COCA. — TABAC
trouv», dans cette mastication, la seule et unique distraction qui rompe l'incomparable monotonie, de son existence.
Pour moi, la coca est un stimulant spécial du système nerveux, se rapprochant à certains égards des caféiques, et comme eux et plus qu'eux, paraissant diminuer la dénutrition en animant les forces. Comme les autres substances mâchées, elle favorise la sécrétion de la salive, mais ceux qui en abusent ont les dents noires, ébranlées et l'haleine fétide. L'excès de la coca détermine de la congestion cérébrale, une ivresse spéciale avec somnolence. On a prétendu qu'elle possédait des propriétés aphrodisiaques, cette assertion me paraît douteuse. L'abus, surtout chez les Européens, peut déterminer des hallucinations, de la démence et une vieillesse anticipée.
Tabac. — Je place l'histoire hygiénique du tabac dans la division des substances qui, habituellement ingérées, agissent spécifiquement sur le système nerveux. L'importance qu'a prise la consommation du tabac dans notre Europe, fait que l'étude hygiénique de ce modificateur du système nerveux est une des questions importantes que nous ayons à traiter. Si l'Amérique nous a donné la pomme de terre et le quinquina, elle nous a aussi doté du tabac qui est plus nuisible qu'utile, puis nous lui devons les deux ennemis de nos vignes, l'oïdium et le phylloxéra. Christophe Colomb, en visitant San Salvador, y vit établi l'usage du tabac, les sauvages de l'Amérique le fumaient et le chiquaient. On connaît le luxe tabagique de Montezuma qui pouvait rivaliser avec le nôtre. En 1558, Nicot, ambassadeur de France en Portugal, envoya du tabac à Catherine de Médicis. L'usage de priser vint de l'Europe occidentale. Nous allons successivement aborder les questions suivantes : 1° culture et composition du tabac; 2° nicotine; 3° fabrication des tabacs commerciaux, hygiène de cette industrie; 4° action spéciale du tabac sous les trois formes qu'on l'emploie ; 5° action générale, influence sur le présent et l'avenir des populations européennes. Il me faudrait un volume si je voulais donner une bibliographie complète du tabac (1); je me contenterai de consigner les faits les plus importants se rapportant à cette étude.
Culture. — Le tabac se plaît dans les climats chauds et tempérés de toutes les parties du monde et surtout dans les terrains d'alluvion au long des rivières ; les terres calcaires peu compactes sont très-propres a la culture des tabacs légers, comme ceux du Maryland ; c'est une plante
(1) Prudent-Bernay, Du tabac (Thèses, Paris, 1859-1863; Gazette hebdomadaire, l. 1). - Joly, Vu tabac au point de vue de Vhygiène [Bull, de VAcad. de médecine, 1865-1866).
M. Decaisne, Effets du tabac [Comptes rendus del'Acad. des sciences, mai 1864).— Vum as, Empouonnement Vnr te lai,,,,: (Comptes rendus de VAcad. des sciences, juillet 1864). — Richardson, Effets physiologiques du tabac (Annules d'hygime, janvier 1867).
\m MODIFICATEURS DU SYSTÈME NERVEUX.
annuelle, mais qui peut devenir vivace si on l'empêche de fleurir en enlevant les boutons à Heur et si on la défend des gelées. Six semaines environ avant la récolte, on écime chaque pied, on laisse huit à seize feuilles; les quatre premières sont les meilleures; on les récolte quand apparaissent des taches jaunes; on les expose au soleil pour les faner, puis on les abandonne deux jours sous des hangards ouverts, puis dans des séchoirs. En février on en forme des masses pressées.
Composition. — Un grand nombre de chimistes ont analysé le tabac, je citerai Vauquelin, Posselt et Reimann; voici ce qu'il renferme d'après ces derniers chimistes :
Eau, 88,090. — Fibre ligneuse, 1,869. — Matière cxlractive faiblement amère, 2,840.
— Gomme mélangée de inalate de chaux, 1,140. — Substance analogue au gluten, 1,048.
— Résine verte, 0,261. — Albumine végétale, 0,260. — Nicotine, 0,060. — Matière grasse votatile (nicotianine), 0,010. — Acide malique, acide citrique, 0,510. — Malalc d'ammoniaque, 0, 120. — Sulfate de potasse, 0,048. — Chlorure de potassium, 0,063. — Azotate et malalc de potasse, 0,095. — Phosphate de chaux, 0,242. — Silice, 0,088.
Les feuilles sèches contiennent 5 à 6 pour 100 d'azote, elles donnent 23 pour 100 de cendres.
Nicotine (C20A14Az2). — Alcaloïde découvert non spécifié par Vauquelin, mais étudié par Ueimann et Posselt, analysé par Barrai ; c'est un liquide volatil altérable d'une saveur brûlante, d'une odeur acre très-prononcée; on peut à peine respirer librement dans un appartement où l'on en a vaporisé quelques gouttes. C'est un liquide des plus vénéneux ; une goutte suffit pour tuer instantanément un animal: son action est comparable pour la rapidité d'action à celle de l'acide cyanhydrique pur. Voici le dosage de la nicotine pour 100 dans différents tabacs :
Virginie séché à 100, 6,87. — Kenlucki séché à 100, 6,09. — Maryland, 2,29. — Cigares primera à 15 centimes, 2. — Lot, 7,96. — Nord, 6,58. — Pas-de-Calais, 4,94. — Alsace, 3,21.
Fabrication des tabacs commerciaux (hygiène de celte industrie). — Les opinions sont loin d'être concordantes sur l'état de la santé des ouvriers qui travaillent dans les manufactures de tabac : pour Parent- Ouchàtclet, l'optimiste, c'est une industrie inoffensive; pour lîamazzini, elle est des plus dangereuses, lleurtcaux, Méfier et beaucoup d'auteurs modernes lui reconnaissent des inconvénients qui ont été exagérés et qtti se sont amoindris, grâce aux efforts des savants et des ingénieurs, au premier rang desquels il faut citer Gay-Lussac. Le monopole du labac, grâce à des efforts et à des progrès incessants, a offert de considérables avantages pour la perfection des produits et pour la santé des ouvriers. Je donne dans V Appendice une courte notice sur les opérations auxquelles on soumet les feuilles de labac pour les amener sous les états qui nous sont bien connus.
Les ouvriers qui travaillent dans les manufactures de tabac sont exposés à des vapeurs contenant de la nicotine, et surtout à des poussières