CÉRUSIERS. - PEINTRES EN BATIMENT
dirigés vers l'intérieur des chambres, tjui seraient, à cet eiïet, surmontées d'un tuyau en forme de cheminée, s'élevant au-dessus du toit, et en faisant tourner les arbres de transmission dans des anneaux de matière élastique ou des bourrelets constamment humectés et fixés aux parois. Enfin, on complétera ces mesures par une ventilation très active des ateliers et des précautions hygiéniques d'une observation facile aux ouvriers. Ceux-ci doivent avoir des vêtements spécialement consacrés aux heures de travail, restant à l'atelier, ainsi que des gants qu'ils mettront toutes les fois que cela sera possible. Il faut défendre à l'ouvrier de quitter l'atelier sans s'être livré à des ablutions secondées par l'emploi d'un savon sulfureux, sans avoir fait usage d'une brosse à dents. Enfin, on a conseillé que ceux qui manient le blanc de plomb desséché fussent munis d'un respirateur. L'alimentation ainsi que le séjour des aliments dans l'atelier doivent être interdits. »
L'usage de bains sulfureux devra également être recommandé. Il serait bon de faire prendre chaque matin aux ouvriers exposés aux poussières de céruse une cuillerée à café d'un mélange à parties égales de fleur de soufre et de miel. Les ouvrières chargées du soin du linge de travail des cérusiers ont souvent éprouvé des accidents saturnins pour ne s'être pas garanties des parcelles de céruse qui y étaient attachées.
La fabrique de Lille, comparée à celle de Paris, a été privilégiée au point de vue du petit nombre des malades; en voici les principales raisons que j'indiquais depuis longtemps dans mon cours, et qui ont été confirmées au Congrès d'hygiène de 1878 par le docteur Arnould (voy. t. 1er du Congrès, p. 638). A Lille, on veille à l'alternance des divers travaux entre tous les ouvriers en ne les expesant que successivement aux ouvrages où ils ne pourraient éviter tout contact avec la céruse. On éloignera ainsi la continuité d'action. On suit pour l'emploi de l'eau, pour le travail mécanique, les utiles indications du rapport de Combes, et l'on broie à l'huile la pâte aqueuse sans la dessécher, comme je l'ai indiqué depuis longtemps (voy. Mat. méd., t. II, p. 658). Ajoutons à cela que ces ouvriers quittent l'atelier quand les travaux des champs réclament tous les bras. Les ivrognes sont absolument éloignés des fabriques de Lille. L'usine de Clichy, dans ses débuts, ne se recrutait que parmi ce déplorable personnel. Les fabricants de céruse doivent redoubler d'efforts pour soustraire leurs ouvriers à l'intoxication saturnine, sinon ce produit sera officiellement remplacé par le blanc de zinc dans un avenir prochain. Ajoutons qu'on falsifie la céruse en la mêlant avec du sulfate de baryte.
Après les cérusiers, les peintres en bâtiment offrent le plus nombreux contingent à l'intoxication saturnine; aujourd'hui ils les dépassent à Paris, si l'on s'en rapporte à la statistique fournie par l'Assistance pu-
7*6 MODIFICATEURS. — SURSTANCES NUISIBLES,
blique. Autrefois c'était en broyant la couleur, aujourd'hui ce travail est exécuté à la mécanique ; c'est l'opération du grattage des bois couverts d'anciennes peintures à la céruse qui est dangereuse. Ils doivent prendre les précautions les plus rigoureuses pour se défendre de l'inhalation et du contact de ces poussières. Les menuisiers qui travaillent ces vieux bois peuvent avoir à en souffrir; les boulangers qui les emploient pour chauffer leurs fours empoisonnent leurs pratiques.
La fabrication des papiers peints peut déterminer des accidents saturnins quand la céruse intervient dans le mélange. La préparation de la couleur, le fonçage du papier, l'étandage, le satinage, sont des opérations qui toutes peuvent présenter des dangers; mais le satinage des rouleaux, alors qu'ils sont très secs, est le plus dangereux de ces travaux : il se détache, grâce au frottement de la brosse, un grand nombre de particules plombiques. Le veloutage est aussi particulièrement redoutable; l'ouvrier, en effet, doit tamiser du drap réduit en poudre fine, colorié par du minium sur des surfaces enduites d'une colle d'empois ou de gomme. Les procédés sont les mêmes chez les fabricants de cartes, dites de porcelaine, préparées au blanc de plomb, etc.; il y a le fonçage, le satinage. Le polissage au laminoir oblige souvent l'ouvrier à rester penché sur son établi, absorbant ainsi la poussière toxique qui se dégage.
Dessins de broderies sur tissus. — Voici, d'après Proust, comme on opère: « 1° Le dessin est tracé sur une feuille de papier, puis piqué; 2" il est appliqué, poncé sur l'étoffe, puis on les maintient l'un et l'autre au contact à laide de poids placés sur différents points de leur surface; 3° on fait ensuite pénétrer avec une ponce, à travers tous les trous du papier, une poudre résineuse de couleur différente de celle de l'étoffe: on obtient ainsi la reproduction exacte des contours du dessin piqué; 4° on fixe la poudre en appliquant ou passant un fer chaud sur le tissu. Lorsqu'il s'agit de reproduire le dessin sur une étoile noire, soie, drap ou velours, on emploie de la céruse mêlée dans des proportions à peu près égales à une matière résineuse. Pour poncer convenablement un dessin, on est forcé d'avoir recours à une grande quantité de poudre, qui, sans cesse agitée par la ponce, se dissémine incessamment dans l'atmosphère. Le dessinateur est en outre presque toujours courbé sur sou travail, do telle sorto que chaque inspiration introduit une grande quantité de poussièro dans la poitrine. La nature de l'étoffe joue également un rolo dans le développement des accidents, suivant quelle exige uno quantité do poudro plus ou moins grande en un temps plus ou moins long. Le tulle qui doit être brodé jardinière, dont les mailles sont larges, domando beaucoup plus de blanc et un tomps quelquefois énorme pour que ce blanc se fixe sur le (il si mince qui en forme le réseau ; il en est de même de certains cachemires imitation de l'Inde,