‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 123 sur 371 · RÉGIME DANS LES DYSPEPSIES · texte numérisé non relu

RÉGIME DANS LES DYSPEPSIES

sive et le luxe culinaire de Brillât-Savarin, il est un juste milieu que le sage sait observer, eu se rappelant ce mot un peu exagéré de James K\ ie : « Les gros mangeurs se creusent une tombe avec leurs dents. »

L'alimentation doit être variée, complète, en rapport avec la dépense. On ne doit changer que peu à peu et avec prudence les habitudes bromatologiques. L'estomac souvent se révolte contre toutes les nouveautés. « En fait de régime, a dit Trousseau, voici la loi: le meilleur, le seul réellement bon, le seul réellement convenable, c'est celui que le malade sait, d'après sa propre expérience, le mieux supporter. » Si le régime d'un malade atteint de dyspepsie n'est pas convenable, i réformez-le peu à peu, avec mesure, avec prudence.

Quant aux aliments (sauf l'exception du lait et de la viande crue), il i n'est pas possible de recommander l'un de préférence à l'autre : le meilleur aliment, comme on l'a dit avec raison, est celui qui se digère I le mieux ; on peut répéter aussi que les aliments qu'on doit prescrire aux dyspeptiques ne sont pas toujours les meilleurs absolument, mais ceux qui conviennent le mieux, soit parce qu'ils sont agréables, soit parce qu'ils sont le plus aisément digérés ; quelquefois, les dyspeptiques auront recours de préférence aux aliments herbacés ; d'autres fois, ce qui leur réussira le mieux, ce seront des aliments peu substantiels ou encore des aliments savoureux, des aliments de haut goût, comme le jambon, le saucisson, les anchois, les harengs saurs, les olives, le caviar. Ces aliments sont souvent bien mieux supportés par certains estomacs que des préparations simples, comme des viandes rôties ou bouillies. On aurait donc tort de défendre, d'une façon absolue, comme on le fait souvent dans des cas de dyspepsie torpide, l'usage de mets relevés, épicés, fortement assaisonnés. La salade, les aliments vinaigrés ne doivent pas non plus être rejetés de parti pris du régime des dyspeptiques ; Gubler s'élève avec force et avec grande raison contre la tendance que l'on a à refuser à certaines jeunes filles lymphatiques, chlorotiques, dont les digestions sont lentes et pénibles, l'usage de la salade, des fruits acides pour lesquels elles ont, en général, tant de désir : combien de chlorotiques, d'anémiques, dit-il, se restaurent ainsi, à qui, pourtant, la salade était impitoyablement interdite.

Je prescris presque à tous mes malades du cresson ou une salade de feuilles; en ayant soin de leur recommander de bien les diviser et les mâcher et en commençant par de petites quantités, qu'on augmente progressivement.

Le régime herbacé rend plus facile la régularisation des garde-robes; il en est de même de l'usage des fruits. Il est certains dyspeptiques qui ne peuvent absolument supporter les crudités. Il faut respecter ces idiosyncrasies.

Je viens de parler des fruits, qui sont quelquefois utiles aux malades

atteints de dyspepsie, je dois, à ce propos, mentionner l'opportunité de cures de raisin contre certaines formes de cette affection.

L'abus continuel des boissons aqueuses et surtout celles d'eaux fortement gazeuses, comme celles de Seltz artificielles, déterminent fréquemment des dyspepsies, qu'on fait disparaître par la modération progressive dans l'usage de ces boissons.

L'abus des modificateurs du système nerveux conduit assez souvent à la dyspepsie. En première ligne, je dois placer l'abus de l'eau-de-vie, des liqueurs fortes, des vins alcoolisés, puis celui de la bière, du cidre. On a accusé l'usage immodéré du thé, du café : pour ces deux boissons et surtout la première, l'habitude de les boire très-chaudes, de même que les soupes et le bouillon qu'on prend trop chauds et en trop grande quantité, peut contribuer à leur mauvais effet.

L'abus du tabac, de cigares trop souvent renouvelés et trop riches en nicotine, contribue, chez certaines individualités peu résistantes ou in habituées, au développement des dyspepsies.

Le remède est nettement indiqué : la diminution graduelle de ces modificateurs, voilà la loi. Pour certains malades il faut être plus radical et prescrire la privation absolue.

Deux ou trois repas par jour, convenablement espacés, en ayant soin de ne pas faire le déjeuner trop copieux pour avoir faim au dîner.

Bien diviser, bien mâcher tous les aliments , voilà une prescription qui convient dans presque toutes les formes de dyspepsie.

Je préfère la croûte de pain ou le pain rassis à la mie de pain frais.

Les cas où l'on peut utilement prescrire les ferments digestifs ne se rencontrent pas fréquemment. Quelques jours d'administration suffisent pour juger si cette prescription sera avantageuse. Il faut la suspendre, si l'on n'obtient rien; on aura au moins, sans inconvénient aucun, donné pendant quelques jours l'espérance à un pauvre dyspeptique , et c'est toujours un bien. N'oublions pas de dire que les ferments perdent souvent avec le temps , et dans des conditions qui ne nous sont pas bien connues, leurs propriétés spécifiques; il est donc convenable d'essayer, avant de les livrer, si leurs propriétés digestives sont conservées.

On a employé jusqu'ici trois ferments digestifs : d'abord le ferment du pancréas, par M. Chomel, d'après mes indications; puis un des ferments du suc gastrique, la pepsine, par MM. Houdault et Corvisarl : et enfin M. Goutaret a vanté, sous le nom de maltim, le ferment de l'orge germée connu sous le nom de diastase.

.le dois insister sur l'incomparable utilité du rèijime lacté exclusif contre certaines des formes de dyspepsies les plus graves, s 'accompagnant de vomissements incoercibles. Quand le lait n'est pas rejeté, le malade trouve en lui la planche du salut: trois à quatre litres de lait sortant du

Page 1