‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 175 sur 371 · CLIMATS TORRIDES, ACTION PATROGÉNIQUE · texte numérisé non relu

CLIMATS TORRIDES, ACTION PATROGÉNIQUE

Magendie a exécuté de très-nombreuses expériences, en soumettant des animaux à une température plus élevée que leur température normale. 11 a vu que les mammifères mouraient quand leur sang atteignait la température de 46° et les oiseaux la température de 48°. Le danger est à son maximum quand l'air chaud enveloppe la peau et pénètre dans les poumons. La résistance à réchauffement du sang se produit par l 'évaporât ion de l'eau.

Influence d'une température excessive sur le pouls.

Température. Durée du séjour. Nombre de pulsations.

98°,88 20' itil

Dans les climats torrides, la fréquence physiologique du pouls peut atteindre 100 pulsations par minute.

Influence d'une température excessive sur l'ensemble de l'économie. — Au-dessus de 30 degrés, dit Ilostan, la chaleur devient déprimante; les forces diminuent; il survient de l'abattement, de la prostration, de l'inertie; les mouvements sont lents, pénibles; les facultés intellectuelles et morales sans vivacité, sans énergie ; de là la paresse des lazaroni napolitains, des nègres, des habitants des régions tropicales, et surtout des climats torrides.

Action pathogénique d'une température excessive. — Les dangers que fait courir une température ambiante excessive sont généralement connus. Chaque année, lorsque les mois d'été sont brûlants, les journaux rapportent des exemples d'hommes frappés dans les rues des villes, de soldats pendant les marches ou les exercices, des chevaux morts subitement d'apoplexie pulmonaire, rachidienne ou cérébrale. Quelle est la cause de la mort dans ces circonstances? peut-on l'attribuer à un état syncopal prolongé? M. Londe croit qu'il faut la chercher dans une véritable asphyxie ; M. Lévy, dans une violente congestion cérébrale; les expériences de M. Magendie démontrent que, chez les animaux qui ont succombé sous l'influence de l'élévation de la température, on rencontre constamment les altérations suivantes : la surface de la peau et des muqueuses présente, çà et là, des taches ecchymotiques qui résultent de 1 épancheraent hors des vaisseaux d'un sang privé des qualités qui le rendent propre à la circulation; les poumons, le foie, les reins surtout, sent infiltrés de sang; ce liquide lui-même est profondément altéré; si on le recueille dans un vase, il se coagule à peine, et quand il se forme un caillot, celui-ci reste toujours difllucnt et noir; le sérum est trouble et coloré par des globules qu'il tient en suspension. A l'analyse, on

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trouve une diminution notable de lu fibrine, qui est comme transformée et a perdu de sa ténacité naturelle.

Les températures excessives que rencontrent dans la mer Bouge les navires qui la parcourent donnent lieu parfois à des accidents graves d'asphyxie. Texier cite quatre cas mortels sur le transport-écurie la (luronne, en juillet 180-2 (1).

Les annales de la science nous ont fait connaître des épidémies d'apoplexie qu'on a attribuées à des températures élevées. On connaît surtout deux remarquables épidémies de ce genre: l'une fut décrite par Baglivi et l'autre par Lancisi. On a cru que ces deux épidémies étaient dues l'une et l'autre à l'influence de la température; mais il faut les distinguer sous ce rapport. Ces deux histoires présentent à faire des applications trèsdifférentes ; nous allons voir que dans la première de ces épidémies seulement, on peut affirmer que la température a seule agi pour la produire, tandis que rien ne prouve qu'elle ait eu quelque influence dans la production de la seconde. Celle que Baglivi a décrite a été observée en 1694 et 1695, à Rome et dans toute l'Italie. On a remarqué qu'il y avait eu dans ces deux années un hiver beaucoup plus rigoureux qu'il ne l'est d'ordinaire en Italie, au point que la campagne de Rome était couverte de plusieurs pieds de neige, qui demeura longtemps sans se fondre ; cet hiver se trouva placé entre deux étés excessivement brûlants, avec absence complète de pluie pendant six mois consécutifs, de telle sorte que vous voyez transportées subitement en Italie deux influences auxquelles elle n'est pas ordinairement soumise, et c'est pendant la durée de ces deux influences que s'est produite l'épidémie dont je parle. Je crois que l'on peut, en effet, établir un rapport entre la manifestation des symptômes décrits par Baglivi et les influences de températures existantes; mais en est-il de même de la seconde épidémie?

Rome et autres parties de l'Italie en furent encore le théâtre ; mais voici la température que Lancisi a décrite : Il y avait eu d'abord un été chaud et sec, puis un automne chaud et humide, et à la suite un hiver . froid* il n'v a rien d'extraordinaire dans cet état atmosphérique; c'est la constitution habituelle de l'Italie comme de nos pays; en outre, les symptômes de cette seconde épidémie n'étaient pas les mêmes que ceux de la première. Ce n'étaient pas toujours des apoplexies qui existaient; et chez plusieurs des malades les congestions étaient très-remarquables

(I) La température, sur le pont, était de 39 degrés à l'ombre; dans l'intérieur du navire, elle a dépassé -i5 degrés dans le faux-pont supérieur, et est arrivée à ."V2 degrés dans le compartiment des chevaux. La chaleur était presque aussi intense le soir que dans l'après-midi. Ce n'est qu'après neuf heures et pendant la nuit que l'on ressentait un abaissement notable. En même temps que se produisaient îles morts subites, on observait aussi des syncopes, des étouflemenls. La chaleur était telle que tout le monde restait sur le pont; on éprouvait une grande géne à respirer, une faiblesse générale, une soif intolérable.

CLIMATS TOlil'.lbKS, ACTION l'ATIKKiKMtJI'i:.

par la facilite avec laquelle elles passaient, d'un organe dans un autre, et suivant que tel ou tel organe était actuellement le sflége d'une congestion, on observait différentes séries de symptômes. Dans l'épidémie décrite par Lancisi, la température ne jouait qu'un rôle secondai re. Mes causes tres-di verses peuvent donner naissance à des apoplexies, qui sont le plus souvent préparées par des embolies ayant leur siège dans les plus fines ramilications du cerveau, comme je l'ai exposé page 405. Ouand ta circulation capillaire du cerveau est interrompue, dans une partie limitée, lés causes les plus diverses peuvent amener la rupture de ces petits vaisseaux : une chaleur excessive, des émotions morales, des abus des modificateurs hygiéniques du système nerveux, etc., sont des causes immédiates d'une maladie préparée de longue date. Le nombre des apoplexies parait, comme celui de la phthisie pulmonaire dans nos grandes villes, aller en progressant.

Selon Andral , l'augmentation de la phthisie pulmonaire et de l'apoplexie à Londres, au commencement, au milieu et à la tin du dix-huitième siècle, est une des choses les plus curieuses à étudier. A ces trois époques la température n'a pas changé, mais seulement les mœurs et les habitudes des Anglais. Au commencement du dix-huitième siècle, la phthisie pulmonaire moissonnait 3000 individus par an dans la ville de Londres vers le milieu de ce siècle 4000, et 5000 dans le dernier tiers de ce siècle. Pour ce qui est de l'apoplexie, il mourut à Londres de cette maladie, dans le commencement du dix-huitième siècle, 157 individus, 281 au milieu, et 300 à la fin (1).

Effets thérapeutiques êe la ekaiïeter excessive. — J'expose rapidement, d'après Fleury, les effets thérapeutiques d'une chaleur excessive. L'application de la chaleur artificielle est d'une grande importance pour le médecin, auquel elle fournit des ressources précieuses pour la curât ion de beaucoup de maladies. La chaleur sèche employée au moyen de Yêtuve partielle est, suivant le degré de température auquel on s'arrête, un sudortftqwe ou un révulsif vmmêM'at, un agent irritant transpositif.

Lorsqu'on veut obtenir Yeffet sudorifique, simple, spoliatif ou dépuratif, il ne faut point qne la température de l'étuve dépasse 40 à 50 degrés. En la maintenant dans ces limites, l'opération peut avoir une durée de plusieurs heures sans que le malade en éprouve la plus légère incommodité. La sueur s'établit, par évaporation d'abord, par transsudation ensuite, et elle ne tarde point à devenir tellement abondante, qu'elle ruisselle sur tout le corps, et qu'il est facile d'en recueillir une grande quantité dans des assiettes placées au-dessous du siège ; la tète, qui reste exposée à

air libre, ne transpire pas moins que les parties entourées par les cou-

(t) Je pense qu Andral a dû avoir égard à la progression croissante de la population

de Londres.

vertures; l'air frais inlroduit dans les poumons, et de l'eau froide ingérée dans l'estomac tous les quarts d'heure et par petites quantités, maintiennent la respiration et la circulation dans un calme parfait; le sujet, au lieu d'éprouver l'excitation générale qui accompagne l'administration des médicaments sudorifiques, accuse une sensation de bien-être; en un mot, le calorique est ici un véritable excitant spécial, il n'exerce aucune action pyrétogénélique, et il serait impossible d'obtenir, par un moyen différent, une sueur aussi abondante, sous des conditions générales aussi favorables. La durée de l'opération varie d'ailleurs suivant les indications et les conditions individuelles.

Lorsqu'on veut obtenir l'effet révulsif, la température de l'étuve doit être portée rapidement à -j- 00 ou 65 degrés. On voit alors survenir des phénomènes qui ont été bien décrits par Hapon : « Chaleur brûlante de la peau, vitesse et développement du pouls, battement des artères temporales, quelquefois léger gonflement des veines du front. Une sueur abondante se manifeste sur toutes les parties du corps, et principalement à la tète; la bouche est quelquefois sèche et la soif vive; on éprouve le plus souvent une légère pesanteur de tête. j> Il faut ajouter : Si la température de l'étuve dépasse les limites que nous avons indiquées, si la température animale s'élève de 2 à 3° (température prise sous la langue), si l'opération se prolonge au delà d'un espace de temps qui varie, suivant les individus, entre 30 et 45 minutes, le pouls s'accélère notablement et bat de 100 à 130 fois par minute ; les mouvements du cœur deviennent énergiques, tumultueux, irréguliers; la respiration est précipitée, suspirieuse; la face est rouge, congestionnée; les artères battent avec force; le malade éprouve des bourdonnements d'oreille, de l'anxiété, quelquefois des nausées, et si alors on ne se hâte point d'abaisser la température de l'étuve, il survient une perte de connaissance dont les effets se font sentir pendant plusieurs heures.

Au sortir de l'étuve, toute la surface cutanéevesl d'un rouge vif et témoigne de l'afflux du sang vers la périphérie, et il faut avoir expérimenté ce procédé pour se faire une idée de la puissance de révulsion. En l'opposant, dès le début, à des angines, des coryzas, des bronchites, des rhumatismes musculaires, des névralgies aiguës, j'ai pu, dit M. Fleury, presque constamment enrayer la maladie et obtenir en quelques heures une guérison complète.

Précautions hygiéniques pendant les chaleurs e.vcessircs. — La première indication est de suspendre les travaux agricoles ou autres pendant les heures les plus chaudes du jour ; suspendre également pour les soldats, les marches, les exercices; défendre la tète par une coiffure blanche légère. Au point de vue de l'alimentation, de la viande maigre, du riz ou autres féculents, peu de corps gras, point d eau-de-vie ou de liqueurs fortes; pour boisson, un vin acide , tel que fournit le cépage

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