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ALLUMETTES AU PHOSPHORE. - PRODUITS HYDROCARBONÉS

mark, en Saxe, en Hollande, au Pérou. La Suisse, il y a quelques mois, a proscrit de son territoire la fabrication et la mise en vente de tous autres produits que ceux qui auraient pour base le phosphore amorphe. En attendant que l'État ait repris l'exploitation du monopole des allumettes au phosphore , le meilleur conseil que je puisse donner à la compagnie concessionnaire, c'est de perfectionner ses produits et de faire de continuels efforts, sous la direction d'un chimiste habile, pour préparer des allumettes inoffensives et d'un emploi aussi commode que celui des allumettes au phosphore blanc ou ordinaire.

Produits hydrocarbonés ou sulfocarbonés volatils {essences, éther, chloroforme, alcools, naphte, benzine, sulfure de carbone, etc.). — Tous ces produits hydrocarbonés présentent des dangers au point de vue de l'incendie; ils sont l'objet, dès qu'ils sont accumulés en grande quantité, d'une réglementation spéciale (voy. p. 734) pour l'emmagasinement, le transport et l'emploi. Nous allons indiquer d'une manière générale leur action sur l'homme et sur les animaux. Ce sont des poisons très énergiques pour les plantes et pour les animaux qui vivent dans l'eau. J'ai démontré {Recherches sur la végétation, p. 86) que six gouttes d'une essence dans un litre d'eau suffisaient pour tuer les poissons avec une incroyable rapidité, et que ces solutions agissaient avec une égale énergie sur les plantes cultivées dans l'eau. Ces produits inhalés par l'homme animent la circulation, le pouls est plus fréquent, on observe de la chaleur à la peau; on a également noté différentes manifestations du côté du système nerveux : de la céphalalgie, diverses formes de névralgie, puis de l'accablement, de la prostration. L'odeur des gaz expirés par le poumon et celle des urines sont souvent modifiées. Imbert a signalé comme accidents chez les ouvrières qui respirent continuellement un air chargé d'essences d'écorces d'oranges vertes en préparant des chinois, de la céphalalgie générale, de l'hémicranie, des odontalgies et des bourdonnements d'oreilles sans surdité, des convulsions épileptiformes d'un des côtés de la face, des crampes avec douleurs aux poignets, de l'insomnie, des démangeaisons avec éruption à la peau. Quelques jours d'interruption de travail suflisent pour faire disparaître ces accidents. Selon Perrin, les ouvriers dégraisseurs qui emploient de la benzine et qui en inhalent abondamment les vapeurs éprouvent une véritable ébriété ; par son action continue sur les bras et les mains elle détermine un tremblement léger. Les ouvriers qui respirent un air chargé de vapeurs $ éther sulfurique ou de chloroforme éprouvent également de l'ébriété.

Le travail en grand des térébenthines et matières résineuses est rangé dans la première classe (dangers d'incendie) ; les ouvriers qui préparent ces produits, ceux qui les emploient {fabricants de vernis, vernisseurs,

ni MODIFICATEURS. — SUBSTANCES NUISIBLES.

peintres, dégraisseurs, etc.), éprouvent de la céphalalgie et certains troubles passagers de l'appareil digestif.

Les dégustateurs de thé, dont le métier, qui s'exerce à Londres, consiste à apprécier les qualités supérieures du thé, « deviennent dyspeptiques et finissent, après quelques années, par ne plus pouvoir supporter aucune nourriture ; en même temps ils sont affectés de tremblements nerveux qui vont toujours en croissant et finissent par prendre une intensité inquiétante. La profession de dégustateur de thé est assez malsaine pour qu'il ne soit guère possible de l'exercer plus de sept à huit ans » (Proust).

Esprit de bois (alcool méthylique impur).— Valcool dénaturé par un mélange de 5 pour 400 d'esprit de bois et 5 d'essence de térébenthine ou d'essence minérale, employé dans Yapprèt des chapeaux de feutre et des étoffes de soie, « d'après Dron, détermine de la céphalalgie, dos coryzas, un affaiblissement général et surtout de graves ophlhalmies. » « D'études contradictoires attentives, M. Bergeron conclut : 1°que l'apprêt des feutres impénétrables est inoffensif pour les ouvriers, ou, au contraire, détermine chez eux des accidents, suivant qu'on met entre leurs mains des alcools dénaturés par telle ou telle qualité de méthylène; 2° que la dénaturation des trois-six par l'alcool méthylique rectifié à 95 degrés et légèrement étendu d'eau n'expose à aucun danger les ouvriers qui les manipulent, même pendant des journées entières; 3° que, dans ces conditions, l'apprêt des feutres constitue encore une industrie prospère; 4° enfin, que la dénaturation des trois-six n'est pas partout l'objet d'une surveillance assez rigoureuse, puisque le commerce des esprits peut livrer à l'industrie des alcools dénaturés dont les effets attestent, par 'leur diversité même, des différences marquées dans leur degré de pureté. »

M. Bergeron pense que l'élimination des produits ompyreumaliquos qui accompagnent souvent l'esprit de bois est indispensable, et que, c'est a la présence de ces produits qu'on doit attribuer les accidents observés.

Alcool, inhalations de ses vapeurs. — Chez les ouvriers employés aux docks à alcool à Londres, on voit se développer successivement le tremblement alcoolique, le delirium tremens, souvent terminés par une mort prématurée. Ces ouvriers n'en absorbent-ils pas autrement qu'en inhalations?

Caoutchouc, dissolution et galvanisation par divers agents. — On a d'abord employé pour dissoudre le caoutchouc les produits liquides complexes (hydrogènes carbonés) provenant de la distillation de la houille. On confectionnait ainsi des paletots imperméables, dune odeur si pénétrante, qu'on pouvait suivre à la piste ceux qui portaient ce vêlement. Faraday conseilla de substituer à ces liquides infects les produits

SULFURE DE CARBONE. 775 de la distillation du caoutchouc, mais ces liquides étaient trop coûteux ; j'imaginai de les remplacer par de l'essence de térébenthine distillée à feu nu sur la brique. Cet excellent dissolvant était encore d'un prix trop élevé; après quelques années d'emploi, il fut remplacé par le sulfure de carbone qui, jadis, valait 20 francs le kilogramme, et qu'on livre aujourd'hui à 50 ou 60 centimes. L'usage de tous ces produits pyrogénés exposait les ouvriers qui en inhalaient continuellement aux accidents divers que j'ai exposés,

Sulfure de carbone. — Il a été employé industriellement en France pour la dissolution et la vulcanisation du caoutchouc vers 1851. Primitivement on vulcanisait le caoutchouc à l'aide d'un mélange de sulfure de carbone et de chlorure de soufre. On se borne aujourd'hui à le fondre dans un bain de soufre, en agitant convenablement ; il en dissout environ 9 pour 100 ; il acquiert par cette association des propriétés des plus précieuses; il conserve une élasticité régulière, il ne se durcit ni ne se ramollit, il se soude avec une merveilleuse facilité. Gariel père, puis Galante ont préparé avec ce caoutchouc vulcanisé des appareils qui rendent à la médecine les plus grands services (pessaires, pelotes, alèzes, matelas d'eau, bas élastiques, tubes, ballons pour appareils de pulvérisation, etc.). Dans mon cours de 1852, j'ai exposé, d'après ce que j'ai observé dans la fabrique de Gariel, les effets sur les ouvriers des inhala-, lions continues du sulfure de carbone. Mon collègue Delpech a publié sur ce sujet un excellent mémoire en 1856. Plusieurs thèses ont été sou-» tenues devant notre Faculté sur les effets du sulfure de carbone; je citerai celle de Huguin en 1874. Voici ce que j'ai observé chez les ouvriers qui, par leur profession, ont été soumis aux inhalations de sulfure de carbone d'une façon continue : Circulation, fièvre éphémère, bruit de souffle vasculaire, palpitations; appareil digestif, appétit quelquefois exagéré, rarement de l'anorexie et des vomissements au début, mais peu à peu l'anorexie s'accentue et le dépérissement en est la suite ; — i pas de diarrhée, pas de constipation opiniâtre. — Quand j'ai visité la fabrique de Gariel, il pensait à l'intoxication saturnine, car la céruse intervenait dails la fabrication des tampons pour chemins de fer; mais nous avons promptement reconnu que cette hypothèse devait être écartée.

Du côté du système locomoteur, on a noté d'abord de la roideur des doigts en contact avec le liquide. Ce symptôme était plus sensible lorsque le dissolvant employé résultait du mélange de sulfure de carbone et de chlorure de soufre. Une faiblesse musculaire générale survient bientôt, les muscles diminuent de volume, les membres abdominaux ploient sous le poids du corps, la marche est chancelante, la station s'accompagne de fatigue, l'agilité des bras et des mains diminue. Du côté du système nerveux, on observe de la céphalalgie , des vertiges, des douleurs musciv-

laircs, de l'hyperesthésie cutanée, de la tristesse, du découragement, de l'indifférence, quelquefois de l'agitation, de la mobilité desprit, de l'irritabilité, des rêves pénibles, de la difficulté de trouver les mots propres ; toujours un affaiblissement intellectuel accentué qui présente quelquefois les caractères de l'aliénation mentale. Du côté des appareils des sens, assez souvent des troubles de la vue et de la surdité, mais presque toujours de la frigidité, de l'impuissance avec commencement d'atropine des testicules. Cette intoxication présente dans ses manifestations quelque ressemblance avec l'intoxication saturnine et avec l'ataxie locomotrice progressive; mais elle en diffère en ce que ordinairement elle cède en quelques semaines par le seul fait de leloignement de la cause. Quoi qu'il en soit, il faut être en défiance et redouter toujours la dégénérescence graisseuse des muscles et des autres organes.

La règle hygiénique absolue pour les fabriques qui produisent dans les ateliers des vapeurs de sulfure de carbone, est d'enlever cette vapeur par une ventilation énergique et bien conduite avant qu'elle puisse être inhalée. La vapeur de sulfure de carbone étant plus lourde que l'air, on établit un double plancher, le premier à claire-voie ; c'est au niveau du second plancher, et non au plafond que doivent être établis les tubes d'aspiration, convenablement animés par une chaleur artificielle. Dans toutes les fabriques où ces dispositifs de ventilation per descensum ont été adoptés convenablement, les vapeurs de sulfure de carbone sont enlevées au niveau des pieds, on ne perçoit aucune odeur, et les accidents ont disparu. Pour les ouvriers atteints, Péloignement de la cause, une bonne alimentation, de l'exercice, des pratiques de l'hydrothérapie, voilà les indications hygiéniques convenables.

Les fabriques ou conditions diverses dans lesquelles on emploie le sulfure de carbone sont assez nombreuses, je vais énumérer les principales. — Fabriques de sulfure de carbone. Les vapeurs y sont rigoureusement condensées, rien à craindre de ce côté ; mais elles doivent être isolées des habitations voisines pour prévenir la propagation des incendies qui se sont quelquefois produits. — Fabriques d'étoffes imperméables. Les ouvriers qui étaient employés à étendre* la dissolution de caoutchouc dans le sulfure de carbone sur des tissus pour les rendre imperméables, donnaient un contingent considérable de malades. Aujourd'hui ces ateliers n'en fournissent plus, ou parce qu'on a mis en œuvre d'autres procédés d'emploi du caoutchouc vulcanisé, ou parce qu'on a installé une ventilation convenable.

La fabrication des petits ballons en caoutchouc , qui a pris tant de développement à Paris, est celle des industries employant le sulfure de carbone qui donne lieu aux accidents les plus nombreux. Voici, d'après Proust, comment on opère : « L'ouvrier prend une feuille de caoutchouc de 2 millimètres d'épaisseur environ, la découpe decertaines façons cl î I —

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