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des poumons, quand on endurait la misère physiologique. Toutes les autres causes qui mettent obstacle aux fonctions respiratoires, quand la condition de continuité est remplie, peuvent et doivent favoriser le développement de la phthisie. Nous comprenons bien, d'après cela, comment plusieurs cliniciens distingués ont pu reconnaître que les inflammations des bronches, des poumons ou de leurs enveloppes (1), pouvaient favoriser l'évolution des tubercules. On doi t admettre mieux encore que l'inhalation pendant plusieurs années de poussières dures et insolubles doit favoriser le développement de la phthisie pulmonaire de deux manières. D'abord en diminuant les fonctions respiratoires, et secondairement la dépense des matériaux de calorilication, puis en second lieu en formant des dépôts qui peuvent servir de noyaux aux matières albuminoïdes insolubles. Je reproduis dans l'Appendice la note consacrée à l'influence des poussières minérales sur la production de la phthisie.
Me voici arrivé au but que je me proposais d'atteindre. Je crois avoir par une saine et rigoureuse interprétation des faits, en appliquant les principes de 1 etiologie synthétique, ramené à une formule générale les causes de l'évolution de la phthisie pulmonaire, qui paraissent au premier abord des plus disparates. J'ai rapproché, autant que je l'ai pu, les faits qui présentent la netteté expérimentale la moins con-
(1) Inflammation des bronches, des poumons ou de leurs enveloppes. — C'est une opinion déjà ancienne, dit Louis (loco cit., p. 395), que la phthisie reconnaît pour cause les diverses inflammations pulmonaires. Broussais avait donné à cette croyance une consécration nouvelle: ayant ouvert un grand nombre de sujets morts de pleurésie et de pneumonie aiguë ou chronique, et ayant trouvé chez plusieurs d'entre eux des tubercules dans les poumons, il a cru trouver la cause de cette dernière affection dans l'existence antérieure de l'inflammation des poumons par le fait de la pneumonie ou de la pleurésie. Non seulement les observations ne prouvent pas, dit Louis, que la pneumonie soit une cause de tubercules, mais l'histoire de cette phlegmasie lui semble démontrer tout le contraire. En offot, suivant Bayle, elle se développe le plus ordinairement de la base au sommet des poumons, et les tubercules pulmonaires se développent presque toujours d'une manière inverse : la pneumonie occupe rarement le» deux côtés do la poitrine, les tuberculos existent presque toujours dans les deux poumons; la phthisie est moins fréquente chez l'homme que chez la femme, c'est l'inverse pour la pneumonie.
Ces mômos réflexions s'appliquent, en grande partie, à la pleurésie. Concluons, avec l'illustre auteur dos Racherchet sur la phthisie, que si l'influence de la pneumonie et de la pleurésie sur la production des tubercules s'exerce, ce ne peut être que très rarement et dans des cas tout à fait exceptionnels. Le professeur Grisolle, dans son beau Traité sur la pneumonie, est arrivé aux mûmes conclusions : « Ainsi, dit-il, les faits démontrent que les symptômes do la phthisie peuvent survenir quelquefois consécutivement à une pneumonie aiguë, mais est-on en droit d'en conclure qu'il existe un rapport bien démontré de cause à effet entre ces deux affections? » Des faits nombreux qu'il a observés et commentés, Grisolle concluf : 1* que la phthisie pulmonaire ne succède immédiatement à une pneumonie que dans des cas fort rares (inoins d'un trentième) ; 2° que môme alors il n'est pas démontré que la phthisie soit une conséquence de la pnoumonic; tout fait présumer, au contraire, que les tubercules ont été antérieurs à l'inflammation pulmonairo et en ont peul-ôlre provoqué l'apparition. » Nous comprenons d'ailleurs sans peine que, dans des cas exceptionnels, la pneumonie soit venue accompagner et aggraver, par une lente convalescence, la continuilii de l'appauvrissement général do l'économie; tout ce que l'on peut dire , c'est que la pneumonie
MiSKIlE PHYSIOLOGIQUE. - PHTHISIE. - TliAITËMENT. 663
teslabledoceux qui, au premier abord, ne paraissent pas du même ordre paroe qu'on n'avait pas jusqu'ici considéré leur action biologique comme il convient de le faire.
Je suis arrivé ainsi à la loi dont voici l'énoncé : Les conditions d'âge étant favorables, la continuité de la misère physiologique oondnit fatalement à la phthisie pulmonaire (1).
Traitement hygiénique, prophylaxie de la phthisie pulmonaire ou de son imminence. « Le sujet que je traite a une telle importance pratique, que je ne crains pas de me répéter en reproduisant presque textuellement ce que j'ai imprimé dans le Supplément à mon Annuaire de 1801 sur celte grave question.
Comme dans beaucoup d'autres maladies ebroniques, les soins hygiéniques sont d'autant plus efficaces dans la phthisie pulmonaire que l'affeeliuii est plus récente et que les désordres sont plus bornés. Il serai1 d'une grande importance de devancer l'époque où les signes stéthoseppiques ne laissent aucun doute sur l'existence des tubercules dans les poumons. Dans bien des cas on peut s'aider des antécédents de famille, prévoir et prévenir, en suivant les voies que nous avons tracées, l'évolution d'une affection dont la marche est si souvent fatale quand elle esf,
n'interrompt pas le cours normal de la cause productrice de la tuberculisation pulmonaire..
L'influence du catarrhe pulmonaire sur le développement des tubercules ne semble pas plus démontrée à Louis que celle de la pneumonie. Dans tous les cas, ajoute cet éminent observateur, dans Ja pjithisie .aiguë do;i,t j'ai donné l'analyse, les bronches étaient parfaitement saines, même au sommet des poumons. On comprend sans peine que des phtbisiques, toutes choses égales, doivent être plus exposés à des bronchites que ùes individus ayant les poumons sains. Si, dans quelques cas, les bronchites réitérées sont suivies de tuberculisation pulmonaire, nous appliquerons à ces cas le raisonnement que nous avons fait pour la pneumonie, et nous dirons : Les bronchites réitérées s'accompagnent d'anorexie, d'où insuffisance dans la réparation des aliments de la calorjhcatioH, d'où continuité de la véritable cause productrice. Ainsi, comme l'a si bien démontré Louis, l'inflammation des bronches, des poumons et de leurs enveloppes, n'est pas la cause de la tuberculisation pulmonaire. Si, exceptionnellement, à la suite de pneumonie, de pleurésie, de bronchite, des tubercules apparaissent dans les poumons, c'est que la cause génératrice des tubercules, continuité dans l'insuffisance de Ja dépense des aliments de la calorificalion, eu égard aux besoins de l'organisation, la précède et s'est montrée conçu? remment avec l'inflammation des bronches, des poumons ou de ses enveloppes.
(1) Dans ,1e Supplément à mou Annuaire de 1861, j'énonçais en d'autres expressions la loi de l'évolution des tubercules : « Les conditions d'âge étant favorables, la continuité dans la perte des aliments de la calorification, la continuité de leur insuffisance eu v^iud à la température extérieure et aux besoins de l'organisation, la cqnti imité même de leur dépense insuffisante, conduisent à la tuberculisation pulmonaire. » On pourrait peut-être simplifier l'énoncé de cetlc formule et dire : Les conditions d'âge (•tant favorables, la continuité dans l'insuffisance de la dépense des aliments delà calor.ibcatton, eu égard aux besoins de l'organisation, conduit à la Uihere.ulisatiou pulmonaire; ou bien encore: La continuité dans l'insuffisance de la production de chaleur, ou de l'exhalation d'acide carbonique, eu égard aux besoins de l'organisation, conduit à la tuberculisation pulmonaire.
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développée. Je crois qu'on pourrait trouver des éléments précieux de ce diagnostic anticipé dans une étude sérieuse de la santé, en s'aidant de plusieurs caractères avant-coureurs qui jusqu'ici ont été ou négligés ou mal interprétés, et qui ont cependant de la valeur, ce sont ceux de la misère physiologique. Je vais rappeler les principaux : \° Quand on voit survenir chez un sujet un notable amaigrissement, malgré le mainlien de l'appétit et la bonne harmonie apparente des fonctions digestives,il yalieu-de se défier et d'examiner attentivement les excrétions. — Quand à l'âge de prédilection survient une anorexie, des goûts dépravés d'où dérive une alimentation insuffisante, si la continuité de ce grave symptôme se manifeste, i 1 y a toutàredouter. — 8° Les sujets jeunes encore qui se refroidissent sous de faibles influences, chez lesquels la réaction est lente et difficile, doivent être l'objet d'une surveillance attentive, sous le point de vue de la direction du régime. — 4° Les individus chez lesquels la capacité des poumons ou l'activité des cellules pulmonaires est insuffisante, eu égard au poids vif de l'individu, doivent être l'objet d'un examen attentif à l'âge de prédilection, et les ressources d'une gymnastique intelligente du poumon doivent être mises à contribution concurremment avec les moyens hygiéniques que nous allons énoncer pour prévenir le développement de la tuberculisation pulmonaire. On connaît la capacité des poumons et l'activité des cellules pulmonaires à l'aide de la spirométrie. — 5° Quand l'excrétion moyenne dans les vingtquatre heures de l'acide carbonique par les poumons, de l'urée par les reins, est notablement inférieure aux quantités normales dans l'état de santé pour un âge et un poids vif déterminés, il y a sérieusement à se préoccuper de l'évolution de tubercules dans les poumons, quand la diminution de cette production n'est pas chose accidentelle. Je reconnais que l'évaluation exacte de l'acide carbonique éliminé dans les vingtquatre heures, présente encore aujourd'hui, malgré les beaux travaux de MM. Andral et Gavarret, de sérieuses difficultés pratiques, mais il n'en est pas de même de l'évaluation de l'urée. Je fais connaître, dans mon Traité de la glycosurie, p. xxv, des méthodes rapides qui conduisent à des résultats suffisants. Je suis convaincu que, lorsqu'on aura réuni dans cette direction un nombre assez grand de faits, on aura le moyen le plus sûr de connaître l'imminence de la tuberculisation pulmonaire.— G0 Quand on perdra habituellement pendant longtemps el en quantité considérable, par les urines ou par les selles, ou par d'autres excrétions ou sécrétions des éléments de la calorification, il est évident, d'après ce que nous avons établi précédemment, que la tuberculisation pulmonaire sera menaçante.
La phthisie pulmonaire étant imminente ou déclarée, la prophylaxie est aussi simple que la formule éliologique à laquelle j'ai été conduit, elle en découle immédiatement. Elle peut s'énoncer ainsi : Comhalfrc la
misère physiologique en utilisant le plus possible d'aliments riches Ae la caloriftcation.
Je vais donner quelques détails sur le choix des aliments de la calorification, sur les moyens les plus convenables pour en favoriser l'absorption et l'utilisation ; puis j'indiquerai les ressources que l'on possède pour combattre quelques-unes des complications les plus communes, et pour les prévenir quand cela se peut.
Utilité /le* corps gras. — De l'huile de foie de morue. — Les aliments de la calorilication auxquels on doit donner la préférence, en les ajoutant ou en les substituant en partie au régime ordinaire, appartiennent au groupe des corps gras exclusivement (voy. p. 69). Le premier auquel on doit songer est l'huile de foie de morue (voy. p. 86). Voici les principales raisons qui légitiment cette préférence : Quand on y est habitué et qu'on l'administre convenablement à doses modérées et graduées au repas du matin, loin de causer de l'anorexie comme la plupart des autres corps gras, elle augmente plutôt l'appétit. Elle est facilement absorbée en proportion assez considérable, c'est pour cela que le plus souvent, à doses égales et à temps égal d'administration, elle ne purge pas comme les autres corps gras ; elle paraît s'emmagasiner plus facilement sans déterminer ces transsudations graisseuses, dans les reins, les poumons, le foie, comme beaucoup d'autres huiles quand elles sont administrées à saturation ; enfin la dépense en paraît plus régulière, plus facile et plus complète. J'ai déjà insisté sur tous ces avantages et j'en ai recherché les raisons dans mon Annuaire de thérapeutique de 1854 (1).
Quand pour une cause ou pour une autre l'huile de foie de morue ne pourra pas être ou ingérée ou utilisée, il faut s'adresser à d'autres corps gras en les variant et le plus souvent les associant les uns aux autres. Ceux que je recommande le plus spécialement sont le beurre, la crème, le bon lait, le beurre de cacao, l'huile de cannabis, le lard, le jambon gras, la graisse de porc et autres graisses animales.
On peut, dans le plus grand nombre des cas, associer au régime ordi-
(1) La dose que je prescris varie d'une à trois cuillerées par jour. Je regarde l'huile de foie 'le morue de Terre-Neuve préparée à l'aide de foies frais comme aussi efficace que L'huile brune, préférable à elle, parce qu'elle n'est pas désagréable. C'est au déjeuner qu'il convient de l'administrer, et au milieu du repas. On place sur la langue une pincée de sel, puis on avale rapidement une cuillerée d'huile; on mâche une croûte de pain, on se rince la bouche avec quelques gorgées de vin pur ou de café, et l'on continue son déjeuner. En modérant les doses, en les graduant suivant la tolérance et les exigences de la température et l'exercice pris, on s'aperçoit à peine, dans le cours de la journée, qu'on a ingéré de l'huile de foie de morue. Les personnes qui ont un éloignement instinctif pour les corps gras peuvent faire une pâte avec l'huile et le gluten en poudre impalpable de Cormier. Ce mélange, très nutritif, s'avale facilement dans du pain azyme.
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naire 50 grammes de beurre en le choisissant de bon goût et en y additionnant une quantité convenable de sel.
Quand l'huile de foie de morue, le beurre, ne sont pas acceptés volontiers ni bien supportés, quand, dans les degrés plus avancés de la phthisie, les malades ont du dégoût pour les aliments, c'est alors que l'emploi du bon lait peut rendre de grands services. Si l'estomac le supporte bien, on doit l'administrer au sortir du pis de la vache et choisir de préférence les dernières portions de la traite, qui sont plus riches en beurre. Il est utile d'y ajouter du sel marin en quantité suffisante pour en relever la saveur, comme M. Amédée Latour l'a montré avec tant de raison dans ses belles études sur l'emploi du sel dans la phthisie pulmonaire. Quelquefois il convient de l'additionner d'eau, de sucre ou de lactine, de ne l'administrer qu'après l'avoir glacé. A l'aide de tous ces artifices il est rare qu'on ne puisse faire utiliser en vingt-quatre heures, par un malade, 2 litres de lait des dernières portions de la traite, qui doivent contenir 100 grammes de beurre, quantité suffisante de corps gras pour pourvoir aux besoins d'une dépense élevée.
Le cacao contient, lorsqu'il est torréfié, la moitié environ de son poids de corps gras. On comprend, d'après cela, qu'en additionnant de beurre de cacao récent des graines de cacao mondées, torréfiées et broyées, et ajoutant au mélange le tiers de son poids de sucre, on puisse obtenir un chocolat à 50 pour 100 de beurre qui pourra intervenir utilement dans le régime, à la dose de 50 à 100 grammes par jour. De toutes les huiles végétales que j'ai essayées pour suppléer à l'huile de foie de morue, quand les malades ne peuvent la supporter, celle qui m'a le mieux réussi est l'huile de graines de c\\èr\evis(Cannabis satira) exprimée à froid avec mesure; elle est peu colorée et d'une saveur agréable. On peut en donner de une à deux cuillerées au repas du matin, elles sont en général bien utilisées. Quand les corps gras ne sont pas bien absorbés, qu'ils passent dans les excréments en déterminant le plus souvent delà purgation, il faut en suspendre ou en modérer l'emploi. Quelquefois on en facilite l'absorplion en formant une pâte avec le corps gras «Ides pancréas crus de pigeon. Depuis trente ans j'ai recours à ce mode d'administration des corps gras dans les cas difficiles. On les Tait encore toJérer en faisant suivre leur ingestion de celle de 2 grammes de granules de sous-nitrale de bismuth. Mais ce n'est que très exceptionnellement qu'on doit recourir à ces artifices pour faire absorber une quantité suffisante de corps gras, que j'estime en moyenne à 4O0 grammes dans les vingt-quatre heures.
Utilité de l'exercice. — Ce n'est pas tout que de faire absorber les corps gras dans l'appareil digestif, il est. aussi important d'en surveiller et d'en activer la dépense.
Le premier et le plus sûr moyen pour atteindre ce but est un -exercice
énergique de chaque jour. Je recommande la marche accélérée, autant que faire se peut le jardinage; le labourage, l'opération de scier le bois, les jeux de billard, de paume, de boule, la natation, etc., etc., et surtout les exercices de bras dans un gymnase, continués avec persévérance et bien gradués. Il faut toujours s'arrêter avant la fatigue.
Gymnastique des poumons; emploi de l'oxygène, ou de l'air plus riche en oxygène; — voyage dans un pays de montagnes. — J'ai insisté depuis vingt-huit ans dans mes cours d'hygiène sur l'importance de la gymnastique des poumons dans les cas d'imminence de la tuberculisation pulmonaire; cette gymnastique n'a pas moins d'utilité dans la glycosurie, qui se complique si fréquemment de tuberculisation pulmonaire.
Je vais reproduire l'article que j'ai inséré à la page 63 de mon Mémoire sur l'exercice forcé appliqué au traitement de la glycosurie :
« Les personnes qui sont sous le coup de la misère physiologique, et surtout les glycosuriques, ont un grand nombre de cellules pulmonaires paresseuses qui ne se dilatent pas à chaque inspiration ; il est de la plus grande importance de faire pénétrer dans les poumons le plus grand volume possible d'air. Sans doute on atteint ce but par les travaux dans le gymnase, mais ces travaux peuvent n'être pas faciles pour tous les malades, puis les inspirations peuvent être répétées sans être complètes. C'est pour ces personnes que depuis longtemps j'ordonne la gymnastique du poumon. Voici comment je procède :
» Je prescris de remplir, autant que faire se peut, toute la capacité pulmonaire par une inspiration douce et prolongée; cette inspiration est suivie d'une lente expiration; on continue pendant cinq minutes, puis successivement pendant un quart d'heure, une demi-heure môme, ces inspirations complètes, mais avec des repos suffisants pour ne causer aucune gêne. On renouvelle le même exercice au moins deux ou trois fois par jour.
» Au lieu d'air ordinaire, je fais quelquefois inspirer du gaz oxygène, ou un mélange d'air et de gaz oxygène en proportions variées. Pour cela, j'adapte à un flacon de Wolf à trois tubulures : 1° un tube en S pour verser l'acide acétique; 2° un tube droit pour permettre l'entrée de l'air extérieur : ce tube droit plonge à la partie supérieure du liquide contenu dans le flacon, il est mobile afin de régler aisément la rentrée de l'air extérieur; 3° un petit flacon laveur, adapté par un tube à la troisième tubulure et fixé entre deux tubulures sur le flacon de Wolf; il en part un tube de caoutchouc terminé par un embout de buis ou d'ivoire servant à l'inspiration. Dans un flacon d'un litre de capacité, je fais introduire 100 grammes de peroxyde de manganèse, 400 grammes de peroxyde de baryum et 200 grammes d'eau. On verse de l'acide acétique de bois concentré par le tube en S; le gaz oxygène se dégage et se mêle à l'air contenu dans le flacon, qui se renouvelle à chaque inspi-
ration. On augmente la proportion du gaz oxygène, suivant l'effet des premières inspirations, en versant de nouvelles quantités d'acide acétique dans le llacon, et en ajoutant, quand besoin est, des peroxydes de baryum et de manganèse mélangés. On peut employer d'autres mélanges qui donnent de l'oxygène sans avoir besoin de chauffer.
» Je regarde un voyage dans un pays de montagnes comme très favorable pour développer les poumons des jeunes gens qui sont sous l'influence de la misère physiologique. Mais il faut éviter avec le plus grand soin les refroidissements non suivis de réaction, choisir une bonne saison (juillet, août) et s'élever graduellement. Je regarderais comme surtout utile lé séjour dans les hauts plateaux de la Bolivie , parce que la tuberculisation pulmonaire y est très rare, comme me paraît l'avoir solidement établi dans sa thèse le docteur Guilbert, qui a longtemps séjourné dans ces contrées. Je reviendrai sur ce sujet en appréciant l'influence de la pression atmosphérique.
Utilité des aliments de la force. — Pour dépenser des forces musculaires, il faut pourvoir à la réparation ; je prescris chaque jour une quantité suffisante de viandes rôties ou mieux grillées , en donnant la préférence à celle de mouton ou de bœuf. Il y a loin de cette prescription à celles qui consistaient à mettre les malades languissants ou affaiblis à l'usage presque exclusif de viandes grillées, sans se préoccuper des aliments de la calorification, qui doivent former cependant la plus grande masse de la dépense et par conséquent de la réparation.
Fondions de la peau, calorification. — Réveiller la vitalité des fonctions de la peau est une des conditions les plus indispensables de la dépense régulière des aliments de la calorification. L'exercice concourt efficacement au but de rappeler la chaleur à la peau ; mais cela ne suffit pas; des frictions journalières avec des linges humides, puis de vives frictions avec des linges secs, et la brosse en caoutchouc de Galante, suivies de massage avec la main enduite de quelques gouttes d'huile d'olive parfumée au benjoin, me paraissent avoir une grande utilité.
Pendant l'été chez nous, et dans les pays chauds, toujours, pour favoriser la dépense des aliments de la calorification, il est indispensable d'avoir recours à quelques-uns des procédés de l'hydrothérapie , et cela avec constance. Dans certaines conditions, un ou deux bains de mer par jour, de très courte durée, suflisent pour que la réaction soit complète et légitime ; dans d'autres, il faut se contenter d'une ou deux ablutions avec de l'eau froide ; dans d'autres, on ne pourra employer que les li/iges humides, et encore avec mesure. Il faut que ces moyens de favoriser la dépense soient gradués d'après les ressources de l'économie, les conditions de température moyenne du lieu qu'on habite, la quantité d'air qu'on peut introduire dans les poumons, et enfin d'après un ensemble de considérations que le médecin peut seul apprécier et qui
varient suivant l'état, la condition de l'individu auquel on donne des soins. Toujours l'emploi de l'eau froide devra être suivi de très vives frictions sèches et d'exercice.
Sains que réclament les complications (1). — Sans doute, il existe des formes et des phases de la tuberculisation pulmonaire qui ne permettent pas l'emploi des moyens hygiéniques que je viens d'indiquer, qui en commandent la suspension et qui exigent l'intervention d'agents thérapeutiques et de précautions hygiéniques spéciales. Dans la phthisie galopante (granulie d'Empis), à certaines époques de révolution des tubercules, surviennent souveut des phénomènes fébriles accompagnés de sueurs nocturnes ou de diarrhées colliquatives qui usent les dernières ressources de l'économie et conduisent le malade au dernier terme de l'inanition. C'est alors qu'on a recours quelquefois avec des avantages marqués à divers médicaments appartenant aux médications controstimulante ou altérante. En tête de ces médicaments je placerai l'émétique administré à dose conlro-stimulante ou altérante; on peut aussi avoir recours à la digitaline, à la ciguë, aux iodiques ; mais il faut être toujours réservé pour employer longtemps ces agents énergiques. Après cinq ou huit jours au plus de leur emploi, il faut en suspendre l'usage, pour y revenir, si cela est nécessaire, après un repos de cinq ou huit jours. Les révulsifs énergiques, tels que l'huile de croton, le tartre stibié, appliqués sur la poitrine, sont quelquefois bien indiqués et utiles ; mais il ne faut pas oublier que l'évolution des tubercules marche souvent parallèlement avec l'inanition, et que rien n'importe plus que de revenir promptement au régime qui forme la base de la prophylaxie. Quelquefois un émétique est utile pour ranimer l'énergie des fonctions de nutrition. L'administration de la pepsine peut rendre des services en favorisant la digestion. Il faut de constants efforts pour prévenir les complications qui interviennent si souvent dans le cours de la tuberculisation : parmi ces complications, les plus fréquentes et les plus à redouter, sont les bronchites et les pneumonies. Les vêtements non conducteurs (et surtout la flanelle, qui absorbe si facilement la sueur) sont doublement utiles : 1° en s'opposant à l'action du froid continu et 2° en éloignant les chances de refroidissement. Parmi les causes de la bronchite et de la pneumonie, nous plaçons en première ligne le refroidissement : pour les éviter, il faut assurer, autant que faire se peut, aux phthisiques une température constante pendant la saison froide. Les confiner, quand cela se peut, pendant l'hiver, dans un grand appartement bien éclairé, bien ventilé, qu'on maintient à une température va-
(I) M. Peter, Du traitement hygiénique des tuberculeux (Bulletin de thérapeutique, 1878-1879); — Vulpian, Injections sous-cuianées de morphine dans la diarrhée des phthisiques (Annuaire de thérapeutique, 1880, p. iij.
riaht de 10 à 18 degrés! centigrades, est une bonne prescription. Les malades ne sont point ainsi soustraits aux soins, aux habitudes de famille, aux conditions du climat auxquels ils sont faits. C'est surtout sous ce dernier point de vue que cette prescription est avantageuse.
Quand ott veut éviter les rigueurs des hivers de nos contrées, quelle est la localité qu'il faut préférer? Les régions interlropicales doivent être de prime abord écartées, lès oscillations diurne et nocturne de la température ne conviennent pas. La chaleur extrême brise les forces, exténue, énerve et contraint au repos, qu'il faut éviter; puis Kl plilhisie prend souvent alors, comme nous l'avons déjà dit, la (orme galopante. Il faut donner la préférence aux climats à température moyenne et surtout à ceux qui sont éprouvés pour leur influence préservatrice.
Je placerai ainsi au premier rang et sur la même ligne : Madère, Alger et quelques localités de l'Egypte; puis au second rang: Hyères, Venise, Pise, Cannes, Amélie-les-Bains, Le Yemet, Nice, et surtout la ville nouvelle, mieux abritée que l'ancienne.
Il est évident que hos villes méditerranéennes seront toujours préférées à bien des" titres, par les conditions de coin fort qu'on y trouve. Nice, à ce point de vue, doit être placé en première ligne (I). Il faudra toujours veiller à l'abaissement de température qui se manifeste vers le soir, et éviter les refroidissements non suivis de réaction.
En lisant ce que je viens d'écrire sur la prophylaxie de la tuberculisation pulmonaire, on trouvera peut-être que je n'ai l'ait que conlirmer ce (jui était admis par la pratique éclairée des médecins de notre temps, mais j'attache une grande importance a avoir posé les bases rationnelles de celte pratique. Quand on est guidé par l'empirisme, on erre à l'aventure, et Ton abandonne souvent les bons sentiers : quand au contraire une roule est bien éclairée, on la suit plus volontiers. Vous n'obtiendrez la persévérance indispensable pour réussir dans une prophylaxie, longue et difficile, qu'en écartant tous les doutes» non seulement de l'esprit du malade, mais aussi de celui du médecin qui le dirige.
Pour me résumer en quelques mots, je dirai : Pour prévenir la phlhisic, il faut prévenir et combattre la continuité de la misère physiologique.
Pour don nef une conclusion pratique a la longue étude ù laquelle je viens tic me livrer sur la misère physiologique, je n'ai qu'à reproduire la dernière phase de ma thèse du concours pour la chaire d'hygiène :
« La misère physiologique est la cause la plus générale, la plus puissante (iui élève le chiffre moyen de la mortalité; le travail en rapport
(I) F. Planât, Des moyens accessoin'n <lu intilrmeul otomtahflfN « brochure
in-8J, 1880.
FROID CONTINU AGISSANT A LA PÉÎUPHËMSi - SLOItliUT. 071
avec les forces, la prévoyance, lu moralité, la charité, voilà les bases 1rs plus assui-009 du progrès social. »
FilOID CONTINU AGISSANT SURTOUT A LA PÉRIPHÉRIE (éliologie dit SCOrbllt).
— J étudie séparément cette forme spéciale du froid continu agissant à la périphérîd) parce que, commeje vais essayer de le prouver, c'est la cause dominante d'une maladie redoutable, le sconiiUT. Je crois que cette étude est des plus utiles; elle nous offrira l'exemple d'une maladie vaincue par l'hygiène; c'est une route à suivre pour les autres alfcctions. Jem'atlaclie aussi à ce sujet parce que j'y trouve une occasion de montrer que des causes très différentes en apparence peuvent être confondues en une seule, grâce à une méthode synthétique rigoureuse. Je dois d'autant mieux publier avec détail mes études sur l'étiologie du scorbut, que plusieurs thèses remarquables ont été soutenues à la Faculté sous, ma présidence par plusieurs médecins de la marine des plus distingués, parmi lesquels je citerai Maugrand, Dormay, et qu'on pourrait croire qu'ils ont reproduit les leçons que je professe depuis vingt-huit ans; il n'en est rien, ils ont été dirigés par d'autres inspirations. J'ai suivi avec le plus grand intérêt les discussions récentes sur l'étiologie du scorhut à l'Académie de médecine, je dois mentionner les communications de mes collègues Willemih, Le Roy de Méricourt, Lasègue, Delpech. J'avoue cependant que j'ai surtout puisé les matériaux de mes études dans les ouvrages des médecins qui ont bien observé des scorbutiques pendant un grand nombre d'années ; au premier rang desquels je dois citer Lind et Milmann. J'ai observé moi-même cette maladie avec soin en 1831-1832, dans une des divisions de la Salpêtrière, et en 1870, 1871 ; à Paris pendant le siège.
Comme nous essayerons de le démontrer, le scorbut est surtout caractérisé par l'inertie des capillaires du derme. On y remarque, à certaine période de la maladie, du sang extravasé ou retenu par suite d'embolies dans les capillaires; ce sang n'est pas résorbé, il est modifié localement. On distingue le scorbut endémique et le scorbut sporadique. Deux facteurs sont nécessaires pour produire le premier : 1° l'appauvrissement général de l'économie ayant pour cause, soit une alimentation insuffisante pour la quantité ou pour la qualité, soit des fatigues excessives, soit des maladies antérieures : toutes causes qui conduisent fatalement par leur continuité à une des formes spéciales de la misère physiologique; 2° la continuité du froid à la périphérie, soit par le froid externe, soit par inertie jointe au froid externe. J'insiste sur l'importance de la continuité. Ce n'est qu'après plusieurs mois d'action de la cause que le scorbut se manifeste. A Paris nous l'avons vu sévir à la fin du siège. Dans bien des épidémies il a été plus grave au printemps qu'en hiver, parce que pendant cette dernière saison la condition de continuité manquait.
Le scorbut sporadique est rare, il est déterminé par l'appauvrissement général, par une extrême inertie dans la circulation capillaire périphérique, par une idiosyncrasie spéciale ou par des maladies antérieures qui ont ruiné l'économie; il se confond avec le purpura, au moins dans plusieurs cas.
Synonymie. — Les anciens n'ont pas donné de nom spécial au scorbut. Rappelons cependant que les désignations de splen magnus, de convoivulus sanguineus, de stomacace pouvaient s'appliquer dans certains cas au scorbut. Les peuples du Nord le nommèrent schorbuk, qui signilie trancbées, maux d'estomac (Oiaeus Magnus, Histor. de gent. seplenlr.). Dans d'autres passages, le même auteur désigne cette maladie sous le nom de schoerbuch. On lui donne le nom de schearbeck à cause des douleurs de la bouche et des gencives. Il est évident que le terme de scorbut dérive de ces anciennes désignations.
Plusieurs auteurs, parmi lesquels je dois citer Freind, Sennert, Méad, avancèrent que le scorbut était une maladie nouvelle; mais Milmann démontre clairement que c'est une maladie d'humanité qui a régné de tout temps dans les régions du Nord. On a objecté que l'on ne trouvait dans les écrits d'Hippocrate que de vagues notions sur cette maladie, qu'il décrit sans lui donner de nom, à propos des lièvres intermittentes qui souvent ont précédé le scorbut. Ce qu'il y a de vrai, c'est que le climat où il vivait n'était pas plus sujet au scorbut alors qu'aujourd'hui, et que la manière de naviguer des anciens, qui ne s'éloignaient pas des côtes, ne lui a pas donné l'occasion d'observer cette maladie sur mer. Il paraît aussi que cette affection a été entièrement inconnue aux auteurs arabes. Ils ne parlent dans aucun endroit de leurs ouvrages d'une maladie semblable au scorbut. Voici les preuves qui établissent, contrairement à l'opinion de Sennert, que le scorbut n'est pas une maladie nouvelle, llippocrate, dans son livre Des affections internes, décrit une complication des fièvres intermittentes qui présente les caractères du scorbut. Pline nous a laissé la description d'une maladie qui lit de grands ravages dans l'année de Gerinanicus combattant en Hollande. Dans la description sommaire qu'il en donne on ne peut méconnaître le scorbut. Strabon, en exposant les causes des désastres de l'armée de Sillœus, nous indique clairement qu'il s'agissait de fièvres intermittentes compliquées de scorbut D'après le récit du sire de Join ville, il parait indubitable que l'armée de saint Louis fut décimée par le scorbut, à la suite de fatigues, de maladies antérieures et de dures privations, comme le fut de nos jours celle de Crimée.
Lind indique avec beaucoup de bon sens les raisons pour lesquelles les auteurs anciens ne nous ont donné que des notions très imparfaites sur le scorbut : I" parce qu'ils avaient, dit-il, très peu de connaissance