CLIMATS DE MONTAGNE. - PATHOLOGIE. - THÉRAPEUTIQUE
que dans les plaines sont : les fièvres paludéennes, la fièvre jaune, le choléra, la peste, les fièvres bilieuses, l'hépatite, la dysenterie. L'influence de l'élévation est au contraire peu sensible pour la fièvre typhoïde et les fièvres éruptives. Dans ces maladies, c'est la question de la réunion des habitans dans les grandes villes qui devient le facteur le plus important.
Voyages dans les pays de montagnes.— L'utilité ou les contre-indications des voyages dans les pays de montagnes s'appuient aujourd'hui sur des observations d'une grande valeur. Voici rénumération des maladies qui sont le plus souvent améliorées par cette thérapeutique hygiénique : en première ligne les cas de nutrition alanguie par une vie trop sédentaire, les gastralgies, les diarrhées persistantes, la chlorose, les convalescences en général et surtout celles des fièvres intermittentes, l'épuisement nerveux par suite de travaux intellectuels excessifs, l'hypochondrie, etc. ; les maladies des pays chauds, et en première ligne l'hépatite et la dysenterie. Voilà pourquoi le séjour de la Preste, la station thermale la plus élevée de nos Pyrénées, est si utile à nos marins éprouvés par les voyages dans les contrées chaudes, ou celle de l'Ugaldine dans les Alpes.
Les voyages dans les pays de montagnes sont à redouter pour les emphysémateux, pour les maladies du cœur, pour les individus prédisposés aux hémorrhagies. Pour la phthisie, nous pouvons citer deux exemples opposés : dans notre Europe, le séjour au Saint-Gothard est funeste aux phthisiques ; au Pérou, le séjour sur les hauts plateaux des Cordilières leur est favorable.
Comme je l'ai déjà mentionné page 668, d'après les études de Guilbert, ces exceptions se comprennent très bien. Dans notre Europe, à l'altitude du Saint-Gothard la température est toujours froide, tandis que sur les plateaux de la Bolivie et sur les montagnes du Mexique la température y est moyenne. Quand on abandonne la plaine pour se fixer au Saint- Gothard, on échange un climat tempéré pour une localité très froide. Au contraire, dans les régions intertropicales américaines on abandonne le climat torride du littoral pour habiter les plateaux relativement tempérés de la Bolivie. Dans cette question de la préservation ou du traitement de !a phthisie par le séjour prolongé dans un pays de montagnes, il est indispensable de bien connaître les conditions locales et d'apprécier les différences individuelles. Nous venons de dire que pour les religieux nés dans la plaine et transportés au Saint-Gothard, le séjour prolongé dans cette station était pernicieux au point de vue de la genèse de la phthisie, à moins de précautions spéciales. Au contraire, ceux qui sont nés et qui n'ont pas quitté les hautes altitudes des Alpes, sont, comme les habitants des hauts plateaux, relativement préservés de cette cruelle maladie. Lombard a établi qu'elle disparaissait relativement à l'altitude
supérieure à 1500 mètres. Aussi dans cette question compliquée où interviennent plusieurs modificateurs, pression, chaleur et autres inconnues, il ne faut prendre pour guide que l'observation. On ira habiter les hauts plateaux de la Bolivie, comme l'a indiqué Guilbert, ou les montagnes plus élevées du Mexique, comme la montré Jourdanet, parce que dans ces localités privilégiées, la phlhisie y exerce infiniment moins de ravages, et que les malades s'y rétablissent. Par contre, on sait qu'en Algérie la phthisie pulmonaire sévit sur les hauteurs de la province de Conslantine.
Augmentation de la pression atmosphérique. — L'augmentation de la pression atmosphérique a une influence certaine sur la santé de rhomme; dans plusieurs maladies, cette influence est favorable et peut être utilement invoquée. Celle condition spéciale de l'atmosphère intéresse encore le médecin hygiéniste, parce qu'elle se rencontre à des degrés divers, dans les travaux de mines, dans la cloche à plongeur, dans les constructions de piles de ponts. MM. Junod, Pravasen ont fait une étude spéciale ; mais il faut citer surtout les travaux de M. Triger, ceux de M. Folley, ceux de M. P. Bert, sous le rapport des applications industrielles; et ceux de MM. Tabarié, E. Bertin et Fontaine, sur l'emploi et les effets thérapeutiques du bain d'air comprimé. Nous allons rapidement passer en revue les principaux effets physiologiques qui sont observés quand un homme est soumis à l'influence de l'air comprimé; on peut en prévoir une partie en prenant les résultais inverses de l'action de l'air raréfié par l'ascension sur les montagnes élevées.
Appareil digestif. — On a signalé l'augmentation de l'appétit après un séjour suffisant dans un appareil où l'air est comprimé; la salive est sécrétée en plus grande abondance; l'excrétion de l'urine est également augmentée. — Respiration. Suivant les observations de M. Tabarié, sous l'influence d'une pression lente et graduée, la fréquence de la respiration est ralentie ; Pravas a également observé que, lorsque la pression n'était accrue que d'une demi-atmosphère, la respiration était plus facile, plus large, et moins fréquente. D'après ce même observateur, le développement du poumon croît avec la pression atmosphérique jusqu'à une certaine limite qui varie suivant la vigueur des sujets. On a prétendu, mais sans preuves précises, que la quantité d'acide carbonique exhalé augmentait jusqu'à la pression de 10 à 12 centimètres, et que cette proportion n'atteignait son maximum que plusieurs heures après la sortie de l'appareil; et qu'au-dessus de cette limite elle devenait moins considérable qu'avant l'entrée dans l'appareil renfermant de l'air comprimé. Les ouvriers qui travaillaient dans les mines où M. Triger avait comprimé l'air jusqu'à deux atmosphères montaient aux échelles sans ressentir l'essoufflement qu'ils éprouvaient dans les travaux de même nature à l'air libre. *-