‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 163 sur 371 · CORSET. - CULOTTE · texte numérisé non relu

CORSET. - CULOTTE

tomac; lenteur et interruption facile du cours des matières dans l'intestin rétréci; déformation, déplacement du l'oie, augmenté dans son diamètre vertical et repoussé vers la fosse iliaque, réduit dans les autres sens et déprécié, en outre, à sa surface par les côtés, qui s'impriment, en quelque sorte, dans sa substance ; gène de la circulation abdominale ; abaissement de l'utérus; troubles de la menstruation, et, dans l'état de «rossesse, disposition à l'avortement, au développement imparfait du fœtus, aux déplacements de la matrice, aux hémorrhagïes utérines. »

Ces funestes effets, Bouvier les attribue avec raison, surtout à l'abus et à l'usage qui souvent renaît avec la mode de se serrer outre mesure. Le corset est le vêtement constrictor qui se prête le plus facilement à cet abus. Reconnaissons que le corset bien fait, maintenant les organes sans les comprimer, présente très-peu d'inconvénients.

L'avantage du corset est de soutenir; il faut donc défendre et empêcher les moyens qu'emploient tant de jeunes personnes pour avoir des tailles minces et fines.

Le corset doit permettre la liberté des mouvements et ne s'opposer en rien à la plénitude delà respiration. L'étoffe qui le constitue doit être souple et résistante, et seulement garnie de baleines : les plaques métalliques ne doivent pas y trouver place, les épaulettes doivent être complètement rejetées. Au point de vue de l'hygiène il est infiniment préférable de prévenir l'excès d'embonpoint par la gymnastique et un régime bien réglé.

Il résulte des recherches de Bouvier que l'on a beaucoup exagéré l'influence du corset quant aux déformations de la base du thorax et de la colonne vertébrale, et que l'application méthodique de ce vêtement est souvent utile, au contraire, pour prévenir et pour combattre cer- ! taines courbures de l'épine dorsale, et spécialement la voussure postérieure et les courbures latérales.

Culotte. — Les Romains de la République ne connaissaient point la culotte; ce ne fut qu'après leurs guerres en Germanie qu'ils adoptèrent ce vêtement et le substituèrent au petit jupon, sur lequel flottaient les lambrequins de leurs armures. Les Celtibériens, les Scythes, lesGètes, les Daces, les Gaulois, leur fournirent des modèles très-diversifiés, qu'ils adoptèrent successivement, de telle sorte qu'on reconnaissait à la culotte des troupes romaines, arrivant d'une expédition, qu'elle était la contrée qu'elles venaient de soumettre. Forts de l'autorité d'Hippocrate, qui attribuait l'impuissance des Scythes à l'usage de la culotte, plusieurs médecins, parmi lesquels Adrien Lalemant, proclament qu'en mettant obstacle au libre développement de l'appareil génital externe, ce vêtement a fait dégénérer Lespèce humaine et diminuer la population. A moins d'une compression énergique, exercée .sur les organes ou sur les cordons spermatiques, on ne comprend pas

comment la culoltc pourrait exercer une semblable influence. En admettant le fait, dit Percy, on pourrait d'ailleurs l'attribuer exclusivement à la facilité et à l'habitude des attouchements, car on sait que les organes génitaux prennent un développement considérable chez les jeunes gens adonnés à l'onanisme.

D'un autre côté, l'hydrocèle, le sarcocèle, le varicocèle, l'éléphanliasis, se montrent avec une grande fréquence parmi les Égyptiens, les Syriens, les nègres. Il est évidemment indiqué de soutenir, de protéger les organes génitaux pour les mettre à labri des tiraillements, des chocs, des violences extérieures, des vicissitudes atmosphériques. La culotte répond à cette indication, et M. Roux la trouve même insuffisante et voudrait que tous les hommes portassent, en outre, un suspensoir, appareil indispensable aux cavaliers.

Nous pouvons donc admettre que la culotte et le pantalon sont des vêtements utiles, dont l'usage doit être conservé aux conditions suivantes.

Le vêtement ne doit point s'élever de plus de deux ou trois travers de doigt au-dessus de la crête iliaque. Clairian a parfaitement démontré les inconvénients que présentent les culottes qui embrassent le ventre tout entier et même une partie de la poitrine: compression des organes abdominaux et thoraciques ; gêne dans l'exercice des fonctions digestives, respiratoires et circulatoires ; action favorisant le développement de congestions cérébrales et de hernies.

Le vêtement ne doit être ni trop large ni trop étroit. Dans le premier cas, il protège beaucoup moins contre le froid, et au lieu de soutenir les organes génitaux, il les abandonne à leur propre poids et exerce sur eux des frottements désagréables et nuisibles.

Les culottes et les pantalons trop étroits, collants, sont plus dangereux encore par la compression qu'ils exercent sur les muscles et sur les vaisseaux, par les obstacles qu'ils opposent aux mouvements et à la circulation.

Bretelles. — Elles remplacent avec avantage la ceinture, le cordon serré autour de la taille dont on faisait usage jadis, et que conservent encore les Orientaux ; mais les bretelles, alors même qu'elles sont élastiques, ont parfois des inconvénients, en raison de la pression quelles exercent sur les épaules : les asthmatiques, les personnes atteintes d'une affection chronique des organes, respiratoires, d'une maladie du cœur ou des gros vaisseaux, sont souvent obligés de renoncer à l'usage de ce moyen de suspendre la culotte et de la maintenir en place. « Il vaut mieux chez les enfants, dit Percy, attacher le pantalon au gilet, que de le suspendre avec des bretelles, tant on doit être attentif à tout ce qui peut, à cet Age, s'opposer au développement des organes respiratoires.

Habit, redingote, veste, blouse. — L'habit et la veste ont l'inconvé-

HABIT. - MANTEAU. - CHAUSSURE. - GANTS. 527 nient de laisser à découvert l'abdomen, les cuisses et souvent môme la partie antérieure de la poitrine ; mais ils ont l'avantage de favoriser la facilité, la liberté et l'étendue des mouvements. La redingote, lorsqu'elle ne descend pas au-dessous des genoux, est un vêtement très-commode et très-convenable ; c'est sur son modèle qu'a été faite la tunique qui revêt actuellement nos soldats, et qui est préférable à l'habit et à la longue capote grise qu'ils portaient auparavant.

La blouse est le vêtement populaire de notre pays, celui qui convient le mieux aux classes ouvrières, au triple point de vue de la salubrité, de la commodité et de l'économie. Pouvant être facilement maintenue propre par le blanchissage, portée seule ou par-dessus d'autres vêtements, elle garantit également bien, suivant les circonstances, de la chaleur, du froid, de la pluie.

Manteau, pardessus, paletot. — Le manteau a le défaut de condamner les membres supérieurs à l'immobilité. Les pardessus, les paletots doublés ou ouatés et pourvus de manches méritent à tous égards la préférence sur le manteau ; ils laissent une entière liberté aux mouvements et embrassent le corps sans l'étreindre trop étroitement. Sur ce point, la mode actuelle n'a pas craint de sacrifier l'élégance à la commodité et à la salubrité.

Les pardessus doivent avoir une composition variable suivant la tem. i pérature extérieure ; ils sont excellents pour défendre des brusques refroidissements. Il ne faut pas les quitter trop tôt ou les prendre trop légers quand revient le printemps et l'été.

Souliers, bottes, bottines, brodequins, etc. — Ces chaussures sont habituellement fabriquées avec des peaux d'animaux convenablement tannées avec l'écorce du Quercus robur, que rien jusqu'ici n'a pu remplacer pour obtenir des cuirs souples et résistants garantissant bien de l'humidité. Les souliers sont une excellente chaussure, à la condition, toutefois, de ne point exercer de constriction trop forte sur aucune des parties du pied. Pendant la saison froide et humide, ils deviennent insuffisants; mais avec l'adjonction de guêtres, ils restent la chaussure la plus convenable et la plus propre aux longues marches. La botte est la chaussure la plus convenable pour l'homme de cheval, et elle remplace avantageusement, dans nos régiments de cavalerie, le large pantalon de cuir. Il importe, toutefois, que les bottes à l'écuyère soient aussi légères que possible, afin de ne point mettre obstacle à la marche et aux mouvements, si le cavalier vient à être démonté.

Gants. — Les gants en fil, en colon, en soie, en laine ou en peau, sont utiles pour sauvegarder la finesse de l'organe du tact et pour éviter, pendant la saison froide , les engelures , les crevasses et autres petits accidents désagréables et parfois même fort douloureux; mais, pour que les gants rendent ces bons offices, il ne faut pas qu'ils soient

trop étroits. Dans le Nord on porte, pendant les froids rigoureux, des gants de fourrures très-larges.

Les manchons sont un excellent moyen de protéger les mains et une partie des avant-bras contre le froid.

Bas. — On croit que les bas , ainsi que les autres inventions de la i bonneterie, étaient connus des Romains , parce que les étoffes à mailles étaient en usage chez eux. Cependant il paraît que les Égyptiens , les Grecs et les Romains, en paix et en guerre, avaient coutume de mar- g cher les jambes nues. Les Germains, les Gaulois et les Francs, selon Winkelman, portaient des bas qui, dans l'origine, étaient d'une seule I pièce avec les culottes.

Le bas est un vêtement excellent, mais il nécessite un fâcheux auxi- » liaire, c'est celui des moyens d'attaches. Les jarretières, par la compres- 1 sion forcée et inégale qu'elles exercent, opposent dans bien des cas un obstacle à la circulation.

On peut, comme cela se pratique bien souvent, supprimer les jarretières et remplacer les bas par des chaussettes; mais deux inconvénients peuvent apparaître : les genoux sont protégés d'une façon insuflisante contre les refroidissements qui , chez quelques individus prédisposés , peuvent devenir cause d'hydarthrose; les veines des jambes ne sont pas maintenues, et dans beaucoup de cas elles peuvent se dilater.

Quand on adopte les bas ordinaires et les jarretières, il faut que ces dernières soient très-larges , doucement élastiques et placées au-dessus du genou; les bas doivent, être confectionnés de telle façon qu'ils maintiennent toutes les parties qu'ils contiennent sans les comprimer. Toutes ces conditions sont difficiles à remplir exactement. On peut obvier aux principaux inconvénients et conserver tous les avantages des bas, comme je vais le dire. C'est surtout pour les ouvriers prédisposés aux varices, pour ceux que leur profession oblige à une station verticale prolongée, pour ceux chez lesquels les veines ont déjà commencé à devenir vari-J queuses, ou chez lesquels la sérosité s'est accumulée dans les genoux,! que les précautions que je vais indiquer sont utiles.

Le pied sera recouvert par une chaussette, puis par une bottine, ou un brodequin, ou des souliers et des guêtres. Les pieds et cous-de-pied sont ainsi parfaitement maintenus et protégés. A la naissance de la jambe prendre un bas coupé en tricot de coton assez serré, s'adaptant exactement «à toutes les parties de la jambe, du genou et de la cuisse g il sera maintenu par un cordon se fixant au bouton de la bretelle.

Ce bas coupé diffère des genouillères en ce qu'il rejoint complètement la chaussette , qu'il maintient toutes les parties de la jambe , ce qui est indispensable pour les prédisposés aux varices.

Les avantages qu'il présente sur le bas ordinaire paraissent bien minimes, mais l'usage apprend que le bas coupé fixé à l'aide d'un cordon

BAS. - COUCHER. - LIT. 629 se maintient sans gêne aucune, dans toutes les attitudes, ce qui n'a pas lieu pour le bas entier. La fabrication du bas coupé s'adaptant parfaitement à la jambe, au genou, à la cuisse, pour maintenir toutes les parties, est plus facile à obtenir à laide du tricot que celle d'un bas entier.

Sans doute il est certains individus chez lesquels les veines des jambes ou des cuisses sont très-développées : pour eux il faut des moyens de contention plus énergiques. Les bas élastiques et peu compressibles en fil de caoutchouc, tels que ceux qu'on fabrique en Angleterre, leur sont indispensables, mais j'adopte compléiement un principe hygiénique sur lequel M. Lambessy a insisté : chez les prédisposés aux varices, pour obtenir un succès complet, ii faut maintenir les veines des jambes et de la cuisse, et non les comprimer.

Le bas coupé tel que je l'ai décrit, quand il est bien fait, est contentif et non compressif; il dispense de la jarretière, protège parfaitement le genou ; il sera, j'en ai la conviction, d'une grande utilité pour les ouvriers prédisposés aux varices ou hydarthroses du genou , qui exercent une profession commandant la station verticale.

Lit. — Le lit est pour l'homme un meuble indispensable pour assurer son repos et le défendre du froid pendant le sommeil. Durant l'été on voit souvent des hommes du peuple, surtout lorsqu'ils sont en état d'ivresse, passer la nuit en plein air, couchés sur le sol. Le rhumatisme, la bronchite, la pleurésie, la pneumonie, l'anasarque, l'albuminurie, etc., sont les suites trop fréquentes de cette imprudence qui amène des refroidissements non suivis de réaction, avec des maladies qui en sont laconséquence. Parmi les populations rurales, il est un grand nombre d'hommes qui couchent, étendus sur de la paille, dans des granges, dans des greniers, des écuries. La paille, si elle n'est pas fréquemment renouvelée, s'imprègne facilement de l'humidité et des émanations organiques. Parmi les populations industrielles, on voit beaucoup d'ouvriers réunis par chambrées, coucher sur le plancher, étendus sur de la paille, sans protection contre l'action des courants d'air auxquels les fissures intérieures des portes et des fenêtres livrent passage. Malgré la jeunesse des habitants de ces chambrées, les maladies du refroidissement les atteignent fréquemment. En temps de guerre, de grandes manœuvres, au bivouac, sous la tente, les soldats reposent sur le sol et contractent, pour peu que le temps soit froid et humide, des phlegmasies thoraciques, desrhumatismes,des névralgies, la fièvre intermittente, ladyssenterie,etc. Heureux ceux qui ont une peau de mouton pour les protéger. Le lit est donc un meuble dont l'utilité ne peut être contestée, et dont l'usage doit être rendu aussi général que possible. Le sommier élastique est une bonne et utile invention, on peut lui substituer, sans inconvénient, une

BOUOHARDAT. — HYGIÈNE. 34

5b0 MODIFICATEURS. — VÊTEMENTS.

paillasse remplie de paille ordinaire, ou, ce qui vaut mieux, de spath.es de maïs.

Le lit de plume, dont l'usage est très-répandu, se place souvent entre le sommier ou la paillasse et un matelas; mais souvent aussi il remplace ce dernier et reçoit directement le corps du dormeur ou du malade. Un coucher trop chaud et trop mou a de nombreux inconvénients; il maintient le corps dans un état de chaleur et de moiteur qui allai blit le système musculaire ; alanguit toutes les fonctions et spécialement la digestion, la respiration et la circulation ; provoque l'anémie, la chlorose, les névralgies, les pollutions nocturnes, les congestions viscérales ,etc. Les lits de plume doivent être complètement proscrits.

La laine, mélangée parfois avec une petite quantité de crin, est ordinairement employée pour la confection des matelas; le crin seul sert quelquefois à cet effet.

Les traversins et les oreillers sont ordinairement remplis de plume; le crin est préférable. Ils ne doivent être ni très-mous ni très-élevés, à moins d'indications spéciales (congestion cérébrale, maladies du cœur, des poumons, etc.). Ils servent à maintenir la tète un peu plus élevée que le reste du corps. Les couvertures sont en laine, en coton, en soie, ouatées et piquées, etc., suivant la saison et la température ambiante. On y ajoute, à l'occasion, un couvre-pied ou un édredon.

Au point de vue de l'hygiène publique, le coucher a une grande importance. Dans les hôpitaux, les casernes, les navires, les prisons, il soulève de nombreuses questions d'économie, d'encombrement et de salubrité. D'après Lefranc, « toutes les laines en service d'un hôpital doivent être fumigées a l'acide sulfureux et passées à l'eau froide après trois ans. » (H. Lefranc, Laines de couchage, br. iu-8° Rozier, 4879.)

Les couchettes telles qu'elles existent aujourd'hui ont de graves inconvénients; les moins défectueuses sont celles qui sont composées d'un ou de plusieurs matelas, et d'un sommier à spirales en lil de 1er; mais on reproche avec raison à ces sommiers d'être volumineux, difficilement maniables, de façon que dans les établissements les mieux tenus, ils ne sont jamais déplacés; il en résulte que la poussière qui a filtré à travers la toile d'enveloppe, séjourne dans le sommier, se mêle à la laine et au crin qu'elle détériore, et favorise la production des insectes qui s'y logent et s'y multiplient à loisir.

En résumé, le lit peut être en bois ou en fer. Un sommier élastique, recouvert d'un ou deux matelas, l'un en laine, l'autre en crin, ou contenant un mélange de laine et de crin, forme le meilleur de tous les couchers. Le traversin et Voreiller, si besoin est, sont en plume ou en crin. Les couvertures doivent être légères et suffisantes, suivant la sitison, pouréviler les refroidissements, maintenir une douce chaleur, mais jamais tropehaudes, pour ne point provoquer des sueurs excessives.

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