‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 225 sur 371 · MERCURE. MINES. - ETA MEURS DE GLACE · texte numérisé non relu

MERCURE. MINES. - ETA MEURS DE GLACE

vient de faire pour la combattre : 1° éloigner la cause; 2° prescrire de Tiodure de potassium, qui aura pour but de favoriser l'élimination du composé mercu riel ; 3° faire prendre chaque matin une petite cuillerée de gelée d'hydrate de persulfure de fer; 4? entretenir avec soin la liberté du ventre; 5° donner une bonne nourriture et des vêlements de laine.

Maver a obtenu des elléls heureux des inhalations d'ammoniaque à Saint-Gobain; il suffit, dit-il, de répandre tous les soirs, après la lin du travail, un demi-litre d'ammoniaque liquide du commerce sur le sol de l'atelier. Depuis 1868, je n'ai pas vu, dit-il, un seul ouvrier atteint d'accidenls mercuriels, tandis qu'avant cette époque l'influence du poison se faisait sentir chez des ouvriers qui ne travaillaient à l'étamage des glaces que depuis six mois. Quant aux ouvriers anciens, qui avaient été pris antérieurement de tremblement mercuriel, les accès, malgré la continuation du travail, sont devenus peu fréquents et sans gravité. Il convient de répandre l'ammoniaque dans l'atelier plutôt le soir que le matin. L'action préservatrice est. alors plus efficace; le gaz ammoniac libre se répand d'une manière uniforme dans toute l'étendue des ateliers pendant l'interruption du travail.

Mines. — Le mercure se trouve dans la nature sous les étals suivants : 1° natif; 2° amalgamé avec l'argent ; 3° chlorure de mercure ; 4° et surtout à l'état de sulfure (cinabre). C'est de ce dernier minerai qu'on extrait la presque totalité du mercure. Les principales mines d'Europe sont à Almaden et à Idria. Les ouvriers qui,! dans ces mines, sont exposés aux vapeurs de mercure deviennent hydrargyriques. Jadis on employait les forçats. D'après Fallope, ces hommes ne pouvaient travailler plus de trois ans dans ces mines. Suivant Eltmuller, quelques jours suffisaient pour les intoxiquer. D'après Hermann, tous les habitants d'Idria éprouvent l'influence mercurielle, moins sans doute que ceux qui travaillent aux mines; il attribue cette action aux rapports avec les ouvriers, dont les habits sont imprégnés de molécules mercurielles. Il ajoute même que les vaches qui paissaient dans le voisinage des fourneaux et sous le vent qui en vient, sont également infectées. Elles ont de la salivation. Une] parfaite ventilation et une condensation absolue des vapeurs de mercure, voilà les conditions hygiéniques qu'on s'est efforcé à remplir et qui ont diminué le nombre des ouvriers atteints. L'alternance des travaux est également d'une incontestable utilité.

Étameurs de glace. — Après les mineurs, les étameurs de glace donnaient le plus grand nombre de cas d'hydrargyrisme. On a beaucoup diminué le nombre des victimes en réduisant à six heures la journée de travail, et en exposant les ouvriers pendant un jour seulement par semaine aux émanations mercurielles eten répandant de l'ammoniaque dans les ateliers. Quoi qu'il en soit, disons qu'on peut supprimer tout

danger en étamant les glaces par le procédé de M. Lenoir récompensé par l'Académie des sciences.

« 11 y a trente ans environ, une amélioration considérable s'est introduite dans l'industrie de la miroiterie ; l'étamage des glaces au moyen du mercure a été remplacé, après de nombreux essais, par l'argenture. L'opération de l'argenture des glaces est des plus simples. La glace que l'on veut argenter est placée sur une table horizontale en fonte portant une couverture de laine qui est chauffée vers 40 degrés; on verse successivement sur la glace, préalablement bien nettoyée, deux solutions, l'une d'acide lartrique, l'autre d'azotate d'argent ammoniacal ; sous l'influence de la chaleur, l'acide organique réduit le sel métallique, et, au bout de vingt minutes environ, l'argent se dépose sur la glace en couche adhérente, continue et brillante ; l'argenture est terminée en une heure environ ; il ne reste plus qu'à sécher la glace et à recouvrir l'argent précipité d'un vernis, assez résistant et compact pour garantir l'argent contre tout frottement et le préserver des vapeurs sulfureuses, qui le noircissent.

» Par ce procédé, une glace peut être étamée en quelques heures et livrée immédiatement, tandis que, par l'ancienne méthode, l'opération durait au moins douze jours.

» L'argenture présente cependant des inconvénients qu'il ne faut pas méconnaître: le reflet de l'argent est toujours un peu jaunâtre; il arrive souvent que la lame d'argent n"hadhère pas au verre ou qu'elle se soulève par l'action du soleil ; en outre, le vernis appliqué derrière la glace ne préserve pas toujours l'argent de l'influence des émanations sulfureuses. Ces inconvénients ont engagé M. Lenoir à chercher une méthode qui, en conservant à la glace les avantages de l'argenture, lui donnât les qualités de l'amalgamation, dans des conditions qui préserveraient les ouvriers de toute action de la vapeur mercurielle. 11 est arrivé au but qu'il poursuivait, par le procédé suivant :

» La glace, étant une fois argentée, est soumise à l'action d'une dissolution étendue de cyanure double de mercure et de potassium, il se forme un amalgame d'argent blanc et brillant qui adhère au verre.

» Pour faciliter l'opération et utiliser tout l'argent employé en économisant le cyanure double de mercure et de potassium, M. Lenoir, dans un perfectionnement récent , saupoudre la glace, au moment où elle est recouverte de la solution mercurielle, d'une poudre de zinc très fine qui précipite le mercure et régularise l'amalgamation.

» La glace qui porte cet amalgame d'argent ne présente plus de reflet jaunâtre et donne des images blanches entièrement comparables à celles qui étaient produites par les glaces étamées au mercure dans l'ancien procédé. Cet amalgame résiste mieux que l'argent seul aux émanations sulfureuses.

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