‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 154 sur 371 · DÉFAUT D'EXERCICE. - PARUSSE · texte numérisé non relu

DÉFAUT D'EXERCICE. - PARUSSE

dent. Nous allons parler plus loin de la goutte et de la gravelle urique, mais auparavant il faut nous occuper de l'obésité.

J'en ai déjà parlé dans mon Mémoire sur l'entraînement des pugilistes (1) ; j'y ai rappelé que les Grecs et les Romains considéraient cette forme de santé comme une lâcheuse infirmité.

Quand l'obésité atteint de grandes proportions, c'est un fardeau énorme que le malheureux est condamné à porter toujours avec lui, ce qui a pour résultat, soit dit en passant, d'augmenter sa fâcheuse tendance à l'inertie corporelle. Plus à plaindre que l'avare, condamné à garder son trésor, l'obèse doit toujours le porter. R n'y a rien de forcé dans cette comparaison : la graisse accumulée en excès dans le tissu cellulaire est parfaitement comparable au trésor de l'avare. Sans doute il faut de la graisse en réserve dans l'économie pour les jours de privation et de maladie, mais l'excès ici devient un mal à bien des titres.

Ce fardeau fâcheux qu'a l'homme bouffi d'embonpoint n'a pas pour seul effet d'alourdir sa marche; les organes les plus essentiels sont comprimés, réduits dans leur volume et dans la puissance de leurs fonctions. Dans les conditions normales, cela peut offrir peu d'inconvénients ; mais vienne une maladie incidente, et des accidents imprévus, se révèlent soudainement. Une simple bronchite envahissant des poumons refoulés par un énorme tissu adipeux suffit pour déterminer une asphyxie promptement mortelle. Les mouvements du cœur deviennent moins libres et moins énergiques : d'où ces hydropisies qui frappent les obèses. Ai-je besoin de mentionner les hernies qui les menacent à tant de titres? la glycosurie par excès d'alimentation, si fréquente et si souvent méconnue? Voici en quels termes j'apprécie ( loc. cit., p. 261) les moyens de combattre cette prédisposition fâcheuse à l'obésité excessive :

« R est bien certain que rien ne convient mieux aux jeunes gens prédisposés par hérédité à la polysarcie que l'ensemble des pratiques de l'entraînement du pugiliste, que je ferai connaître bientôt. C'est, je le pense, une voie assurée pour combattre cette imminence morbide de l'obésité qui est fatale à plus de gens qu'on ne le croit. On peut atténuer quelques-unes de ces pratiques, et cela est indispensable quand on a des devoirs sociaux à remplir. »

J'approuve l'usage du biscuit de mer pour les obèses, et mieux celui du pain de gluten, ou au moins du pain rassis, comme cela est prescrit dans les pratiques de l'entraînement du pugiliste; mais je recommande par-dessus tout l'exercice et la sobriété.

Influence du défaut d'exercice sur les excrétions. — Toutes les excrétions sont amoindries et modifiées sous l'influence de la paresse corpo-

(1) Supplément à l'Annuaire de thérapeutique de 1861, p. 260.

relie. Le travail tient lieu pour le paysan de tous les soins de la peau, si indispensables au maintien de la santé; mais ce sont surtout les excrétions du rein qui sont changées dans leur nature par le fait du défaut d'exercice. J'ai déjà indiqué ces modilications, mais je dois y revenir pour vous en faire mieux apprécier les dangers.

L'homme faisant bonne chère et plongé dans la mollesse produit beaucoup plus d'acide urique que le travailleur sobre. Cette production peut être la source de maux variés ayant pour origine la goutte ou la gravelle inique (voy. p. 414 et suiv.).

Les calculs urinaires ou les gravelles ayant pour principe dominant l'acide urique, se rencontrent le plus habituellement chez les adultes, et surtout chez ceux qui mangent mieux qu'ils ne travaillent. La goutte a la même origine avec une prédisposition individuelle différente. Le sort d'un goutteux est véritablement à plaindre : il aime par-dessus tout les bons repas, et nous lui prescrivons la sobriété; par nature il a horreur du mouvement, et nous lui ordonnons les exercices les plus variés, qui lui deviennent souvent impossibles , car au gonflement des petites articulations succède l'ankylose des grandes, qui le condamne à un repos doublement fatal, car il contribue à aggraver son mal , et il est accompagné de cuisantes douleurs. Sydenham a insisté sur le merveilleux secours qu'on peut attendre de l'exercice pour combattre la goutte. En toute occasion je n'ai pas manqué d'être le partisan déclaré de ces saines doctrines nées de l'observation.

Influence du défaut d'exercice sur le système musculaire. — Un des effets les plus constants de la paresse corporelle, c'est l'amoindrissement du système musculaire, qui conduit à l'atrophie progressive prématurée des muscles de la volonté, avec une faiblesse qui s'accroît avec les années. La voie la plus sûre pour arriver à une sénilité anticipée, c'est de ne point employer ses forces ; c'est de perdre de bonne heure l'habitude de se servir régulièrement et convenablement de ses jambes et de ses bras.

Influence du défaut d'exercice sur la cal or i fi cal ion. — Presque toujours les personnes qui se condamnent à l'immobilité se refroidissent avec facilité, et ne se réchauffent qu'artiliciellement ou que par de difficiles efforts. Ce refroidissement continu de la périphérie déterminé par la paresse corporelle est une des causes de scorbut sur lesquelles j'insiste dans la partie de cet ouvrage consacré à l'étiologin du scorbut.

L'homme qui vit dans une inertie continuelle perd l'habitude de réagir contre les causes de refroidissement, qui passent inaperçues pour un homme vigoureux et agissant, et le résultat de ce refroidissement produit souvent chez lui les plus graves affections.

Influence du défaut d'exercice sur la production des cacher /Vx.— L'individu chez lequel toutes les fonctions organiques sont alanguies n'ex-

FORMES DE L'EXERCICE. - STATION PROLONGÉE. m

erète point régulièrement tous les résidus des actes chimiques qui se passent incessamment dans le eorps de l'homme. Sans doute, ces principaux résidus, comme l'acide carbonique, l'urée, l'eau, sont éliminés avec la plus grande facilité; mais il en est d'autres, comme le mucus et les matières épidermoïdales, qui, lorsqu'elles ne sont pas régulièrement excrétées, peuvent s'accumuler en subissant des modifications incomplètes dans divers organes.

Après avoir longuement réfléchi sur ces questions difficiles, j'ai été conduit à rechercher, dans cette diminution ou cette aberration des excrétions insolubles, une des causes prédisposantes les plus importantes des affections scrofuleuses , tuberculeuses et cancéreuses, que je considère comme devant être rapprochées les unes des autres par ce lien étiologique.

On voit par ce rapide exposé que je regarde le défaut d'exercice comme i une des causes les plus puissantes des plus graves et des plus meurtrières maladies chroniques qui affligent l'humanité.

Influence du défaut d'exercice sur l'intelligence. — Un mot seulement sur l'influence de la paresse corporelle sur l'intelligence. L'homme qui ne travaille pas a une grande tendance à subir le joug de ce mal insup- ; portable que les Anglais désignent sous le nom de spleen, que nous con- . naissons sous celui d'ennui de la vie; telle peut être sa puissance que, dans bien des cas, il devient la cause déterminante du suicide.

Si nous considérons l'influence de la paresse sur la moralité, il nie • suffira de rappeler ce mot bien connu de l'illustre Franklin : « Celui qui ne fait rien est bien près de mal faire. »

Principales formes de l'exercice. — Avant d'aborder les grandes questions du travail corporel selon les climats, le sexe, les câges, je vais indiquer sommairement les principales formes de l'exercice, pour en préciser les inconvénients ou les avantages.

Je dirai d'abord l'influence sur la santé des principaux mouvements et exercices combinés.

Commençons par la station prolongée, qui est un mode d'exercice limité et qui n'est favorable que très-exceptionnellement.

Sans contredit, les hommes qui sont condamnés à travailler tout le jour dans leur cabinet, à écrire, calculer, dessiner, etc., se trouvent bien pour varier leurs attitudes, de rester, au moins pendant quelques heures, debout devant un pupitre. Ils peuvent aussi, sans s'interrompre, faire quelques pas à plusieurs reprises, et trouver ainsi un exercice corporel qui, pour bien des individualités, facilite le travail intellectuel : les idées quelquefois arrivent en marchant.

A côté de ces avantages, la station prolongée présente de sérieux inconvénients, qui sont d'autant plus graves que l'individu est plus affaibli, plus âgé, et que la station prolongée est plus souvent réitérée.

Cette attitude, dépassant les limites physiologiques, est une des causes déterminantes de la lourdeur, de l'œdème des jambes et du développement des varices sur les membres inférieurs.

Je pourrais citer un assez grand nombre de professions qui obligent à cette station prolongée. Je me contenterai de fixer l'attention sur les blanchisseuses et les employés de chemins de fer travaillant debout pendant la marche des trains.

Vous connaissez tous ces laborieuses ouvrières qui passent la journée entière dans le bateau, à battre et racler le linge (un peu trop vivement pour sa durée). Par le progrès des années, ces pauvres blanchisseuses subissent en grand nombre les inconvénients de cette attitude. Les varices des jambes sont très-souvent observées chez elles.

On a beaucoup trop médit des chemins de fer sous le rapport de l'hygiène, mais on ne saurait méconnaître que toutes les professions qui obligent à une station prolongée pendant la marche des trains sont une des causes déterminantes de varices.

Heureusement que ces inconvénients peuvent être, sinon complètement écartés, au moins beaucoup amoindris à l'aide des précautions suivantes : 1° Limiter les heures de travail dans la même attitude; 2° choisir des ouvriers jeunes ; 3° éloigner les individus prédisposés aux varices ; 4° prescrire à ceux qui ont quelque tendance au gonflement des veines de porter des bas de til ou de coton assez justes pour maintenir les veines sans comprimer le membre : cela convient mieux que les bas lacés jadis tant vantés, ou tout autre appareil qui, par une compression trop forte, pourrait nuire aux mouvements et à la circulation; 5° remplacer les jarretières par un mode de contention des bas qui évite cette pression circulaire qui double les dangers de la station prolongée. Enfin, je recommande de marcher autant que faire se peut.

Voilà des précautions bien simples, légitimées par la physiologie et l'observation, suffisantes cependant pour prévenir des incommodités durables qui se transforment trop souvent en infirmités qui abrègent la vie.

Marche. — Si la station prolongée offre des inconvénients, la marche en rapport avec les forces ne présente que des avantages ; c'est un exercice général excellent, qui anime la circulation et la respiration , et par conséquent tous les actes de la vie organique.

Les membres inférieurs en éprouvent surtout l'heureuse influence, mais cet exercice ne suffit pas pour développer normalement toutes les parties du corps. Rien n'est plus simple que d'ajouter à ces mouvements ce qui leur manque, en exerçant les bras : le travail du menuisier, du tourneur, etc., l'opération de scier et de casser du bois, qui peut entrer sans embarras dans l'hygiène journalière de tous les hommes, suffisent pour compléter avec la marche tous les mouvements utiles. Pour les

MARCHE. - LABOURAGE. — CHASSE. -493 femmes, La marche et le piano s'associeront heureusement pour harmoniser les efforts.

La promenade convient surtout à La vieillesse, à la femme, au philosophe; mais afin qu'elle produise tout le bien désirable, il faut qu'elle soit assez continuée pour amener de la chaleur à la périphérie, assez accélérée pour produire une douce moiteur, et être suivie de vives et rudes frictions qui animent toutes les fonctions de la peau, et qui préviennent les refroidissements dangereux à tant de litres.

Il est bon d'habituer la jeunesse à marcher avec un fardeau, qui pourra progressivement être augmenté avec le développement des forces. Ce précepte avait une grande importance dans l'éducation physique de ces légions romaines qui, grâce à une direction hygiénique habile, ont pu être transportées jusque dans des lieux relativement très-éloignés, eu égard aux moyens de communication, et cela sans endurer trop souvent les désastres des épidémies.

La course est très-utile à la jeunesse pour accroître les forces, pour maintenir, activer les fonctions de la peau par ce mode de sudation naturelle, qui doit, comme je l'ai dit déjà, être suivi de rudes frictions pour être complètement salutaire.

La course, comme tous les exercices violents, doit être graduée pour le temps qu'on y consacre et pour la rapidité obtenue. C'est un des meilleurs moyens d'en prévenir les inconvénients.

Le saut rentre encore plus spécialement dans la classe des efforts qui ne conviennent qu'à la jeunesse et qui réclament aussi la puissance de l'habitude.

Après ces courtes notions sur l'influence des mouvements les plus ordinaires, il me reste à vous entretenir des principaux exercices combinés et professionnels. C'est par les plus importants et les plus utiles de ces derniers que nous allons commencer.

Le labourage et le jardinage méritent à tous égards notre sérieuse attention. Sous le double rapport du nombre des hommes employés à ces travaux et de leur nécessité, ce sont les premiers entre tous ; heureusement qu'ils sont aussi des plus convenables à la santé. Les opérations si variées du labourage et du jardinage commandent la diversité des mouvements et des attitudes; elles remplissent presque tout le cours de l'année. Il en résulte deux conditions des plus favorables à la santé : la continuité des travaux et la variété des exercices. Pour les hommes voués aux soins des champs, le travail corporel devient une habitude, mais il est presque toujours assez modéré pour ne pas excéder les forces.

Considérez bien les habitants des campagnes : ils travaillent, sans doute, de l'aube au coucher du soleil, mais ils en prennent généralement à leur aise. Il est seulement certaines époques de l'année pendant les-

m MODIFICATEURS. — EXERCICE. — GYMNASTIQUE,

quelles ils se pressent davantage et déploient plus de forces. Vous avez pensé à l'emblavure, à la fauchaison, à la moisson, aux vendanges. Alors leurs travaux sont plus rudes ; mais aussi ils usentavec moins de parcimonie des aliments de la force pendant ces temps de labeur inaccoutumé. Quand ils ont vaillamment travaillé en essuyant toute la chaleur du jour, c'est alors qu'il faut leur recommander, pendantletempsdurepos, d'éviter ces refroidissements qui leur sont si funestes. Ils avalent à longs traits une eau glacée, se couchent sur la terre humide et à l'ombre d'un arbre. Rien n'est plus dangereux. Mais à part ces exceptions et ces mauvaises chances qu'on peut éviter, les travaux des champs conviennent mieux que tous les autres au maintien et au perfectionnement de la santé. Il faudrait ajouter peu de chose à l'hygiène des habitants des campagnes pour qu'elle fut parfaite.

Des logements meilleurs, des soins de la peau moins négligés, une alimentation mieux réglée, et rien pour ainsi dire n'y manquerait.

Chasse. — Parlons un peu de l'exercice le plus goûté des citadins, de la chasse, dont le retour périodique coïncide avec l'époque aimée des vacances. Rien n'est plus convenable : marche accélérée avec un fardeau ; jambes animées par une passion ; appareils des sens, l'ouïe, la vue, exercés sans fatigue. La chasse est donc excellente pour les travailleurs sédentaires; mais qu'ils n'oublient pas qu'ils ne doivent se reposer que lorsqu'ils sont parvenus à un bon gîte, et qu'ils ne négligent pas de changer leur linge trempé par la sueur.

Escrime. — Par la variété et la grâce des attitudes, par l'énergie des mouvements, l'escrime vient au premier rang parmi les exercices; mais je ne voudrais pas que la supériorité qu'on peut y acquérir pût rendre ombrageux ou querelleur. Je recommande l'escrime aux jeunes hommes qui sont à la fois prudents et pacifiques.

Quand vous sortez d'un assaut , le corps baigné de sueur, ne négligez pas les frictions et le massage qui en forment le complément hygiénique.

Les exercices militaires sont bons à un double point de vue : bien conduits, ils élèvent le niveau des forces du soldat, et ils assurent le succès des armées. Un des plus grands maîtres dans l'art de la guerre, le maréchal de Saxe, suivant en cela les exemples des généraux romains, appréciait beaucoup les avantages qui résultent de la vigueur corporelle des troupes. Il a affirmé que l'armée la plus fortement constituée finirait par vaincre toujours. « La guerre, disait-il, sera un jour toute dans les jambes. » N'a-t-il pas ainsi prophétiquement annoncé les services qu'ont rendus nos chasseurs de Vinçennes et les soldats formés sur ce modèle?

Pour éviter les dangers du travail excessif, les exercices militaires doivent être gradués , modérés d'abord , puis progressivement plus ac-

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