FRICTIONS. — MASSAGE. BAINS. I
sèche ou humide; les douches; les hains russes, turcs, etc. ; les pratiques diverses de l'hydrothérapie ; les piscines. Comme annexe on étudie les lavoirs et bains, au point de vue de l'hygiène publique.
L'action des bains est très-différente suivant les conditions que nous allons rapidement indiquer en insistant sur ce qui a trait à la température, mais auparavant, rappelons quelques considérations physiologiques qui peuvent conduire à des applications hygiéniques. Quelle peut être sur la santé la suppression prolongée de l'influence de Vair sur la peau. Reconnaissons d'abord que la respiration de la peau est très-équivoque chez l'homme, il n'en est pas de même chez quelques animaux qui vivent dans l'eau. Cet organe, dans certains cas, peut suppléer les branchies. Si l'on se rappelle les désordres qui surviennent chez les animaux dont le corps est couvert d'un enduit imperméable (p. 441), on pourrait penser que l'eau protégeant en partie le corps contre l'accès de l'air, son action pourrait être analogue ; mais il n'en est rien. Dans le bain, les fonctions d'exhalation ne sont pas supprimées comme cela arrive lorsque le corps est couvert d'un enduit imperméable, on peut donc sans crainte prescrire des bains très-prolongés dans la manie aiguë et les brûlures étendues. L'essentiel est alors de bien régler la température. La pression exercée par l'eau sur les parois abdominales et sur la poitrine commande quelquefois des efforts respiratoires et détermine une dyspnée passagère, mais ces phénomènes sont complexes. Les mouvements dans le bain produisent de la chaleur, et pour les bains de mer, de rivière, ou analogues, ils diminuent la sensation du froid. Lassels en dissolution dans l'eau augmentent à la fois sa densité et sa conductibilité ; ils refroidissent primitivement plus vite, et secondairement ils déterminent à la peau une stimulation qu'il est quelquefois bon de provoquer.
Absorption, exhalation. — La peau absorbe, mais comme nous l'avons dit, l'épiderme rend cette absortion lente, équivoque dans certains cas et la réduit à de faibles proportions. Il résulte de l'expérience de la plupart des observateurs, et principalement de celles de Berthold, d'Edwards, de Poitevin, de Maquart, etc. , que de la température du liquide dépend la nature des phénomènes produits. On admet à cet égard qu'il existe un point d'équilibre où le bain étant sans action sur le pouls, sur l'absorption et sur l'exhalaison, le poids du corps reste le même. L'absorption et l'exhalaison se balancent. Ce point d'équilibre a été fixe à 22 degrés par Edwards ; k 34 degrés centigrades par Poitevin et Maquart ; à 36 degrés par M. Gerdy jeune ; à 28 ou 30 degrés centigrades par Chossat. « Le raisonnement et l'expérience, dit Motard, s'accordent pour fixer ce pomtà quelques degrés au-dessous de la chaleur du sangmais n'oubhons pas que le degré de la température où la neutralité existe devra varier, pour chaque individu, avec le degré de force de
calorilication, dont il est doué ordinairement ou actuellement, et l'on sait que cette force est variable avec le climat, la saison, l'âge, les tempéraments, la quantité d'exercice que l'on vient de subir, etc., et qu'en outre l'intensité absolue de l'absorption variera avec le degré de saturation actuelle de l'individu, c'est-à-dire avec son tempérament, l'humidité du climat, de la saison, la circonstance de bains ou de boissons précédemment pris, les épuisements antérieurs, etc. »
Au-dessous du point d'équilibre, l'absorption l'emporte sur l'exhalaison, et le poids du corps augmente dans le bain ; au-dessus de ce point, l'exhalaison l'emporte sur l'absorption, et le poids du corps diminue.
Nous allons aborder la question importante de la température de l'eau dans la balnéation ; après cela, il ne nous restera plus qu'à exposer rapidement ce qui a trait aux procédés complexes de l'hydrothérapie, ou des bains avec de l'eau à température variable, suivis de frictions et massage.
Température. — Suivant les conditions de température, les bains ou les applicationsde l'eau sur le corps produisent des effets très- différents; nous allons successivement étudier les bains tièdes, les bains chauds, les étuves, les bains froids et les applications d'eau froide, etc.
Bains tièdes ou tempérés (30 ou 35 degrés centigrades). Ce bain produit sur la peau l'impression d'une agréable chaleur, il imbibe, gonfle, ramollit les cellules épithéliales externes qui se détachent avec facilité. Lorsque le bain tempéré est réellement neutre ou indifférent, c'est-àdire lorsqu'il ne fait éprouver au sujet ni la sensation du froid, ni celle de la chaleur, lorsqu'il reste sans influence appréciable sur la circulation et la température du corps, il peut être considéré comme un bain de propreté dans la rigoureuse acception du mot. « Il n'est ni tonique, ni débilitant, dit Rostan; il se borne à l'action de l'eau sur la peau, action totalement indépendante de celle du chaud ou du froid ; il nettoie la surface du corps et enlève les concrétions que la poussière et la sueur y accumulent. »
Le bain de propreté maintient la peau blanche, douce, unie, souple, et lui conserve sa sensibilité ; en la débarrassant des corpuscules étrangers qui s'yincrustent, il prévient ou fait disparaître le prurit, l'irritation, les éruptions qui souvent n'ont pas d'autres causes que la malpropreté. En favorisant l'exercice des fonctions d'absorption et d'exhalation cutanées, le bain rend moins fréquentes les irritations, les phlegmasies des membranes muqueuses, et prévient les congestions viscérales et spécialement celles des poumons, du foie et des reins; enfin, son action s'étend au delà de l'enveloppe cutanée. Il assouplit les muscles, rend les mouvements faciles, repose le corps fatigué par un violent exercice,
BAINS T1ÈDES. - BAINS CHAUDS. *49 par un travail intellectuel prolongé, par une émotion morale vive; il est fort utile aux sujets nerveux, irritables, violents.
Le bain tiède est de la plus grande utilité pour les femmes, les enfants, les vieillards [Calida lavatio et senibus et pueris apta est (Celse)]. En Angleterre, il est d'usage de baigner les enfants tous les jours. Quand les bains sont quotidiens pour les enfants, ils doivent être très-courts pour ne point les émousser à l'action de ce moyen qui devient souvent une ressource indispensable dans le traitement des maladies. Les bains tièdes enveloppent le vieillard d'un milieu singulièrement approprié à l'état de ses organes et de ses fonctions. La sécheresse et l'état calleux de la peau, la consistance presque cornée qu'elle revêt en diverses régions, la raideur et le défaut d'humectation des parties articulaires, la langueur de la circulation générale et capillaire, l'affaiblissement du pouvoir calorifique, l'atonie des bronches et leur état habituel de catarrhe par suite de la diminution de la transpiration cutanée, etc., tout l'invite à rechercher souvent la douce et salutaire excitation du bain tiède.
Certaines professions exigent impérieusement l'usage fréquent de bains, soit à cause de la nature chimique des substances qui sont mises journellement en contact avec la peau, et qui exposent, en y demeurant attachées, à une absorption incessante de principes nuisibles, soit simplement pour entretenir la propreté et le libre exercice des fonctions de la surface cutanée, que l'adhérence de substances grasses et malpropres peut irriter ou entraver dans sa perspiration. Nous signalerons à ce sujet les professions suivantes : amidonniers, ouvriers travaillant le blanc de plomb, le massicot et ie minium; chapeliers, couverturiers, hongroyeurs, mégissiers, teinturiers, ouvriers employés à l'étamage des glaces ou à la fabrication du noir animal, etc.
Bains chauds ou mieux trop chauds (35 et 40 degrés centigrades et au-dessus). - Ces bains élèvent le degré de la température qui, de la peau, peut se propager à la plupart des organes internes. Sous leur influence, la peau rougit, la transpiration cutanée augmente, ainsi que l'exhalation pulmonaire; les liquides affluent à la périphérie. Les bains chauds sont essentiellement stimulants : ils excitent et stimulent la peau et les divers organes de l'économie ; ils accélèrent le pouls et les mouvements respiratoires. Lorsque leurs effets sont prolongés, ils peuvent déterminer dans certains organes, soit des congestions, soit même des hémorrhagies. En pareils cas, ce sont spécialement des congestions ou des hémorrhagies pulmonaires ou cérébrales qu'on observe. Les bains chauds et courts sont quelquefois employés pour procurer une stimulation énergique. Tel est, par exemple, l'effet qu'ils pro-
BflUCHARDAT. — HYGIÈNE. 0<l
(luisent chez des individus épuisés, débilités, auxquels ils rendent momentanément la chaleur qui leur manque.
Le bain trop chaud, qu'on prend trop souvent comme bain tiède, lorsqu'il est prolongé est, d'après Rostan, essentiellement affaiblissant et relâchant. Il est surtout nuisible aux individus débiles, Lymphatiques, aux femmes du monde, parmi lesquelles il est d'un usage plus fréquent que partout ailleurs. Déjà prédisposées à la chlorose, à l'anémie, aux névralgies, à la gastralgie, à la névropathie générale, aux congestions utérines, aux flux leucorrhéiques, à l'avortement par l'inertie du système musculaire, par des habitudes de mollesse et de luxe, par les veilles, le séjour habituel dans une atmosphère viciée et trop chaude, etc., les femmes s'imaginent trouver dans le bain chaud un remède à la fatigue, à la langueur, à l'agacement nerveux qu'elles éprouvent, et elles n'y rencontrent qu'un mauvais palliatif dont les effets immédiats sont parfois un soulagement momentané, plus apparent que réel, une sensation éphémère de bien-être, mais dont les résultats définitifs sont le relâchement de la peau, qui perd de sa vitalité et de son ressort, l'affaiblissement capillaire général et du système musculaire, le désordre de l'innervation, l'appauvrissement du sang.
Bains de vapeur (bains d'étuve sèche et humide). — Ces bains, d'une température supérieure à celle du corps, placent l'économie dans une condition anormale. L'équilibre se rétablit par l'évaporation de l'eau qui afflue, sous forme de sueur, sur toute la surface du corps. Ces bains appartiennent plutôt à la thérapeutique qu'à l'hygiène; ils sont utiles dans les affections rhumatismales; ils modifient l'élément douleur. Leur abus débilite, si la réparation n'est pas suffisante.
Bains d'étuve sèche. — Ils ont pour effet d'élever le niveau des exhalations pulmonaires et cutanées, sans pour cela déterminer une grande perturbation dans l'organisme. C'est dans ces bains, en effet, que l'homme supporte la chaleur la plus élevée, et qu'on a vu des expérimentateurs rester exposés pendant quelques instants à une température voisine de 100 degrés. La facilité que l'on éprouve à supporter ce degré de chaleur tient à ce qu'une partie de l'exhalation cutanée produite, se volatilisant, emploie une grande quantité de calorique et empêche ainsi le corps de se mettre en équilibre de température avec le milieu ambiant. Ces bains sont essentiellement stimulants : ils peuvent toutefois perdre ce caractère et en prendre un tout opposé, lorsque la quantité d'exhalation cutanée produite, devenant considérable et se renouvelant plusieurs fois, finit par constituer une véritable perte de liquide pour l'organisme.
BAINS D'ÉTUYE. - BALNÉATION FROIDE. 451
Bains d'étuve humide, bains de vapeur. — Les bains de vapeur se trouvent dans des conditions tout opposées aux précédentes, et lorsque leur température est trop élevée, on les supporte bien difficilement. En voici le motif : l'air au sein duquel se trouve l'individu qui y est exposé, étant saturé de vapeur, ne peut recevoir celle qui provient de la transpiration cutanée; or, celle-ci est au niveau, par suite de la haute température à laquelle la peau est soumise. Il en résulte une sensation de gêne, de malaise et d'anxiété, qui ne permet pas d'en subir longtemps l'influence.
Conditions prescrites par le Conseil de salubrité de la Seine. — Il faut : 1° que les étuves ne soient point en bois, car le bois s'échauffe et produit une raréfaction de l'air telle, que le bain de vapeur se transforme en bain d'air chaud comme dans les boîtes à fumigation, et en a tous les inconvénients : la construction des étuves en bois procure une économie de vapeur et de combustible, il faut les proscrire dans l'intérêt de l'hygiène; 2° qu'elles n'aient pas moins de 10 mètres cubes d'air : cela représente une pièce de 2 mètres carrés sur 2 mètres 50 centimètres de hauteur; 3° qu'elles soient très-éclairées et prennent jour païen haut, afin de pouvoir surveiller le malade malgré la vapeur qui remplit l'espace; 4° qu'à leur voûte existe un vasistas de 40 centimètres de diamètre, et dans l'intérieur de l'étuve un robinet à eau froide ; 5° enfin, une condition capitale est d'exiger une machine à vapeur uniquement destinée au service des bains de vapeur, afin de ne jamais faire arriver dans l'étuve qu'une vapeur douce et graduée, et non brûlante et sujette au\ variations déterminées par un service commun. Il y aura pour le service des bains un garçon spécial habitué à remplir ces fonctions. Dans l'intérieur de l'étuve et dans un endroit très-apparent sera attaché un thermomètre centigrade à liquide coloré , qui ne devra jamais marquer plus de 50 degrés. Le baigneur ne sera jamais abandonné. L'eau froide sera à sa disposition, mais jamais le robinet de vapeur. »
Balnéation froidk (bains froids, bains de rivière, bains de mer, hijiirothérapie et ses pratiques , lotions , douches, tissus imprégnés d'eau froide). — Toutes les pratiques hygiéniques que je viens de comprendresous ce titre de balnéation froide, ont pour but principal de soustraire au corps du calorique, d'animer par conséquent la dépense , la calorification et toutes les fonctions de la peau. Ces moyens divers d'appliquer l'eau froide diffèrent sans doute pour leurs effets, mais en général c'est une question de plus ou moins de puissance, de plus ou moins de régularité. Je vais indiquer ce qui est propre à chacun de ces modes de balnéation, puis, à propos de l'hydrothérapie, j'insisterai sur les applications hygiéniques de ces puissants modificateursdont l'usage s'est si heureusement généralisé. Mentionnons auparavant certaines règles
hygiéniques qui peuvent s'appliquer aux divers modes de balnéation froide.
État du corps étant en sueur. — Voici la règle : Les allusions, les immersions, les douches, les hains froids peuvent être administrés sans aucun danger, le corps étant en sueur, pourvu que leur durée ne soit pas trop longue et ne dépasse point celle de la réact ion spontanée. Dans ces conditions, non-seulement les applications froides ne sont jamais suivies du plus léger accident, mais elles présentent des avantages précieux.
Réaction. — La nécessité d'une franche et complète réaction après l'usage des pratiques de la balnéation froide, est la pierre angulaire de l'innocuité et d'une constante utilité. L'exercice est le moyen le plus facile et de beaucoup le plus sûr d'amener une prompte et complète réaction.
Durée. — On ne saurait rien dire de précis sur la durée de la balnéation froide; elle doit dépendre des conditions d'âge, de résistance, d'imminence morbide, de maladie de celui qu'on y soumet. En général, on a une grande tendance à exagérer la durée qu'on donne aux applications de l'eau froide. 11 faut, dans les cas douteux, commencer par un temps très-court, qu'on augmente peu à peu. Je prescris souvent à mes glycosuriques une simple immersion dans l'eau de la mer, ou le séjour d'une à cinq minutes. La règle, c'est que la réaction soit prompte et légitime : c'est une condition absolue pour ne pas nuire dans les cas douteux.
Fonctions digestives. — On ne doit avoir recours à la balnéation froide ni en état d'ivresse, ni lorsque l'estomac est distendu par une grande quantité d'aliments; des indigestions graves, des congestions mortelles pourraient en être le résultat. Tous les ans, les journaux enregistrent des cas de mort survenus chez des hommes qui, pris de vin ou tout au moins excités par les libations qui accompagnent un repas copieux, s'étaient jetés à l'eau en sortant de table, par bravade ou pour gagner un pari.
Bains de rivière. — Ces bains sont aussi utiles que fréquentés pendant les chaleurs de l'été; leur température alors approche de celle des bains tièdes. Us entretiennent la propreté du corps. L'exercice de la natation et la marche qui suit le bain sont utiles. Les inconvénients des bains de rivière dépendent de l'inégalité de la température, qui les fait interrompre trop souvent, sans bénéficier de la continuité d'emploi de cet utile modificateur. Les bains de rivière sont souvent prolongés outre mesure, et l'on néglige à tort les frictions sèches énergiques qui doivent les suivre. Chez les individus vigoureux, les bains de rivière très-frais offrent des avantages sur lesquels Bégin a insisté. Voici les effets qu'il a observés sur lui-même, la température de l'eau étant de |2à j 8 degrés centigrades : « A l'instant ou 1*011 se précipite dans l'eau.
BALNÉATION FROIDE. - - BAINS DE RIVIÈRE. *.r>3 on éprouve une vive sensation de refoulement des liquides dans les grandes cavités, et spécialement dans le thorax; la respiration est haletante, entrecoupée, très-rapide ; il semble qu'incessamment elle ne pourra plus s'exécuter; la peau est pâle, le pouls concentré, petit, profond et dur; tous les tissus sont rigides; on ne tremble pas, mais il existe un spasme universel avec lequel se concilie à peine la régularité du mouvement. Après deux ou trois minutes au plus, le calme renaît et succède à cet état pénible et presque insupportable; la respiration s aurandit, le thorax se dilate, les mouvements sont redevenus libres et faciles ; la chaleur se répand sur la peau ; toutes les actions musculaires sont vives, légères et assurées. On croit sentir que les téguments et les aponévroses sont appliqués avec plus de force sur les muscles, et que ceux-ci, mieux soutenus, agissent avec plus de précision, plus de force, plus d'énergie, que dans l'état naturel. Bientôt une vive rougeur couvre toute la surface du corps; une sensation très-prononcée et très-agréable de chaleur se répand sur la peau ; il semble qu'on nage dans un liquide élevé à 30 ou 36 degrés de chaleur ; le corps semble vouloir s'épanouir, afin de multiplier ses surfaces de contact ; le pouls est plein, grand, fort, régulier; peu de sensations sont aussi délicieuses que celle qu'on éprouve en ce moment. Tous les ressorts de la machine animée ont acquis plus de souplesse, de vigueur et de fermeté qu'ils n'en avaient précédemment. Les membres fendent avec assez de facilité le liquide, qui ne leur offre plus aucune résistance ; on se meut sans efforts, avec vivacité, et surtout avec une légèreté inconcevable. Cette sensation, ou plutôt cet état, dure quinze ou vingt minutes; le bien-être diminue ensuite graduellement, et bientôt le froid se fait ressentir; alors, si l'on ne s'empresse de sortir de l'eau, du frisson, et, bientôt après, un tremblement général s'emparent de la machine; les mouvements deviennent si pénibles, que certaines personnes courraient le danger de se noyer, surtout lorsque le bain se prend dans un fleuve profond. Il ne faut donc jamais attendre le renouvellement complet du froid et la chute entière de la réaction. En sortant un peu auparavant, on n'éprouve aucune sensation désagréable, et en passant de l'eau à l'air, la mutation, presque insensible, occasionne plutôt un sentiment de chaleur que de froid, malgré le vent et malgré l'évaporation du liquide qui couvre la peau. On observe un fait fort remarquable, c'est que les téguments sont presque insensibles au contact des corps extérieurs. Ce phénomène est tel, que le passage du linge avec lequel on s'essuie n'est pas senti, et il arrive plusieurs fois que, dans cet état d'orgasme et de constriction du derme, des frictions assez rudes pour enlever l'épiderme n'ont produit aucune sensation perceptible.
Reconnaissons que c'est très-exceptionnellement qu'on a recours à ces bains de rivière très-froids dont Bégin vient de décrire les effets.
Les bains de mer l'emportent de beaucoup sur les bains de rivière, surtout pour leur égalité de température. Guadet a constaté, par des observations continuées pendant dix-buit ans, qu'à Dieppe la température de la mer s'élève en juillet, atteint son maximum en août et décroît en septembre, suivant dans les deux cas une marche lente et graduelle, de 0°,50 à 2 degrés; la température atmosphérique présentant, au contraire, des oscillations brusques et étendues. La moyenne de la température maritime, pendant ces trois mois, a été de 18°,2 centigrades, celle de la température atmosphérique, de 17°,6.
Les extrêmes n'ont été séparés que par une différence de 5 degrés pour l'eau de la mer (15 à 20 degrés), et par une différence de 18 degrés pour l'atmosphère (10 à 28 degrés). Cependant les vents d'ouest et de sud-ouest, ^accompagnés de pluies, peuvent, en vingt-quatre heures, abaisser la température de la mer de 0°,25 à 2",50 centigrades; les vents du sud et du sud-est la relèvent dans la même proportion. La température de la Méditerranée est plus élevée de 4°, 35 que celle des régions de l'océan Atlantique, situées à son occident.
La densité de l'eau de l'Océan est de 1,028, très-voisine de celle du sérum du sang; celle de la Méditerranée, de 1,032. L'eau de mer étant plus dense que l'eau de rivière, est, par conséquent, un meilleur conducteur du calorique ainsi que de l'électricité, et présente, à volume égal, un plus grand nombre de molécules au contact du corps ; il en résulte que, toutes choses égales d'ailleurs, le bain de mer est plus froid que le bain de rivière.
On comprend sans peine, d'après ce que nous venons de dire, que les bains de mer sont à la fois et plus énergiques et plus utiles que les bains de rivière, d'où la nécessité plus grande d'une direction intelligente pour les prendre toujours avec profit et sans inconvénient. Il faut, dans tous les cas, obtenir une réaction sûre et complète par les frictions sèches suivies d'un exercice suffisant.
Pour obtenir des effets durables des bains, il faut qu'ils soient pris chaque jour et continués plus longtemps qu'ils ne le sont habituellement. Une saison de bains de mer de quinze jours, d'un mois, est insuffisante. On doit les continuer pendant deux ou trois mois, en veillant bien à tous les détails du régime, afin que la réparation en aliments de calorification soit proportionnelle à la dépense.
Hydrothérapie. — Beaucoup de médecins considèrent encore l'hydrothérapie ou le traitement par l'eau froide comme étant du domaine absolu de la thérapeutique ; mais les moyens qu'elle met en usage, mieux étudiés, mieux compris, sont entrés dans l'hygiène de chaque jour. L'emploi de l'eau froide n'est pas une chose nouvelle en thérapeutique, les écrits d'Ilippocrale, de Gallien, de Celse, témoignent que les médecins anciens avaient en grande estime ce puissant modificateur;