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DIMINUTION DE PRESSION. — ASCENSION EN BALLON

583 ; Quito, 553, Antisana, 470. Nous distinguons, dans ce qui va suivre, la diminution et l'augmentation de pression.

Diminution de pression.— Quand la pression atmosphérique est diminuée, plusieurs modifications se produisent dans les aptitudes des corps à se combiner. L'hydrogène phosphore non inflammable à la pression ordinaire brûle spontanément; la décomposition de l'acide carbonique par les feuilles sous l'influence de la lumière est activée, etc. Ajoutons que l'équilibre entre les gaz du sang et des liquides peut être profondément modifié si les changements de pression sont brusques.

Les effets de diminution de pression par ascension en ballon, ou sur une montagne élevée, diffèrent par une condition très importante. En ballon, la machine humaine ne dépense pas de forces pour s'élever. En cherchant à atteindre les hautes altitudes des montagnes, la dépense de force est considérable, d'où la nécessité d'une grande quantité d'oxygène qui est insuffisante dans l'air si raréfié des grandes altitudes. Nous allons commencer par étudier la condition la plus simple, V ascension en ballon, non du ballon captif, mais de ceux qui ont atteint les dernières limites du possible.

En 1804, dans une ascension restée célèbre dans les annales de la science, Gay-Lussac s'éleva à 7004 mètres. Roberston et Lhoest atteignirent la hauteur de 7400. Barrai et Bixio s'élevèrent en 1852 à 7016. Velsh, la même année, à 6990; Glaisher, en 1862, à 8832 mètres. Crocô Spinelli, Sivel et Tissandier à 8000 et 8600 mètres. Le pouls de Tissandier battait 110 pulsations à 4602; celui de Crocé 120 à 5300, et celui de Sivel 155 à 5300. Jusqu'à 7000 mètres les aréonautes n'éprouvèrent aucune influence fâcheuse. A 6500 Crocé et Sivel étaient très pâles. Ils respirèrentalorsl'airà 70 pour lOOd'oxygène. A 7500 ilsétaient immobiles el engourdis. Sivel vida alors trois sacs de lest pour atteindre 8000 mètres . A cette hauteur le corps et l'espr it s'affai blissent sans qu'on en ait conscience. Onne souffre pas; onoublieles périls, on monte, on est heureux de monter. Tissandier se sentit si faible, qu'il ne put tourner la tète. Il considéra le baromètre, il voulut s'écrier nous sommes à 8000 mètres, mais sa langue était paralysée. 11 tomba inerte et resta ainsi trente-huit minutes. Après trois quarts d'heure il s'affaissa de nouveau, il se ranima à la hauteur de 6000 mètres. Crocé et Sivel avaient cessé de vivre; leurs yeux demi-fermés et ternes, la bouche eatr'ouverte, crispée, ensanglantée, les mains froides ! Crocé Spinelli vivait après avoir atteint une première fois la hauteur de 8600; ils sont morts à une deuxième ascension. La mort fut la conséquence de la dépression atmosphérique et d'un double et long séjour dans un air raréfié. L'air sec a aussi une funeste influence. G. Tissandier dut son salut à son évanouissement prolongé. Il reconnut l'utilité des inspirations de gaz riche en oxygène. Voici en quels termes M. P. Bert s'exprime sur l'utilité du gaz oxygène. « Je n'ai

pas. dit-il, fait l'expérience que sur des moineaux; je l'ai faite sur moimême, avec des résultats tout aussi frappants et, j'ose dire sans vanité, non moins intéressants.... Voici dans quelles conditions :

« La chambre d'air dilaté se compose de deux cylindres en tôle boulonnée dans laquelle une pompe actionnée par la vapeur permet de faire progressivement le vide. Je me suis placé dans cet appareil muni d'un grand sac de caoutchouc qui renfermait de l'oxygène. Puis, la pompe entrant en marche, j'ai éprouvé les accidents classiques de la décompression : accélération de la respiration et du pouls, que le moindre mouvement augmentait beaucoup; dégoûts, nausées, troubles sensoriels et intellectuels. Je me sentais indifférent à toutes choses et incapable d'agir; une fois, ayant compté les battements du pouls pendant un tiers de minute, puis voulant faire la multiplication par trois, je ne pus y arriver et fus contraint d'écrire sur mon papier : Trop dif- (icile. Eh bien! tous ces accidents disparaissaient comme par enchantement aussitôt que je respirais l'oxygène de mon sac, et ils se reproduisaient lorsque je revenais à l'air ordinaire.

» Au fur et à mesure que baissait la pression, le pouls augmentait; avec une pression de 42 centimètres (correspondant à la hauteur du mont Blanc), il était passé de 60 à 84 pulsations. A ce moment je fis deux ou trois aspirations d'oxygène; aussitôt le pouls tomba à 71 ; je cessai et (is un mouvement, il remonta à 100 pour redescendre à 70 après la respiration d'oxygène. Deux autres personnes sont entrées comme moi dans les cylindres et ont éprouvé les mêmes accidents et la même action bienfaisante de l'oxygène : c'étaient MM. Crocé Spinelli et Sivel. M. Crocé, fort sensible à la décompression, avait les lèvres et les oreilles noires et ne voyait plus son papier, lorsqu'il se décida à avoir recours à l'oxygène; l'effet fut instantané pour lui, qui put aussitôt écrire, et pour moi, qui regardais avec une certaine anxiété son oreille violacée et m'apprêtais à ouvrir les robinets à air. C'est forts de ces expériences qu'ils partirent pour l'ascension du 22 mars 1874... et pour celle du 15 avril 1875... Le tube à oxygène pendait à une certaine distance au-dessus de leur tête; sentant qu'ils n'avaient que très peu de ce cordial gazeux, ils le réservaient pour le moment où le mal les attaquerait trop fortement, et lorsqu'ils voulurent saisir et porter à leur bouche l'ajutage qui les aurait sauvés, leurs bras étaient paralysés. »

Ascension sur les montagnes (mal de montagnes, Sarroche). — Les effets qu'on éprouve en s'élevant sur les montagnes à de grandes hauteurs ont été particulièrement étudiés pour nos Alpes par Saussure, Lcpilcur Marlins, Bravais, et pour les Andes américaines, par Ilumboldl, Boussingault elle docteur Guilbert. Ces effets, désignés sous le nom de mal de montagne, ne paraissent pas dus uniquement à la pression seule, dans notre Europe, au moins. Ils apparaissent surtout aux limites de la

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