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MERCURE. - CHAPELIERS. - DOREURS SUR METAUX

» L'opération que nous venons de décrire donne donc à la miroiterie le moyen de produire des glaces étamées par un amalgame de mercure et d'argent, en préservant les ouvriers de tous les dangers qui résultent de l'étamage des glaces par l'ancienne méthode. »

Chapeliers, sécrétage des poils. — Les accidents sont assez rares et peu intenses dans les ateliers de sécrétage bien tenus, cependant en visitant ces fabriques j'ai vu plusieurs ouvriers atteints de tremblement mercuriel. Pour opérer le sécrétage qui prépare les poils au feutrage, on frotte les peaux avec une brosse humectée d'une solution étendue de nitrate de mercure. MM. Hillairet et Bergeron ont proposé, pour empêcher l'intoxication mercurielle, d'enduire les peaux, du côté du poil, avec de la mélasse, puis de laver avec une solution étendue d'acide nitrique; celle-ci se décomposant, il se fait une production d'acide nitreux qui amène la séparation facile des poils; l'acide, au contact de l'air, passe à l'état hyponitreux. Le dégagement est beaucoup moins considérable que dans l'ancien procédé, et, surtout, on a évité le danger que provoque l'existence des vapeurs mercurielles.

Doreurs sur métaux. — Cette industrie fournissait un large contingent à l'hydrargyrisme à Paris, mais qui a disparu pour ainsi dire depuis l'invention de la dorure galvanique par les procédés de Ruolz, d'Eklinglon, et par l'extrême attention qu'a le Conseil de salubrité d'exiger une parfaite ventilation dans les ateliers qui subsistent, afin d'enlever les vapeurs mercurielles, quand on chauffe les pièces recouvertes d'amalgame d'or. II importe de faire passer les tuyaux de ventilation à l'extérieur ; quand ils traversaient les appartements, des dégradations inaperçues ont permis aux vapeurs mercurielles de se répandre dans des pièces habitées et de déterminer des accidents.

Arsenic. — On obtient l'acide arsénieux, base de toutes les préparations arsenicales, en grillant les minerais de cobalt ou de nickel pour fabriquer ces deux métaux. L'arsenic intéresse l'hygiéniste (1) par le travail des minerais qui en fournissent, par leur grillage ; par l'emploi de l'acide arsénieux, par les toxicophages (voy. p. 67) ; pour le chaulage des blés (voy. p. 263), et pour empoisonner les rats ; il entre dans la

(1) Blandet, Mémoire sur l'empoisonnement externe produit par le vert de Schweinfurt, ou De l'œdème, de l'éruption professionnelle des ouvriers en papiers peints (Journal de médecine de Beau, t. III, 1845, p. 112). — A. Chevalier, Essai sur les maladies qui atteignent les ouvriers en papiers peints qui emploient dans la préparation de ces papiers le vert de Schwèinfurt, etc. (Ann. d'Iujg., 1" série, t. XXXVIII, 18-17, p. 56.) — Recherches sur les dangers que présente le vert de Schwèinfurt, le vert arsenical, l'arsenite de cuivre. (Ann. d'hygiène,^ série, t. XII, 1859, p. 49.)- Follin, Sur l'éruption papulo-ulcereuse qu'on observe chez, les ouvriers qui manient le vert de Schwèinfurt (Archives générales de médecine, 5" série, t. X, 1857, p. G83.) — P. de Piétra-Santa, Existe-t-U une affection propre aux ouvriers en papiers peints qui manient le vert de

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préparation du savon de Bécœur(l). Le sulfure d'arsenic intervient dans la composition du rusma ou pâte épilatoire (voy. p. 407) ; {'acide arsénique dans celle de la fuchsine. L'arsenic n'est pas, comme le mercure, un poison général s'attaquant à tous les êtres organisés vivants. l/IIygrococis arsenici peut vivre et se développer dans une dissolution d'acide arsénieux. Par son action locale l'acide arsénieux peut être rangé au premier rang des caustiques. Citons la pâte arsenicale du frère Côme, et son emploi si général comme caustique dentaire. A l'intérieur, à dose toxique les arsenicaux déterminent de vives douleurs et des symptômes gastro-intestinaux (vomissements, selles abondantes) qui représentent assez exactement ceux du choléra. L'empoisonnement arsenical est assez fréquemment suivi de paralysie. Les contre-poisons sont : l'hydrate de peroxyde de fer et la magnésie hydratée. L'administration continue des arsenicaux à faible dose est caractérisée par de l'inappétence, de la céphalalgie, des nausées ; quelquefois des vomissements, des selles diarhéiques, parfois sanguinolentes; des douleurs erratiques, de l'affaiblissement, de la pâleur ; la lièvre s'allume et ces symptômes peuvent acquérir une gravité réelle si la cause n'est éloignée.

A dose altérante, les arsenicaux animent l'appétit, ils rendent des services dans la misère physiologique et pour combattre les fièvres intermittentes, les névralgies et certaines maladies de la peau.

Mines. — Brockmann a observé des cas d'intoxication arsenicale chez les ouvriers bocardeurs et chez ceux qui grillent le minerai ; par compensation, ils sont exempts de fièvres intermittentes quand elles régnent dans le voisinage. Les chambres destinées à la condensation des vapeurs arsenicales devront être en nombre suffisant, bien closes, et disposées de manière à ne pas permettre la dissémination de ces vapeurs dans les ateliers. On établira une ventilation énergique.

Hydrogène arsénié. — Gaz des plus vénéneux qui se produit quelquefois dans le traitement des minerais arsénifères. Il faut absolument en garantir les ouvriers.

Les eaux potables peuvent devenir arsenicales dans le voisinage des mines, des fabriques qui emploient les arsenicaux (fabriques de fuchsine ou de couleurs arsenicales). Il convient de diriger ces eaux

Schweinfurl? (Annales d'hygiène, 2e série, t. X, 1858, p, 3:10.) — K. Iloaugrand. Des différentes sortes d'accidents causés par les verts arsenicaux employés dans l'industrie (Galette des hôpitaux, 1859, il" 25, 28). — M. Vcrnois, Mémoire sur les accidents produits par l'emploi des verts arsenicaux cha les ouvriers fleuristes m général et chei les appréleurs d'étoffes, etc. (fig. dans les Annales d'hygiène, 2' série, t. XII, p. 319, 1 85î>.) — Itatlicry, Noie sur le diagnostic des éruptions syphilitiques [Union méd., février 1874.)

fl) SOVOn arsenical de liécœur pour la conservation des dépouilles d'animau.r. Acide arsénieux, 32 ; carbonate de potasse sec, 12 ; eau distillée, 32; savon marbré, 32 ; chaux, 4; camphre, l.

ARSENIC. — ARSEN1TE DE CUIVRE. 7(55 résidus dans les égputs, elles ont déterminé des empoisonnements d'hommes et d'animaux.

Àrsénite de cuivre {vert de Scheele ou de Schweinfurl). — C'est une très belle couleur verte, qui se prépare en précipitant une dissolution d'un sel de cuivre soluble par l'acide arsénieux. On doit éviter de recueillir les eaux, résidus de ces fabriques, dans des puisarts, mais les écouler directement aux égouts. Dans la fabrique, les ouvriers qui tamisent et empaquettent le produit sont seuls exposés à des accidents spéciaux qui atteignent beaucoup plus souvent ceux qui travaillent dans les manufactures de papiers peints ; là surtout ce sont les hommes qui impriment ces papiers, ou détachent l'excès d'arsénite à l'aide de la brosse, ou le salinage des rouleaux. On observe, chez ces ouvriers, des corvzas, du gonflement de la région nasale, labiale, naso-labiale, orbitaire; de l'anorexie, des coliques, de la faiblesse. Ce qui est plus caractéristique, ce sont les éruptions papuleuses, pustuleuses etvésiculeuses, avec papules cuivreuses au gland, au scrotum ; souvent il se manifeste des douleurs aux ongles, qui prennent une teinte violacée. Ces accidents, reconnaissons-le, sont rares, et pour en garantir les ouvriers, il leur faut une grande propreté et les soustraire à l'inhalation et au contact de l'arsénite de cuivre.

On défend d'envelopper des bonbons ou des comestibles dans ces papiers arsenicaux. Pour les reconnaître, il suffit d'en brûler un petit fragment; on perçoit l'odeur alliacée caractéristique.

Les appartements dont les murs sont couverts de papiers arsenicaux ont été accusés de produire l'intoxication arsenicale lente par bon nombre d'observateurs consciencieux dont les travaux ont été exposés avec soin par Beaugrand. Ce qui est indubitable, c'est que les papiers arsenicaux moirés, dont il se détache facilement des paillettes contenant de l'arsenic, sont dangereux, et que ces mêmes papiers, unis et vernis, ont pu être employés impunément. Quoi qu'il en soit, on possède aujourd'hui assez de couleurs vertes belles et solides pour renoncer aux papiers toxiques.

Les apprêteurs de toiles destinées à la fabrication des feuilles artificielles ont fourni le contingent le plus nombreux d'accidents arsenicaux. Ces ouvriers donnent d'abord une teinte jaune à l'étoffe en la plongeant dans une dissolution d'acide picrique, dans l'alcool pur : c'est ce qui colore en jaune les ongles de l'opérateur. Le plus souvent il incorpore l'acide picrique broyé au vert de Schweinfurt, et, pendant ce travail, les doigts, les avant-bras, sont couverts de la solution arsenicale, puis l'ouvrier prend avec ses doigts à même le pot, un peu de la pâte, et en asperge la toile, puis la bat entre ses mains ou la lord, ou bien, ce qui est préférable, en fait le battage à travers un torchon épais. Vient ensuite le séchage, qui consiste à fixer les pièces imprégnées de vert arsenical sur de grands cadres garnis de pointes aiguës très nombreuses

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dans lesquelles on enfonce les bords de la toile; c'est pendant cette opération qu'a lieu le principal accident: les ouvriers se piquent les doigts, les mains, et, comme ils recommencent ensuite à faire le trempage et le battage, ils s'inoculent sur les points dénudés la solution ou la poudre; enfin, lorsque la toile est séchée, on la plie, et, de toutes les lignes où elle se trouve brisée, tombe une poussière fine qui se répand dans l'air et sur le sol.

Les ouvrières qui découpent les tissus pour préparer les feuilles ou les fleurs artificielles ont/d'après Vernois, fourni un nombre assez considérable de malades; mais, depuis qu'elles emploient du papier verni au collodion, les accidents ont disparu. Il serait mieux de n'avoir recours qu'à des verts inoffensifs.

On avait expédié d'Angleterre d'admirables étoffes moirées pour robes de bal du plus bel effet. Devergie apprit qu'on recommandait aux ouvrières de boire du lait quand elles fabriqueraient ces robes; il reconnut que ces paillettes, qui se détachaient avec la plus grande facilité, étaient constituées principalement par Varsénite de cuivre. Le Conseil de salubrité prescrivit immédiatement la destruction de ces étoffes empoisonnées.

Les tanneurs et les corroyeurs emploient, pour débourrer leurs peaux, un mélange de sulfure d'arsenic et de chaux caustique. F. Boudet a montré qu'on pouvait remplacer ce mélange dangereux par du monosulfure de calcium hydraté.

Phosphore. — La question du phosphore a une grande importance en hygiène, comme nous le verrons bientôt en traitant des allumettes et de la pâte phosphorée employée pour empoisonner les rats(l). C'est également en traitant des allumettes au phosphore que nous étudierons son action physiologique. Les auteurs d'hygiène les plus modernes ne s'occupent que de la santé des ouvriers employés dans les fabriques de phosphore ou d'allumettes. Cette question a sans doute beaucoup d'importance, mais combien sont plus nombreux les méfaits des allumettes par la généralité de leur emploi.

Fabriques de phosphore. — Dupasquier, puis surtout Glenard, ont établi, par une sérieuse enquête, que, dans les grandes fabriques de Lyon, où l'on produit des masses de phosphore, la santé des ouvriers ne présentait rien de spécial. Cela se comprend sans peine. L'opération principale s'opère en vase clos, les vapeurs de phosphore sont bien condensées, puis les vastes ateliers sont convenablement ventilés.

Allumettes chimiques. — Ce moyen si rapide, si commode d'obtenir

(I) Pâte phosphorée (Codex) : Phosphore, 1; eau, 20; farine, 20; suif, 20; huile (l'œillette, 10; sucre, 1 1.

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