CLIMATS CHAUDS. — PLÉTHORE CALORIFIQUE
connu sous le nom de g ouais, étendu de deux ou trois Ibis son volume d'eau, ou du café très-léger. Vider régulièrement la vessie, selles régulières de chaque jour ; lotions froides suivies de frictions sèches et de
massage.
Chaleur continue. — J'entends par chaleur continue une température comparable à celle de nos étés, à celle qui règne presque uniformément toute l'année dans beaucoup de régions intertropicales. Pour que l'influence de cette chaleur s'accentue nettement sur la santé, il faut, non pas des jours, des mois, mais des années de continuité. Cette influence est généralement toute autre que celle d'une chaleur excessive. En effet, pour cette dernière, comme nous l'avons vu, les effets pathogéniques éclatent immédiatement, tandis que la chaleur modérée est une condition de santé, quand on sait la régler hygiéniquement; elle ne devient cause de maladie que par sa continuité coïncidant avec une mauvaise direction hygiénique au point de vue bromatologique. La chaleur convenablement employée aux besoins de l'homme est, comme nous l'avons dit déjà, le représentant le plus net de la force, de la richesse et l'adjuvant principal de la vie. Les maladies déterminées sous l'influence de la chaleur continue diffèrent entièrement de celles que détermine la chaleur -excessive.
Pléthore calorifique. — Les difficultés à vaincre pour vivre bien et longtemps avec une chaleur continue, sont grandes pour l'organisation humaine, eu égard à nos habitudes. Combien faut-il être réservé dans l'emploi des aliments de calorification pour vivre sans maladies à une température moyenne de 26° et pour maintenir la température du corps au degré constant de 37°, 5. Le résultat fréquent qui doit se présenter, je l'ai désigné sous le nom de pléthore calorifique , c'est le terme opposé de la misère physiologique, dont nous parlerons bientôt. Un seul trait peut être commun entre ces deux états, c'est l'insuffisance de la dépense eu égard aux besoins de V organisation. Ce rapprochement a une très-grande importance, nous y reviendrons en traitant de la misère physiologique.
Voici sommairement les caractères de la pléthore calorifique. Au point de vue des globules, de la fibrine et de l'albumine, le sang est normal, mais il présente quelquefois un excès de matières grasses qui s'accentue dans la piméiurie, et souvent un excès de glycose ou de matière glycogène. La sécrétion bilaire est augmentée. La circulation est active, la peau est brûlante, la.température atteint 38 ou 39°. Le système nerveux est déprimé ou exalté ; on est étonné de ne pas voir éclater plus souvent une fièvre spéciale dont nous parlerons bientôt, quand ces deux termes, température ambiante élevée, excès d'aliments de calorification, coïncident.
Rappelons rapidement les principaux traits de l'action physiologique de la chaleur continue. — Appareil digestif. On observe souvent de l'anorexie; l'appétit est peu prononcé, une alimentation restreinte peut suflire à l'entretien de la vie : 480 grammes de dalles, un peu de mouton maigre et du couscoussou, voilà le régime habituel de l'Arabe du désert; son fidèle compagnon, le chameau, est aussi sobre que lui. La soif est vive, on recherche les boissons acidulées. On doit redouter les alcooliques et surtout l'absinthe. L'intestin est paresseux, il faut activer ses fonctions, car la bile est très-abondante. — Appareil respiratoire. La respiration est accélérée, les fréquentes inspirations sont nécessaires pour rafraîchir en chargeant de vapeur d'eau l'air expiré. La dilatation de l'air est favorable; moins d'oxygène est ainsi introduit dans le sang et active moins les combustions respiratoires. — Circulation. Elle est accélérée. Besnier a compté normalement 100 pulsations à Madagascar. — Excrétions. L'acide carbonique et l'urée sont excrétés en moindre proportion, les urines sont rares, la transpiration abondante. — Sécrétions. La salive est rare, la sécrétion du cérumen et du lait chez les femelles allaitant est abondante. — Le tissu adipeux est peu développé chez les hommes actifs, très-prononcé chez les Bédouines indolentes. — L'absorption est plus facile, plus rapide, celle du virus-vaccin, des venins, du mercure à la suite de frictions mercurielles, des médicaments actifs administrés par la méthode iatraleptique. — Système nerveux. Une chaleur douce le stimule; au-dessus de 30", on remarque généralement une notable dépression et une paresse générale. — Système musculaire. Dépression qui s'accroît par l'habitude et par une alimentation mal ordonnée.
L'influence palhogénique de la chaleur continue se complique bien souvent, dans les contrées chaudes, de l'aclion d'autres modificateurs. Les différences de température des jours et des nuits produisent des effets qui viennent s'ajoutera la continuité de la chaleur, puis et pardessus tout, les influences maremmatiques, qui se placent au premier rang parmi les causes de maladies des pays chauds.
L'observation nous montre, en effet, que les effluves des marais sont d'autant plus à redouter, toutes choses égales d'ailleurs, que la température moyenne du lieu est plus élevée. Passons rapidement en revue les conditions pathogéniques qui dominent dans la partie du monde, l'Afrique, où, dans un grand nombre de localités, la question de chaleur a une grande importance: nous allons voir qu'elle n'est pas la seule, tant s'en faut. Dans l'Afrique septentrionale, nous trouvons l'Egypte: à l'élément chaleur s'ajoute le débordement du Nil avec les assèchements qui en sont la suite, d'où l'infection palustre, et quand la famine sévit, la peste. Dans notre Algérie, nous trouvons trois grandes causes de maladies : la chaleur, les effluves des marais et la syphilis. Au Sénégal et
CLIMATS CHAl ItS. — INFLUENCE PATH0GÉN1QUE. 569
au Gabon, à la .Mozambique, la chaleur et les effluves des marais; il eu est de même sur les côtes de Madagascar. La chaleur seule développe le foie, les effluves des marais la rate. Galien n'avait pas méconnu cette coïncidence, et dit en effet : Hepate Idiw, Imâtétur Uml La connaissance des maladies des pays chauds a une grande importance pour nous. Nos principales colonies, les Marquises, les Antilles, Cayenne, le Sénégal, le Gabon, Madagascar, la Cochinchine, sont soumises aux influences que je viens de passer en revue ; nous devons nous efforcer d'en atténuer les effets. A un autre pointdevue, les maladies déterminées par la continuité de la chaleur nous intéressent directement. En effet, si, comme nous l'avons montré précédemment, la pathologie différentielle des saisons ne suffit pas pour démontrer clairement l'influence de la chaleur dans la production des maladies dans notre Europe, en étudiant cette influence dans les pays à température extrême, ces relations deviennent évidentes. C'est un procédé en usage dans les sciences. Les résultats exagérés éveillent l'attention pour les faits moyens, qui, sans cette étude, passeraient inaperçus.
Les travaux qui ont été exécutés depuis cinquante ans par nos médecins militaires en Algérie (1), par les médecins de la flotte (2) , ont fait mieux apprécier les causes de l'hépatite et des autres maladies des pays chauds. Ces causes étant rigoureusement connues, l'hygiène devient fa-cile à régler convenablement.
Influence pathoijénique Se la chaleur continue. — On peut admettre trois divisions dans l'histoire pathogénique de la continuité de la chaleur : 1° maladies où cette influence est douteuse; 2° maladies où l'influence de la continuité de chaleur se complique d'autres causes; 3° maladies déterminées par celle continuité.
Les maladies dont la continuité de la chaleur paraît favoriser le développement, sont : 1° la chlorose, la calenture, l'aliénation mentale. Les maladies à causes complexes, sont : les fièvres intermittentes graves et plusieurs maladies spécifiques, dysenteries, fièvre jaune, etc.
Les maladies déterminées par la continuité de la chaleur sont partinèrement : des maladies de l'encéphale, certaines affections de la peau, quelques maladies parasitaires , des affections spécifiques, et surtout des maladies du grand appareil de la nutrition. C'est par là que nous al-. Ions commencer celte élude, car elle domine la pathogénie des pays chauds, comme la misère physiologique celle de nos climats tempérés ; elle s'ajoute à toutes les autres causes et les complique.
(1) Recueil de Mémoires de médecine et de chirurgie militaires. — Ces Mémoires sont
m f u n sur v"')fjiene de rarmée dR lem> Par Michel Léyy-
iiS/i? i m-Tfi? dM mérfeCWW de la flotte sont imprimés pour la plupart dans les
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Les maladies de l'appareil de nutrition déterminées par la continuité de la chaleur coïncidant avec une alimentation trop riche en matériaux de calorification, sont aussi nombreuses qu'importantes. Au premier rang viennent les maladies du foie, puis les diarrhées et les dysenteries. Pour se rendre un compte exact de 1 etiologie de ces affections, il importe de connaître le rôle considérable du foie par rapport aux matériaux de calorilicalion. Les fonctions de cet organe sont des plus diverses; je vais rappeler les principales. Nous allons successivement considérer le l'oie sous les points de vue suivants : 1° intermédiaire de toutes les substances solublcs dans l'eau introduites dans l'appareil digestif; 2° organe modérateur; 3° organe de transformation ; 4° organe d'élimination.
1° Le foie reçoit par la veine-porte tous les matériaux alimentaires, les corps gras exceptés, les albuminoïdes, les substances glycogéniques (sucres, dextrine), les alcooliques, etc., tous les sels, tous les poisons solubles dans l'eau.
2° Le foie garde dans son tissu plusieurs substances, les poisons solubles et particulièrement ceux qui forment dans son tissu des combinaisons insolubles (arsenicaux, plomb). Il modère le transport dans la circulation, et par conséquent la destruction des matériaux de calorification (dextrine, sucres, graisses, alcooliques).
3° Il s'opère dans le foie de nombreuses transformations qui s'exercent sur la dextrine, les sucres; des dédoublements qui s'opèrent sur la géline (tissu gélatineux dissous), sur les matériaux albuminoïdes, et qui donnent naissance aux principes immédiats de la bile, à l'urée, à de la glycose. Je n'indique ici que ces transformations les plus remarquables (voy. p. 403).
3° Le foie élimine plusieurs des principes immédiats qui interviennent dans la composition de la bile : cbolestérine, matières colorantes, et une portion variable des acides biliaires ou des acides gras. La bile contient, en effet, des principes riches en charbon et en hydrogène, et qui, selon les besoins de l'économie, peuvent être ou brûlés dans le sang après leur absorption, ou rejetés au dehors. Voici la composition de la bile humaine pour 100 parties :
Eau 800,0 (1) 859,2 (2)
Acides biliaires combinés aux bases... 72.2 91,4
Matières grasses 3,2 9,2 /
Cbolestérine l,o M v
Mucus et matières colorantes 26,6 29, s
Sels minéraux 6,5 7,7
(I) Homme de dix-huit ans mort d'une cliulc.
(2^ Homme de vingt-trois ans mort à la suite de blessures.
(3) Femme de vingt-trois ans décapitée.