TRAVAIL DE LA FEMME
Irlande, comtesse Ecleston, cent quarante-trois ans ; Irlande, Thomas Winslow, cent quarante-six ans; Angleterre, Francis Consit, cent cinquante ans ; Angleterre, Thomas Parrye, cent cinquante-deux ans ; Norvège, Joseph Surrington, cent soixante ans.
On a compté, dans le seul district d'Aggerus, cent cinquante couples qui avaient vécu ensemble quatre-vingts ans.
A peine trouve -t- on quelques Méridionaux qui atteignent cent ans. Deux grandes causes tendent à augmenter le chiiïre de la mortalité dans les climats chauds : la première, c'est l'influence des effluves maremmatiques, dont l'action nuisible est, toutes choses égales, d'autant plus intense , que la température moyenne du lieu est plus élevée ; la seconde est la diminution progressive du travail du pôle à l'équateur. Plus le travail corporel est grand, plus grande est l'activité organique , et c'est bien là le moyen le plus efficace de résister aux causes de maladie.
J'ai démontré, en m'appuyant sur des faits précis, la vérité de ce principe : « L'oisiveté corporelle ressemble à la rouille, elle use beaucoup plus que le travail. »
Du travail de la femme. — Ce que j'ai dit jusqu'ici du travail s'applique plus particulièrement à l'homme, je dois entrer dans quelques détails se rapportant spécialement au travail de la femme.
Il doit être inférieur à celui de V homme, au moins en ce qui a trait à la dépense de forces. Deux ordres de considérations démontrent ce principe : 1° l'organisation de la femme est plus frêle que celle de l'homme, cela est évident; 2° l'observation des phénomènes intimes de la vie de nutrition nous conduit à la même conclusion. En effet, on sait qu'aux différentes époques de la vie, la femme exhale en vingt-quatre heures une quantité d'acide carbonique moindre que l'homme , et de plus, ce qui est très-remarquable, le chiffre de la production de l'acide carbonique s'abaisse au moment de la première menstruation, pour se relever à l'époque de la ménopause.
En appliquant cette donnée à l'hygiène du travail corporel, il en résulte qu'à l'âge critique, la femme, loin de ralentir son activité, doit au contraire se soumettre à un exercice plus énergique : c'est le moyen le plus efficace d'éviter les dérangements de santé qui accompagnent cette époque.
Les phénomènes et les soins de la gestation et de la lactation ont une influence sur l'énergie de l'exercice, et expliquent encore l'infériorité nécessaire du travail corporel delà femme. Quoiqu'il en soit, il est encore beaucoup plus abaissé qu'il ne devrait l'être ; cela tient à plusieurs causes, parmi lesquelles je citerai : l'excès des travaux de broderie et de couture pour beaucoup de pauvres ouvrières, et chez les classes aisées, des
soins de toilette excessifs et une indolence acquise par une mauvaise éducation hygiénique.
On explique très-bien ainsi la fréquence plus grande de la phthisie pulmonaire chez la femme que chez l'homme.
Cette loi de fréquence change dans les pays où la nature des travaux est changée.
Ainsi, dans certaines contrées où les hommes se destinent, exclusivement à des fabrications qui, comme l'horlogerie fine, exigent peu de déploiement de forces et où les femmes se livrent aux travaux du ménage et des champs, le nombre des hommes tuberculeux est plus considérable que celui des femmes.
Cette observation démontre nettement que le travail corporel de la femme est inférieur à ce qu'il devrait être.
Les travaux des manufactures et des ateliers conviennent-ils à la femme? Voilà une question grave et controversée, qui certainement, dans certaines conditions spéciales, peut et doit être résolue différemment. Si je n'envisage que son côté le plus large, je dirai, d'accord en cela avec Michelet et M. Jules Simon, que le labeur de la manufacture et de l'atelier ne convient point à la femme. Ce qu'il lui faut, à elle, ce sont les travaux variés de l'intérieur de la famille, qui peuvent dans bien des conditions suffire à son activité.
S'il lui reste et du temps et des forces à employer, qu'elle les consacre à aider, si cela se peut, le chef du ménage dans ses travaux journaliers. C'est en cela que le labourage et la viticulture sont admirables. Presque toute l'année, les soins dès champs et des vignes peuvent donner de l'ouvrage, non-seulement au chef de famille, mais aussi à sa femme et à ses enfants : tous, en employant leurs forces et en les développant, concourent au but commun.
On ne saurait trop encourager les petites industries qui permettent à la femme d'utiliser chez elle, auprès de ses enfants, les heures de chômage. Plus la femme reste à la maison, plus il y a de bonheur dans la famille : elle doit être l'ange gardien du foyer.
L'éducation de la femme a toujours semblé moins préoccuper les penseurs que l'éducation des hommes, et cependant elle a peut-être plus d'importance pour l'avenir des peuples. C'est encore le travail qui doit en être la base. Il importe de développer à la fois le physique, les facultés intellectuelles et les nobles aspirations du cœur.
Il faut par-dessustoutquela jeune fille prenne l'habitude d'être toujours occupée. Variez les travaux, les exercices et les plaisirs ; mais de l'oisiveté, jamais ! Quand cette activité continuelle sera entrée dans sa nature, que l'occupation de tous les instants sera un besoin pour elle, que de services ne pouira-l-elle pas rendre atout ce qui l'entoure ! Comme elle sera prémunie contre ces coups si variés qui souvent viennent éprouver les