‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 206 sur 371 · ASCENSION SI K LES MONTAGNES. - MAL DE MONTAGNES · texte numérisé non relu

ASCENSION SI K LES MONTAGNES. - MAL DE MONTAGNES

végétation, au niveau des neiges perpétuelles; depuis 1600, 3000 et 3900 mètres, suivant les continents et les localités. Il se présente aussi des variations dues aux dispositions individuelles. Voici en résumé l'influence de l'ascension sur les montagnes sur les divers appareils.

Digestion. Tous les auteurs ont noté l'anorexie, le dégoût pour la viande et une soif plus ou moins vive. Le vomissement a eu lieu quelquefois, etiMaissiat pense qu'il est dû au refoulement de l'estomac opéré par la dilatation des gaz intestinaux. — Respiration. La respiration est gênée, laborieuse. Saussure, parvenu à 4750 mètres, éprouvait une dyspnée extrême au moindre mouvement, à la plus légère contention d'esprit; à 4560 mètres, Lepileur ne respirait pas plus que s'il avait été sous l'eau, et éprouvait l'anxiété de l'asphyxie, mais il faisait un vent très vif et un froid extrême. La plupart des voyageurs disent que la respiration est accélérée; tandis que, suivant Lepileur, elle devient moins fréquente : ainsi, la fréquence de la respiration étant à Paris de 10,69, ne fut plus à Chamounix que de 10,33; celle de M. Marti ns étant de 13,33 à Paris, descendit à 13 à Chamounix. — Circulation. La plupart des voyageurs ont éprouvé des vertiges, des palpitations, des battements dans les carotides, une sensation de plénitude des vaisseaux; Moorcroft a ressenti une congestion cérébrale qui l'a obligé à se jeter par terre; la face est parfois cyanosée, mais le froid paraît être la principale cause de ce phénomène. Le pouls est constamment accéléré en raison directe de l'altitude. Une opinion à peu près générale considère les hémorrhagies comme très fréquentes, cependant, en compulsant avec soin les différentes relations, on ne rencontre qu'un bien petit nombre de cas d'épistaxis et de saignement des gencives, que, selon Lepilleur, il faut attribuer à des gerçures produites par le froid, le vent, la sécheresse de l'air, et peut-être aussi à des congestions déterminées par les efforts musculaires et la réverbération du soleil par les neiges. On ne trouve qu'un ou deux cas d'hémoptysie survenue chez des sujets dont les organes de la respiration et de la circulation n'étaient probablement pas sains. — Innervation. Plusieurs voyageurs ont éprouvé une céphalalgie très douloureuse; la somnolence est fréquente : a 4300 mètres Zunslein éprouva une envie de dormir irrésistible; à 4100 mètres Lepileur dormait en marchant. Les sens sont émoussés, la mémoire est affaiblie ; on s'abandonne facilement à l'impatience, à la colère, au découragement, à la prostration morale. — Musculation. Les phénomènes les plus remarquables se montrent du côté du système musculaire. Des douleurs plus ou moins intenses se font souvent sentirdans les genoux, dans les jambes : Fraser y éprouva un tremblement très incommode; la marche est pénible, fatigante et amène un épuisement rapide et total des forces; de 2700 à 2900 mètres, Saussure était obligé de se reposer après avoir fait 150 ou 200 pas; à 3076 mètres le repos devint néces-

sa ire après 40 ou 50 pas ; à 4750 mètres, après 15 ou 16 pas. MM. Boussingault et Hall étaient obligés de s'asseoir après avoir fait 3 ou 4 pas. A 4450 mètres Lepileur ne pouvait marcher que la tête basse et le menton touchant presque le sternum.

On diminue les accidents produits par l'ascension sur les montagnes par des inhalations de gaz oxygène ou d'air contenant deux ou trois fois plus de ce gaz que l'air normal. La mastication de la coca (voy. p. 308) peut encore rendre des services en animant la motilité. Une forte infusion de café pourrait également être utile.

Climats de montagnes. — Pathologie et thérapeutique. Il est peu d'études plus intéressantes que celle qui se rapporte à la connaissance des climats de montagnes, envisagés au point de vue de l'étiologie et de la thérapeutique hygiénique. Des travaux d'une réelle valeur ont été publiés depuis quelques années sur ce sujet intéressant. Je dois une mention spéciale pour les consciencieuses et persévérantes recherches de M. Lombard (Climatologie médicale, 4 vol. et 1 atlas); puis à une excellente thèse de M. le docteur Guilbert, imprimée dans la collection des thèses de la Faculté de Paris pour 1856; aux mémoires et aux ouvrages de M. Jourdanet; et enfin au Mémoire de M. le docteur Coindet sur les hauts plateaux du Mexique. C'est des ouvrages de ces auteurs que je vais résumer ce qui suit. En s'élevant sur les montagnes, il est des causes q-ui sont constantes pour la même élévation. C'est d'abord rigoureusement la diminution de pression, puis généralement, mais non absolument, la diminution dans le nombre des maladies déterminées par les effluves des marais et les miasmes spécifiques. Il est des causes variables, ainsi la température à pression égale est très différente, d'où l'influence pathogénique différente des montagnes dans notre Europe et dans l'Amérique intertropicale. Dans la pathologie des montagnes distinguons d'abord les maladies spéciales, les maladies communes et celles qu'on observe plus rarement que dans les plaines.

Mentionnons au premier rang des maladies spéciales, cette lièvre inflammatoire désignée sous les noms de marco ou mai de Puna, qui atteint les nouveaux venus au Pérou et dans la Bolivie; les hémorrhagies générales dans la Veruga; les méningites foudroyantes de la haute Bolivie, et dans la pathologie alpine cette pleuropneumonie hémotique désignée sous le nom de asthma montanum. Voilà des affections que des travaux modernes ont beaucoup mieux caractérisés dans leurs causes et dans leurs effets. Ces recherches nous ont également appris que les maladies de cœur, l'emphysème pulmonaire, l'asthme, les inflammations, les bronchites, les pleurésies, les pneumonies, s'observaient communément dans les pays de montagnes; que les affections rhumatismales étaient surtout fréquentes à la base de ces montagnes. Par contre, les maladies plus rares, toutes choses égales,

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