‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 181 sur 371 · CLIMATS CHAUDS. — PARASITES, MALADIES DE LA PEAU · texte numérisé non relu

CLIMATS CHAUDS. — PARASITES, MALADIES DE LA PEAU

diverses parties de la surface cutanée. Chez les soldats venant de la province de Seybo, ces ulcères ou rampanos sont attribués à la piqûre d'un insecte appelé Colorado, que les uns considèrent comme le Pulex penetrans, qui existe en certains lieux de Saint-Domingue, d'autres comme une fourmi rouge dont la piqûre détermine une vésicule ombiliquée avec prurit excessif et suivie d'ulcération. Le Tœnia inermis est beaucoup plus commun en Algérie qu'en France.

Maladies de la peau. — J'ai déjà indiqué, page 444, quelle pouvait être l'influence des climats sur le développement de certaines maladies ; je vais revenir sur ce sujet, en insistant surtout sur les maladies spéciales aux régions intertropicales. Les fonctions de la peau étant plus actives dans ces contrées, l'influence nuisible des parasites plus commune, les maladies spécifiques plus répandues et plus modiliées, on peut dire, sans chances d'erreur, que les maladies de la peau sont d'autant plus fréquentes que la température moyenne d'un lieu est plus élevée. Nous avons mentionné l'érythème de l'insolation, qui, chez les pellagreux , prend une forme si grave. Chez nous, l'influence des saisons sur le développement progressif de certaines maladies de la peau est incontestable. Rappelons ce fait clinique, que la température a de l'influence sur le traitement de ces maladies ; malgré cela, je pense qu'il convient de traiter ces affections le plus tôt qu'on le peut, afin de prévenir une habitude morbide.

Ulcère phagédén ique des pays chauds. — Maladie très-commune sous les climats torrides. A la Guyane, suivant Chapuis , le nombre des individus atteints d'ulcère est dans la proportion de 22 pour 100 sur le total des malades admis dans les hôpitaux. L'ulcère phagédén ique n'épargne aucune race ; on le rencontre non-seulement chez les transportés de race blanche et de race noire, mais au moins aussi souvent chez les immigrants coolies. Les Madériens, les Chinois, en sont généralement affectés, ces derniers peut-être moins souvent. Cet ulcère semble épargner les Indiens aborigènes. En Sénégambie, les moindres égratignures deviennent l'origine de l'ulcère phagédénique des pays chauds, que l'on appelle ici ulcère de Kéniéba. Le poste de ce nom est dans le Bambook, entre les rivières Sénégal et Falémé. Sur les bords de la mer Rouge, on observe la plaie de V Yémen, qui vient compliquer les blessures comme en Arabie, quoique plus rarement. Azema a décrit, sous le nom d'ulcère de Mozambique, une des formes de 1 ulcère phagédénique des pays chauds. Il se montre fréquemment sur les CalTres des diverses tribus. Les Makoias l'appellent kilouda (plaie). Cette lésion se rencontre aussi aux îles Comores, notamment à Anjouan et à Madagascar, chez les Malgaches; elle a souvent pour origine une plaie produite par la piqûre d'un fragment de corail ou d'un aiguillon de raquette, alors que la plaie a été en contact avec l'eau de

5S i MODIFICATEURS. — CHALEUR.

mer. L'ulcère de Mozambique se développe presque exclusivement aux membres inférieurs.

Aux Antilles, les bourbouilles (lichen tropicus) atteignent surtout les inaclimatés, c'est la syphilis modifiée ou transformée. Plusieurs maladies de la peau qu'on observe communément dans les pays cbauds (jeuvent être encore rapportées à la syphilis modifiée. Le pian, le lolâ des Antilles, sont des formes syphilitiques qui se montrent surtout chez les noirs. Le bouton d'Amboine, le frambœsia de la Sénégambie doivent être rattachés à l'infection syphilitique.

Boutons. — Il est plusieurs maladies de la peau désignées sous le nom de boutons, qui doivent être rattachées à l'usage d'eau contenant des ferments morbides qui sont transmissibles par inoculation, ce sont les boutons d'Alep, de Biskra (voy. p. 182); mais l'influence du climat ne saurait être mise en doute. Il est un grand nombre d'affections du même ordre qui sont signalées dans diverses contrées, à Laghouat, à Tuggurt, dans le Sahara; en Egypte, le bouton du Nil, etc.

Influence de la chaleur continue sur le développement des maladies contagieuses. — Dans les climats chauds se forment les foyers primitifs de plusieurs maladies contagieuses, dont quelques-unes, comme le choléra et la fièvre jaune, sont venues , par le fait de la transmission par contagion, visiter notre Europe. D'autres, telles que la dengue, n'ont été observées jusqu'ici que dans les contrées intertropicales. Quelquesunes, comme la dysenterie contagieuse, la fièvre à rechute, peuvent se montrer à toutes les latitudes, mais exercent beaucoup plus de-ravages dans les pays chauds que dans les régions du nord. Nous reviendrons sur l'étiologie de ces affections dans la partie de cet. ouvrage consacrée à l'étude des maladies contagieuses. Je me garderai de soutenir que l'élément chaleur joue le rôle principal dans l'évolution de ces graves affections : mais l'étude géographique de ces maladies montre que cette influence ne saurait être négligée.

Lèpre. — C'est une maladie qui se montre dans toutes les parties du monde habité, qui certainement est influencée par la chaleur , les faits relatifs a la lèpre des Arabes, des Hébreux, des Grecs, le démontrent suffisamment. Mais il est certain que d'autres influences tenant à l'alimentation, l'hérédité, la contagion, interviennent peut-être plus puissamment que la chaleur. La contagion de la lèpre a dù être beaucoup plus évidente, il y a plusieurs siècles, que de nos jours. Les vestiges de bâtiments consacrés aux léproseries, qu'on trouve encore dans des villes de peu d'importance, l'attestent. M. Proust a donné dans son Hygiène un bon résumé de la distribution géographique de la lèpre; je le reproduis dans l'Appendice.

L'éléphantiasis , mal des Barbades , qu'on observe en Egypte , au Malabar, à Ceylan, dont Alard a donné une description exacte, est surtout

Page 1