URINES. - QUANTITÉ. — DENSITÉ
On prend la densité de l'urine à l'aide d'undensimètre spécial gradué de IOOO à 1050. J'ai donné sa description, son mode d'emploi, la correction à opérer d'après la température à laquelle la densité est prise, pour ramener à la température de 15 degrés centigrades (supplément à ['Annuaire de 1800, et dans la notice sur l'essai des urines imprimées dans mon Formulait e.
À quelle quantité de matières fixes correspond un degré densimétrique à la température de 15 degrés centigrades? — Le rapport entre la densité de l'urine et la quantité de matières fixes qu'elle contient n'est pas constant ; il varie suivant la nature de ces matières fixes et de leurs proportions. De très nombreuses expériences, exécutées pour fixer ces rapports, m'ont démontré la réalité de ces variations. Quoi qu'il en soit, les erreurs auxquelles on est exposé en adoptant un chiffre moyen bien choisi ne sont pas assez grandes pour ne pas obtenir un résultat approximatif suffisant pour la plupart des recherches médicales.
Dans des expériences auxquelles nous nous sommes livrés, Stuart Cooper et moi, en 1846 ei 1847, nous avons trouvé comme chiffre moyen de 127 analyses d'urines de malades affectés d'albuminurie, lsr,99 de matières fixes par litre d'urine pour chaque degré densimétrique à la température de 15 degrés centigrades.
M. Becquerel a conclu de très nombreuses expériences que l'on devait adopter le chiffre lsr,77 pour chaque degré densimétrique. Selon moi, ce résultat est trop faible. Je m'explique cette différence en remarquant que M. Becquerel ne dit pas qu'il ait opéré sur l'urine immédiatement après son émission. Quand on attend vingt-quatre heures pour beaucoup d'urines pathologiques, l'urée a commencé à se transformer spontanément en carbonate d'ammoniaque : cette proportion décomposée se vaporise en grande partie avec l'eau quand on évapore l'urine.
Dès mes premières recherches sur le diabète sucré, en 1837 et 1838, j'ai trouvé comme moyenne 2?r,l par degré densimétrique à la température de 15 degrés centigrades par litre d'urine glycosurique, en ayant le soin de faire mes évaporations àl'étuve, à une température inférieure à 60 degrés, ou dans le vide. Ces expériences avaient été exécutées pour faire construire mon premier uromèlre, par Lediker.
Je regarde le chiffre moyen 2«r,l comme très près de la vérité lorsqu'il s'agit d'urines très sucrées, mais de nouvelles recherches m'ont montré qu'il était trop élevé pour les urines normales. J'ai adopte le nombre de 2 grammes; je le regarde comme un peu fort lorsqu'il ne s'agit pas d'urines sucrées. Mais comme on ne peut prétendre qu'eà un résultat approximatif, je l'admets pour la facilité qu'il introduit dans les calculs qui peuvent s'exécuter au lit du malade et presque toujours de mémoire. Avantage inappréciable pour le médecin, auquel le temps manque si souvent et qui doit s'en montrer avare quand cela se peut.
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Ainsi donc nous admettons que chaque degré de l'uromèlre supérieur à zéro cprrespqnd à 2 grammes de matières fixes par litre d'urine.
Détermination de \a, quantité de résidas fixes des urines connue diagnost ic des santés. — 11 esl certain que |a, somme des résidus fixes de l'urine varie suivant le régime, l'exercice, l'âge, le poids vif de l'individu, etc. Cependant, toutes choses étant égales, pour le régime, le poids vif, l'exercice, ces variations sont heaucqup moins considérables qu'on ne l'a dit, lorsqu'on n'a pas étudié ces questions expérimentalement.
En prenant les précautions faciles sous le rapport du régime et de l'exercice, on peut arriver à des données qui sont beaucoup plus satisfaisantes que les à peu près dont on se contente le plus souvent pour apprécier les santés.
Le moyen le plus simple de se rendre compte de l'énergie du mouvement vital, c'est de mesurer les grands résidus des fonctions organiques, et parmi ces résidus aucun ne se prèle mieux à une évaluation pondérale que ceux de l'acide carbonique et de l'urée. C'est surtout cette dernière substance qui peut être approximativement appréciée avec le plus de facilité en recueillant l'urine de vingt-quatre heures.
Tontes choses égales, pour je réginie, l'urée est le principe dont les variations quantitatives sont plus grandes dans les urines de vingt-quatre heures, et qui dès lors influent le plus sur sa densité.
La détermination d,e la somme des matériaux fixes de l'urine de vingtquatre heures par la méthode que j'ai fait connaître, est donc un des moyens les pins commodes de mesurer l'énergie de la vie organique.
Je ne saurais trop répéter qu'il faut , dans le régime d'un homme qu'on soumet à cpt examen, écarter les substances qui passent en quantité considérable dans l'urine- Aucune ne doit plus éveiller l'attention que |p bouillon- Chaque litre donne près de 15 grammes de résidu fixe à l'urine. Quand on prend plusieurs litres de ce liquide alimentaire, les urifles sont augmentées et la densité reste élevée. J'ai observé un vieillard presque nooogénaire qui prenait chaque jour près de 4 litres de houi|lon. Le rés/nlu fixe, au lieu de 45 grammes qui est le chiffre normal à cet âge, s'était élevé à 77 grammes.
J'ai essayé les urines d'un grand nombre d'hommes adultes en santé, c.\ eii mul|ip|iant par "2 les chiffres de la densité supérieure à 1000 et le prodpil par la. quantité d/urme on °l en fractions de litre, je suis arrivé à des, nombres qui ospillent presque toujours autour du chiffre 5,0 grammes, avec d,ps variations c(e 5 grammes en plus, ou en moins. Chez les glycosuriques squiflis au régime, les matières fixes des urines de vingt-quiitre heures se rapprochent plus du chiffre do 00 grammes que de celui de 50,
Tour la femme adulte en santé, ayant une vie active, les nombres que j'ai ohtpnns sopt très rapprochés de 45, 'grammes ; par le repos, le
URINES. - ACIDES HIPPURIQUE BWP$UB- ~ WOSITE. séjour au lit trop prolongé, j'ai obtenu souyent 35 grammes ; mais ce n'est point la santé avec ses attributs normaux.
Uien des causes peuvent déterminer une diminution dans la quantité d'urée éliminée dans les vingt-quatre heures ; ces causes peuvent se rattacher : 1° h mie production insuffisante, par suite d'une alimentation végétale, d'un repos excessif, de chlorose, de misère physiologique, etc. ; -2 a un défaut d'élimination, défaut très ordinaire dans la maladie de Brighl ; 3° à des troubles gastriques divers et à des désordres cérébraux. Les im>\ eus d'augmenter la production d'urée sont l'exercice, régulier en rapport avec les forces, les soins de la peau et l'emploi suffisant des aliments de la force.
Avant d'aborder l'étude des matériaux peu solubles de l'urine qui donnent naissance aux gravelles et aux calculs, je crois utile de mentionner rapidement quelques-unes des substances les plus importantes qui se trouvent naturellement ou accidentellement dans les urines. L'acide hippurique se rencontre surtout dans les urines des herbivores ; celles de l'homme en renferment également; c'est un acide azoté copulé ; il est peu soluble. L'administration de l'acide benzoïque donne souvent lieu à la présence dans les urines d'acide hippurique avec diminution dans la quantité d'acide urique. L'acide benzoïque existe dans les urines des jeunes enfants et dans celles des malades atteints d'albuminurie chronique. Berzelius a signalé l'existence de la silice dans les urines, 3 centigrammes par litre ; elle devient plus abondante lorsqu'on ingère des eaux magnésiennes chargées de silice. La production des cellules epithéliales et, par suite, du mucus, augmente avec l'âge et avec l'irritation de quelques-unes des parties de l'appareil urinaire. L'excès de cette production est mauvais, on le reconnaît à des filaments qui nagent dans l'urine au moment de l'émission; ce^ excès peut amener à sa suite, ou un calcul urinaire ou une cystite chronique. Il faut combattre cette prédisposition au début, par des boissons aqueuses abondantes, par le repos, et en vidant régulièrement et complètement la vessie.
Les sulfnh'H des urines proviennent, soit des ingesta, soit de la transformation e| de l'oxydation des matières albuminoïdes des aliments ou du corps. Les chlorures viennent des aliments ; on en a noté l'absence dans les urines des agonisants a la diète, cela se comprend sans peine.
L inosite est une matière ternaire ayant la même composition que la glyposc ; elle existe dans les muscles ; on la rencontre dans les urines ; sa proportion \ ■ augmente, soit par l'ingestion trop abondante de viande ou de bouillon; soit encore plus nettement chez les giycosuriqiies, lorsqu'ils prennent p|qs d/ajjrçem^ azotés qu'il conviendrait. Cette perle de [inosite a attire l'attention de plusieurs médecins et particulièrement de M. Ga|lois. On l'a considérée comme une forme spéciale de diabète; mais je suis porté à croire que cet excès d 'inosite dans les urines doit
AQO EXCRÉTIONS. — URINES.
être rattaché à un excès d'alimentation azotée et qu'elle cesse en réglant convenablement le régime et l'exercice.
La crèatine, la créatinine, existent dans les muscles et se retrouvent dans les urines, proportionnellement, en général, avec la quantité de viande ou de bouillon ingérée; une portion de ces bases peut cependant être décomposée et donner naissance k des composés insolubles, nuisibles par leur excès dans le sang. Nous allons y revenir en traitant de l'étiologie des calculs urinaires.
\À crèatine est une matière quaternaire azotée, cristallisant en prismes rectangulaires transparents, contenant un équivalent d'eau solubledans 77 parties d'eau, et elle a été découverte par Chevreul dans les muscles et le bouillon (p. 211,222).
La créatinine est aussi une substance quaternaire azotée, se présentant sous forme de cristaux brillants, d'une saveur caustique, soluble dans 11,5 d'eau.
On désigne sous le nom de matières extractives de l'urine un grand nombre de principes immédiats qui ne cristallisent pas. et qui consistent principalement en albumine et gélatine modifiées, en glycérine, matières colorantes et extractives diverses, avec du lactate d'ammoniaque, etc. La quantité de ces matières excrétées dans les vingt-quatre heures par un homme en santé ne dépasse pas 10 grammes environ ; elle s'élève quelquefois à 15 et à 20 grammes. Cette augmentation de matières extractives des urines lient souvent à un excès de bouillon ou de consommé ingéré. Je regarde la continuité de cette élévation de la quantité des matières extractives de l'urine comme mauvaise, quand on ne peut rattacher cet excès à des substances ingérées. Quand on fait bouillir de pareilles urines, elles moussent beaucoup, ce qui indique la présence d'une trop forte quantité de matières albuminoïdes modifiées. Le tannin en dissolution aqueuse précipite abondamment ces urines, ce même réactif précipite les urines rendues après un repas où on a consommé du bouillon. Quand on ne peut rattacher «à aucune cause d'alimentation l'existence de ces urines mousseuses, elles indiquent une modification dans le fonctionnement régulier des reins contre laquelle il faut réagir par les moyens suivants : animer les fonctions de la peau par l'exercice, les frictions, le massage, celles du poumon par l'exercice, et mettre les reins au repos par le régime lacté (p. 114). Cet excès de matières extractives de l'urine précède souvent Valbuminuric, que l'on doit toujours éviter, et est fréquemment la suite de la glycosurie. Rien n'est plus important pour la santé que de maintenir toujours à l'état normal et fonctionnant bien l'appareil urinaire, qui est, comme je l'ai dit déjà, le grand égoul collecteur de V économie, 11 ne faut pas le fatiguer, ni le laisser encombrer, comme nous allons le voir, par des dépôts insolubles, gravellc, calculs urinaires, etc.