SULFURE DE CARBONE. - NITRO-BENZTNE
férentes ; il procède ensuite à la soudure de chaque pièce, qui se fait en rapprochant les bords découpés et en les frappant à petits coups avec un marteau sur une enclume; puis suivent les opérations de vulcanisation, de teinture et de vernissage ; la vulcanisation est la seule dangereuse ; l'ouvrier chargé de ce travail est muni d'une fourchette à cinq ou six branches recourbées sur lesquelles il place autant de petits ballons, les plonge quelques secondes dans le mélange de sulfure de carbone et de chlorure de soufre, les retire ensuite et, après les avoir saupoudrés de poussière de talc pour les empêcher d'adhérer, il les jette sur une claie pour y sécher. Le sulfure de carbone n'est pas seulement employé dans les fabriques; un très grand nombre d'ouvriers en chambre préparent ces ballons et passent ainsi, en grande partie, le jour et la nuit, dans une demeure qui se trouve remplie de vapeurs délétères. Dans les fabriques, où ces appareils, mieux lutés, sont souvent établis sous des hangars, les vapeurs ne se répandant qu'en petite quantité, les accidents, plus rares, sont sans gravité et se bornent à des vertiges, de la céphalalgie, de l'anorexie, des vomissements, un sentiment de vague dans les idées, un peu de propension au sommeil ; ces symptômes disparaissent lorsque l'ouvrier quitte son atelier et retourne au grand air. Il n'en est plus de même si les ouvriers travaillent dans des ateliers petits, bas, mal aérés. »
Colle à la gutta-percha. — On avait signalé des accidents singuliers que j'ai immédiatement rapportés à l'intoxication par les vapeurs de sulfure de carbone chez des ouvriers qui travaillaient dans une fabrique de courroies de cuir. Je m'informai du moyen employé pour réunir les lanières de cuir. On me dit que c'était à l'aide d'une colle dont le fabricant ignorait la composition. On me l'apporta, et je reconnus qu'elle résultait de la dissolution delà gutta-percha dans le sulfure de carbone. Je prescrivis la ventilation per descensum, tous les accidents observés disparurent.
Le sulfure de carbone a plusieurs emplois industriels ou économiques d'une grande importance. Il sert à la séparation de corps gras (marc d'olives, lainages divers). Doyère l'a employé pour détruire le charençon et l'alucite quand on conserve le blé dans les silos. On fait aujourd'hui une énorme consommation de sulfure de carbone et de sulfo-carbonate de potassium pour combattre les ravages du phylloxéra. Dans toutes ces conditions, il importe de soustraire les ouvriers à l'inhalation de ses vapeurs.
Nitro-benzinc— Elle possède l'odeur de l'essence d'amandes amères ; elle est employée pour parfumer le savon et des aliments. Sa fabrication fait courir des chances d'incendie ou d'explosion. Comme ses vapeurs sont bien condensées dans les fabriques, les ouvriers qui la préparent n'éprouvent aucune modiheation spéciale de santé, mais il n'en
est pas do môme dans les ateliers où l'on obtient, à l'aide de la nitrohenzine, l'aniline et les couleurs si variées qui en dérivent.
Aniline. — D'après Béchamp, pour préparer de l'aniline, on introduit dans une cornue : acide acétique concentré, 50 grammes; nitro-benzine, 50 grammes, et limaille de fer, 51 grammes. Au bout de quelques instants, une vive effervescence se produit, et, lorsqu'on découvre les appareils où elle s'effectue, il se dégage un véritable nuage de vapeurs acres et pénétrantes formé de vapeur d'eau, d'acide acétique et de nitro-benzine, entraînant aussi de l'aniline vers la fin de l'opération. L'aniline est un liquide incolore, d'une odeur vineuse agréable et d'une saveur brûlante ; elle est peu soluble dans l'eau, soluble en toutes proportions dans l'éther et dans l'alcool.
Selon Bergeron, chez les ouvriers qui sont exposés aux inhalations continues des vapeurs de nitro-benzine et d'aniline, on observe une décoloration de la peau et des muqueuses, avec légère nuance lilas des lèvres, décoloration qui imprime un cachet particulier à la physionomie de tous les ouvriers et leur donne un aspect anémique très caractérisé. Ce n'est là qu'une fausse anémie ; la rapidité avec laquelle ces signes extérieurs se produisent, la rapidité non moins grande avec laquelle ils disparaissent, suffit à le prouver. Cette anémie apparente peut, avec le temps, se transformer en anémie réelle, car ces vapeurs peuvent exercer une action nuisible sur les globules du sang.
Rosaliuine, fuchsine, etc. — Pour transformer la nitro-benzine en rosaline, on a employé et l'on emploie encore dans plusieurs fabriques de l'acide arsénique comme oxydant. M. Charvet, dans sa thèse, a montré les inconvénients graves de l'intervention de ce toxique. Les eaux résidus de ces fabriques sont arsenicales et peuvent être dangereuses si on ne les dirige pas dans des égouts. D'après Bergeron, les ouvriers des fabriques de rosaline offrent des pustules et des ulcérations arsenicales aux pieds et aux mains. On prépare avec la rosaline les couleurs les plus variées : roses, rouges de toutes nuances, bleu, etc. On les connaît sous les noms de fuchsine, solferino, azaléine, magenta; de bleus d'aniline et de Paris, violets d'aniline, d'indisine et d'harmalinc, de purpurin, de bru» havane, etc.
On a annoncé que des chaussettes, des caleçons, etc., teints avec des couleurs dérivées de la rosaline avaient déterminé chez ceux qui les portaientdes éruptions arsenicales. Tardieu a constaté ces effets après l'usage de chaussettes d'importation anglaise. On a employé la fuchsine pour colorer les vins, les bonbons (voy. p. 680 et Y Appendice),
Fabriques n'nù émanent ues gaz on vapeurs irritantes. — Ces fabriques sont nombreuses et les questions qui s'y rapportent intéressent un grand nombre de professions. Citons le chlore, l'iode, les