TRAVAIL SELON LES AGES
existences les plus heureuses en apparence! La paresse doublerait tous les maux; le travail continu en est le remède le plus salutaire.
Médecin, j'ai eu trop l'occasion de constater les immenses bienfaits de la vie laborieuse de la femme et les maux sans nombre de son oisiveté, pour ne point insister sur les avantages d'une éducation ayant pour base la variété et la continuité des travaux utiles.
J'ai toujours pensé que les connaissances précises d'hygiène usuelle devraient entrer dans l'éducation de la femme. J'avoue que l'exécution de ce programme n'est pas sans difficulté.
Du travail et de l'exercice suivant les âges. — Pour démontrer l'absolue nécessité de l'exercice corporel pour le jeune enfant, je me contenterai de vous citer quelques-unes de nos grandes autorités et de commenter les paroles des maîtres.
Enfance. — « Dès le moment où l'enfant devient le maître de ses mouvements, il les multiplie. Ce n'est pas la qualité qu'il recherche, mais la quantité, et tout l'y convie. » (Platon, Lois, liv. II.)
Si l'adulte se conserve par l'exercice régulier, l'enfant se conserve et s'accroît surtout pour ce qui a trait aux organes de la vie de relation par l'exercice progressif de ces organes. Il y a donc pour lui une double nécessité de mouvement. Bacon pense, et avec grande raison, que l'exercice de l'enfance est la meilleure provision de santé pour l'âge adulte. Aétius avait exprimé très-nettement le même précepte : « Les enfants régulièrement promenés subissent moins de maladies. » C'est une admirable vérité hygiénique dont j'ai été à même de constater l'importance.
Ici, à Paris, des mères emportées par leurs devoirs ou leurs plaisirs, laissent leurs jeunes enfants confinés dans des chambres étroites, où ces pauvres êtres prennent, non sans résistance, l'habitude des récréations tranquilles. Ils s'élèvent faibles, pâles, exposés à toutes les maladies du jeune âge, sans avoir en eux la puissance de réagir. Ils encombrent les trottoirs dans de petites voitures, comme s'ils ne devaient apprendre à se servir de leurs pieds.
Examinez^ je vous en prie, les enfants régulièrement promenés pendant les meilleures heures du jour, ceux surtout qu'on surveille à la promenade pour ne point les laisser inactifs, ceux pour lesquels les mères savent varier les jeux qui exigent le déploiement des forces. Ils sont vifs, forts, roses, et en meilleure condition que les petits paysans les plus vigoureux, car nos Parisiens ainsi élevés sont à la fois bien exercés et bien nourris.
Si les enfants de nos villes sont pâles et languissants, cela tient pardessus tout au défaut, de promenades et d'exercices suffisants. Avec une vigilance continuelle de ce côté, je suis convaincu qu'on peut faire à Paris de très-beaux élèves.
Pourles enfants, ce n'est pas tout que de développer le corps, il fautpen-
ser,et tout autant, à l'intelligence et à la moralité. Donner à l'enfant l'instruction qui lui est indispensable pour devenir un homme, est aussi obligatoire que de lui donner du pain. Les statistiques prouvent que plus des deux tiers des accusés qui passent devant la cour d'assises ne savent pas lire.
Parmi les inconvénients des travaux des manufactures pour le jeune enfant, celui qui m'apparaît le plus considérable, c'est l'abandon du développement intellectuel et moral. Je ne demande pas mieux qu'on fasse travailler utilement un jeune enfant, aussitôt qu'il le peut ; mais dans quelle direction et avec quelle mesure? Voilà les points où surgissent de grandes difficultés.
La pente qui conduit à n'en faire qu'un accessoire de la machine est trop glissante pour que la société ne se préoccupe pas vivement de cette grande question du travail des enfants dans les manufactures ou les mines. Une loi, des règlements d'administration publique, des inspections y ont nouvellement pourvu.
Sans doute c'est un chose excellente de fixer l'âge, de limiter le nombre des heures qu'on peut consacrer au travail ; mais ce n'est pas tout, il faut diriger l'emploi des heures de repos corporel. Le maître, l'homme supérieur par l'éducation, est moralement obligé, non-seulement à ne pas excéder les forces de ceux qu'il emploie, mais encore à relever dans les jeunes générations le niveau de la moralité et de l'intelligence par une éducation aussi complète que possible. Un des plus grands inconvénients des labeurs des fabriques, c'est l'uniformité du travail, surtout pour les jeunes enfants, et l'exercice exagéré de certaines parties du corps, d'où un développement musculaire anormal. C'est à cette cause qu'il convient de rapporter, selon M. Austin, l'abaissement moyen de la taille, l'arqûre des jambes et la fréquence de la claudication chez certains houillers belges. Puisque nous parlons des houillères chez nos voisins, mentionnons encore l'excès de travail auquel étaient soumis les enfants dans certaines de ces exploitations.
« Je voudrais, dit M. Austin, que vous les vissiez rentrer après leurs travaux; ils sont tellement harassés, qu'ils se jettent près du foyer comme des chiens rendus de fatigue après une longue chasse. » Quand un enfant est tellement brisé par un travail obligé, comment peut-on espérer pouvoir l'envoyer utilement à l'école? Mais heureusement qu'il s'agit ici d'exceptions que le temps a fait ou fera disparaître.
Virilité. — Pour l'âge adulte il faut distinguer : pour les classes livrées au travail intellectuel il faut penser à l'exercice ; pour l'ouvrier et le commerçant il ne faut point négliger, comme cela est si commun, le culte de l'intelligence. Développons ces deux préceptes. Pour le premier il nous suffira de renvoyer à ce que nous avons expose précédemment et à vous citer deux autorités. Aristote voulait (Politique, V) que l'homme adulte fût soumis aux plus rudes pratiques du gymnase. Selon