MISÈRE PHYSIOLOGIQUE. - MISÈRE DU RICHE
une faneste habitude de ne pas respirer h pleins poumons el de laisser relativement inactives les vésicules respiratoires du sommet, soit par l'effet pernicieux de poussières inhalées pendant une suite d'années. J» reviendrai encore sur ce sujet en traitant de l'éliologie de la phthisie. La continuité dans la dépense insuflisantc des aliments de la calorification par inertie agit moins puissamment que la perle ou l'insuffisance des aliments de calorification, pour produire la misère physiologique, mais elle agit dans le môme sens; j'en donnerai les exemples les plus nets qui le démontrent, mais avant de le faire je dois m'efforcer de présenter les rapprochements et les [différences qui existent entre ces divers états.
Quand il y a perte ou insuffisance, pour une cause ou pour une autre, des aliments de la calorification, la dépense est toujours diminuée. Les manifestations de cette diminution sont les suivantes : exhalation moindre d'acide carbonique dans un temps donné, diminution dans la quantité d'urée produite, abaissement de la température animale d'un demi et quelquefois d'un degré et plus, refroidissement plus fréquent et plus durable de la périphérie. Sous l'influence des causes de froid, réaction moins prompte; sécheresse de la peau; diminution très notable de l'évaporation cutanée. Il semble que l'organisation devant satisfaire à bette condition de maintenir une température constante de 37°, 5, le fasse avec la plus grande économie, pour ne détruire que le plus lentement possible les matériaux en réserve. Celte diminution dans la quantité de chaleur produite dérive-t-elle principalement do la diminution pondérable des matériaux facilement destructibles, et de la décroissance inévitable dans la dépense de forces vives, décroissance qui accompagne fatalement le dépérissement général? Le repos des forces musculaires, l'inertie conduisent au même résultat définitif que la perte ou l'insuffisance des aliments de la calorification, diminution dans la production de la chaleur animale. La diminution ici ne tient pas à un épuisement ou à une insuffisance des réserves, mais bien à un emploi incomplet d's ressources. Les deux états présentent de grandes ressemblances, cependant ils ne sont pas identiques. L'inertie est une condition, au reste, moins durable, moins permanente que la perte ou l'insuffisance; la condition de continuité n'étant pas toujours exactement remplie, il s'ensuit que la loi d'évolution de la misère physiologique présente des exceptions qui, en réalité, ne sont qu'apparentes.
Je reviendrai bientôt sur ce sujet en parlant de l'étiologie de la phthisie chez les créoles indolentes de la Martinique, chez les prisonniers des campagnes, chez les pensionnaires du Bon pasteur. Ajoutons à cette liste d< s victimes de l'insuffisance de la dépense ces enfants des riches confinés dans des chambres bien chauffées, garantis du moindre froid par des vêtements exagérés, élevés en un mot dans du colon, comme on le
dit vulgairement. Voilà des riches qui, eux aussi, tombent sous le coup de la misère physiologique, car ils ne produisent pas plus de chaleur que ceux qui pâlissent; ils ne prennent pas l'indispensable habitude de réagir lorsque surviennent par hasard de brusques variations de température. On se conduit avec eux comme on doit le faire avec les vieillards arrivés au dernier terme de la décrépitude : pour ceux-là tous ces soins minutieux sont indispensables, parce que les années ont diminué 1 energie des appareils de réparation et de dépense. Les fonctions digeslives comme les fonctions respiratoires sont atteintes. Ils sont sous le coup de l'extrême et incurable misère physiologique; ils ne peuvent éviter la cause grave de maladie, le froid, auquel les jeunes doivent apprendre à résister.
L'exercice exagéré, en usant, dans un temps relativement courl, les ressources de calorification, est presque aussi à redouter que l'inertie; il conduit à l'insuffisance ou à l'irrégularité de la dépense qui mène, comme nous l'avons vu, à la misère physiologique. C'est souvent le sort des pauvres et honnêtes ouvriers qui, chargés d'enfants, se surmènent pour satisfaire aux besoins de la famille. Ce sont ceux-là que la société doit puissamment aider pendant les moments difficiles.
Effets généraux de la continuité de la misère physiologique. — Nous allons exposer rapidement quelles sont les suites de la misère physiologique, soit qu'elle soit déterminée par l'insuffisance de réparation (misère du pauvre ou du malade), soit par l'insuffisance de dépense (misère du riche, ou de l'homme condamné au repos continu, à l'excès ou l'irrégularité de la dépense). Le résultat définitif est toujours le même : c'est une irrégularité, une insuffisance dans la production de la chaleur et de la force.
Ceux qui sont sous cette fâcheuse influence sont les premiers exposés : 1° aux coups des épidémies (maladies déterminées par des miasmes spécifiques, choléra, typhus), à l'action des effluves des marais; 2° à l'invasion des maladies qui se développent sous l'influence de refroidissements non suivis de réaction (bronchite capillaire, pneumonie, pleurésie, péricardite, rhumatisme articulaire, maladies du cœur, sclérème). Je démontrerai la vérité de ces indications en abordant l'étude étiologique des maladies que je viens de mentionner. Combien est élevé le nombre de ceux qui tombent ainsi sur ce champ de bataille de la misère physiologique ! Ceuxqui résistent ne sont guère mieux partagés.
Dès que la misère physiologique s'est emparée d'un individu, son état peut toujours aller en s'aggravant; il a moins de force, dès lors moins de travail possible, plus de chance de privations : la diminution d'exercice, de dépense, en est la conséquence ; d'où continuité progressive durant des mois ou quelquefois des années de la misère physiologique.