‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 132 sur 371 · URINES. - CALCULS URINAIRES. POLYURIQUE · texte numérisé non relu

URINES. - CALCULS URINAIRES. POLYURIQUE

sont les calculs d'acide urique et les urates qui se rencontrent plus fréquemment ; 3° dans la vieillesse , ou observe les calculs composés de phosphates terreux et de carbonates terreux.

('/est que, dans la vieillesse, les voies urinaires sont souvent malades, et les affections des voies urinaires favorisent la formation de ce dernier groupe de calculs.

Voilà, à peu près, l'ordre que je vais suivre, et qui convient, sous le triple rapport de l'étiologie, de la prophylaxie et du traitement des affections calculeuses, des gravelles et des maladies qui se rattachent à leur production.

Je divise en quatre groupes les maladies liées à l'existence de graviers et des calculs dont je vais successivement aborder l'étude.

1er Groupe. — Je l'appelle groupe de l'acide urique et des urates. On nomme diathèse urique l'état constitutionnel sous l'influence duquel il se produit dans l'économie plus d'acide urique que dans les conditions normales de la santé. Je désigne cet étal sous le nom de polyurique ou A'affection polyurique. V affection polyurique est la maladie calculeuse des adultes. Je préfère cette dénomination de polyurique ou d'affection polyurique à celle de diathèse, parce que ces deux mots n'ont pas le même sens. La diathèse ne peut se modifier complètement, tout au plus peut-on en atténuer l'intensité ; tandis qu'une affection est modifiable, dans certaines conditions. V a ffection polyurique est sous la dépendance des moyens hygiéniques, beaucoup plus que sous la domination d'un état spécial des organes; elle peut être atténuée du jour au lendemain, elle peut être produite ou corrigée par l'alimentation et l'exercice.

2e Groupe. — Production de la cystine. Cette affection, comme on le verra, est rare; elle parait liée à une maladie du foie.

3e Groupe. — Il est très important. C'est celui de l'oxalate de chaux, qui prédomine chez les enfants et chez les habitants des campagnes.

4e Groupe. — Il comprend le dépôt des phosphates que l'on rencontre dans la vessie chez certains vieillards, chez les personnes affectées de maladies des voies urinaires, de la prostate, de l'urèthre; chez ceux aussi qui ont abusé des plaisirs vénériens.

On pourrait bien encore établir d'autres groupes, mais cela n'aurait pas d'utilité pour le but pratique que je poursuis. Nous pouvons donc nous contenter des quatre groupes précédents, et même pourrait-on laisser de côté le deuxième, celui de la cystine, qui est très rare.

Disons, avant de terminer, que c'est une grande erreur que de considérer la gravelle comme une maladie unique. Ce sont des affections tirs différentes sous le rapport des causes qui les ont produites, et des traitements variés qu'elles réclament. Vouloir les réunir dans une seule maladie pour en tracer la prophylaxie et le traitement, c'est s'exposer aux confusions les plus regrettables. Je reconnaîtrai donc quatre mala-

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dies principales : l&poly urique, Yoxalurie, la cystinurieQl la phosphypostase.

Polyukique. — Affection polyurique. — Le groupe de l'affection polyurique (voy. p. 380), que j'appelais autrefois, avec la plupart des auteurs, diathèse urique, est celui qui va nous occuper. On peut admettre que cet excès de production et d'insuffisance d'élimination d'acide urique est la cause et la véritable caractéristique de la goutte (1).

L'acide urique l'orme le calcul des adultes, des habitants des villes, des gens riches. D'après une statistique de M. Ségalas, sur 100 calculs d'acide urique, 79 auraient été fournis par des habitants des villes.

Quand je dis acide urique, je me sers de ce mot pour désigner le groupe tout entier qui comprend : l'acide urique, les urates de soude, biurates de soude, les urates de potasse, de chaux et de magnésie. Je reconnais volontiers que l'acide urique se trouve dans l'organisme beaucoup plus fréquemment à l'état de combinaison avec les alcalis ou les bases terreuses, qu'à l'état de liberté.

Scheele découvrit l'acide urique. En voici la formule :

(C10rT4Az406 +4Aq).

L'acide urique existe dans le sang à l'état d'urate de soude, de chaux et de magnésie. C'est un acide combustible.

Caractères de l'acide urique. — 1° Quand il brûle dans un tube fermé, il donne des vapeurs empyreumatiques ammoniacales et de l'urée. 2° Il est peu soluble dans l'eau, qui n'en dissout que 1/15006 ou 1/1700" de son poids, plus soluble à chaud qu'à froid ; l'acide urique se dépose souvent pendant le refroidissement de l'urine. Les urates alcalins sont également plus solubles à chaud qu'à froid, et ce sont eux qui forment les dépôts ordinaires des urines ; ils ont une solubilité plus grande que celle de l'acide urique. L'acide urique se dissout assez facilement à l'aide de la chaleur, surtout dans une eau faiblement alcalinisée par la potasse; cette solution additionnée d'acide acétique donne un précipité blanc d'acide urique. L'acide urique chauffé avec précaution dans un tube de verre avec l'acide azotique, et soumis alors aux vapeurs ammoniacales, donne une coloration rouge caractéristique.

Caractères microscopiques. — Si l'on examine au microscope la poussière rouge d'acide urique que les urines laissent déposer, lorsqu'on y ajoute un acide, il se montre sous forme de rhomboèdres réguliers ou de lamelles cristallines rhomboïdales.

Les dépôts d'urine présentent généralement une coloration rouge plus ou moins foncée, analogue à celle de la brique pilée. L'acide urique

(1) Voy. Annuaire tliérapeutufac, 1870, p. 2i2 et suit.

URINES. - CALCULS. - CAUSES DE LA POLYURIQUE. 415 pur se présente en lamelles blanches, incolores; la coloration rouge que possède la gracelle rouge n'est point due à l'acide urique, mais aux matières colorantes que l'urine tient en dissolution, et que l'acide urique fixe entraîne et retient en se précipitant.

Ces matières colorantes de l'urine se présentent plus fréquemment et plus abondamment dans certains cas de fièvre; on désignait cet acide urique colore en rouge sous le nom d'acide rosacique.

Condition* de formation de Vacide urique. — La nature du régime a une grande influence sur la formation de l'acide urique. On le trouve dans les urines de l'homme, des carnivores, des omnivores, dans les dépôts des urines de certains animaux. On le rencontre aussi dans les m ines des enfants à la mamelle et dans celles du jeune veau. Il existe également dans les urines de la vache, quand on la nourrit avec du grain, ou quand on la soumet à la diète. Mais quand on lui donne des herbes, il n'y a plus d'acide urique dans ses urines. C'est qu'en cette circonstance il s'est trouvé un autre corps, qui, en se copulant avec l'acide urique, a donné naissance à de Vacide hippurique. Nous reviendrons plus loin sur cette intéressante transformation.

Sur la quantité d'acide urique produit en vingt-quatre heures. — Tandis que les proportions d'urée sont à peu près les mêmes chez le même homme, l'acide urique peut au contraire varier beaucoup chez différents individus et aussi chez le même homme. Ainsi, d'un jour à l'autre, cette quantité d'acide urique peut s'élever de 0ar,20 à l'J',50 et même ce chiffre peut être dépassé de beaucoup dans les vingt-quatre heures. On peut prendre le chiffre de 0<J,,50 comme la moyenne de ces variations chez l'homme en santé ayant un régime moyen et soumis à un exercice suffisant. C'est ce qu'ont démontré les expériences de Lecanu, qu'il faut toujours citer lorsqu'il s'agit d'études chimiques et physiologiques sur l'urine.

Des causes de diminution et d'augmentation dans la production de l'acide urique. — Il y a diminution de l'acide urique dans la chloroanémie.

Il se trouve en excès, au contraire, sous l'influence : 1° d'un régime spécial; 2° du défaut d'exercice ou d'inertie ; 3° d'une respiration insuffisante; 4U de certaines maladies du foie, de certaines affections de l'appareil digestif (Mercier); de certaines idiosyncrasies comme dans le rhumatisme, la goutte. Je vais revenir sur ces conditions en étudiant les causes de la polyurique.

Causes de l'affection polijurique. — Les causes de la polyurique peuvent se ranger sous quatre titres principaux : alimentation, inertie, insuffisance de respiration, maladies de l'appareil digestif.

I. Alimentation. - 1° Manger plus qu'il ne faut, plus qu'on ne dépense, voilà la grande cause de la polyurique. Nous allons examiner

successivement les aliments qui nuisent le plus. L'influence du régime animal azoté sur la production de l'acide urique est évidente ; les individus qui mangent de la viande, des poissons, des œufs, des fromages avancés, produisent un excès d'acide urique; il n'est pas douteux que, dans plus d'une condition, cette alimentation animale exagérée ne soit fâcheuse; mais c'est une erreur de croire qu'elle est la cause exclusive. Suivant Lehman, une nourriture exclusivement animale donnerait ll,r,frO d'acide urique ; une nourriture mixte, l'J' ,10, et unenourriture végétale, 1 gramme — 2° Les alcooliques sont des agents aussi dangereux, au point de vue de la production de l'acide urique. Les excès de vin, de liqueurs etd'eaude-vie doivent être, sous ce rapport, soigneusement évités. — 3° Les vins mousseux sont surtout à redouter pour les personnes affectées de polyurique. Sous leur influence on voit la quantité des dépôts uriques augmenter dans les urines. Chacun peut répéter cette observation ; qu'il examine l'urine rendue la nuit qui suit un festin où le Champagne a été pris en abondance, dans ce cas on remarque presque constamment un dépôt d'acide urique. — 4° A côté des alcooliques se placent les corps gras, qui, pris en trop grande quantité, favorisent, à la longue, la formation de l'acide urique en excès. Sous l'influence des alcooliques cette formation est beaucoup plus rapide. — 5° Les sucres ingérés en grande quantité ont aussi une influence fâcheuse. Il ne faut pas oublier, en effet, que les glycosuriques bien nourris produisent beaucoup d'acide urique, et, de plus, on observe encore assez fréquemment que la polyurique succède à la glycosurie. Ce résultat est plus net quand elle l'accompagne déjà et que le glycosurique mange trop (1). — 6° Enfin certains aliments herbacés sont encore mis en cause. Quelques auteurs attribuent assez d'influence aux asperges, aux haricots verts. Ce sont des questions qui méritent d'être sévèrement contrôlées par l'observation — 7» Je considère l'usage excessif du pain comme favorisant les accidents de la polyurique.

II. Vinertie comme la fatigue excessive, c'est-à-dire un exercice mal réglé, produit de l'acide urique en excès dans les urines. Mais certes la paresse corporelle doit surtout être mise en cause. C'est pourquoi cette affection est si fréquente, à la ville, chez ceux qui ont une vie sédentaire ; si rare, au contraire, chez les travailleurs des campagnes.

III. L'insuffisance de la respiration, dans le cas de repos absolu, d'air vicié ou insuffisant, de gêne apportée dans les fonctions pulmonaires par une constriction trop grande de la poitrine ou par quelques

(I) J'ai dosé assez fréquemment la quantité d'acide urique éliminée en vingt-quatre heure* par les glvcosuriques. .l'ai été étonné de l'élévation de celte quantité, qui quelquefois a dépassé 2 grammes : quatre fois plus qu'à l'étal normal. I.e gymnase que je conseille chaque jour aux glycosuriques, fait disparaître la glycosc et réduit aussi la formation de l'acide urique à la quantité normale.

POLYUIWE. - CALCULS. - GOUTTE. 417 maladies lentes et chroniques de l'appareil pulmonaire, l'air échauffé des cafés ou des grandes réunions : voilà des causes qui favorisent la production exagérée de l'acide urique.

IV. Les maladies de l'appareil digestif, celles du foie (Àug. Mercier), de l'estomac, du pancréas ; toutes les causes capables de troubler la digestion, comme l'ingestion des aliments que l'estomac ne peut supporter à cause de leur trop grande abondance, de leur mauvaise nature ou de leur mauvaise préparation. Parmi ces dyspepsies qu'il faut légitimement accuser de produire la polyurie, citons au premier rang la dyspepsie des gourmands saturés.

Certaines causes générales, phlegmasies, fièvres, et enfin les émotions vives, comme les violents accès de colère, peuvent déterminer une polyurie passagère, de même qu'une glycosurie éphémère. L'intoxication saturnine, comme l'ont remarqué plusieurs médecins anglais et comme M. Charcot l'a vérifié, peut favoriser la polyurie.

Certaines idiosyncrasies, celles qui prédisposent aux rhumatismes, peuvent favoriser la polyurie.

Les conditions de dépôt de l'acide urique combiné ou libre sont principalement : a. l'exagération de la sueur; l'insuffisance des boissons aqueuses ; c. les productions muqueuses trop abondantes des reins et de la vessie; d. l'insuffisance d'élimination par les reins. Cette condition s'observe surtout chez les goutteux dont le sang et les principaux liquides sont saturés d'urates qui forment les dépôts tophacés. On pourrait penser que dans ces cas la maladie ne consiste pas dans une production trop grande d'acide urique, mais uniquement dans le dépôt des urates. Tous les faits concourent à faire admettre une production exagérée, coïncidant avec une élimination insuffisante.

Maladies déterminées par un excès d'acide urique. — 1° La gravelle urique qu'il faut bien distinguer des dépôts d'urine. Quand vous voyez se former de simples dépôts grisâtres ou couleur de rouille dans l'urine exposée à une température basse, regardez cela comme une simple prédisposition, comme un avertissement qui a sa valeur. Ce ne sont encore que des poussières d'urates, poussières dont il faut se défier si elles se reproduisent constamment dans les urines. Quand en urinant vous entendez tomber un gravier pendant l'émission des urines, alors c est la vraie gravelle, qu'il faut traiter sans retard et avec persévérance.

2° Calculs. — Les calculs d'acide urique sont durs, mais dans une vessie saine ils sont dans des conditions heureuses pour la lithotritie. C'est par le régime et par un traitement hygiénique convenables qu'on en prévient sûrement le retour, quand on en a débarrassé le malade. Nous avons exposé, page 386, ce traitement hygiénique dans tous ses détails.

BOUCIIAIIDAT. — HYGIÈNE. 27

ils EXCRÉTIONS, - - URINES.

'3° Goutte et ses complications. — Les accidents de goutte se déclarent sous l'influence de l'affection polyurique. C'est alors que les petites articulations se prennent et que l'on voit survenir ces phénomènes qui sont généralement connus, et dont je ne puis rappeler ici que les principaux : douleurs excessives, gonflements articulaires, fièvre , dépôts tophacés, ankylose, marche difficile, douloureuse, etc.

Souvent aussi on voit, sous la même influence, se développer certaines maladies du cœur. Enfin, il est des accidents soudains bien plus difficilement explicables , des morts imprévues et presque subites. Y aurait-il, dans ce cas, une décomposition catalytique des urates du sang en acide oxalique et en urée? J'ai observé chez deux malades, dans des cas de crises de goutte fatales, une augmentation considérable dans la quantité d'urée rendue dans les vingt-quatre heures. La mort, dans ces cas, surviendrait-elle par embolie déterminée par la présence d'un excès d'oxalate de chaux? L'acide urique lui-même ne pourrait-il, dans certains cas, produire ces embolies? Dans l'une ou l'autre supposition, on expliquerait facilement ces cas de mort subite observés si fréquemment chez les goutteux, et pour lesquels on disait que la goutte s'est portée au cœur, au cerveau, etc. L'observation ne peut tarder à éclairer longtemps cette importante question, mais déjà nous pouvons comprendre la fréquence des cas d'embolie observés chez les goutteux.

Le fait capital dans l'histoire de la goutte est celui-ci : L'accumulation cïurate de soude dans le sang et dans plusieurs organes, soit par excès de production, soit par insuffisance d'élimination, est la véritable caractéristique de la goutte. Je renvoie à mon Annuaire de thérapeutique de 1 870 ; on y trouvera les preuves qui établissent ce théorème étiologique. Je reproduis dans une note de l'Appendice les conditions qui déterminent la formation de l'acide urique dans l'économie, et je renvoie à la page 386, où l'on trouvera ce qui concerne le régime de la goutte et de la gravelle urique ; je renvoie également à la page 254 de mon Annuaire de 1870 et à celui de 1867.

Cystinurie. — Cystine et calculs cystiques. — Je ne dirai que peu de chose sur les calculs de cystine. Ils sont rares , on en trouve à peine 2 sur 129 (Taylor). Découverte par Wallaston en 1805 (Transactions philosoph., 1808), la cystine fut étudiée depuis par Marcet, William Prout, en Angleterre ; et, en France, par Flaubert (de Rouen), Civiale, Leroy d'Étiolles, Auguste Héraut (de Montpellier). On peut consulter, sur ce sujet, l'excellent article du Traité de chimie anatomique de MM. Robin et Verdeil, auquel je ne puis que renvoyer, t. II, p. 520, et le Traité de la gravelle, de M. Leroy d'Etiolles fils. — Propriétés : Soluble, inodore, cristallise en laines prismatiques hexagonales, brûle avec une odeur alliacée, cristallise facilement. Elle est soluble à la fois dans l'ammoniaque

CYSTINURIE. — OXALUMK.

•et dans les acides; mais elle retient plutôt l'acide que l'ammoniaque.— Analyse : La cystine a été analysée par Baudrimont et par Malaguti. — Êtiologie : Sa formule, établie d'après l'analyse de Baudrimont et Malaguti^ est G°H6AzSs04; elle se rapproche donc par sa composition de celle de l'acide choléique, qui est G52H*6AzS.30u. L'acide choléique est l'un des principes de la bile, et la cystine doit probablement son origine à une combustion incomplète ou à une transformation des principes de la bile.

On a observé la cystine chez les femmes comme chez les hommes et à tous les âges ; elle est plus commune chez la femme. Sur 42 femmes caiculeuses, E. Leroy d'Étiolles en a rencontré 5 cyslinuriques. — L'hérédité a une influence évidente sur sa formation. — On l'a trouvée dans des urines neutres , dans des urines alcalines et dans des urines faiblement acides, où elle semble coexister avec l'acide urique. La cystine a été signalée dans l'économie , dans les reins , dans la vessie et dans les urines.

Prophylaxie. — Le traitement prophylactique consiste à augmenter la quantité des urines par l'usage d'une grande quantité de boissons ".'/lieuses. Il faut aussi prendre beaucoup d'exercice. Il est bon d'avoir des selles régulières, une à deux chaque jour, en les favorisant à l'aide de purgatifs, qui ont surtout pour effet d'animer les fonctions du foie.

Oxalurie. — La production trop grande d'oxalate de chaux dans le sang est un des problèmes les plus importants, mais aussi les plus difficiles que puisse aborder un médecin. Sa grande insolubilité, la fréquence des conditions qui peuvent lui donner naissance dans l'économie, voilà certes des faits bien dignes de nous faire réfléchir.

Quand la proportion d'oxalate de chaux produit est modérée, il est éliminé par le rein. On l'observe alors dans les urines , sans qu'aucun désordre apparent ne nous ait averti de sa présence. Mais quand la proportion s'en élève, il donne naissance aux graviers et aux calculs ■d'oxalate de chaux. Ces graviers sont, en général , l'apanage du jeune •âge ; ils sont plus fréquents dans les campagnes que dans les villes.

Ils sont très à redouter, parce que ces gravelles cristallisent sous forme «de lames tranchantes, qu'elles sont très-dures, infiniment peu solubles.

On n'a jusqu'ici signalé l'oxalate de chaux que dans les reins, la vessie et les urines. Mais il est indubitable que dans certaines conditions il doit exister dans le sang, et qu'il doit alors donner lieu à des manifestations variées, dont quelques-unes peuvent être très-redoutables.

C'est Golding Bud (Revue médico-chirurgicale, 1848) qui a donné le nom à' oxalurie au fait de l'expulsion d'une grande proportion d'oxalate de chaux par les urines. Quoique ce nom ne soit peut-être pas convenable, je l'ai adopté (Annuaire de. thérapeutique, 1850).

Le nom d'oxalhypostase (dépôt d'oxalate de chaux) conviendrait

mieux que celui d'oxalurie, car c'est seulement quand l'oxalate de chaux se dépose dans le sang, dans les reins ou dans la vessie, qu'il devient cause de maladie.

On trouve dans la Clmnie anatomique de MM. Robin et Verdeil un historique complet sur l'oxalate de chaux considéré comme principe immédiat pathologique ; je ne puis mieux faire que d'y renvoyer mes lecteurs. Je dois cependant mentionner un travail important sur la présence de Voxalate de chaux dans les sédiments d'urine; c'est le mémoire de M. Gallois, imprimé dans la Gazette médicale.

Un caractère qui distingue l'oxalurie de l'affection polyurique, c'est son intermittence. L'affection polyurique est une affection habituellement permanente.

Les gravelles d'oxalate de chaux se forment dans des urines peu denses; j'en ai observé assez fréquemment dans des urines d'une densité ne dépassant même pas 1,017. Elles se forment aussi dans des urines acides.

Les particularités intéressantes que présente l'histoire hygiénique de l'oxalate de chaux sont : 1° la fréquence des calculs qu'il forme; 2° la fréquence plus grande des noyaux dont il est la base; 3° les désordres dans la santé qui accompagnent l'oxalurie; 4° l'empoisonnement aigu par la présence de grandes doses d'un composé^oxalique; 5° les diflicultés du traitement, en raison de l'insolubilité du sel; 6° l'obscurité qui existe sur ses conditions de formation, dans certaines circonstances.

Caractères de Voxalate de chaux. — L'oxalate de chaux peut se présenter sous trois formes principales : à l'état 1° de dépôts ; 2° de gravelles; 3° de calculs.

1° Dépôts. — La forme la plus commune et la plus facile à reconnaître est celle de poussière, constituée par des cristaux octaédriques qui ressemblent beaucoup à des cristaux de sel marin, combiné à l'urée, mais qui s'en distinguent par leur insolubilité.

2° Gravelle. — Elle a souvent aussi la structure cristalline, présentant des lames blanches tranchantes, dans lesquelles on reconnaît la réunion de cristaux octaédriques. Quand cette gravelle atteint un certain volume, elle constitue alors les calculs d'oxalate de chaux.

3° Calculs. — On appelle ces calculs calculs muraux, parce qu'ils sont noirs et présentent de toutes parts de nombreuses aspérités. D'où leur vient cette couleur noire? On peut admettre que les lames minces à bord tranchant qui les composent ont, dans les reins, lésé de petits vaisseaux et déterminé des hémorrhagies capillaires; le sang s'est déposé à la surface de ces lames.

Caractères chimiques. — Cette gravelle est des plus insolubles dans l'eau. Quand on la calcine, si la calcination est poussée loin, elle donne de la chaux pour résidu ; si la calcination est modérée, elle donne du

CALCULS. - 0XALUR1E. - OXÀLATE DE CHAUX. 421

carbonate de chaux, qui se dissout avec effervescence dans l'acide chlorhvdrique. Si l'on traite cette dissolution par l'oxalate d'ammoniaque, ou formera de nouveau de l'oxalate de chaux.

Étiologie. — Conditions de formation : L'oxalate de chaux existe constamment dans l'urine des herbivores. Chez l'homme, sa production, ou du moins son excrétion, est intermittente; on le trouve principalement dans la deuxième émission d'urine du matin.

Les causes de l'existence de l'oxalate de chaux dans les urines sont variées.

Les aliments contenant un oxalate acide , comme l'oseille , les tomates, favorisent évidemment la production d'oxalate de chaux dans l'économie; il n'est pas besoin d'insister sur ce point; l'observation démontre en outre que certains acides organiques peuvent, dans des circonstances qu'on n'a pas encore bien déterminées : subir, partiellement au moins, la transformation en acide oxalique ; ainsi, les fruits acides, pommes, poires, contenant des citrates et des malates alcalins, le régime herbacé, déterminent la présence de l'oxalate de chaux dans les urines. C'est ce qui explique la fréquence de ces calculs chez les enfants et chez les habitants des campagnes.

J'insiste sur la première cause, car elle joue un rôle considérable et peut-être exclusif. Il suffit, en effet, de manger de l'oseille, des tomates, pour avoir, peu de temps après, de l'oxalate de chaux dans les urines. — Les fruits acides, pommes, poires, contiennent de l'acide citrique, de l'acide malique, qui, chez les personnes faibles, malades ou prédisposées, se transforment en acide oxalique et augmentent alors, ainsi que certaines herbes, la quantité d'oxalate de chaux contenue dans les urines. Il en est de même des vrilles de raisins que les jeunes paysans mangent avec plaisir.

Enfin, quelques faits semblent me démontrer que des excès de sucre, de vin mousseux, de bière gazeuze, agissent dans le même sens.

Rien n'est donc plus manifeste que l'influence des aliments. Cependant on a vu de l'oxalate de chaux se former dans l'économie hors de l'intervention des aliments contenant de l'acide oxalique ou des acides organiques qui s'en rapprochent par leur composition. Ainsi, en faisant l'autopsie des rats de Montfaucon, on a trouvé, chez ces animaux, des calculs d'oxalate de chaux. M. Lassaigne a également trouvé l'oxalate de chaux comme formant les calculs extraits des vessies de chiens.

M. Wôhler a vu qu'en administrant à certains animaux de l'urate d'ammoniaque, ou en injectant ce sel dans leurs veines, on déterminait dans leurs urines l'apparition de l'oxalate de chaux et de l'urée en excès. Sous ces influences l'acide urique se transforme en acide oxalique et en urée.

Ainsi la polyurie peut se transformer en production abondante

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d'oxalate de chaux. On peut adopter celte interprétation pour expliquer la présence de Poxalate de chaux dans les calculs des chiens et des ratsde .M ont faucon.

M. Wôhler a également observé qu'en administrant à des animaux de l'essence d'amandes amères privée d'acide cyanhydrique, de l'oxalate de chaux apparaissait dans leurs urines.

On a remarqué en outre que certains états morbides, toutes choses égales, contribuaient, ou à faire apparaître, ou à augmenter la proportion d'oxalate de chaux dans les urines. Parmi ces états morbides ii faut mentionner la diminution des fonctions respiratoires, dans les cas d'affaiblissement considérable, de maladies chroniques, de paralysies, de consomption. Il convient d'accuser les maladies faisant obstacle aux fonctions pulmonaires, portant atteinte à la nutrition générale : telles sont les maladies de l'appareil respiratoire (phthisie, bronchite répétée), les convalescences longues, les dyspepsies, le typhus, la fièvre typhoïde, la glycosurie. — Mais avant toute autre affection je dois citer les pertes séminales. La coïncidence des pertes séminales avec la présence de l'oxalate de chaux dans les urines a été notée par trop d'observateurs pour que je n'insiste pas sur ce point. J'ai moi-même constaté cettecoïncidence, mais je ne saurais affirmer si elle ne dépendait pas de l'alimentation et d'exercice insuffisant; toujours est-il qu'aux malades affectés de pertes séminales je défends l'usage des aliments contenant de l'acide oxalique ou des principes qui peuvent facilement lui donner naissance. Je ne suis pas moins absolu en leur prescrivant ce qui peut augmenter l'énergie respiratoire, gymnastique, natation, hydrothérapie, etc.

Accidents produits par la formation trop abondante d'oxalate de chaux. — Étudions-les dans les différentes formes de l'affection oxalique. Ils peuvent se rapporter : 1° à la gravelle d'oxalate de chaux ; 2° aux calculs et graviers rénaux ; 3° aux calculs vésicaux : 4° à l'oxalurie; 5° à l'empoisonnement oxalique.

1° Gravelle. — La gravelle d'oxalate de chaux est une cause trèsordinaire des accidents d'hématurie. Cela se comprend sans peine; elle se présente sous forme de petites lames cristallines, dures, qui coupent très facilement le tissu du rein : d'où l'hématurie.

2° Calculs et graviers rénaux. — La deuxième forme d'accidents est due aux calculs et graviers rénaux qui sont reconnaissables à leurs formes irrégulières et à leur couleur brune. Ces graviers, par leurs aspérités tranchantes, blessent le rein et donnent lieu à des douleurs de reins, à de l'hématurie. Si à ces symptômes on voit s'ajouter ceux-ci : urines muqueuses, sanguinolentes, purulentes, et cela chez un malade qui mange ou a mangé beaucoup de soupe à l'oseille, on est presque certain qu'il s'agit de graviers ou de calculs d'oxalate de chaux dans

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