HABITUDES
On rencontre cette question d'hérédité à chaque pas en pathologie; elle n'est que trop réelle, mais on l'exagère instinctivement sans compter.
Suivons l'exemple donné par M. Louis à propos d'une maladie admise généralement comme héréditaire, la phthisie. 11 a vu, par de patientes interrogations, qu'il ne fallait pas ranger la phthisie pulmonaire parmi les affections héréditaires. Il faut l'imiter, il faut compter les faits, bien les comparer avant de conclure.
Le but de l'hygiène est de résister aux influences nuisibles de l'hérédité; on hérite des mauvaises habitudes hygiéniques. Il faut: 1° les réformer, 2° marcher dans une route opposée.
Nous reviendrons sur ces questions à propos de toutes nos grandes études éliologiques. Il serait prématuré d'aborder la discussion de ces importants problèmes.
Habitude [périodicité des actes). — On a dit avec raison que l'habitude était une seconde nature; à chaque pas, en hygiène, nous reconnaîtrons sa puissance. Il existe des habitudes des sens de l'œil, de l'oreille, du toucher, de tous les actes de la vie.
L'importance de l'habitude a été reconnue par les philosophes et les médecins. Platon et Boerhaave avaient fait graver sur leur sceau la phrase suivante, qui témoigne bien de la grande influence de l'habitude : Facilius est movere quietum quam quietare motum. J'ai donné dans mes écrits de nombreux exemples de la vérité de cette sentence.
On distingue, au point de vue de l'hygiène, les habitudes vicieuses et les habitudes morbides.
Habitudes vicieuses. — Parmi les habitudes vicieuses, je pourrais citer les mauvaises altitudes, qui peuvent, avec le temps, amener des déformations de certaines parties du corps. Il est plusieurs habitudes vicieuses qui deviennent de vrais besoins artificiels, boire outre mesure, manger gloutonnement, recourir quotidiennement d'une manière exagérée à des excitateurs du système nerveux, alcooliques, tabac, haschisch, opium, etc. Nous traiterons en détail toutes ces questions dans la suite de cet ouvrage.
Au nombre des habitudes vicieuses négatives, il faut ranger la paresse
du corps, de l'esprit, des intestins. Tous ces sujets seront abordés plus loin.
Habitudes morbides. — Citons les épislaxis, les leucorrhées, les irritations de la peau survivant dans la gale à la destruction des acarus. Il est certaines habitudes morbides, surtout celles qui se rapportent aux excrétions exagérées de la peau chez les vieillards, qu'il faut respecter, comme nous le démontrerons en traitant des fonctions de la peau. Il est au contraire des habitudes morbides qui sont de vraies maladies, comme la glycosurie, qu'il faut énergiquement combattre.
Un des buts de l'hygiène est de redresser les mauvaises habitudes et d'en faire contracter de bonnes.
L'éducation, en général, est l'art de faire contracter de bonnes habitudes à l'enfant, en empêchant les habitudes vicieuses de s'établir.
Imminences morbides. — On désigne sous le nom d'imminences morbides des prédispositions spéciales aux maladies. Ce ne sont point les prodromes d'une maladie qui va éclater, mais un état favorable au développement soit d'une maladie déterminée, soit le plus souvent des affections les plus diverses. Ces prédispositions sont spéciales suivant les âges, suivant le sexe. Nous ne pourrions traiter convenablement ces sujets dès à présent; nous les réservons pour les aborder dans la division de l'hygiène générale.
L'imminence morbide la plus fréquente, la plus redoutable, celle qui prépare à la fois au développement d'un grand nombre de maladies aiguës et des plus fréquentes des maladies chroniques, c'est celle que j'ai désignée sous les noms d'appauvrissement général de l'économie, de misère physiologique. Nous reviendrons longuement sur ce sujet, le plus important de l'hygiène. Nous réservons également les questions qui ont trait à l'obésité.
Certaines professions constituent de véritables imminences morbides ; nous en renvoyons l'étude, de même que celle de la concalescenee, dans la division de l'hygiène générale.
Ar.ES, sexe. — Nous en traiterons dans les divers chapitres de l'ouvrage, et nous leur consacrerons un article spécial dans le livre de l'hygiène générale.
l'homme considéré collectivement
On regarde les individus ayant un ou plusieurs auteurs communs reconnus par la tradition comme appartenant, à des degrés divers, à la même famille. Celte communauté d'origine constitue dans certains cas une imminence morbide qu'il importe à l'hygiène de connaître et, autant que possible, d'écarter par une bonne direction de la santé. A la question des familles se rapporte celle très-importante de la consanguin il é.
LUCBS. — L'étude des races humaines constitue une des branches les plus importantes d'une science nouvelle, l'anthropologie, qui est cultivée avec éclat par un grand nombre d'hommes distingués, parmi lesquels je citerai au premier rang Al. M. (Jnatrefages et liroca.
Je vais me borner à indiquer ici les divisions classiques des races, et à dire quelques mois se rapportant principalement à l'hygiène sur l'unité ou la pluralité des origines, et sur les imminences ou immunités morbides propres à certaines races.
RACES HUMAINES. 37 Les quatre races classiques sont la blanche, la jaune, la rouge, la noire.
Race blanche ou caucasique. — Chez les hommes qui la constituent, l'angle facial est ouvert à peu près de 85 degrés. L'ovale de la tête est régulier, le front large et haut, le nez souvent aquilin, les dents perpendiculaires à la mâchoire, les yeux droits, la peau blanche et rose ou un peu brune, les cheveux fins. Cette race renferme les peuples qui ont été et qui sont encore les plus civilisés.
Elle se divise en trois rameaux. Le premier est celui dit araméen, comprenant les Assyriens, les Chaldéens, les Arabes et les Égyptiens. Le second, ou rameau indien, est divisé en quatre tribus, d'après la langue : 1° le sanscrit, comprenant les peuples de l'Hindoustan ; 2° les anciens Pélasges, d'où sont issus les Grecs et les Latins, et plus tard toutes les langues du midi de l'Europe; 3° le gothique, comprenant les langues du nord de l'Europe, le danois, l'anglais, l'allemand, le hollandais; 4° l'esclavon, comprenant le nord-est de l'Europe, le polonais, le russe et le bohème.
Le troisième rameau est le scythe ou tartare, comprenant les populations isolées et nomades des vastes déserts de l'Asie.
Race jaune ou mongolique. — Les sujets qu'elle renferme ont le visage large et plat, les pommettes saillantes, le nez épaté et les narines découvertes, les yeux longs et fendus obliquement, les cheveux noirs et aplatis, le teint plus ou moins olivâtre, l'angle facial de 75 à 80 degrés. Son berceau serait la chaîne des monts Altaï, qui sépare la Sibérie du plateau du Thibet.
On distingue quatre rameaux : 1° le rameau mantehou; 2° le rameau sixique (Chine, Japon, Corée); 3° le rameau hyperboréen (Lapons, Esquimaux, Samoïèdes); 4° le rameau carolin.
Race rouge ou américaine. Les caractères sont les suivants : la peau de couleur rouge ou cuivrée, les cheveux noirs et plats, le visage large, les pommettes moins saillantes que dans la race mongolique, les yeux grands et souvent obliques. Elle renferme trois types qui sont : 1° le colombique (Florides, Antilles, Guyane); 2° l'américain proprement dit (bords de l'Amazone, Brésil, Paraguay, etc.); 3° le patagon.
Race noire ou africaine. — Elle se reconnaît aux caractères suivants : visage allongé et rétréci dans sa partie supérieure, qui s'aplatit ; mâchoires saillantes, dents obliques en avant et plus larges que dans les autres races; nez large et aplati, lèvres grosses, bouche large, cheveux courts et laineux; l'angle facial a de 70 à 77 degrés. Cette race est plus rebelle à la civilisation. Elle se divise en sept rameaux, qui sont : 4° Ethiopiens (type véritable); 2° Caftes; 3° Hottentots; 4° Papous; 5°Tasmaniens ou habitants de Van-Diémen ; G0 Alfourous Indaniens [terres des Papous); 7» Alfourous Australiens (Nouvelle-Hollande).
Quand on examine avec soin cette grande question des races humaines on ne tarde pas à s'apercevoir qu'il existe des types dictincts très-nombreux.
Ces races sortent-elles de la même souche? Buffon, de Humboldt, Cuvier, Blainville, Geoffroy Saint-Hilaire, Prichard, Quatrefages, adoptent cette opinion, qui est aussi la mienne.
L'argument ayant le plus de valeur pour conduire à admettre la pluralité d'origine des races humaines découle de la définition de l"espèce. M. Broca, dans son remarquable mémoire sur l'hybridité, a démontré, par des faits nombreux, l'infécondité relative du croisement du nègre et de la blanche, la stérilité relative de certains mulâtres de premier sang, l'infériorité physique ou morale de certains métis, la stérilité relative du croisement des Européens avec les Australiennes et les Tasmaniennes.
Nous verrons plus loin, en traitant du crétinisme, que certains types humains peuvent devenir inféconds quoique^ évidemment issus de la même espèce. C'est donc une question encore entourée de difficultés.
La diversité dans la coloration de la peau, qui a primitivement servi à séparer l'espèce humaine en quatre races, n'a évidemment qu'une valeur très-secondaire. Dans chaque race il existe des nuances de coloration des plus nombreuses. L'intensité de la couleur croît avec l'inlluence de la radiation solaire. Chez les hommes de toutes les races la peau a la même organisation : elle diffère par un dépôt plus ou moins abondant de pigment.
Gratiolet était partisan de l'unité; Vivey admettait -2 souches distinctes; Bory, 15; Des Moulins, 16; Bérard, 20: 1° type holtentot; "2° type éthiopien; 3° type cafre: 4° divers types nègres sur lesquels on n'est pas assez renseigné pour en faire des types spéciaux: 5" type abyssinien pur: f>° type berbère; 7" type arabe; 8° type celtique; '.)" type pélasge; 10° type scythique; 11° type caucasique; 12° type hindou; 13° type mongolique; 14" type kourilien : 15° type mélanésien; 10° type polynésien; 17° type des Américains du Nord ; 18° type race ando-péruvicnnc; 10° type race pampéenne; 20° type race brasiléoguaranicnne.
Il est une école qui accepte pour espèce tout type humain qui accuse mie certaine persistance; elle divise l'humanité en autant d'espèces qu'il existera de populations pins ou moins caractérisées.
Il est bon de prendre pour base de toutes ces études la définition do l'espèce zoologiquc.
On a attache une grande importance aux diversités du système pileux droit ou disposé à se friser, à se boucler, variablement placé, et ce sont évidemment des caractères secondaires. Il en est de même des trait* <ht, > xiir/r, qui varient avec la civilisation.