TABAC. — HACHISCH
Si nous considérons l'influence du tabac sur le présent et Vavenir des populations européennes, nous devons reconnaître que ce n'est point une mode qui passera, mais un besoin factice qui chaque jour devient plus général : l'impôt qu'il produit annuellement en France ne s'élevait, dans le principe, qu'à quelques millions ; bientôt il dépassera 200 millions. Le tabac est un excitant léger du système nerveux; si l'on utilisait cette excitation pour faire des découvertes, pour se perfectionner et s'instruire, rien de mieux, mais cette excitation est mise à profit pour donner le plus souvent naissance à de stériles rêveries, à d'inutiles bavardages, pour combattre ce mal d'ennui qui ronge les^désœuvrés. Ajoutons qu'au point de vue de l'avenir des populations, l'abus du tabac doit être considéré comme nuisible : il abaisse la période de la virilité, puis l'emploi continu des modificateurs du système nerveux est mauvais chez les ascendants pour la progéniture. Les races à système nerveux ébranlé disparaissent plus vite ou ne marchent pas dans la vie par les voies droites.
Ne soyons pas un censeur absolu du tabac, il est des conditions dans lesquelles on ne saurait blâmer son usage modéré. L'ouvrier, après ses durs travaux de la journée, éprouve un grand bonheur en rentrant dans son domicile à fumer une ou deux pipes ; je n'oserais défendre le tabac au soldat dans les bivouacs et au marin qui navigue. L'ennui est un mal qui, chez le soldat, le marin, peut conduire à la nostalgie ; le tabac est un remède dont on ne saurait méconnaître la puissance. Le vieillard qui est gagné par l'ennui de vieillir trouve dans le cigare une consolation, une douce habitude dont la privation devient souvent plus dure que celle des aliments ; pour plus d'un malade, c'est un lien qui le rattache à la vie ; dans la convalescence, c'est le premier besoin, c'est le premier plaisir. Voilà de bons côtés ; combien ils s'effacent devant les mauvais !
Hachisch (esrar, chanvre indien). — La plante qui fournit le hachisch est une espèce de chanvre qui diffère très-peu, s'il diffère, de notre chanvre d'Europe. Les botanistes l'ont nommée Cannabis indica.
On nomme les produits du chanvre indien hachisch en Egypte et en Syrie, esrar à Constantinople. Je donne, d'après Mongiéri, danisï Appendice, les moyens employés par les marchands pour obtenir cette préparation secrète.
Quatre^ grammes d'une pâte préparée pour les fumeurs suffit pour obtenir des ellets physiologiques. En analysant les faits observés, dit M. Mongien, nous trouvons que les dérangements fonctionnels occasionnés par I war peuvent se réduire à trois chefs : 1° les troubles des fonctions des appareils digestif et circulatoire; 2° lésions de la sensibilité et du mouvement; et 3- desordres des facultés mentales. Ces altérations ne manquent jamais de se produire; mais comme elles ne se manifestent pas
toujours au même degré et de la môme manière chez les différents sujets, il arrive souvent qu'elles échappent à l'observation, d'autant plus que, parfois, elles sont masquées par d'autres phénomènes plus saillants.
Pour faire bien saisir cette vérité, nous allons indiquer rapidement les limites extrêmes entre lesquelles peuvent se manifester les troubles de chacune de ces fonctions. Ces limites sont, pour les fonctions de l'appareil digestif, depuis l'anorexie ou les nausées jusqu'aux vomissements les plus violents et les plus prolongés. Les désordres de la circulation se limitent parfois à une simple accélération du pouls , d'autres fois ils vont jusqu'à provoquer la syncope. Les troubles de la sensibilité et du mouvement sont, d'ordinaire, beaucoup plus clairs et plus prononcés que les précédents : ils varient néanmoins aussi à différents degrés, depuis une crampe légère jusqu'à la contraction complète et générale des muscles, depuis un simple engourdissement jusqu'à l' anesthésie la plus absolue. Quant aux facultés mentales, le désordre peut s'en manifester par un simple défaut d'attention autant que par une extase complète, par une inquiétude de l'esprit aussi bien que par un délire furieux au suprême degré.
L'esrar cause des hallucinations de la vue, des visions de l'Apocal yse ; l'abus conduit à l'abrutissement, à la folie permanente.
Tous les auteurs sont d'accord sur ce point, que l'usage longtemps continué de cette substance abrutit l'espèce humaine, et peut conduire à l'idiotisme et à la folie, ainsi que le prouvent bon nombre de cas observés chez les Orientaux. Cette plante semble avoir une action particulière sur le foie: tous les consommateurs de hachisch ont une teinte ictérique très-remarquable; les yeux deviennent fixes, perdent leur expression ; la physionomie est hébétée. L'usage de cet agent doit être nécessairement funeste, puisque dans tous les temps on voit en Orient des mesures rigoureuses déployées par les autorités locales contre ce commerce.
Certains derviches recourent à l'emploi de l'esrar pour avoir des visions extatiques, obtenirl'anesthésie, l'analgésie, pour exécuter des tours et gagner ainsi la vénération du peuple
Opium. — Suc épaissi obtenu par des incisions faites à la capsule verte dedifférentes variétés du Papaver somniferum, qui ontété soigneusement étudiées, au point de vue de l'obtention de l'opium et de sa qualité, parM. H. Aubergier. Les musulmans, auxquels leur religion défend l'usage du vin, et d'autres peuples orientaux, surtout les Chinois, se servent de l'opium comme d'un moyen enivrant; ils s'y habituent progressivement et en prennent à la (in des doses considérables; quelquesuns finissent par se tenir ainsi dans un état perpétuel d'ivresse, et tombent dans un marasme physique et moral vraiment extraordinaire.