CLIMATS FROIDS, FROID EXCESSIF
Froid excessif. — Climats polaires. — Les funesles effets du froid excessif ont été plus particulièrement observés lors des campagnes des armées dans les contrées froides ou pendant les hivers rigoureux. Je me contenterai de citer (1) la retraite des Dix mille, les campagnes de Russie, de Grimée, certaines campagnes d'Algérie, le siège de Paris, etc.
Sous l'influence du froid excessif, la température animale s'abaisse, la respiration devient fréquente, difficile, impossible par suite de la torpeur, de la paralysie, pour ainsi dire, des muscles respiratoires et des poumons eux-mêmes; la circulation capillaire périphérique devient de i moins en moins active ; la peau est décolorée ou même d'un blanc complètement mat, lorsque l'action du froid a été assez intense pour i produire la congélation. Blumenbach prétend que la fréquence physiologique du pouls chez les Groënlandais n'est que de 30 à 40 pulsations par minute. Le système nerveux est déprimé; l'intelligence devient obituse, la sensation tactile obscure; la sensibilité et la motilité sont frapipées d'engourdissement, de paralysie: il se manifeste une répugnance i insurmontable pour le mouvement, une envie de dormir irrésistible, ique ne peut vaincre la certitude qu'une mort prochaine sera le résultat :de l'inertie musculaire et du sommeil. Quiconque s'assied, ditSolander, s'endort, et tous ceux qui se laissent aller à ce fatal sommeil meurent. Le froid excessif détermine quelquefois des contractures accompagnées i de vives douleurs.
Les accidents causés par le froid excessif peuvent être légers ou très-graves; parmi les premiers, nous citerons les aflèclions suivantes des organes des sens : du côté de la peau, des gerçures et des engelures ; ila voix est souvent aphone ; du côté de l'appareil de l'audition, Itard et Ménière ont signalé la fréquence des otites. L'influence des froids excessifs engendre une espèce d'ophthalmie particulière aux régions polaires, et que l'on nomme ophthalmie des neiges: elle est déterminée par l'éblouissante blancheur du sol , et occasionne à la longue des lé sions plus ou moins sérieuses de la vision. On l'observe en Sibérie; il ne faut pas la confondre avec les inflammations chroniques des yeux, auxquelles sont sujets les habitants des îles Aléoutiennes , et qui ont pour cause l'atmosphère enfumée des huttes. Cependant les indigènes de la Sibérie jouissent d'une acuité visuelle extraordinaire, et qui dépasse celle des autres races humaines.
Les accidents graves déterminés par le froid excessif sont, du côté du
(I) Xénophon, in Anabase, liv. IV, chap, v. — Quinte-Curce. in De rébus qeslis Alexandn Magm, lib. vu, gg l0) 11. ^ Fabrice de Hiiden, in De garigrœna, cap. tv. t IV 1817° v v Prmier V0'-l'l(Je (/e Cook- — Larrcy, in Mém. de cliir. milit., IR73 ' bo Vers*aete", Du froid considéré comme cause de maladie, Bruxelles, Puîs 1875 ~~ ' udR sur le mécanisme de ta mort par le froid. Thèse de
système nerveux, des contractures, des convulsions, des apoplexies foudroyantes, qui ont souvent frappé des soldats très-vigoureux. Du côté de l 'appareil respiratoire , les muscles qui animent la respiration peuvent être frappés d'inertie, et par là déterminer une véritable asphyxie. La congélation est un des accidents graves le plus souvent observé. Ce sont les parties exposées directement au froid, ou les plus éloignées du cœur, qui sont le plus souvent atteintes : le nez, les joues, les oreilles, le pénis, les orteils, les bras, les jambes. Ce sont les parties qu'il convient de bien protéger, surtout pendant l'inaction. La congélation présente des degrés comparables à ceux de la brûlure. La congélation peut être suivie de gangrène ; on en reconnaît quatre sortes : celle qui succède à l'arrêt de circulation produit par le froid excessif; celle qui est déterminée par des alternatives trop brusques de froid excessif et de chaleur; celle qui est déterminée par un froid même supérieur à 0°, mais continu, lorsqu'on reste au repos absolu : enfin la gangrène scorbutique, qui se rattache à cette dernière cause. Le scorbut est endémique dans certaines localités où règne le froid excessif.
Rappelons rapidement quelques conditions spéciales de résistance amoindrie aux effets du froid excessif. Les nouveau-nés, avant d'avoir pris le sein, se refroidissent rapidement et d'une manière intense, d'où développement du sclérème. Les vieillards caducs succombent souvent après avoir été exposés à un froid excessif, à des bronchites capillaires, à la pneumonie. Tous les individus sous le coup de la misère physiologique résistent moins au froid excessif; Xénophon, dans le récit de la retraite des Dix mille, Larrey, dans celui de la retraite de Russie, nous en ont laissé des relations saisissantes. Edwards a vu que la transition du chaud au froid excessif était surtout à redouter. Les campagnes en Algérie ont fourni des faits nombreux corroborant les données obtenues expérimentalement. Le retour trop rapide à la chaleur après un froid excessif, comme on l'a observé à Eylau par une transition rapide de — 1 9° à -f- G0, est également fatal.
Acclimatement dans les pays à température très-froide. — Il importe, quand on quitte un pays chaud ou tempéré pour habiter des contrées glaciales, de se défendre du froid : l°par de bonnes habitations ; 2° par de bons moyens de chauffage ; par des vêtements bien choisis (voy. p. 517): fourrures, vêtements de laine; par une alimentation complète, dans laquelle les corps gras (huile de foie de morue) devront intervenir pour une large part (voy. p. 75, 92) ; 3° par un exercice régulier en rapport avec les forces et suffisant pour ramener la chaleur à la périphérie (vov. p. -481). Je reviendrai sur cette question importante en traitant de l'étiologie du scorbut.
Climats tempérés. — Insuffisance de résistance ai froid continu. —