TRAVAIL DANS LA VIEILLESSE
Plutarque, Pompée, à cinquante-cinq ans, luttait, lançait la barre aussi bien qu'aucun soldat de son armée. Socrate à soixante ans, dans la guerre du Péloponèse, chargé d'armes pesantes, contribua à sauver l'armée athénienne d'une destruction complète.
Vieillesse. — Considérant la vieillesse comme une convalescence prolongée, les anciens lui prescrivaient les exercices les plus doux (Aristote). Ils recommandaient aux vieillards les promenades, les jeux tranquilles.
Nous ne nous inscrirons pas en faux contre ces conseils, mais contre un adage partout répété, que « la vieillesse est l'âge du repos » ; cette sentence a conduit à la plus grande erreur hygiénique. L'exercice général régulier de tous les organes delà vie de nutrition et de locomotion est une nécessité pour l'homme à tous les âges. La vigilance de ce côté est d'autant plus nécessaire que la tendance au repos suit naturellement l'amoindrissement progressif des forces. Si le vieillard ne résiste pas, il s'affaiblira à vue d'œil, et les jours qui lui restent à vivre se transformeront en heures. L'inertie amène la dégénérescence des muscles et la dépression rapide des forces. Je recommande aux vieillards la promenade, sans négliger pour cela les exercices modérés qui peuvent mettre en action les muscles des bras et du corps. Qu'ils scient leur bois, ils s'échaufferont autant par cette opération qu'en le brûlant ; et, ce qui est bien autrement précieux, ils entretiendront ainsi, autant qu'elle peut l'être, l'activité des phénomènes essentiels à la vie. Il est bien entendu que les exercices des vieillards doivent toujours être en rapport avec leurs forces, et qu'ils doivent, avec le plus grand soin, éviter les refroidissements non suivis de réaction ; pour eux les mauvaises chances se décuplent : un simple bronchite peut devenir promptement mortelle.
La preuve la plus nette que l'exercice régulier de chaque jour est le précepte qui domine tous ceux qui se rapportent à l'hygiène de la vieillesse, se trouve dans l'observation attentive des beaux vieillards. Ils ne se sont jamais longtemps reposés : on les cite pour faire chaque jour, avant leur repas, une promenade de plusieurs kilomètres. La belle longévité sans ces conditions d'exercice est une exception.
Influence du travail sur le sort des nations. —Étudions maintenant quelle a été l'influence du travail sur le sort des nations. Deux exemples nous suffiront. Voyez sur un sol étroit et mouvant, sans cesse pris et repris par les flots, quelques milliers d'hommes courageux : ils élèvent de fortes digues ; ils repoussent la mer et lui prennent une part de son lit pour en faire des champs fertiles, pour y bâtir les villes les plus propres et les mieux ordonnées du monde; ils transforment d'immenses et insalubres marécages en ces] riants polders où paissent de riches troupeaux. Autrefois, décimés par le scorbut, qui naissait sous
l'inlluence de leurs froides demeures, ils écartent cette terrible endémie par les soins merveilleux qu'ils apportent dans la construction de leurs maisons. Agriculteurs, pêcheurs, hardis marins au long cours, ils ne reculent devant aucune fatigue ; unis par le travail, ils s'unissent pour l'indépendance de la patrie, et la Hollande existe en dépit de la nature.
En dépit de la nature, le travail, le travail seul en a fait un grand peuple qui a conservé longtemps, dans notre Europe, les traditions de la libre pensée qui, encore aujourd'hi, grâce à ce divin essor, a su fonder à Java la plus admirable colonie du monde. Donnant aux naturels l'exemple du travail, les Hollandais ont su transporter et faire prospérer sous ce beau ciel les plus riches productions du globe, la cannelle de Ceylan, le thé de la Chine et les bons quinquinas des Andes de l'Amérique qui, gril ce à eux, ne manqueront plus à notre Europe.
Voilà ce qu'a fait le travail. Recherchons maintenant ce qui est arrivé par suite de son abandon. L'Espagne, au xvne siècle, est la maîtresse de la plus belle partie du monde : en Europe, le royaume de Naples et le duché de Milan, laSardaigne, la Sicile et les Flandres ; une côte immense en Afrique ; des royaumes en Asie, avec tout le rivage de l'océan des Indes ; en Amérique, le Mexique, le Pérou, le Brésil, le Paraguay, le Yucatan, la Nouvelle-Espagne ; sur la mer, des iles innombrables, parmi lesquelles les Baléares, les Açores, les Canaries, les Philippines, Madère, Cuba, Porto-Rico, Saint-Domingue ; elle a tiré de l'Amérique plus d'or qu'il n'en faudrait pour régénérer l'Europe.
Mais voyons le fond des choses. Une paresse morne et superbe stérilise ce beau pays. Elle renonce au travail, considéré comme œuvre servile. Son idéal est la vie oisive du seigneur et du prêtre; l'industrie est méprisée, l'agriculture anéantie par la double mainmorte du clergé et de la grandesse. Le pauvre mendie fièrement; le riche vit à la mode arabe, d'un trésor qui croupit dans un coffre ou dans un silo. Au rude labeur de la charrue, les paysans préfèrent la fainéantise pastorale. Le chevrier ne déroge pas en gardant son troupeau : immobile, drapé dans sa loque, il est Yhidalgo de la Sierra, le gentilhomme de la solitude. C'est pourquoi la veine pâture envahit et dessèche la campagne. On se croirait en Chaldée, aux temps des patriarches. (P. de Saint-Victor.)
Examinons les fruits que cette paresse nationale a produits.
Trois cents villages en ruine dans les deux Castilles ; mille dans le royaume de Cordoue. A l'agriculture des Maures, si admirable par ses irrigations, succède une désolante sécheresse, avec des alternatives d< pluies excessives qui déterminent d'effroyables inondations.
Un proverbe dit : « L'alouette ne traverse les Castilles qu'en portant son grain. » Les couvents, multipliés par milliers, étendent sur 1< royaume la stérilité mystique de la Thébaïde; les moines deviennent lit
TRAVAIL , SON AVENIR. 5^ téralement les Pères du désert. L'Espagne périt faute d'Espagnols. Dès 1010, les eortès jettent ce cri d'alarme : « On ne se marie plus, ou, » marié, on n'engendre pins. Personne pour cultiver les terres... Il n'\ >» aura seulement pas de pilotes pour fuir ailleurs. Encore un siècle, et » l'Espagne s'éteint. »
Voilà ce que la paresse avait fait d'un des plus beaux pays du monde, de celui qui avait eu à sa disposition presque tout l'or du globe.
Heureusement notre siècle verra la contre-partie de ce désolant tableau ; déjà en Espagne de grands progrès sont réalisés.
Avenir du travail, son influence sur le bien-être des hommes. — Dès qu'on admet que le travail sera le fondement sur lequel s'appuieront les sociétés modernes, il n'y a plus de limites à entrevoir aux progrès du genre humain. Plus on ira en avant, moins il faudra d'efforts ou de labeur pénible pour assurer à l'homme une somme raisonnable de bienêtre. Les perfectionnements merveilleux des outils rendront de jour en jour le travail plus efficace et plus facile. Aussi ne saurait-on trop applaudir à la pensée de distribuer gratuitement aux ouvriers pauvres les outils les plus perfectionnés.
Les progrès immenses qu'ont réalisés depuis un demi-siècle les constructeurs de machines qui centuplent les efforts de l'homme doivent, dans l'ordre d'idées que nous développons, nous arrêter un instant, En réfléchissant à tout ce qui a été fait, l'imagination émerveillée se demande où l'on s'arrêtera. Mais, disent les gens à courte vue, si les machines exécutent tous les travaux, il n'en restera plus pour l'ouvrier ! 1 Nous admettrons sans peine que, lors de l'établissement d'une machine nouvelle, il en résultera quelques froissements particuliers : comme pour la mise en pratique de tout progrès, l'époque de transition sera pénible; mais c'est le bien général qu'il faut considérer. Il restera toujours assez de bons et utiles travaux pour les bras des hommes, fussent-ils cent fois plus nombreux sur cette terre qu'ils ne le sont aujourd'hui. Les machines exécuteront pour l'homme les travaux qui entraîneraient à leur suite des chances d'insalubrité ; elles éloigneront de plus en plus les dangers du travail excessif; elles doubleront pour tous les conditions de bien-être ; elles permettront d'arriver à cette idéale répartition du temps entre les occupations du corps et celles de l'esprit. Elles permettront à tous cette variété du travail qui en retranche tout ce qu'il y a de contraire à l'hygiène pour n'y laisser que ce qui y est parfaitement conforme au développement régulier des facultés de l'homme. Tout ie travail pénible sera un jour exécuté par les machines ; à l'homme sera réservé le véritable travail aristocratique dans tous les genres. La machine accomplira le travail de l'esclave des siècles passés.
Sans doute le bien infini que j'entrevois ne se réalisera pas sans effort et sans luttes. La liberté du prix du travail étant un principe aussi sacré
que celui de la liberté de l'homme, on se trouvera en face de la concurrence avec ses avantages, mais aussi avec ses douleurs. On doit admettre qu'en animant les travaux publics les gouvernements peuvent et doivent inévitablement élever le prix des salaires quand ils sont trop abaissés. Les grandes entreprises ne manqueront jamais à exécuter : après les palais et les chemins de fer viendront l'assainissement de nos possessions, qui s'étendent de la Manche au centre de l'Afrique, puis les grands travaux agricoles, qui peuvent décupler la production actuelle.
De quelque côté qu'on étudie cette grande question du travail dans l'avenir des peuples, on trouve que c'est par lui, et par lui seul, que sera réalisé le bien-être général des habitants du globe. C'est là que se trouve le progrès dans l'avenir. Ce n'est plus pour constituer d'énormes fortunes que les forces vives du genre humain seront employées, mais le travail de tous profitera au bien-être et au bonheur de tous. Les questions si ardues se rapportant à l'organisation et à l'avenir du travail, qui ont été si vivement controversées depuis un siècle, trouvent les solutions les plus faciles et les plus nettes, lorsqu'on les envisage au point de vue de l'hygiène largement comprise.
« Le travail est la loi du monde, loi de vie, de justice et d'amour; vous la retrouvez partout, à tous les degrés de l'être, au plus haut, au plus bas : rien n'y échappe. » (Stanislas Schmit.)
Entraînement (Organoplastie hygiénique). — On donne le nom d'entraînement à l'ensemble des moyens qui ont pour résultat de modifier profondément l'économie vivante dans un temps relativement court.
L'entraînement peut s'appliquer aux animaux ou à l'homme. On entraîne des coqs pour le combat, des chevaux, des jockeys pour les courses, et des hommes pour le pugilat.
L' organoplastie hygiénique consiste dans l'ensemble des moyens propres à perfectionner nos organes, à perfectionner notre santé par la gymnastique et le régime.
J'ai dit qu'en Angleterre, parmi les classes lettrées de la société, l'exercice corporel était beaucoup plus en honneur que chez nous ; peutêtre doivent-ils cet avantage à l'observation des effets vraiment merveilleux du régime et de l'exercice suivant la méthode diététique connue sous le nom d'entraînement du pugiliste (1).
Certes, je ne voudrais pas défendre le but pour lequel on soumet un homme à l'entraînement du boxeur ; mais les effets de ce régime sont vraiment si extraordinaires, que je crois devoir vous les faire rapidement connaître. Ces détails sont empruntés aux Mémoires de Barclay, que H. Royer-Collard a popularisés chez nous. Rien ne prouve mieux
(1) Supplément à l'Annuaire de thérapeutique rfc 1861 : De Ventrainement du pugiliste.
ENTRAINEMENT DU PUGILISTE. 511 l'influence heureuse d'un exercice énergique quand la réparation est bien ordonnée.
a Un boxeur est un homme ordinairement âgé de dix-huit ans au moins et de quarante au plus. Il entre dans l'arène nu jusqu'à l'ombilic; ses mains sont fermées, mais non armées ; placé en présence de son adversaire, il attend un signal convenu pour commencer le combat. Alors les deux champions cherchent à se lancer de vigoureux coups de poing, depuis la tête jusqu'à l'épigastre. Si l'un des deux est renversé ou étourdi par la violence de l'assaut, on lui accorde une minute de repos ; avant que la minute entière soit écoulée, il se relève et recommence la lutte, sinon il est déclaré vaincu. Des boxeurs ordinaires, durant un combat d'une heure et demie, s'arrêtent ainsi trente à quarante fois. II y a quinze ans environ, dans une lutte célèbre entre les boxeurs Maffey et Maccarthy, qui dura quatre heures quarante-cinq minutes, l'un des deux tomba étourdi cent quatre-vingt-seize fois. La durée du combat est très-variable : tantôt elle ne dépasse pas quelques minutes, tantôt elle est de trois, quatre et cinq heures. On conçoit que des blessures graves et même la mort puissent en résulter; on en a vu de tristes exemples, mais c'est là une circonstance extrêmement rare. Le plus souvent, chose remarquable, il ne reste plus, après quelques jours, aucune trace de ces coups si terribles en apparence. »
On peut dire, sans exagération aucune, qu'en général les combats des boxeurs ne compromettent pas plus leur vie et leur santé qu'une foule I d'autres professions qu'on ne regarde point comme dangereuses. Une force prodigieuse, une adresse singulière, une insensibilité aux coups qui passe toute croyance, et, en même temps, une parfaite santé, tels - sont les phénomènes que nous présentent ces hommes, assurément fort différents des autres hommes. Comment se sont-ils ainsi modifiés? Voilà la question. Est-ce par l'habitude même des combats? On serait tenté de le croire : ne sait-on pas, en effet, que le corps s'endurcit, comme on le dit vulgairement, aux coups et à la fatigue ? Mais les débutants, ceux qui s'essayent à ce pugilat pour la première fois, ressemblent, sous ce rapport, à ceux qui ont vieilli dans la pratique. Si ces hommes se sont fait, pour ainsi dire, un nouveau corps et de nouveaux organes, c'est par les préparations qu'ils ont subies, par l'éducation spéciale qu'ils ont reçue, par l'entraînement, la condition, pour parler leur langage ordinaire, c'est-à-dire par le régime.
En 1740, le fameux boxeur Broughton perdit, après seize ans de victoires éclatantes, la couronne du pugilat pour avoir une seule fois négligé de se soumettre à l'entraînement ; il reçut sur le front un coup qui sur-le-champ donna lieu à un tel gonflement, qu'il lui fut impossible d'ouvrir les yeux. Remarquez qu'il était devenu gras, pléthorique; la peau s'était amollie et distendue : l'entraînement eût remédié, sans au-
cun doute, à ces inconvénients. On cite encore le combat mémorable qui eut lieu, en 1811, entre le boxeur Crible et le nègre Molineaux. Des paris étaient engagés pour 50 000 liv. sterl. Molineaux étaitd'une stature colossale et d'une force berculéenne; il refusa de se préparer. Crible, au contraire, se trouvait dans des circonstances défavorables : il était gras et pesait 188 livres. Après un entraînement de trois mois, sous la direction du capitaine Barclay, il fut réduit à 152 livres. Le combat ne fut pas longtemps douteux ; la face de Molineaux devint le siège d'une tuméfaction considérable, et la lutte ne put être continuée.
Sir John Sinclair assure que l'entraînement donne aux os plus de résistance, et qu'ils sont rarement fracturés dans ces sortes de combats ; jl est plus probable qu'ils sont protégés alors par le volume, la dureté et l'élasticité des masses musculaires.
Il paraît à peu près certain que cette gymnastique athlétique diminue notablement la sensibilité, ce qui se conçoit , puisque celte faculté est ordinairement en proportion inverse du développement de l'appareil locomoteur. Toutefois, si le corps se fortifie ainsi contre la douleur, il ne faut pas croire que les sens perdent en rien de leur activité ; les hommes qui ont subi ce régime prétendent tous que leur vue est devenue plus nette, leur ouïe plus fine, leur esprit plus dégagé; un sentiment général de bien-être, de confiance en soi-même, est le résultatde cette transformation : de là vient que les Anglais ont coutume de dire que l'entraînement agit sur le moral aussi bien que sur le physique de l'homme.
Voici en quels termes j'apprécie, dans le Supplément de mon Annuaire 1861 (page 248), les pratiques essentielles de l'entraînement des pugilistes :
« On a confondu les pratiques de l'entraînement avec celles des gymnases; mais, dans ces derniers, l'exercice domine tout, tandis que dans l'entraînement des pugilistes il est un grand nombre de préceptes dont la stricte application est indispensable au succès de la méthode. Si l'on voulait rechercher des antécédents aux procédés employés par les entraîneurs des pugilistes, on pourrait les retrouver dans la pratique des méthodistes.
» Le but qu'ils se proposaient d'atteindre s'applique aux résultats que l'entraîneur du pugiliste en a vue.
» Éliminer les solides ou liquides viciés ou inutiles à l'harmonie des fonctions; imprimer une activité nouvelle à la nutrition, afin de favoriser le rétablissement et le développement des organes : voilà en quelques mots le programme des méthodistes en ce qu'il a d'essentiel : c'efl aussi celui de l'entraînement du pugiliste.
» Les préceptes de l'entraînement peuvent être rangés sous huit titres : 1° évacuants; 2° alimentation; 3" exercice; 4° soins de la peau ;
ENTRAINEMENT Dli PUGILISTE. 513
5° air pur; G0 influences morales; 7° abstinence vénérienne; 8° abstinence alcoolique et autres stimulants du système nerveux.
» Évacuants. — Tous les entraîneurs s'accordent à prescrire des purgatifs ; ils diffèrent sur leur nature : les uns adoptent les pilules bleues, d'autres l'huile de ricin, d'autres enfin les purgatifs salins; quelquesuns y ajoutent un émétique, et d'autres enfin prescrivent une saignée. Sans me refuser à croire à l'utilité des évacuants, je serais assez d'avis qu'il est entré dans ces préceptes quelque chose des habitudes de la polypbarmacie anglaise, souvent si aveugle et nuisible en tant de cas. Je serais tenté souvent de chercher à remplacer tous ces moyens par un peu de temps, en supprimant les drogues de cet admirable traitement hygiénique. Pour le pugiliste qui doit être préparé à jour fixe pour le combat, rien de mieux; mais pour nous , qui n'avons en vue que la •santé, prenons du temps et moins de remèdes, si cela se peut.
» Alimentation. — Elle joue un rôle considérable dans les pratiques de l'entraînement, et, sauf quelques légères objections, elle me paraît parfaitement réglée pour le but qu'on se propose.
» Boire peu est un bon précepte que nous trouvons déjà dans les pratiques des anciens gymnases ; donner de préférence de la bière forte ou du vin rouge, en étendant d'eau ces deux boissons alimentaires, et en les prenant journellement en quantité modérée. On ne peut rien faire de mieux dans nos contrées. Adopter comme base de l'alimentation le bœuf et le mouton grillé , avec du biscuit, du pain rassis, des pommes de terre, voilà des aliments bien choisis pour un homme qui doit faire un large usage de ses forces musculaires. Je n'ai qu'à approuver la suppression du laitage, des fromages, du veau et de l'agneau ; mais pourquoi la défense de la viande de porc que Pythagore prescrivait aux athlètes? Cette défense n'est pas aussi exclusive dans les méthodes nouvelles de l'entraînement ; il est utile que le porc à chair grasse et dense subisse une parfaite mastication. Pourquoi supprimer le gibier? Une aile de perdreau, une cuisse de chevreuil, etc., ne réparent-elles pas le muscle comme la côtelette de mouton? Je remarque dans le régime de l'entraînement du pugiliste une grande réserve dans l'emploi des aliments gras; c'est probablement dans le but de les écarter que la viande grasse de porc est éloignée; mais, pendant la saison froide, je considère les corps gras comme indispensables au maintien de la santé de la plupart des hommes. Pythagore donnait à ses athlètes des figues, des soupes farineuses, des fromages; mais les athlètes anciens étaient chargés de graisse, le muscle du pugiliste moderne doit en être net. J'approuve les préceptes de l'entraîneur qui éloignent les aliments épicés, j'y ajouterais les viandes conservées. Je ne comprends pas le précepte de l'emploi restreint du sel , qui , avec le vinaigre , forme les deux condiments permis. J'ajouterais le précepte d'une mastication parfaite, et je per-
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mettrais l'usage très-modéré des herbes, salades vertes, etc., malgré la nécessité de leur digestion, qui est intestinale. La distribution des heures de repas me paraît bonne, elle est malheureusement peu compatible avec nos heures de travail : déjeuner à huit heures, dîner à deux heures ; souper deux heures avant le coucher, avec un peu de biscuit et de viande froide.
» Exercice. — Les exercices bien gradués, à différentes heures du jour, poussés jusqu'à la sueur, me paraissent un des éléments principaux des pratiques des entraîneurs. Je dois faire observer seulement que si ces exercices sont endurés par des personnes ou un peu avancées en âge, ou appauvries, il faut toujours être en garde contre les refroidissements non suivis de réaction. J'approuve les jeux actifs : le palet, le crick, la boule, la paume, la marche accélérée, le billard , l'opération^de scier du bois et toutes les pratiques bien entendues de nos gymnases modernes.
y> Soins de la peau. — C'est encore là une des parties essentielles de la méthode de l'entraînement. Il ne s'agit pas seulement de bains de peu de durée et d'une température la moins élevée possible , mais de frictions énergiques répétées à chaque suée en changeant de flanelle. Ces frictions sont pratiquées avec des linges rudes, avec des brosses de crin: j'ai adopté les brosses de chiendent fin et de caoutchouc, qui conviennent très-bien. Je fais suivre ces frictions d'un massage avec la main enduite d'une ou de deux gouttes d'huile d'olive parfumée au benjoin-vanille. Pour obtenir une netteté complète de la peau , outre les moyens précédents, les pugilistes emploient le savon et des frictions avec une terre douce, dépôt récent qu'on trouve au bord de plusieurs rivières.
» L'état parfait de la peau, l'extrême sensibilité aux étincelles et courants électriques, sont des attributs d'une santé brillante que le pugiliste possède à un degré extraordinaire.
» Combien ces soins de la peau sont préférables à toute la cosmétique vaine qui ne donne de la santé que le masque! (Voy. p. 464.)
» Vair pur est une condition à laquelle les entraîneurs paraissent tenir beaucoup; je n'y vois pas d'inconvénient, mais je crois que, dans les villes, en prenant les exercices au grand air, cela doit suffire; si l'air des champs est utile, c'est que l'élève y subit moins l'influence de dangereuses tentations.
» Influences morales. — J'apprécie l'utilité des préceptes de l'entraîneur qui se rapportent aux influences morales. J'ai eu tant d'occasions d'observer chez les glycosuriqucs une augmentation dans la quantité de sucre évacué , après un accès de colère , des chagrins violents , des préoccupations tristes, des abus vénériens, que c'est une des choses sur lesquelles mon attention est le plus éveillée; voici en quels termes je formule ma prescription : Éviter les préoccupations tristes , la colère ,
ENTRAINEMENT DU PUGILISTE. 515 l'envie, la contention d'esprit trop soutenue; combattre ses passions, éloigner les causes de chagrins ; vivre autant que possible en paix et en joie avec des habitudes journalières bien réglées.
» Abus vénériens. — Je n'ai rien à ajouter aux préceptes des entraîneurs sur ce sujet, je les approuve complètement, quand ils proclament tous les inconvénients des abus vénériens.
» Modificateurs du système nerveux. — Combien les entraîneurs ont raison lorsqu'ils condamnent les abus alcooliques ! Rien n'est plus contraire à la conservation et au perfectionnement de la santé. Je conseille aussi une réserve extrême dans l'emploi de tous les modificateurs du système nerveux, même les meilleurs ; il est bien entendu que je proscris l'opium, le haschisch. L'usage et surtout l'abus du tabac me paraissent contraires à l'élévation du niveau de la force; je serais réservé sur l'emploi du thé et du café, quand on doit faire un très-large emploi de ses forces musculaires ; mais dans les pays chauds le café est souvent indispensable pour remplacer les alcooliques. »
Voici les effets les plus ordinaires de l'entraînement du pugiliste. Supposons qu'un boxeur pèse, avant d'entrer en condition, 64 kilos. Au bout de quelques jours, il n'en pèse plus que 60. Peu de temps après, il en pèse de nouveau 64, quelquefois plus, quelquefois moins, selon l'organisation; mais ses membres ont singulièrement augmenté de volume. Les muscles sont durs, saillants et très-élastiques au toucher ; ils se contractent avec une force extraordinaire sous l'influence du choc électrique. L'abdomen est effacé, la poitrine est saillante en avant, la respiration est ample, profonde et capable de longs efforts. La peau est devenue très-ferme, mais lisse, nettoyée de toute éruption pustuleuse ou squameuse , très-transparente. On attache une grande importance à cette dernière condition. Quand la main d'un homme convenablement préparé est placée devant une bougie allumée, il faut que les doigts paraissent d'une belle transparence rosée. On tient beaucoup aussi à l'uniformité de sa coloration ; si une partie est plus colorée qu'une autre, on juge que la circulation ne s'y exécute pas avec une régularité suffisante. Ces modifications de la peau sont des plus remarquables; on les observe constamment, et elles sont considérées comme un des effets certains de l'entraînement. On note encore que les portions de la peau qui recouvrent la région axillaire et les côtés de la poitrine ne tremblottent pas pendant les mouvements des bras, qu'elles paraissent, au contraire, parfaitement adhérentes aux muscles sous-jacents. Cette fermeté de la peau et la densité du tissu cellulaire sous-cutané, résultant l'une et l'autre de la résorption des liquides et de la graisse , s'opposent à la production des épanchements séreux ou sanguins qui suivent ordinairement les contusions : c'est là aussi un point essentiel.
Parmi les détails dans lesquels je suis entré à propos de l'entraîne-
ment du pugiliste, on remarquera que l'exercice le plus varié, les soins de la peau les plus minutieux, en forment les parties les plus essentielles, et ce sont précisément ces pratiques qui sont entrées dans les habitudes communes des Anglais qui, par état, n'exercent pas leur corps.