BAINS DE MER. - HYDROTHÉRAPIE
mais ces pratiques, un peu négligées, furent mises en grande vogue par Priesnitz; Currie, Hecquet en furent des partisans enthousiastes. C'est à Graeffenberg que Piesnitz a créé son établissement. Il était doué d'un tact exquis; il savait faire un choix de ses malades, et prévoir ceux dont il pouvait opérer la guérison par sa méthode ; c'est ainsi qu'il s'est acquis en Autriche une grande renommée. Il a été créé dans ce pays et en France de grands établissements d'hydrothérapie, où il s'est effectué des guérisons là où d'autres médications avaient échoué.
Dans les dernières années de sa vie, le traitement de Piesnitz consistait dans le procédé suivant d'application de l'eau froide : 1° drap mouillé ou maillot humide ; 2° douche à colonne ; 3° bain de siège froid ; 4° ceinture mouillée. Dès 1845, l'eau prise en boisson était administrée moins abondamment que dans le début de la pratique de l'hydrothérapeute allemand. Dans la première partie de sa carrière , il employait beaucoup le maillot sec; il y avait pour ainsi dire renoncé à la fin.
Pour les pratiques de l'hydrothérapie, la température de l'eau doit osciller de 6° à 12° centigrades. Les opérations sont d'autant plus courtes que la température est plus basse. Les douches et les bains de pieds, de une à deux minutes au plus ; l'immersion dans la piscine , rarement ■au delà d'une minute et très-souvent moins. Le médecin prescrit toujours exactement la durée, jusqu'à ce qu'on sache soi-même en apprécier l'opportunité. Priesnitz attachait une très-grande importance à la froideur de l'eau.
L'inventeur de l'hydrothérapie, pendant les dernières années de sa pratique, et la plupart de ses imitateurs, regardaient cette méthode thérapeutique comme essentiellement dépurative. Boire beaucoup d'eau , provoquer des sueurs abondantes pour déterminer l'expulsion au dehors des humeurs viciées, voilà le fond théorique sur lequel on édifiait. Rien n'est moins complet, rien n'est moins exact. Les pratiques de l'hydrothérapie ont pour résultat de ranimer toutes les fonctions de la peau dont l'alanguissement est une cause des plus importantes d'une foule d'affections. Parmi ces fonctions de la peau ou plutôt du réseau capillaire qui en forme une partie si essentielle, la calorilication vient en première ligne.
Ranimer l'énergie de la calorification , tel est le premier résultat des pratiques de l'hydrothérapie bien dirigée. Ranimer l'énergie des décompositions qui s'opèrent dans ce réseau capillaire et qui produisent de la chaleur, tel est le plus important des effets qu'on obtient. Rendre plus énergiques et plus faciles les fonctions d'exhalation qui permettent une regular.sat.on facile de la chaleur animale, tel est le second résultat de 1 hydrothérapie.
11 est bien évident que, lorsque les pratiques de l'hydrothérapie ont réussi a modifier l'organisme, la dépense des matériaux combustibles
m EXCUÉTIOSS. — PEAU.
doit être plus considérable. 11 est donc indispensable de pourvoir à celte dépense par une alimentation riche en aliments de calorilicalion les plus puissants; on comprend sans peine maintenant comment le beurre intervenait pour une si large part dans la nourriture grossière que Priesnitz imposait à ses pensipnnaires.
L'observation des effets qu'on éprouve lorsque l'on se trouve au maillot humide, conlirme complètement la théorie que je viens de développer. Le réchauffement chez plusieurs sujets est très -lent dans le début de l'emploi de ce moyen ; il faut quelquefois une heure pour l'obtenir; quand, au contraire, les organes sont façonnés, vingt minutes et moins suflisent pour qu'une bonne chaleur apparaisse. Le pouls éprouve de grandes variations pendant cette opération. Après cinq à huit minutes, il baisse souvent de trois à huit pulsations par minute. Le réchauffement se produit peu à peu, avec un sentiment de bien-être complet. On doit sortir du maillot dès qu'on est bien réchauffé; si l'on dépasse ce terme, le pouls s'accélère énergiquement.
Les frictions si répétées avec un drap dur, qui suivent ou accompagnent presque toutes les pratiques de l'hydroUiérapie, ont pour résultat d'augmenter la quantité des productions épidermoïdales. C'est une des fonctions de la peau qu'il importe le plus de maintenir active, et une foule d'altérations de la santé peuvent survenir lorsqu'on néglige de maintenir l'activité de cette excrétion.
Bains frais prolongés et réitérés. — L'eau de ces bains est habituellement à la température de 20 degrés centigrades, ils ont surtout été employés dans le traitement de la fièvre typhoïde, d'après la méthode de Brand (voy. les dernières éditions du Formulaire, p. 564).
Balnéation complexe. — Je désigne sous ce nom les procédés accessoires du bain en usage chez différents peuples et qui sont aujourd'hui d'un emploi courant à Paris, sous différentes désignations: bains turcs, bains russes, hamham, etc. Plusieursétablissementsontmisàla mode ces divers modes de balnéation qui ont pour but et pour résultat d'animer les fonctions de la peau par le contraste de l'eau chaude, de l'eau froide, sous forme de bains, d'allusions, de douches, et par les onctions, les frictions, la flagellation, le massage.
La flagellation, pratiquée en Russie avec des verges de bouleau assouplies dans l'eau, succède au bain d'étuve humide et précède les affusions ; elle a quelque analogie avec la strigilation que les fricat ores romains exerçaient autrefois en raclant la peau avec le striai I, sorte de spatule de bois, de corne ou de métal. Le massage est l'une des pratiques favorites des bains orientaux. Des serviteurs dressés à cet effet étendent le baigneur sur une planche, l'arrosent d'eau chaude, le pressent, le pétrissent, lui tiraillent la peau, les muscles, font crépiter les articulations de ses doigts et de ses membres, le retournent sur le ventre,
BAINS ROMAINS. - BAINS RUSSES. - HAMMAM. 457 s'agenouillent sur ses reins, font des percussions sur les parties les plus charnues, etc.
Les Grecs et les Romains avaient poussé presque aussi loin que les modernes le luxe des bains et leurs accessoires. Voici leur description d'après M. .Motard : «Le bâtiment se composait d'une suite de portiques entourant une cour par trois de ses faces ; la quatrième était complétée par un bassin destiné aux bains froids (bapiisterium), assez grand pour permettre la natation ; un second bain froid (frigidarium), formé d'un second bassin placé dans une pièce fermée, formait l'entrée des autres bains. En quittant ces autres bains, on se rendait toujours dans cette pièce pour y respirer un air frais. La salle des bains chauds (tepidarium), venait ensuite. Parmi les bains qu'elle contenait, il s'en trouvait un fort grand, suffisant pour recevoir plusieurs personnes, et dans lequel on descendait par des degrés de marbre; un de ses côtés offrait une série de gradins et un accoudoir, places destinées à ceux qui, ayant quitté le bain, venaient s'y livrer à la conversation. On. trouvait plus loin les étuves : l'étuve humide d'abord (calidarhm ou sudatorium), salle circulaire, semblable à nos bains de vapeur : celle-ci s'échappait par le centre, le pourtour était garni de gradins de marbre, et tout le sol échauffé ; puis l'étuve sèche ou laconium renfermant un air sec et chauffé au moyen d'un grand poêle; une sorte de large bouclier d'airain, en s'élevant et en s'abaissant, diminuait ou concentrait la chaleur. A portée de tous ces bains, dans lesquels on passait successivement, se trouvait Yopodyplère, ou vestiaire. Dans quelques gymnases grecs, la pièce destinée à faire les onctions huileuses ou des massages de sable fin destinés aux athlètes complétait cet ensemble. Enfin venait Yhypocaustum ou la salle des fourneaux, et d'où la chaleur se répandait par des conduits ménagés dans la construction même de l'édifice. Une foule d'esclaves étaient affectés au service de ces établissements : c'étaient les fricatores qui frictionnaient la peau et la grattaient avec des spatules d'ivoire appelées strigiles ; les tractatorcs, qui pétrissaient les muscles; les alipalarii, qui épilaient le corps ; les unctores, qui frottaient d'huile ou d'essences. » (Essai d'hijg. gén., t. II, 1841, p. 113.)
Voici les indications données par Hippocrate pour la balnéation : « Celui qui prend un bain doit être paisible, garder le silence et ne rien faire par lui-même, mais il laissera les autres l'arroser et le frictionner. On se servira pour le. sécher d'épongés ou de brosses, et l'on oindra d'huile le corps avant qu'il soit sec. » (Hipp.-Littré, vol. II, p. 367.)
Bains à lliydrofère. - C'est Sales-Girons qui eut l'idée d'utiliser l'eau pulvérisée dans un but thérapeutique, Mathieu de la Drôme l'employa pour administrer des bains dits à l'hydrofère. Voici, d'après Gavarret, comme on opère : « Le liquide, enfermé dans une boîte de cuivre, est très-linement divisé par un courant d'air fourni par une soufllerie fonc-
tionnant sous une pression de 5 à G centimètres de mercure. Le baigneur étant assis dans une boite de bois analogue à celle dont on se sert pour les fumigations, le jet de gaz et de liquide divisé, s'échappe par un orifice d'écoulement situé au niveau des genoux s'élève obliquement en s'étalant, et se résout en une poussière d'une excessive ténuité qui arrose incessamment de haut en bas le corps du malade. Ajoutons que la tête peut, à volonté, être tenue en dehors de la boîte ou rester exposée à l'action de la pluie, dont il est facile de régler la température suivant les indications.
Lavoirs publics. — C'est une heureuse innovation pour les ouvriers que l'établissement des lavoirs publics. Voici les conditions qui sont imposées à leur établissement par le Conseil de salubrité de Paris : « Isolement complet entre le lavoir, les couleries, etc., et les maisons voisines, au moyen d'un intervalle de 15 à 50 centimètres ; revêlement des murs en briques et chaux hydraulique; dallage et bitumage du sol avec pente convenable pour l'écoulement des eaux, et entraînement de celles-ci, par un conduit souterrain, jusqu'à l'égout. Si cet écoulement ne peut avoir lieu, n'en jamais permettre la diffusion sur la voie publique, n'en jamais permettre l'écoulement dans les cours d'eau, où elles causeraient la mort du poisson ; les châssis mobiles destinés à la ventilation seront établis sur les côtés opposés aux maisons voisines ; on laissera un intervalle d'un mètre entre chaque laveuse, etc. »
Les opérations qui sont pratiquées dans les lavoirs sont les suivantes: l'essangeage, le lessivage, le savonnage, le passage ou bain à l'eau de Javelle, le rinçage, le passage au bleu, l'essorage ou tordage, le séch âge.
Nous parlerons du savon et de l'eau de Javelle à l'article Cosmétique. Disons cependant ici qu'au lieu d'eau de Javelle on emploie dans les lavoirs une solution de chlorure de chaux. Quand celte solution n'est pas parfaitement limpide et qu'elle contient du chlorure de chaux en suspension, c'est une cause très-puissante de la détérioration rapide du linge dont l'entretien devient une lourde charge pour l'ouvrier.
Pour nettoyer le linge et autres étoffes, on se sert avec avantage de plusieurs substances contenant de la saponine ou matières analogues, au premier rang desquelles il faut citer le bois de Panama. Citons aussi le saponaire d'Egypte et notre saponaire. Je suis persuadé qu'on pourrait, dans bien des cas, employer avec avantage le sulfure de carbone pour enlever les corps gras du linge et autres étoffes qui en sont exceptionnellement imprégnées, comme cela arrive dans quelques services hospitaliers. Il faudrait pour cela un dispositif d'appareils qui défendraient les travailleurs contre les vapeurs de ce produit et qui permettraient de
e recueillir presque en totalité pour l'employer à de nouvelles opérations.
Cosmétiques. — Les cosmétiques sont des préparations destinées à agir sur la peau ou sur ses dépendances pour remédier aux altérations déterminées par l'âge, les accidents ou les maladies. Ils servent encore à entretenir, à modifier les fonctions de la peau, à accroître et à conserver la beauté, ou souvent, au moins, à en faire garder les apparences. Leur étude intéresse l'hygiène à un double point de vue. Convenablement employés, ils sont utiles pour entretenir et perfectionner la santé et la beauté; leur abus peut devenir nuisible en altérant quelques-uns <les organes de la peau, amoindrissant ou pervertissant leurs fonctions. On trouve parmi les cosmétiques des poisons dangereux qui, dans certaines conditions, ont déterminé de graves accidents.
Les Grecs et les Romains de la décadence excellaient dans l'art de préparer et d'employer ces agents.
Les belles Athéniennes connaissaient toutes les ressources de la cosmétique la plus avancée. Elles savaient à merveille employer les fards rouges et blancs; et, parmi ceux-ci, figurait au premier rang la dangereuse céruse.
Elles connaissaient une très-belle couleur noire pour donner encore plus d'éclat à leurs magnifiques sourcils (c'était très-probablement le henné, dont nous parlerons plus loin). Elles possédaient l'arsenal complet de la cosmétique dentaire : instruments, eaux, poudres dentifrices (Lucian., Amor., t. II, §§ 39 et 40).
Comme aujourd'hui, du temps de Périclès, à Athènes, après le repas, on servait des lavabos contenant de l'eau parfumée destinée à se rincer la bouche et à se laver les mains (Athœn., lib. IX, cap. xvm, p. 409).
Les cosmétiques jouaient un grand rôle chez les Romains. On a trouvé, à Pompeia, une foule d'instruments à l'usage des Romaines élégantes.
Les satires de Martial contiennent sur ce sujet des.-détails intéressants que j'aurai plus loin l'occasion de rappeler.
L'art du parfumeur comprend tout ce qui se rapporte aux parfums et aux substances solides ou liquides destinées à agir sur la peau et ses annexes; leurs magasins constituent donc les véritables arsenaux de la cosmétique.
Voici les divisions principales que j'introduis dans l'étude des cosmétiques : 1° alcalins; 2° savons et composés analogues; 3° chlorures décolorants; 4° cosmétiques acides; 5° cosmétiques aromatiques; 6° cosmétiques gras; 7° cosmétiques inertes; 8° fards inoffensifs; 9° fards métalliques. Je termine par des considérations sur les cosmétiques de la bouche et du système pileux.
Alcalins. — Les cosmétiques alcalins sont peut-être les plus ancien-
nement et les plus utilement employés. — Les lessives des cendres des végétaux ont été usitées de temps immémorial pour enlever les matières grasses et permettre de détacher facilement les poussières étrangères de la peau ou des linges qui ont été en contact avec elle. Sydenham conseillait les cendres d'aurone pour combattre la teigne. Les carbonates et bicarbonates de sonde et de potasse forment la base des lotions et bains alcalins si fréquemment employés. Le borate de soude est un alcalin précieux; la solution concentrée de ce sel est un parasiticide qui rend des services dans plusieurs maladies légères de la peau.
Les savons (oléates, stéarates, etc., de potasse et de soude) sont les cosmétiques les plus importants et les plus employés ; ils étaient connus des Gaulois. Le savon de Marseille à l'huile d'olive a une ancienne célébrité. Le savon émulsionne et enlève les corps gras de la peau et les matières qui y adhèrent; pour le linge, il remplit le même oflice (voy. p. 458). Ces usages ont une telle importance, qu'on a pu dire : « Qu'on pouvait juger du degré de civilisation d'un peuple d'après la quantité de savon qu'il consommait. » L'abus du savon n'est pas sans quelques légers inconvénients: il modifie l'état acide de la peau, il la sèche, et à la longue peut contribuer à la rider. On distingue les savons à base de soude et les savons à base de potasse ; les premiers sont solides, les seconds présentent la consistance de la graisse ; ils sont utiles pour combattre diverses affections légères de la peau.
On emploie pour préparer les savons divers corps gras , des huiles (savon de Marseille), des graisses (savon animal). On les parfume avec des essences variées ou d'autres produits odorants.
Cosmétiques acides. — Les citrons, par leur mucilage qui déterge la peau, par leur acide qui la raffermit, par leur essence qui la parfume, sont de précieux cosmétiques. Criton d'Athènes , cité par Galien , employait un mélange de jus de citron et d'huile. L'acide acétique intervient dans la préparation de plusieurs cosmétiques. Le produit de la distillation du verdet, le vinaigre radical, qui contient de l'acide acétique pur, associé à de l'acétone, sert à imbiber du sulfate de potasse qui remplit les flacons si employés pour ranimer par leur odeur vive et pénétrante les personnes menacées de syncope. V acide acétique étendu d'eau, associé à des essences de lavande, de citron et de l'alcool, sert à préparer les vinaigres de toilette, dont on abuse tant; ils sont plus utiles lorsqu'on y adjoint des substances astringentes contenant du tannin (roses de Provins, racine de fraisier, etc.). Convenablement étendus d'eau, ils nettoient la peau, lui donnent de la fraîcheur, du ton, de la fermeté et peuvent combattre certaines éruptions légères.
J'ai souvent prescrit avec avantage un mélange de 1 partie d'acide ehlorhydriquc pur avec 2 ou 3 parties d'eau pour pratiquer des bains de mains, qui déterminent une prompte et facile révulsion. Aussitôt que
les mains rougissent, on les lave à grande eau et on les essuie parfaitement. Les solutions faibles tfkypochlorites (eau de Javelle , chlorure de chaux) sont quelquefois employées pour enlever des mains les odeurs fétides qui accompagnent les matières que manient les ouvriers qui travaillent des objets ayant subi la fermentation putride ; ils sont aussi utiles pour désinfecter le linge et les étoffes qui en sont imprégnés (voy. p. 458).
Cosmétiques aromatiques (parfums).— Les cosmétiques aromatiques réveillent, animent, charment le sens de l'odorat; ils plaisent surtout aux personnes nerveuses, aux natures délicates. Toutes les substances volatiles à odeurs agréables peuvent être considérées et employées comme parfums. Nous citerons les essences, les élhers odorants, un grand nombre de composés chimiques , comme la nitrobenzine , désignée sous le nom d'essence de mirbane, les baumes naturels , les parfums retirés des fleurs ou des animaux, etc.
Les anciens ne connaissaient ni les essences , ni les alcoolats , ni les eaux distillées, ni les éthers aromatiques; cependant ils possédaient de très-nombreux parfums tirés des plantes (baumes naturels , principes odorants dissous dans des corps gras) ou fournis par le règne animal (musc,civette, ambre), ou extraits des plantes.
L'Egypte, l'Assyrie, la Perse, l'Inde, l'Arabie étaient renommées pour les parfums qu'elles produisaient. L'Italie fournissait beaucoup d'aromates retirés des fleurs : les roses de Pteslum qui fleurissaient deux fois(/?iferi rosaria Pœsto), l'iris, le lis, l'œnanthe, le narcisse , la marjolaine. Le jonc odorant fournissait un des parfums les plus communs; il était destiné aux courtisanes, qu'on nommait pour cela schr en iculœ (Y eslus). Les chambres nuptiales, les théâtres étaient parfumés le plus souvent avec du safran (1), comme Martial le mentionne. On employait aussi la cannelle, la cinamomome(Laberius). Les femmes grecques parfumaient leurs cheveux avéc des produits odorants les plus exquis (2).
Martial, en plus d'un passage, se moque de l'abus des parfums. Il nous peint un efféminé dont tous les cheveux exhalent l'odeur de tous les aromates que prépare Marcel ianus (3), et Gellia, qui porte sur elle toute la boutique de Cosmus le parfumeur (4), et Lydie (5), qui prodigue les aromates les plus rares inventés par Goracinus, dans la pré-
H) Et cum scœria croco cilici perfusa recens est.
(2) Lucian., Amor., t. H, p. 441.
(3) Cujus olet tota pinguis coma Marecliano.
(*) Q»od quœcumque venis, cosmum migrarc putamns
Et lluorc nxcurso cinnama fusa vitro.
(5) Quod semper casiaque cinnamoque
Et riiclo niger Alilio superbœ Fragras plumbea Nicerotiana.
parution desquels interviennent la cannelle, la cinnamome et le nid du phœnix.
Essences {huiles essentielles). — Au premier rang des cosmétiques aromatiques viennent les essences ; les unes sont plus légères que l'eau (essences de rose, de citron, des labiées, etc.) ; les autres (essences de cannelle, de girolle) sont plus lourdes. On les prépare toutes en distillant les parties végétales qui les contiennent par l'intermède de l'eau et avec ou sans l'intermédiaire du sel marin. Pour l'usage de la cosmétique, on les associe le plus ordinairement à l'alcool pour constituer les alcoolates odorants, tels que Veau de mélisse (alcoolat de mélisse), Veau de Cologne, et les eaux de toilette les plus variées, qui ne diffèrent que par la nature des essences et la proportion dans laquelle elles interviennent dans le mélange (voy. Formulaire magistral, p. 172 et 467, où vous trouverez plusieurs recettes de ces produits).
On associe encore les essences aux corps gras pour constituer les pommades, dont nous allons parler.
Les alcoolats, les essences, les eaux de toilette, excitent, animent, font vivre le sens de l'odorat ; ces diverses préparations ont en outre une action sur l'ensemble du système nerveux, qui s'accentue davantage chez les personnes qui, par leurs professions, inhalent continuellement ces substances ; nous en parlerons dans la partie de cet ouvrage consacrée aux produits volatils odorants. Appliquées extérieurement, elles déterminent à la peau une révulsion légère ; on les emploie ainsi soit en frictions, soit associées à l'eau d'un bain. Elles tuent les êtres inférieurs. Cazenave a prescrit différentes essences pour tuer l'acare de la gale ; les eaux dentifrices aromatiques sont utiles pour détruire les algues ou zoophytes microscopiques qui forment la base du tartre des dents.
Les baumes sont des produits naturels contenant des essences, des^ résines et des acides benzoïque, cinnamique, etc. ; ils interviennent dans la préparation de beaucoup de cosmétiques aromatiques et de cosmétiques gras. Le plus employé est le benjoin. On en connaît deux variétés :1e benjoin en masse et le benjoin en larmes, à odeur de lanille, ou benjoin de Surinam. C'est lui qu'on doit préférer pour obtenir des cosmétiques agréables. On prépare avec le benjoin une teinture; quelques gouttes de cette teinture pour un verre d'eau constituent le lait virginal, utile pour combattre les irritations légères de la peau. On emploie encore les baumes de Tolu, du Pérou, etc.
Parfums. — Plusieurs plantes possédant des odeurs douces, agréables, pénétrantes, doivent leurs propriétés à des principes odorants qui ne se comportent pas comme les essences, et que Millon a désignés sous le nom de parfums. Je citerai particulièrement la riolette, le jasmin, la tubéreuse. On extrait le parfum de ces fleurs par l'intermédiaire d'un corps gras. On donne le nom de fleurage à l'opération qui
consiste à charger de parfums ces graisses diverses. Ainsi aromatisées, elles forment la base des pommades. On enlève ce parfum aux corps gras, à l'aide de l'alcool, pour obtenir des esprits odorants qui sont très-employés dans la préparation des eaux de toilette. On se sert encore, au lieu de graisse, pour fixer les parfums, d'un produit d'une consistance onctueuse, connu sous le nom de vaseline, qui est extrait du goudron de pétrole.
Musc, Civette, Ambre. — Ces trois produits sont fournis par les animaux; ils interviennent, le musc surtout, dans une foule de cosmé- . tiques aromatiques : eau de toilette, pommades parfumées, etc. Les ouvriers qui vivent continuellement dans une atmosphère musquée sont quelquefois atteints d'accès de fièvre intermittente éphémère. L'expansion de l'odeur du musc est vraiment prodigieuse. Quelques traces de ce produit suffisent pour communiquer une odeur très-manifeste, et pendant longtemps, à toute une chambre; et cependant le musc, les huiles essentielles de citron, de lavande, de térébenthine, de menthe, etc., n'exhalent d'odeur que pendant qu'ils se décomposent, c'est-à-dire qu'ils s'oxydent à la température ordinaire. Il ressort de ce fait important que les essences s'altèrent continuellement, que leurs odeurs propres perdent incessamment de leur suavité; que, pour préparer des parfums agréables, il faut les employer pures et récentes. On comprend alors très-bien pourquoi les fabricants qui renouvellent souvent leurs essences obtiennent des produits plus parfaits.
Cosmétiques gras. — Les onctions avec des graisses, des huiles, sur toute la surface du corps, étaient très en faveur dans les gymnases antiques. Ces onctions donnent de la souplesse à la peau, défendent du froid. On pourrait penser qu'elles entravent la transpiration et qu'elles peuvent agir comme les enduits imperméables de Fourcaut (p. 441), mais il n'en est rien. On se rappelle ce mot du soldat d'Auguste, interrogé sur la cause de sa longévité; il répondit : « Intus vino, extus oleo ». C'était un usage répandu à la cour de Louis XV de se parfumer le corps à l'aide d'onctions avec l'huile de jasmin. Le massage avec la main enduite de quelques gouttes d'huile d'olive parfumée est une excellente pratique journalière après les lotions à l'eau froide et les frictions énergiques. Les femmes du monde usent beaucoup de cosmétiques gras : cold cream, pommade de concombres. Cette dernière pommade contient du baume de Tolu qui, de même que le benjoin dans la graisse benzoïnée de Deschamps, éloigne le terme de la rancidité des corps gras.
La pommade rosat, employée contre les gerçures des lèvres, est préparée avec de la cire, de l'huile d'amandes douces, colorée avec de l'orcanètc aromatisée avec de l'essence de roses. Le Uniment oléo-cal-
464 EXCuÉTIONS. — PEAU.
caire rend des services contre les brûlures. A l'article de V Hygiène des cheveux, je reviendrai sur l'emploi des pommades.
Cosmétiques inertes. — Je désigne sous ce nom plusieurs substances communément employées, soit pour prévenir les excoriations de la peau, soit pour nettoyer les mains.
Parmi les cosmétiques inertes fournis par le règne végétal, je citerai l'amidon, la farine de riz, la fécule de pommes de terre et le lycopode.
L'amidon est ou a été plus particulièrement employé pour les soins de la chevelure. Nous en parlerons plus loin.
La farine de- riz doit être préparée avec des grains sains, parfaitement mondés et d'une entière blancheur; la poudre doit être aussi ténue que possible. A(in de ne point rendre cette farine irritante, on ne doit y associer des essences aromatiques qu'en très-faibles proportions, et, à plus forte raison, ne pas l'aromatiser avec la poudre d'iris. Cette poudre a une action irritante qui peut être nuisible pour quelques peaux délicates, surtout lorsqu'elles sont privées d épidémie par suite de quelques légères excoriations.
On ajoute quelquefois à la farine de riz une certaine propprlion de céruse réduite en poudre impalpable, afin de donner plus d'uni à ce fard blanc. Cette addition a le grave inconvénient d'ajouter un poison à une substance inoffensive. Il vaut mieux y mêler du sous-nitrale de bismuth réduit en poudre impalpable.
Le lycopode est un cosmétique qui intervient surtout dans l'hygiène des jeunes enfants; la finesse de leur peau, leur tissu cellulaire gonflé de graisse et de liquides, les prédisposent aux crevasses et gerçures superficielles que prévient une application de lycopode répétée après les lavages de propreté. On emploie aux mêmes usages la poudre de vieux bois.
La pâte d'amandes joue un rôle dans la cosmétique, qui n'est pas sans utilité : c'est la substance la plus généralement employée aujourd'hui pour enlever des mains les dernières traces de matières étrangères lorsqu'on les lave. C'est l'albumine végétale ou émulsine qui sert à former une émulsion avec les matières grasses qui peuvent adhérer aux mains et faciliter ainsi l'élimination des poussières ou autres résidus.
On prépare la pàtc d'amandes à l'aide des amandes amères dont on extrait d'abord l'huile douce. La poudre d'amandes, privée d'huile, n'a que peu ou pas d'odeur; niais, en présence de l'eau, un corps quaternaire neutre qu'elle contient (l'amygdaline), sous L'influence de l'eau el de la synaptasc, principe des amandes, agissant comme ferment, se transforme en glycose, en hydrure de benzoïle et en acide cyanhydrique. C'est la réunion de ces deux corps qui constitue Vêssetwè
COSMÉTIQUES INOFFENSIFS. - FARDS. 405 d amandes amères à laquelle est duc l'odeur agréable qu'on perçoit lorsqu'on se lave les mains avec de la pâte d'amandes.
Les parfumeurs préparent des pâtes d'amandes de compositions trèsvariables; la plus connue est la pâte d'amandes au miel qu'ils obtiennent en mêlant à de la poudre d'amandes amères, du miel, de l'huile d'amandes douces ou d'olives et des essences. Cette pâte rend la peau plus douce, plus souple; mais les élégantes prétendent que l'usage continu de ce cosmétique contribue à faire jaunir la peau. Cet effet peut être évité en lavant, après l'emploi de la pâte d'amandes, les mains avec de l'acide chlorhydrique pur au dixième, puis à grande eau.
A Home, un luxe effréné avait conduit certaines femmes à prendre des bains de lait, dont l'action devait être analogue à celle de la pâte d'amandes au miel.
Fards ou Cosmétiques colorants. — Les fards ou cosmétiques colorants ont été employés de toute antiquité. On trouve dans Athenseus des détails intéressants qui démontrent qu'à Athènes les couleurs rouges et les fards blancs intervenaient journellement dans la toilette des élégantes de l'époque: parmi les premières, nous trouvons le sulfure rouge de mercure et le minium ; parmi les substances blanches, la céruse ou carbonate de plomb.
Martial nous apprend que les Romaines de son temps excellaient dans l'art de se peindre le visage. « On ne m'a pas trompé, Lydie, quand on m'a vanté la beauté de ton teint et nullement celle de ton visage (1). En Orient, on emploie de temps immémorial des fards noirs pour augmenter l'éclat des yeux.
Parlons d'abord des fards roses, qui sont presque exclusivement employés aujourd'hui ; puis nous aborderons l'étude des fards minéraux. Nous avons déjà cité la matière colorante rouge de la racine d'orcanette, qui est usitée pour colorer la pommade rose pour les lèvres.
Le plus beau carmin , qui a pour base une laque de cochenille (Coccus cacti), est quelquefois employé comme fard au théâtre, mais celui qui est presque universellement usité aujourd'hui en ville; est le rose de carthame.
Les ûeurons du Carthamus linctorius, famille des Synanthérées, contiennent deux matières colorantes : une jaune, qui est éliminée dans la préparation du fard; la seconde est une couleur rose du plus vif éclat, la carlhamine ou rose de carthame , qui , associée à des matières blanches inertes, constitue de nombreuses variétés de fards roses destinés à simuler la fraîcheur de la jeunesse. Reconnaissons qu'au point de vue
(1) Non e«t mcntitus qui te mihi dixit habere
Formosam carnem, Lydia, non facicni.
(Martial, livre XI, n° 103.)
BOUCHA II DAT. — HYGIÈNE. on
466 EXCRÉTIONS. — l'EAU.
de l'hygiène de la peau, le fard rose à hase de carlhame présente peu d'inconvénients; cependant l'alumine qui a servi à fixer la couleur rose et le talc de Venise en poudre impalpable à l'étendre, peuvent irriter la peau et provoquer le développement de rides précoces. On a employé encore comme fard rose la rosaniline {rose d'aniline); cette couleur peut retenir des traces d'acide arsénique qui réagissent d'une manière fâcheuse sur l'épiderme. Les Orientales emploient quelquefois des fards noirs pour teindre les cils, les bords des paupières , les sourcils ; tantôt c'est du noir de fumée, tantôt du henné, dont je parlerai plus loin : on fixe ces couleurs avec de fines aiguilles.
Les fards blancs sont le sous-nitrate de bismuth , la céruse , la farine de riz, l'amidon, dont nous avons parlé, la craie et le talc de Briançon, réduits en poudre impalpable. Ces quatre derniers produits sont presque inoffensifs quand ils sont purs.
Fards minéraux. — Ils sont à base de plomb, de bismuth, de mercure, de zinc. Un mot de quelques-uns d'entre eux. Le plus inoffensif de ces fards est le sous-nitrate de bismuth, connu sous le nom de blanc de fard ; cependant, à la longue, par un constant usage, il peut irriter la peau; puis, quand on le garde longtemps sur l'épiderme, il peut noircir sous l'influence de l'hydrogène sulfuré. Deux fards à base de plomb ont été ou sont employés : d'abord le minium , connu des anciens, comme l'alteste Tibulle : « Un laboureur, rougi par le minium, essaye le premier, ô Bacchus! quelques danses en ton honneur (1). »
Ce fard est remplacé aujourd'hui par des couleurs s'approchant plus de l'incarnat des joues, les roses de carlhame ou d'aniline, mais la céruse, ou carbonate de plomb, est restée dans l'arsenal de la cosmétique; on la désigne quelquefois sous le nom de blanc de kreme. Réduite en poudre impalpable, la céruse s'étale très-bien ; mais c'est un poison dangereux qui à la longue peut déterminer l'intoxication saturnine; puis, comme le sous-nitrate de bismuth, la céruse noircit sous l'influence de l'hydrogène sulfuré. Plusieurs autres préparations de plomb sont entrées dans le domaine de la cosmétique. L'acétate de plomb basique précipité par l'acide carbonique et mélangé avec de l'eau de roses, est vendu sous le nom d'eau de lis; on a préconisé pour combattre les gerçures du sein chez les nourrices, des badigeonnages d'extrait de Saturne, en recouvrant ensuite le mammelon avec une petite calotte de plomb. Cette préparation, confiée à des mains peu soigneuses, peut empoisonner le nourrisson. On a remplacé la céruse, comme blanc de fard, par l'oxyde de zinc, qui est inoffensif.
Agricola et minio sulTusus Bacche, rubcnti, Primus incxpcrta duxil ab artc choros .
(Tibulle, Elégie I, livre II.)