‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 221 sur 371 · SILICATE DE PLOMB. - VERRE MOUSSELINE · texte numérisé non relu

SILICATE DE PLOMB. - VERRE MOUSSELINE

fabriquer des crochets suspenseurs des fils télégraphiques. M. Archarabault a étudié avec le plus grand soin les phénomènes de l'intoxication saturnine, les voies d'absorption. Il a découvert que l'usage habituel du vin favorisait la dissolution du métal. Voici, selon lui, comment on espère parer aux dangers de cette fabrication nouvelle :

« Le problème consiste à faire respirer aux ouvrières placées dans l'atelier l'air du dehors. Pour ce faire, le mur contre lequel sont installés les établis a été perforé vis-à-vis la place occupée par chaque femme, et dans cette ouverture est fixé un tuyau de fer-blanc dont l'extrémité extérieure communique librement avec l'air du dehors; à l'extrémité intérieure est adapté un large tube de caoutchouc, qui va se réunir par l'autre bout avec l'ouverture buccale d'un masque garni d'une soupape de dehors en dedans ou d'inspiration; une autre soupape, en sens inverse ou d'expiration, est adaptée à une seconde ouverture pratiquée dans le masque, à peu près à la hauteur des narines. Pour être plus sûr que la poussière n'entrera pas au moment de l'inspiration, malgré la parfaite mobilité de la soupape expiratrice, on protège celle-ci par une petite cage recouverte d'une flanelle qui est tenue humide. Ce masque, qui est en gutta-percha et peut se modeler sur tous les visages, a ses bords parfaitement matelassés de façon que l'entrée de l'air soit impossible de ce côté ; fixé par des courroies sur la tête, il est assez léger pour ne produire aucune fatigue, et ne permet pas de respirer d'autre air que celui du dehors, venant par le tube en caoutchouc. Celui-ci est d'une longueur suffisante pour que les ouvrières, qui n'ont besoin que de peu se mouvoir, puissent travailler commodément; des cheminées d'appel et des ventilateurs doivent assurer autant que possible la dispersion de la poussière. Et toutes les précautions mises en usage dans les fabriques de céruse ont été prescrites. i>

On devrait, disais-je, recourir à un procédé plus radical qui consisterait à fabriquer un cristal ayant pour base un oxyde non vénéneux de fer, de manganèse, de zinc, de bismuth, etc.

Je dois ajouter aujourd'hui que, grâce à des procédés mécaniques bien entendus, la poussière de silicate de plomb est versée sur les crochets enduits d'un mucilage de gomme dans des espaces clos exactement. Les ouvrières sont ainsi soustraites à la funeste influence de ces poussières.

Verre mousseline. — Du verre ordinaire est recouvert, pour produire les dessins, de poudre de silicate de plomb, soit pur, soit diversement coloré, silicate beaucoup plus fusible que le verre. Deux procédés sont mis en usage : dans le premier, la poudre de silicate de plomb est délayée dans l'eau, qui mêlée à une petite quantité de gomme, forme un liquide épais. Des lames de verre sont soigneusement recouvertes, à l'aide d'une brosse, d'une couche uniforme de ce vernis blanc'

L'enduit étant sec, l'ouvrier place sur la lame de verre une feuille de cuivre découpée à l'emporte-pièce; puis, avec une brosse très rude, il Trotte de manière à enlever le silicate qui correspond aux découpures de la feuille de cuivre, dont le dessin se trouve ainsi reproduit. Il se débarrasse ensuite de la poudre délacbée, à l'aide d'une brosse ou simplement en soufflant sur la lame de verre. Durant le travail, la poudre détachée par les frottements de la brosse se répand au-dessus de la table. Les feuilles de verre, ainsi préparées, sont portées au four, où l'émail se trouve vilrilié. Dans le second mode de fabrication, le silicate est appliqué sur le verre à l'état pulvérulent, les feuilles ayant été préalablement enduites d'une substance visqueuse qui peut être une solution de gomme ou de dextrine. L'appareil dont on se sert pour laisser pleuvoir la poudre sur le verre se désigne sous les noms de tambour, caisse. La poudre d'émail est mise en mouvement et ne tarde pas à former une espèce de nuage qui remplit la caisse; on arrête alors l'action du soufflet. La poussière tombe peu à peu sur les châssis, traverse les parties du tissu qui ne sont pas ornées de dessin. Les ouvriers sont exposés à les absorber lorsqu'ils ouvrent la porte et le tiroir de la caisse, au moment où ils enlèvent les châssis, et lorsqu'ils les brossent; mais avec des précautions ils peuvent éviter toute inhalation.

L'acétate de plomb neutre cristallisé, en dissolution concentrée dans l'eau, a été employé pour recouvrir des papiers d'ornement et des cartes de visite. On obtient ainsi un moiré du plus bel effet, mais il s'en détache si facilement des parcelles d'acétate, qu'on doit éloigner absolument le cartonnage ainsi orné lorsqu'il s'agit d'envelopper des bonbons ou autres aliments. On évite en partie ces inconvénients en recouvrant la couche d'acétate d'un enduit de collodion. Chevalier a constaté que les (ils de soie employés par les couturières étaient quelquefois imprégnés, pour leur donner du poids, d'une solution concentrée d'acétate de plomb. La continuité de l'emploi de ce iil ainsi adultéré a déterminé des accidents saturnins.

Saturnisme. Intoxication par une eau employée contre les gerçures. — J'ai signalé, il y a plusieurs années, les dangers qui peuvent suivre pour le nouveau-né l'emploi d'une eau préconisée pour combattre les gerçures du sein, et qui n'est aulrequ'unc solution concentrée d'rxtrait de Saturne, avec laquelle on badigeonne le mam melon, qui est ensuite recouvert d'une calotte de plomb. M. Douchut a cité un exemple d'intoxication par ce liquide (Gazette des hôp.. n° I, IS73). L'enfant avait huit jours, il (Hait bien constitué; il se tordait de douleurs, il succomba après onze jours.

Chromate de plomb. — Les ouvriers qui le manient sont quelquefois atteints par l'intoxication saturnine. Il a été employé par d'ignorants et coupables falsificateurs pour colorer le beurre du les bonbons, pour

CHRQMÀTE DE l'LOMIl. - BLOMtë DANS AUMEiNTS. TOI

teindre les papiers servant d'enveloppe aux jambons d'York, ou les jouets d'entants. Il y a tant de couleurs jaunes inoffensive qu'on doit s'étonner de ce choix. Il sert à imprégner le tissu de coton qui accompagne aujourd'hui le briquet des fumeurs, et qui remplacerait très commodément l'amadou, s'il ne déterminait pas des accidents.

M. Proust rappelle, dans son traité, que M. Chenet a publié plusieurs cas d'intoxication saturnine suivis dans son service à l'hôpital Saint- Antoine, sur des passementiers qui préparent les mèches à briquet, Le coton employé, de qualité très inférieure, est trempé d'abord dans une solution de sel de plomb, puis dans une lessive de chromate de potasse, et livré ensuite au fabricant. Les écheveaux bruts subissent un premier travail de dévidage pour former les cimes des mèches, c'est-à-dire leur partie centrale. Ce travail se fait au moyen d'une bobine mue à la main. L'ouvrier qui de la main droite fait tourner la manivelle et de la gauche présente le cordon au dévidoir, se trouve placé de façon ci absorber une grande partie des poussières, son visage étant au-dessus du métier. Cette partie du travail est sans contredit la plus malsaine. D'autres opérations (dévidage, lissage) se font à la vapeur et déterminent peu de poussière. « J'ai observé, dit M. Proust, plusieurs accidents de cette nature chez ces ouvriers préparant les mèches de laine orange, colorée par le chromate de plomb, M. Sée a cité une observation analogue. Tous ces cas étaient relativement sans gravité. Toutefois, postérieurement à la publication du travail de M. Chenet, un cas de mort s'est produit dans mon service. Il est donc nécessaire de modifier la nature du corps qui imprègne ce coton, en substituant au chromate de plomb un agent qui, comme le nitrate de potasse, présente à peu près les mêmes avantages, mais qui soit exempt du danger que provoquent les substances toxiques. »

J'ai, dans mes cours, proposé l'emploi du chromate de manganèse ou d'un autre chromate inoffensif.

Bichromate de potasse. — Quand on transforme le chromate de potasse en bichromate, la vapeur acide entraîne du bichromate qui, d'après Chevallier et Becour, détermine des excoriations assez graves de la muqueuse nasale. Delpech et Hillairet ont noté chez ces ouvriers la perforation de la cloison des fosses nasales avec conservation de l'odorat. On dit que les priseurs de tabac sont indemnes.

Plomb dans les aliments. — Rappelons les principales conditions dans lesquelles la présence du plomb a été constatée dans nos aliments : dans le pain, par suite de l'intervention du plomb dans les réparations des meules, par l'emploi pour chauffer les fours de bois de démolitions peints à la cérusc; dans le beurre, par sa coloration avec le chromate de plomb. Citons encore d'autres causes se rapportant aux ingesta : l'emploi de feuilles de plomb, recouvertes d'étain, pour con-

lenir le chocolat, les bonbons, le tabac, les sacs a bonbons recouverts d'acétate de plomb, le vernis des poteries communes ; les alliages si divers dans lesquels le plomb intervient, pour les cuillères, gobelets, comptoirs en étain, etc., qui ne devraient contenir que 10 pour 100 de plomb, et qui souvent eu renferment beaucoup plus. On devrait chercher un alliage d'étain, où le plomb serait remplacé par des métaux moins dangereux et donnant à l'élain la ductilité qui lui manque. L'aluminium, le zinc, le bismuth, pourraient être essayés. Nous allons maintenant nous occuper de nos boissons usuelles : eau, vin, cidre, bière, eau-de-vie, au point de vue saturnin.

Eaux potables contenant du plomb. — Les réservoirs en plomb sont en usage depuis des siècles pour contenir des eaux potables et des tuyaux de même métal pour en assurer la distribution. L'innocuité de cet emploi est généralement reconnue. Le plomb, ditBelgrand (Compt. rend. Ac. se, 10 novembre 1873), fut employé pour établir des réservoirs ou des conduites depuis l'origine de la distribution de l'eau dans les villes. C'est, suivant Varron, en l'an de Rome 442 que fut construit le premier aqueduc conduisant l'eau dans la voie Appienne. Toutes les canalisations dans les villes anciennes sont en tuyaux de plomb : Rome, Paris, Clermont-Ferrand ; aucun accident n'a été signalé, cependant dans certaines conditions l'eau dissout de petites quantités de plomb. Occupons-nous d'abord de la nature de l'eau, des causes de l'attaque, des conditions de préservation et des règles hygiéniques qui s'en déduisent.

Des principales conditions dans lesquelles les eaux potables peuvent contenir du plomb. — La science n'est pas encore bien fixée sur les conditions diverses qui favorisent ou retardent la dissolution dans une eau potable mise en contact avec une surface de plomb métallique, d'une proportion appréciable de cë métal. Je vais successivement passer en revue les faits bien établis par l'expérience, j'en déduirai immédiatement les règles hygiéniques: puis j'aborderai les questions sur lesquelles plane encore quelque obscurité. La nature des métaux qui peuvent être associés au plomb dans les réservoirs ou dans les tuyaux,* la composition de l'eau elle-même, exercent une influence accélératrice ou retardatrice sur la dissolution.

C'est à Guvton de Morveau que l'on doit la découverte de ce fait capital, que de l'eau distillée aérée mise en contact avec une surface de plomb dissout une petite proportion de ce métal. Cette eau s'aère assez promplement, se charge d'acide carbonique, d'oxygène, et il se forme du bicarbonate de plomb. Voici les principales applications de ce fait. Les appareils distillatoires des bâtiments à vapeur qui servaient a distiller l'eau de mer étaient munis de serpentins composés d'alliages de plomb et d'étain. L'eau distillée était souvent aussi conservée

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