‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 185 sur 371 · FROID CONTINU, MISÈRE PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

FROID CONTINU, MISÈRE PHYSIOLOGIQUE

Pour observer les manifestations pathogéniques de l'insuffisance ou de l'irrégularité de résistance au froid continu, il ne faut pas des jours, des heures, comme lorsqu'il s'agit du froid excessif, mais le plus souvent des années. Répétons que ce sont des maladies très-différentes qui se déclarent dans ces deux conditions. En apparence cela paraît paradoxal de dire que V insuffisance ou V irrégularité de résistance au froid continu est la plus grande cause de mort prématurée, quand nous avons établi que le chiffre de la mortalité était beaucoup plus élevé dans les régions intertropicales que dans les contrées septentrionales ou tempérées ; mais la suite de ces études montrera la justesse de cet énoncé.

La nécessité de résister au froid est pour ainsi dire toujours présente dans les contrées froides pour maintenir une température constante de 37°, 5, malgré les pertes déterminées par le rayonnement et par l'évaporation pulmonaire et cutanée de l'eau. On résiste au froid par des moyens de conservations (habitations, vêtements, couvertures, lits), par la chaleur artificielle (chauffage), par la chaleur produite (aliments de calorification, exercice). On comprend déjà que les moyens insuffisants irréguliers de résistance au froid sont les attributs principaux de la misère, et comment le froid en est le symbole le plus net. Nous reviendrons en détail sur ces questions en traitant de la misère par privation.

MlSERE PHYSIOLOGIQUE, SA NATURE, SES CAUSES, SES EFFETS, SES REMÈDES.

— Le terme le plus important et de beaucoup, dans les moyens de résistance au froid continu, c'est, comme nous venons de le dire, l'alimentation bien réglée avec un exercice suffisant pour animer la dépense. Quand, malgré des ressources convenables, la dépense est irrégulière ou insuffisante d'une manière continue, la continuité de cette insuffisance et de cette irrégularité de dépense conduit au même résultat, l'appauvrissement général de l'économie, ou misère physiologique. Je montrerai les grandes analogies qui existent entre la misère par privation et la misère par insuffisance et irrégularité de dépense, quand cependant il existe des ressources. Il est incontestable que toujours la dépense s'abaisse ou devient irrégulière quand la privation s'accentue, elle peut également s'amoindrir par défaut d'exercice (je l'ai démontré page 482).

Je vais commencer par donner les caractères principaux de la misère physiologique, puis j'aborderai l'étude de ses causes, de ses effets et de ses remèdes ; mais auparavant il convient d'indiquer les trois conditions - générales qui y conduisent fatalement.

La misère physiologique peut arriver d'une façon rapide et atteindre son terme extrême dans un temps limité (inanition, disette, famine), ce sont les tonnes aiguës, ayant trait surtout au moyen principal de résister au froid, l'alimentation. Les causes qui agissent lentement, qui ne manifestent leurs effets que parla continuité, sont, en première ligne, la

59u2 MODIFICATEURS. — CLIMATS TEMPÉRÉS.

misère ordinaire ou misère par privation; en deuxième ligne, le défaut d'exercice, ou, ce qui revient au même, une dépense insuffisante eu égard aux besoins de l'organisation.

Peu importe que ce soit par privation continue ou par défaut d'exercice habituel que la dépense s'abaisse, le même résultat est déterminé : c'est la misère physiologique dont je vais exposer les principaux caractères, qui se déclare Si dans bien des cas ses symptômes n'apparaissent pas avec netteté dans les formes chroniques, ils se montreront au contraire avec une évidence complète dans les formes aiguës déterminées par l'inanition ou les disettes.

Je ne me dissimule pas les difficultés de la tâche que j'entreprends: il me faudra de longs développements pour démontrer les faits que je veux mettre en lumière; je suis forcé de demander à mes lecteurs, pour apprécier mon œuvre, une attention bienveillante et soutenue.

La misère physiologique est une maladie innommée par les pathologisles, ou plutôt une imminence morbide, et c'est l'i mminence morbide la plus redoutable, si l'on a égard au nombre de ses victimes et aux dangers auxquels elle expose. C'est une forme de l'anémie des auteurs; mais l'anémie vraie est surtout caractérisée par la diminution des globules du sang. Dans la misère physiologique, les globules sanguins ne sont pas plus atteints que les autres organes essentiels à la vie qui éprouvent tous une notable diminution, qui s'accentue surtout pour les organes qui président ou'qui serventà la nutrition etàla locomotion. Les ressources de résistance à l'action nuisible de tous les modificateurs et particulièrement au froid sont diminuées; elles sont amoindries pour la quantité absolue et pour la qualité relative, quand le besoin de réaction survient. Il n'est pas facile de caractériser la misère physiologique par les changements qui surviennent dans les organes; il est plus aisé d'indiquer les modifications qui se montrent dans les principales fonctions du grand appareil de la nutrition.

Observons que l'étude de l'inanition, en exagérant les désordres des organes, nous permettra bientôt de mieux voir des modifications anatomiques qui sont, ou moins apparentes, ou variables dans la misère physiologique qu'on observe communément.

Le fait général le plus constant dans la misère physiologique déterminée par les privations, c'est la diminution de volume, de poids des organes qui fournissent les ferments, qui préparent, qui mettent en réserve les matériaux alimentaires de calorilicalion. La percussion déterminant le volume, du foie, de la rate et du pancréas, peut fournir de précieuses indications.

L'état général dans la misère physiologique présente les modifications suivantes : le poids absolu du corps est diminué, sauf le cas d'appauvrisment général déterminé par inertie ; J'insulfisance de dépense est dans

Page 1