‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 161 sur 371 · SOIE · texte numérisé non relu

SOIE

que, dans certaines sortes, un brin de ce fil développé en longueur mesurerait cinq millions de mètres pour un kilogramme de soie ! Pour employer le fil de soie, même dans les tissus les plus légers, on est obligé de réunir plusieurs brins!

Non-seulement la soie a cette finesse idéale; mais, par sa résistance, son élasticité, ses propriétés caloriques et électriques, par son brillant après teinture, elle constitue un fil unique, absolument supérieur à tous les fils connus, et dont le seul défaut est de coûter très-cher.

L'écart considérable qui existe entre la soie et les autres fils textiles a dû donner lieu à des efforts énergiques pour imiter le fil de soie. D'un côté, on a cherché à tirer un rendement de plus en plus grand des cocons, et à utiliser certaines sortes de cocons de divers insectes producteurs de soie; d'un autre côté, on s'est préoccupé, avec juste raison, de filer les dérivés ou déchets de la soie, alors à peu près sans valeur; enfin on a cherché à rapprocher de la soie les matières textiles végétales.

Certaines matières textiles végétales à longs brins, telles que le lin et le china-grass, ont déjà par elles-mêmes des qualités remarquables. Animalisées par des dissolutions de soie (en employant de préférence pour ces dissolutions les derniers déchets de soie impropres à un travail mécanique convenable) ou par d'autres corps, ces textiles végétaux peuvent donner des fibres propres à la filature de numéros moyens (60 000 à 150 000 mètres de longueur par kilogramme), ayant des propriétés tinctoriales remarquables, une grande régularité, et d'un prix raisonnable. Pour cette tentative, il y avait de grandes difficultés à vaincre.

La première, c'était la densité des matières textiles végétales, qui est assez forte. Cette densité rendait difficile et par suite coûteuse la filature en numéros fins ; elle enlevait donc une partie de l'avantage du bas prix de revient de la matière première. Cette première difficulté a été vaincue en tenant compte de ce fait que les fibres textiles végétales sont composées de fibrilles agglomérées et collées par les gommes naturelles du lin et du china-grass. En enlevant les gommes à fond, avant la filature, on rend les fibrilles libres; elles peuvent alors s'épanouir sous l'action de battages bien combinés. En joignant à ces battages une forte ventilation projetée sur les fibrilles, on arrive à leur division complète et à un espacement entre elles qui constitue, même après filature, une véritable diminution de la densité.

La seconde difficulté consistait en ceci : c'est qu'à mesure qu'on divise les fibrilles, on en raccourcit en même temps la longueur. La principale cause de ce raccourcissement, c'est la suppression de la gomme naturelle qui relie entre elles les fibrilles. II fallait donc trouver une matière qu'on pût substituer à la gomme et qui soutînt les fibrilles, tout en permettant de les diviser. Cette matière devait servir en outre à donner aux libres du lin ou du china-grass les propriétés qui manquent pour se

teindre convenablement; elle devait aussi assouplir les matières végétales un peu dures naturellement.

On est arrivé à remplir toutes ces conditions multiples et à constituer un (il l'ait avec des matières végétales pures ou mélangées avec des libres soyeuses, fil qui se rattache par un ensemble de qualités remarquables à la classe des libres soyeuses. Evidemment ce lil ne remplacera jamais la soie; mais, dans la fabrication des tissus de soie, il jouera cependant un rôle fort précieux ; il permettra de constituer en matière végétale, peu coûteuse relativement, l'épaisseur du tissu, tandis que la soie ellemême formera seulement les parties lines et brillantes de l'étoffe (1). »

Caoutchouc. — Les vêtements rendus imperméables à l'aide d'une dissolution de caoutchouc dans le sulfure de carbone sont eflicaces pour préserver de la pluie, mais ils ont l'inconvénient de nuire à l'exhalation de la transpiration insensible, de concentrer l'humidité et de donner trop d'activité à l'excrétion sudorale.

Texture. — On savait depuis longtemps que les corps en même temps très-légers et très-épais donnaient la sensation de chaleur, tandis que les corps à tissu très-serré, mais très-mince, donnaient celle du froid.

Les expériences de Rumford permirent d'établir, comme fait positif, que le refroidissement avait lieu d'autant moins vite que les tissus servant d'enveloppe offraient plus de laxité, de mollesse et d'épaisseur. Ainsi, la laine, largement tissée et disposée de manière à contenir une certaine quantité d'air dans les interstices de ses mailles, est peut-être l'étoffe qui conduit le moins bien la chaleur, isole le mieux l'homme et s'oppose le plus au refroidissement de la surface de son corps. Le lin, au contraire, tissé en fil et servant à former des toiles lines et serrées,, est un tissu très-bon conducteur et qui tend à mettre l'homme en équilibre de température avec le milieu qui l'entoure.

Couleur des vêtements. — La couleur des vêtements n'est pas sans inlluence, et des expériences nombreuses ont été tentées pour en apprécier la valeur. Ces expériences ont prouvé que les substances diversement colorées s'échauffaient et se refroidissaient d'une manière différente sous l'influence des rayons solaires. Franklin, Davv, s'étaient déjà livrés à des expériences intéressantes sur ce sujet; mais c'est à Siark que l'on doit les recherches les plus nombreuses. Dans une série d'expériences, et pour laisser monter la boule d'un thermomètre qu'elle entourait, de 10 à 70 degrés, la laine noire a mis quatre minutes quinze secondes; la laine vert foncé, cinq minutes: la laine écarlate, cinq minutes trente secondes; la laine blanche, huit minutes. Dans une autre série d'expériences, et avec un thermomètre à air gradué de 1/10 de pouce en série descendante, et dont la boule a été successivement tein-

(t) J. Imbs, HcvucT icinilifuj., Il oct. 1870

COULEUR. - PROPRIÉTÉS HYGROMÉTRIQUES. 52J (ée de nuances différentes, Stark a constaté que, dans le même espace de temps, la boule du thermomètre colorée d'une nuance diverse se refroidissait d'une manière essentiellement différente. Ainsi, dans le même espace de temps,

La boule colorée en noir est descendue de. là 83

— en brun foncé, de 1 81

— en rouge orange, de 1 58

— en jaune, de 1 5o

— en blanc, de "1 1$

Il résulte de ces expériences que la laine colorée est bien plus perméable au calorique que la laine blanche.

La conclusion générale à tirer, touchant la nature du pouvoir conducteur, du tissage et de la couleur des substances employées dans la confection des vêtements, c'est que les vêtements de laine blanche, faits avec une étoffe souple, moelleuse, légère et en même temps épaisse, et contenant beaucoup d'air dans ses mailles, sont les plus mauvais con-

: ducteurs du calorique, ceux qui isolent le mieux le corps de l'influence des agents extérieurs, qui conservent le mieux la caloricité du corps.

Propriétés h ygrométriq ues des différents tissus. — Plus un tissu est apte à se charger d'humidité, moins il est chaud; promptement imprégné d'humidité, il tend à s'en débarrasser par l'évaporalion, d'où un refroidissement très-rapide. M. Coulier s'est livré, à cet égard, à d'intéres-

• santés recherches. Il a constaté que l'eau absorbée par les différentes étoffes se partage en deux parties, l'une, véritablement hygrométrique, imprègne le tissu sans se laisser reconnaître par le toucher, sans se laisser chasser par l'expression; l'autre, ou eau d'interposition, obstrue les pores : elle est perceptible a la main, elle est expulsée par l'expres-

- sion. La puissance hygrométrique varie suivant la matière dont est formée chaque étoffe. Elle va en augmentant dans l'ordre suivant : 1° le coton: 2° toile de chanvre; 3° la laine. Celte dernière pouvant soustraire au corps une forte proportion de liquide sans perdre de sa souplesse, de sa conductibilité, sans la rendre par évaporation de manière à produire un refroidissement brusque, est donc une excellente substance vestimentaire. M. Coulier, dans ses expérimentations, a constaté un fait trèsimportant à noter, c'est que l'eau d'un corps humide est soustraite bien plus rapidement à l'état d'eau hygrométrique par une étoffe, qu'à l'état de vapeur d'eau par l'air.

Abordons maintenant l'étude des changements que les vêtements subissent pour s'adapter aux différentes parties du corps.

Tête. — La coiffure est utile pour préserver la tête de l'insolation ou du froid, et pour la protéger contre les violences extérieures. A part ces conditions, dans nos pays tempérés, la meilleure coiffure est de n'en

point avoir, comme il était d'usage chez nos aïeux les Gaulois. Jusqu'à l'âge de vingt ans, je n'ai porté aucune coiiïure et je n'ai pas eu à m'en repentir. Cependant la tète des nouveau-nés a besoin d'être protégée, de même que celle des vieillards; pour ces derniers, la calotte ou le bonnet de soie qu'on peut mettre dans sa poche est préférable à la perruque qu'on ne peut quitter. Pour les jeunes enfants, le béguin doit s'étendre jusqu'au front et couvrir la fontanelle artérieure; c'est un moyen d'éviter les ophlhalmies et le coryza toujours si graves chez les nouveau-nés. Aucune compression ne doit être exercée sur la tête, car en raison des dispositions anatomiques que présente celle-ci, elle pourrait produire soit des déformations disgracieuses que recherchent les Caraïbes et les Polynésiens, soit des accidents plus ou moins graves, des lésions des facultés intellectuelles et sensoriales. M. Foville a montré que l'usage répandu dans le département de la Seine-Inférieure, de serrer la tête des enfants avec un bandeau, produit des déformations considérables du crâne et de l'oreille : aplatissement, rétrécissement, prolongement en arrière de la boîte crânienne; dépression périphérique de manière à former une sorte d'ellipse en travers du crâne dont elle dessine obliquement le contour, largeur plus grande de cette dépression au haut du front, largeur moindre à l'occiput, tels sont les caractères généraux de la déformation crânienne considérée dans son ensemble, tandis que la brisure plus brusque de la courbure du frontal, la brisure correspondante de l'occipital, et dans bien des cas aussi, celle des pariétaux, constituent la déformation particulière de chacun des os principaux de la voûte. Quant à l'oreille, la conque est portée plus en arrière dans son extrémité supérieure qui semble avoir décrit, dans cette direction, un arc de cercle dont le trou auditif serait le centre; l'extrémité supérieure de la conque est pâle, amincie, atrophiée, collée contre la paroi correspondante du crâne. Le repli, l'ourlet est déformé et pressé contre les surfaces correspondantes, aplaties elles-mêmes.

Dans un grand nombre de cas le cuir chevelu, dans le voisinage de la suture fronto-pariétale, offre des surfaces blanches, de véritables cicatrices sur lesquelles percent quelques cheveux rares et crépus.

M. Foville n'hésite pas à considérer les déformations crâniennes produites par l'usage du bandeau comme une cause fréquente daliénation mentale, de suppuration du cuir chevelu, d'engorgement des ganglions cervicaux, de développement variqueux des veines superficielles de la tête, de méningite, d'épilepsie, d'imbécillité. Lorsque les enfants commencent à marcher, il devient nécessaire de protéger la tète contre les violences extérieures, les chutes, les contusions, les chocs, et l'on remplit parfaitement cette indication à l'aide de bourrelets légers, élastiques, livrant un libre passage à l'air.

Les coiffures militaires varient considérablement suivant les pays, les

Page 1