‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 117 sur 371 · COCA · texte numérisé non relu

COCA

beau, on les y laisse jusqu'à leur complète dessiccation, qui a lieu sans que la forme en soit altérée; elles sont ensuite emballées, à l'aide d'une forte pression, dans des sacs formés de gaines de feuilles de bananier, fortifiées par une enveloppe intérieure de gros canevas de laine. Les balles ainsi formées contiennent, en moyenne, 24 livres de feuilles, et portcntlenomde cestos. Le tamborcsi une balle qui a un volumedouble de celui du cesto, dont le prix varie, ci la Paz, de 4 1/2 à 0 piastres (22 fr. 50 à 30 fr.).

Les feuilles de l'érythroxylon se rapprochent , par la forme et par la grandeur, de celles du thé, mais elles n'ont jamais de dentelures, et, vues en dessous, elles présentent, de chaque côté de leur nervure moyenne, une ligne saillante et arquée, qui permet de les distinguer de la plupart des autres feuilles connues. Lorsqu'elles ont été bien desséchées, elles sont d'un vert très-pâle, plus foncé en dessus qu'en dessous : leur odeur est assez agréable et analogue à celle du thé lui-même. Quand, au contraire, la coca a été séchée moins parfaitement, cet arôme agréable se perçoit à peine , ou bien il se trouve dominé par un parfum piquant sui generis qui rappelle l'odeur abominable exhalée par l'haleine des mâcheurs de coca, où celte odeur se trouve, en effet, à l'état de concentration. Ce bouquet est très-perceptible lorsque l'on goûte la coca, et sert, par son abondance relative, à en indiquer la qualité. Dans l'infusion concentrée, au contraire, et, à plus forte raison, dans la décoction, c'est de l'amertume mêlée à quelque stypticité qui frappe plus particulièrement le palais.

Quant aux effets physiologiques immédiats de cette infusion, ils se bornent, en général, à une excitation légère suivie, le plus souvent, d'un peu d'insomnie. La question relative aux effets qui résultent de la mastication de la coca est moins facile à résoudre; commençons, néanmoins, par constater que l'immense majorité des auteurs anciens et modernes, qui ont écrit sur ce sujet, s'accordent à attribuer à la coca ainsi employée, des vertus dont l'existence bien constatée autoriserait à placer cette feuille parmi les produits utiles.

La coca contient plusieurs alcaloïdes isolés par H. Niemann ; le principal a reçu le nom de cocaïne.

Le Péruvien garde la coca dans un petit sac nommé chuspa, qu'il porte suspendu au côté, et qu'il ramène en avant lorsqu'il se propose de renouveler sa chique, ce qu'il fait toujours cà des intervalles réguliers, même quand il est en voyage.

A mesure que l'Indien porte ses feuilles de coca à la bouche, il les mouille, en les retournant avec la langue , et en forme une sorte de petite pelotte qu'il applique à une de ses joues , tout comme les marins le font des feuilles de tabac. Cela fait, il retire de sa chuspa une petite boite qui y accompagne ordinairement la coca, et il y puise, au moyen d'une

MOUCHARDAT. — HYGIÈNE. 9j

baguette, une très-petite quantité d'une pâte alcaline qu'on appelle clipla, et qui est le condiment ordinaire de la feuille. La clipta dont se servent habituellement les Péruviens, et surtout les Boliviens, est faite de la cendre du i[\i\nofi(Clienopodium quinoa), ou bien du cierge ordinaire. Cependant la cendre de plusieurs autres végétaux est employée au même usage; elle se vend souvent, sur les marchés, sous forme de petits gâteaux aplatis. Dans quelques parties de l'Amérique, la cendre est remplacée par de la chaux.

La plus remarquable des propriétés qu'on attribue à la coca, est le pouvoir de soutenir les forces, en l'absence de toute autre alimentation. Les faits sur lesquels repose cette opinion ont été avancés par tant de personnes dignes de foi, qu'il faudrait pousser bien loin le scepticisme pour les mettre en doute.

Ce que je puis affirmer, dit Weddel, c'est que la coca telle qu'on la prend habituellement ne rassasie pas. C'est là un fait dont j'ai pu me convaincre par une expérience journalière. Les Indiens qui m'accompagnaient dans mes voyages mâchaient, en effet, de la coca pendant toute la journée, mais, le soir arrivé, ils se remplissaient l'estomac comme des hommes complètement à jeun, et je puis assurer que je les ai vus quelquefois ingurgiter, en un seul repas, autant d'aliments que je n'en aurais consommé en deux jours. L'Indien de la Cordillère ressemble au vautour de ses montagnes : quand les provisions abondent, il s'en gorge avidement; quand, au contraire, celles-ci sont rares, sa nature robuste lui permet de se contenter de très-peu. L'usage de la coca l'aide, si l'on veut, à supporter l'abstinence: mais il faudrait des expériences bien autrement concluantes que celles dont j'ai été témoin, pour me convaincre qu'elle joue un rôle plus important que celui que je lui attribue : j'ajouterai cependant à ce que j'ai déjà dit plus haut de la clipta, que cette substance alcaline pourrait bien aussi contribuer, par son influence directe sur les sécrétions de l'estomac, à calmer les exigences de^cet organe.

Pour moi, dit Weddell, l'action de la coca se réduit donc à une excitation, mais à une excitation d'un genre particulier, et que je regarde comme différente de celle qui résulte de l'usage de la plupart des excitants ordinaires, et de l'alcool en particulier.

Je crois, ajoute Weddell, que l'habitude est pour beaucoup dans la Hdélilé de l'Indien à l'usage de la coca, tout comme dans celle de certains fumeurs à leur pipe. Et il est, je crois, essentiel de ne pas perdre de vue que, chez l'Indien, la force d'habitude doit jouer un rôle d'autant plus grand, que l'habitude qui nous occupe est presque la seule qui lui soit restée des temps passés, cl qu'aujourd'hui, comme alors, il attache a La feuille de coca des idées superstitieuses qui doivent tripler au moins dans son imagination la grandeur des bienfaits qu'il en relire; qu'il

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