, dardée à la lance sur les murailles et le fond de la cale, qui agirait en même temps par la chaleur mais je ne me dissimule en rien les inconvénients de créer ainsi dans un navire un foyer d'humidité qu'il ne sera plus possible de supprimer ensuite. ^

Le flambage au gaz, préconisé par M. de Lapparent, et dont M. Le Rov de Mericourt a faitjustement ressortir les avantages, dans une communication académique sur les procédés d'assainissement des cales des navires, est certainement, de tous les moyens, le plus sûr et le plus salubre et il ne faudra pas manquer d'y recourir toutes les fois qu'il sera appli' cable. J'ai dit plus haut (Voy. page 15), que ce procédé économique d assainissement l'emporte sur tous les autres, et je le considère avec M. Le Roy de Méricourt (3) comme devant être appliqué toutes les fois que les circonstances de la navigation le permettront.

Sîl ^mv^ ^T^^* solution de chlorure de chaux au 17«.

Jj^^at. f/e la fièvre jaune, survenue à Sahtt-Nazairp en ISfii tM^». ri. lAcacl. de médecine, UG'], t. XXVI, p. i). ^"'^«"f? en 180I [Mem. de

nrSl z!"''' ^® Méricourt, Note sur les perfectionnements susceptibles d-^tr»

apportés aux procédés actuels .le déchargement sLLre et d'as'sZit^ZZ t d^^ des navires contaminés [Bullet. de l'Acad. de méd., 10 janvier iSGsTl. xxx, "f. 249?

FONSSAGRIVES, HïG. NAV. gQ

Page 1