MISÈRE PHYSIOLOGIQUE. - MISÈRE DU RICHE
(Louis Blanc, Organisation du travail, 3e édition, au bureau du Nourrit u monde, 1850, p. 47). J'ajouterai à ces belles paroles une conclusion qui ressort nettement de toutes mes éludes, c'est que parmi toutes les causes de mort prématurée, la misère vient en première ligne. C'est l'ennemi qu'il faut incessamment combattre.
Misère du riche. — Je vais donner quelques exemples de différentes conditions autres que la misère par défaut de ressources, agissant dans le même sens parce que la cause est la même, cette identité sera démontrée à l'aide de la synthèse physiologique, Le résultat commun sera toujours l'insuffisance et l'irrégularité de la dépense, eu égard aux besoins de l'organisation, et le résultat final, la misère 'physiologique. Commençons par les cas dans lesquels l'assimilation que je cherche à établir se déduira facilement.
Dans le sens grammatical on comprend, nous l'avons dit, sous le nom de misère, la privation forcée, par défaut de ressources, des choses nécessaires à la vie; mais il peut se présenter une foule de circonstances dans lesquelles la privation ne dérive pas d'un défaut de ressources, mais de conditions d'organisation qui ne permettent pas une réparation suffisante de l'économie : c'est la misère des riches, la privation au milieu de l'abondance. Je vais en citer quelques exemples : Une jeune fille vivant au milieu des conditions delà plus grande opulence, dont on augmente les caprices, en les prévenant, peut être et est souvent atteinte par la chlorose. Les goûts bromotologiques dépravés peuvent la conduire à cette continuité dans l'alimentation mal réglée, insuffisante, que nous avons démontrée être la condition principale d'évolution de la misère physiologique; voilà évidemment la misère contrastant avec l'abondance et le luxe apparents.
L'anorexie continue, qui s'observe si souvent chez les mieux partagés au point de vue de la fortune, conduit fatalement à la misère physiologique. Quand on est en présence de convalescences incomplètes, non franches, de maladies longues, qui ont commandé une diète soutenue qui a épuisé, la fièvre aidant, presque toutes les ressources de calorification en réserve, tel que cela ne se présente que trop souvent sur le déclin des fièvres typhoïdes, de rougeoles graves, etc., on comprend sans peine que si cet état se prolonge, on peut le considérer comme la misère physiologique à forme aiguë. A la suite des grandes opérations, quand de vastes suppurations épuisent l'économie, si les fonctions digestives languissent, si une réparation suffisante ne vient pas combler les pertes ; voilà évidemment encore une forme aiguë de la misère physiologique qui peut parfaitement coïncider avec toutes les ressources dont la richesse peut entourer un individu. Admettons qu'un homme au milieu des splendeurs de la fortune soit en proie à de vio-
lents et persévérants chagrins, et cela se rencontre encore dans le monde; son appétit est anéanti, ses forces déprimées, la nutrition languit, les pertes, bien qu'amoindries, no sont pas réparées : voilà encore un exemple des plus nets de la misère physiologique coïncidant avec l'abondance apparente.
Beaucoup de maladies chroniques qui modifient les conditions de la nutrition, conduisent à la misère physiologique. Ces maladies s'attaquent aussi bien aux riches qu'aux pauvres: je citerai l'albuminurie, les accidents syphilitiques graves, les fièvres intermittentes, les dyspepsies, les gastralgies, les entéralgies avec vomissements et troubles nerveux, la grossesse avec vomissements incoercibles, le sevrage prématuré, la lactation trop prolongée, l'onanisme, etc. J'espère qu'après cette discussion que j'ai cherché à abréger, on admettra sans peine que dans l'aisance il se rencontre encore, plus souvent qu'on ne le pense, des conditions qui représentent très fidèlement, sous les rapports essentiels, les conditions physiques de la misère, et c'est précisément quand ces rapprochements existent, quand chez les riches il y a, comme chez les pauvres, continuité dans l'insuffisance de la dépense des aliments de la calorification, eu égard 'aux besoins de l'économie, que la misère physiologique apparaît.
Il me semble démontré que physiologiquement il n'existe aucune différence essentielle entre un individu qui n'utilise pas une quantité suffisante d'aliments de calorification parce qu'il n'en a pas, et celui qui peut en avoir, mais qui n'en use point, parce qu'il est malade, ou qu'au point de vue alimentaire ses goûts sont dépravés. Nous allons citer maintenant un exemple très différent en apparence, mais identique en réalité, celui d'un individu dans l'aisance, satisfaisant son appétit très développé, mais perdant par les urines une somme presque égale d'aliments do calorification à ceux qu'il ingère. C'est le cas des glycosuriques.
Il ne manquo do rion; voilà en quoi il diffère de celui qui endure la misère, mais il lui ressemble par l'insuffisance de dépense. Comme le pauvre il tombo sous lo coup do la misèro physiologique avec toutes ses redoutables conséquences. Nous nous appesantirons bientôt sur cette question spécialo en traitant do l'étiologio do la phthisie pulmonaire; c'est à propos de cette grando question que jo me réserve d'établir que les habitants des pays intertropicaux qui viennent habiter nos localités tempérées tombent souvent aussi sous los coups de la misère physiologique par insuffisance de dépense, ou égard aux besoins de l'organisation.
\,,inertic continue, en diminuant la dépense, conduit également h la misère physiologique. Cotte inertie peut dépendre du défaut d'exercice corporel général, ou de l'insuffisance de la fonction respiratoire, soit par