ALLUMETTES AU PHOSPHORE
tiné à lever toutes les dilïioultés, à écarter les dangers si considérables attachés à l'emploi des allumettes au phosphore ordinaire.
Le phosphore amorphe se prépare, comme on le sait, en soumettant en vase clos du phosphore ordinaire à une température élevée, et eu Séparant par le sulfure de carbone les petites portions de phosphore ordinaire qui auraient pu échapper à la transformation. L'innocuité du phosphore rouge a été parfaitement établie par les expériences de Bussy de Lassaigno, de Raynal, de Rigout, etc.; en l'employant, on a donc écarté ce redoutable danger d'abandonner aux mains de tous un terrible poison. Comme le phosphore amorphe est beaucoup moins inflammable que le phosphore ordinaire, la voie était ouverte pour éloigner les dangers d'incendie. On l'associa d'abord dans la composition de la pâte des allumettes avec du chlorate de potasse, mais ces allumettes, au point de vue de l'inflaminabilité, se rapprochaient beaucoup des allumettes ordinaires. C'est alors qu'est venue la très heureuse pensée de séparer sur une plaque le phosphore rouge de l'allumette imprégnée de chlorate de potasse. Par les efforts successifs de Schrotter, des frères Coignet (de Lyon) et du Suédois Landstrom, on était bien près d'atteindre le but; on résistait encore parce que ces nouvelles allumettes étaient plus chères, moins commodes que les anciennes.
Monopole des allumettes . — Les nécessités financières amenèrent le gouvernement français, en 4871, à établir un impôt et le monopole des allumettes au phosphore. On rechercha surtout, en établissant ce monopole, des ressources budgétaires ; le grand coté hygiénique fut complètement oublié.
Rien des raisons légitiment la monopolisation des allumettes au phosphore. Quand cette fabrication était disséminée dans un grand nombre d'usines, la surveillance, au point de vue de la santé des ouvriers et des risques d'incendie pour le voisinage, était difficile à instituer; de patientes recherches étaient encore nécessaires pour écarter le plus possible les dangers qui accompagnent ou suivent la fabrication de ces allumettes. Le monopole exercé par l'État donnait la facilité de subordonner la question financière à la perfection des produits; le problème à résoudre était celui-ci : remplacer les allumettes ordinaires par des allumettes inofl'ensives au point de vue de l'empoisonnement, des chances d'incendie et d'un usage aussi commode quelles. Ou avait l'exemple de monopoles les plus heureusement établis. Quelles recettes considérables a donné progressivement le monopole des tabacs, grâce aux continuels efforts des savants ingénieurs de la régie ! L'excellence des tabacs fabriqués est reconnue par tous les consommateurs, la santé des ouvriers a été sauvegardée par des moyens mécaniques incessamment perfectionnés, il en serait de même de la fabrication des allu-
mettes chimiques. Les industries qui entraînent à leur suite des dangers ont tout à gagner à n'être pas livrées à une concurrence désordonnée qui ne prend pour objectif que les résultats pécuniaires obtenus. C'est ainsi qu'ont été monopolisés les poudres et salpêtres et que beaucoup d'autres industries, comme la fabrication de plusieurs produits fulminants, pourraient l'être très utilement. Ajoutons que les allumettes chimiques, quoique intervenant dans les habitudes de tous et de chaque jour, peuvent être considérées comme articles de luxe. Le pauvre peut revenir à l'usage de l'antique briquet et de l'amadou; les fumeurs eux-mêmes y sont en partie revenus en substituant à l'amadou un tissu imprégné de chromate de plomb qui peut intoxiquer les ouvriers qui les fabriquent et même les fumeurs qui pourraient en abuser (voy. p. 751).
Le monopole qui devait être exploité par l'Etat a été concédé à une compagnie avec des charges qui pèsent si gravement sur elle, qu'aucun intérêt ou dividende n'a été distribué aux actionnaires depuis 1875, et qui jusque-là, malheureusement, je crois, avait été prélevé sur le capital et non sur les produits réels. Voici les principales difficultés devant lesquelles s'est heurtée la compagnie : redevance considérable à l'Etat, fraudes incessantes très difficiles à réprimer, répression chère et incomplète, conflits divers. Les fabricants expropriés se sont établis à l'étranger et ont fait une rude concurrence à la compagnie concessionnaire. Ecrasée par ces causes, elle a livré à la consommation des produits inférieurs. Dans plusieurs paquets, les trois quarts des allumettes ne s'allumaient pas ou le bois se brisait ; d'où les plaintes si légitimes du Conseil municipal de Paris et le succès des briquets au tissu imprégné de chromate de plomb. Je dois reconnaître que, depuis bientôt un an, les allumettes de la compagnie sont, comme usage, beaucoup meilleures, mais au point de vue de l'hygiène rien n'a été fait qu'une plus large importation de Suède des allumettes au phosphore amorphe. Si le monopole avait été exercé par l'Etat, d'habiles ingénieurs, suivant la voie tracée par l'administration des tabacs, auraient trouvé, je n'en doute pas, un produit d'un usage aussi commode que celui des allumettes ordinaires et ne portant point, comme elles, une menace continuelle d'empoisonnement ou d'incendie; les allumettes hygiéniques perfectionnées seraient aujourd'hui les seules vendues ; la chose serait facile à obtenir : en effet, sans contrainte aucune, les allumettes au phosphore amorphe interviennent de plus en plus en France dans la consommation, la compagnie a importé 120 820 000 allumettes suédoises en 1875 et G-iO 851) 000 en 1879. Quelques efforts heureux de perfectionnement et le résultat auquel nous devons absolument tendre au point de vue de l'hygiène : l'emploi exclusif des allumettes au phosphore amorphe serait obtenu. Cet usage exclusif est déjà adopté en Suède, en Dane-