‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 233 sur 371 · COLORATION. - CONSERVATION DES ALIMENTS. 7,S · texte numérisé non relu

COLORATION. - CONSERVATION DES ALIMENTS. 7,S

l'acide salicylique pour conserver les bières, etc.? Il n'y a qu'un moyen pour l'Administration et l'industrie française de sortir honorablement de ces responsabilités, c'est d'exiger la déclaration loyale de la nature des substances étrangères ajoutées aux produits alimentaires.

Petits pois conservés par tel ou tel ingrédient. — Aliments ordinaires. Viande conservée par le borax, par l 'acide benzoïque, etc.

« Liberté pleine et entière serait donnée d'ailleurs aux fabricants d'ajouter tout prospectus explicatif, toute consultation de médecins ou de savants sur l'innocuité des substances dont ils feraient usage. C'est à l'industrie à se défendre elle-même. Elle ne peut demander à l'Administration- un blanc-seing pour ses pratiques, quand ce blanc-seing l'engage, elle, Administration, dans des questions de physiologie et d'hygiène qui sont non seulement en dehors de sa compétence, mais en dehors de la compétence de la science acquise la plus avancée. En conséquence, votre Commission soumet à votre approbation la conclusion suivante : L'Administration peut tolérer l'usage du verdissage des conserves alimentaires par les sels de cuivre, à la condition que, sur les boîtes de conserves, soit imprimée, en caractères lisibles, la déclaration de la substance par laquelle ce verdissage a été obtenu. » (Adopté à l'unanimité par le Conseil.)

Ce principe salutaire d'indiquer à l'acheteur la nature exacte de la marchandise vendue, nous l'avons, M. Barrai, Payen et moi, adopté pour les vins plâtrés. Nous disions (Annuaire de thérapeut., 1859, p. 307) : « Comme une enquête, que l'on peut regarder comme suflisante, a établi que les vins plâtrés ne causent pas de dérangement immédiat de la santé, nous pensons qu'on ne peut s'opposer à leur vente, mais qu'on les débite pour ce qu'Us sont, pour des vins plâtrés; en agir autrement serait tromper l'acheteur, qui entend, et qui, selon nous, a raison de l'entendre ainsi, acheter un vin naturel et sans mélange, où se trouvent tous les principes qui existent dans le vin préparé avec des raisins, sans aucune addition ou soustraction de principes qui modifient profondément sa nature.

Couleurs ino/fensives. — M. Turpin a exposé au Congrès d'hygiène (1878, t. I, p. 645), une série de belles couleurs ino/fensives généralement à base de dérivés d'aniline, pour remplacer les couleurs toxiques qui n'étaient que trop souvent employées pour décorer les jouets d'enfants.

Matières fulminantes. — Ces matières intéressent l'hygiène, parce qu'elles présentent des dangers pour les ouvriers qui les fabriquent, pour les voisins des ateliers ou magasins qui renferment de grandes

BOUCHAIIDAT. — IUGIKNE. en

quantités de ces produits. Leur transport, leur accumulation en masses sur les lieux d'utilisation, commandent une foule de précautions spéciales. Les gaz qui se produisent par suite de leur explosion dans des espaces confinés (tunnels, galeries de mines, etc.) peuvent avoir une désastreuse influence sur la santé des ouvriers. Les recherches nouvelles de M. Berthelot nous ont fait connaître la nature de ces gaz. Les règlements d'administration publique, en ce qui concerne ces substances, étaient radicalement insuffisants. On ne trouvait dans la liste des établissements classés que celte seule mention : Poudres et matières fulminantes (fabrication de); fulminate de mercure (dangers d'explosion et d'incendie). Rien n'étant prescrit pour les dépôts, malgré les réclamations incessantes du Conseil de salubrité de Paris, voici les propositions qu'il recommande à l'autorité :

Aht. 1. — Les dépôts même temporaires de poudres ou matières fulminantes, de quelque nature et de quelque quantité qu'elles soient, et notamment les dépôts de fulminates de mercure et autres fulminates, de picrate de potasse et nitro glycérine, de dynamite, de fulmi-coton, de sulfocyanure de plomb, etc., sont rangés dans la première classe des établissements insalubres, incommodes ou dangereux. (Proposition du Conseil de salubrité à propos du sinistre de la place Sorbonne.)

Art. 2. — Les dépôts de fulmi-coton dans les maisons habitées n'excéderont pas 3 kilogrammes. La matière devra être fractionnée en parties de 250 grammes, renfermées chacune dans un vase fermé non métallique. Les ventes ne pourront avoir lieu que pendant le jour. Un sera tenu d'observer les mesures de précautions indiquées par l'autorité.

Nous allons donner successivement : 1° rémunération des principales matières fulminantes ; et en note 2° la description succincte des trois sinistres : A. place Sorbonne (dépôt); B. fabrique de Saint-Denis ; C. rue Béranger (dépôt).

MATIÈRES EXPLOSIBLES Mélanges à base de salpêtre, Az05K0.

Poudres à tirer françaises.

1' Poudre de mine.. . . Salpêtre... 62 Soufre... 20 Charbon... 18 2° Poudre à cliassepot . Salpêtre... 71 Soufre... 10,5 Charbon... 15,5 3" Poudre à canons.. . . Salpêtre... 75 Soufre... 12,5 Charbon... 12,5

Mélange Lannoy pour exploitation de mines.

Mélange de soufre, de salpêtre et de son ou de sciure de bois, traités par l'acide nitrique fumant, comme pour la préparation du pyroxyle.

Poudre Davey.

Mélange de soufre, de salpôtr.; humide et de farine ou son

Poudre de mine de Detret.

Azotate de soiuic 52,5 Soufre 20 Tan épuisé 27,5

Poudre d'Uxland.

Azotate de soude 85 Soufre 16 Lignite 20

Poudre de Schivartz.

Nitrate de potasse. 56,2 Nitrate de soude. 18,1 Soufre. 9,6 Charbon, 15 Humidité. 1.

Poudre de Kïip.

Nitrate de potasse. . 66 Nitrate de soude. . 8 Soufre... 9 Charbon. 16

Poudre de Wymnd.

Azotate de baryte 76 Azotate de potasse 2 Charbon 22

Poudres à base de chlorate de potasse, K0C1O3. Poudre de Kellow et Short.

Azotate de soude. . . 20 Azotate de potasse. . . 10 Chlorate de potasse. . . 10 Fleur de soufre. . . 10 Tan épuisé. . . 64

Poudre de Spence.

Chlorate de potasse renfermant un peu de bicarbonate qu'on peut remplacer par du nitrate de potasse ou de plomb et farine ou charbon de bois.

Poudres <à base de chlorates de potasse et de cyanures.

Poudre blanche d'Augendre (très dangereuse). Chlorate de potasse 2 Prussiate jaune de potasse 1 Sucre 1

Poudre de Neumeyer.

Renferme : salpêtre, prussiate jaune, cyanure de potassium et charbon (très dangereuse).

PRINCIPAUX COMPOSÉS CHIMIQUES EXrLOSIBLES

Acide picrique C'H^AzO'j'O»

Picrate de potasse C,,H!K(AzO,)'0«

Phénol dinitré et ses sels alcalins C'Ml^AzO'j'O',

et en général lous les composés renfermant une grande quantité d'acide nitrique substitué.

Fulminate de mercure CÀzO'IIg'C'Az.

C'est un des types les plus parfaits des matières brisantes. Il joue le principal rôle dans la fabrication des capsules et des amorces pour produire la détonation proprement dite de la poudre-coton et de la dynamite. Nature des produits tfe l'explosion : oxyde de carbone, azote et mercure.

C'AzMIgty =2C,0î + Az1 + Hg' (Bcrthclot et Vieille, Confies rendus, 26 avril 1880)

Pyroxyle, C"H"0",5AzO (Béchamp).

Papier fulminant (pyroxyle comprimé d'Abel), détone par l'action d'une amorce au

fulminate de mercure.

Sciure de bois nitrique (poudre de Schultze). Amidon nitrique.

Nitro-mannite : (;"H'(AzH0')", a été proposée pour remplacer le fulminate de mercure.

Sucre de lait nitrique, sucre de canne nitrique. . . C5,HisOM,6 à 10 AzO'

Glucoses nitriques Cl3lll,0",5AzOi

Êrythrite nitrique C8H'( AzHO"/

Composés liuqides

Nitro glycérine C«H'(AzHOV

Clycol nitrique CMI^AzHO')'

Éthcr nitrique C4H'(AzHOe)

Nitrate de méthyle C'H'iAzHO*)

Nitrate d'amyle C,0H,0(AzHO«)

Nitrite d'éthyle C'H'fAzHO')

Nitrite d'amyle C,0Hl0(AzHO')

Poudres à bases de composés organiques explosibles (dynamites).

Dynamite de Nobel :

Nitro glycérine 75

Marne siliceuse de Hanovre 25

Dynamite aux cendres de Bogbead :

Nitro glycérine 66

Cendres 34

Dynamite au tripoli rouge :

Nitro glycérine 66

Tripoli 34

Dynamite de'Paulille, près Port-Vendres :

Nitro glycérine 70 à 75

Marne siliceuse de Paulille 30 à 25

Poudres à bases de picrate dépotasse ou d'ammoniaque (Dessignoles). 1. Picrate... 1 part. et chlorate... 1 part. 2. Picrate et nitrate de potasse avec charbon. 3. Picrate d'ammoniaque 54 Azotate de potasse 46

Le fulminate de mercure est toujours mélangé, soit à du salpêtre, soit à de la poudre ordinaire, en quantité égale. Les capsules de guerre en renferment chacune 15 milligrammes.

Les matières suivantes sont encore très facilement explosibles : Mélanges complexes employés pour la fabrication des allumettes et des jouets d'enfants. — Mélanges de phosphore rouge, de chlorate de potasse et de sulfocyanure de plomb. — Mélanges de sulfure d'antimoine et de chlorate de potasse, de chromale de potasse, de bioxyde de plomb o.t de cyanure de plomb. — Mélanges de soufre, de chlorate de potasse et de chromate de potasse.

Tableau indiquant la composition qualitative et quantitative des gaz fournis par chaque explosif dans les conditions normales de son emploi; le volume (en litre) de chacun des gaz par kilogramme de substance (Sarreau et Vieille, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 8 mai 1880).

Désignation de la substance CO CO1 H Az 0 C5H' HS Vol. total.

Coton-poudre pur 234 234 165 107 » » ». 741

Coton-poudre au nitrate de potasse. . i 171 » 109 45 » » 325 Coton-poudre au nitrate d'ammoniaque » 184 » 211 6 » » 401

Nitroglycérine » 295 » 147 25 i » 467

Poudre de mine ordinaire 64 150 4 65 4 17 304

Ces résultats ont de l'importance en hygiène, non seulement comme éclairant la théorie des agents explosifs, mais aussi en nous faisant connaître les produits de l'explosion qui, par leur nature toxique, peuvent, dans les travaux, dans des espaces confinés, faire courir aux ouvriers qui les emploient de grands dangers. On voit, en effet, combien est considérable la production d'oxyde de carbone lors de la décomposition du coton-poudre.

Accidents déterminés par les matières explosibles. — Depuis quelque temps il ne se passe guère d'année où l'on n'ait à enregistrer de graves accidents déterminés par les matières explosibles. Je donne en note (1) la relation des trois derniers qui ont causé à Paris une vive émotion.

(1) Explosion et désastres de la rue Béranqer,1% le 14mail878. (PéligotetSchutzenberger.) — Une explosion violente accompagnée de l'effondrement d'une maison à trois étages, depuis les caves jusqu'aux combles, a occasionné de nombreux malheurs. Quatorze personnes tuées et vingt-huit plus ou moins blessées, tel est le résultat le plus irréparable de cette catastrophe.

La cause de cet accident doit être attribuée au dépôt de matières explosibles dans un lieu habité et fréquenté. Il y a eu, comme à la place Sorbonne, deux explosions très rapprochées d'une violence extrême. On a comparé le bruit aux effets d'une forteresse qui saute. Des blocs de pierre de taille de plus d'un demi-mètre cube ont été lancés à une distance d'au moins 35 mètres dans la maison en face. L'appartement du premier de cette maison était saccagé ; des moellons ont passé à travers les vitres; une poutre en chêne de lm,50 de long sur 30 centimètres d'équarrisage, lancée en fiche à travers la rue Béranger, est venue défoncer une cloison au fond du salon.

C'est du magasin qui contenait les amorces ou des caves situées directement au-dessous qu'est partie l'explosion formidable qui a détruit la maison tout entière.

Voici les antécédents qui ont amené ce désastre :

M. B. a été autorisé à titre de tolérance à conserver dans son magasin cinq cents paquets d'amorces fulminantes en papier, pour jouets d'enfants, du système Canouil. Chaque paquet renfermait 12 boîtes de 100 amorces chacune. En comptant 2 centigrammes de matières fulminantes par amorce, on trouve que chaque boîte renfermait 1 ou 2 grammes de matières explosibles. Le poids total de ces matières serait compris entre

6, V kll5rammes> quantité qui n'aurait pu produire, d'après les commissaires du Conseil, les effets terribles qui ont été signalés.

M B., le 12 janvier 1876, demanda à être autorisé à porter le nombre à deux mille; sur 1 avis de 1 architecte de la préfecture, cette autorisation fut refusée.

On prescrivit les conditions suivantes, conformes à l'ordonnance de police de 1838 qui ne Turent point, à ce qu'il a paru aux commissaires, exécutées convenablement •

1 Les amorces de la fabrication Canouil seront rangées dans deux boîtes portative

790 MODIFICATEURS. - SURSTANCES NUISIBLES.

Voici les principales mesures adoptées par l'autorité pour prévenir les désastres des matières explosibles.

Extrait du décret du 12 août 1874. — Art. \". — Les matières pouvant être une cause d'explosion ou d'incendie sont divisées en deux catégories : 1° les matières explosibles ou très dangereuses et dont le transport exige les plus grandes précautions; 2° les matières inflammables et comburantes ou moins dangereuses, mais dont il importe cependant de soumettre le transport à des précautions spéciales.

Art. 2. — Les matières de la première catégorie sont contenues dans la nomenclature suivante : nitro glycérine; dynamite; picrates; cotonpoudre; coton azotique (pourcollodion); fulminates purs ou mélangés; amorces; mélanges de chlorates et d'une matière combustible: poudres et cartouches de guerre, de chasse et de mine; pièces d'artilice; mèches de mineur, lorsque ces mèches sont munies d'amorces.

Art. 3. — Les matières de la deuxième catégorie sont désignées dans

placées sur plateaux à roulettes, de façon à pouvoir être transportées facilement et vivement en cas d'incendie.

2° Les magasins ne pourront être éclairés à l'huile de pétrole ou à l'Imite minérale.

D'après l'enquête, on est conduit à admettre qu'il y avait de 3.r> à 70 kilogrammes de matières détonantes dans le magasin au moment de la catastrophe.

Les matières fulminantes employées étaient à base de chlorate de potasse, et de phosphore rouge, avec addition de verre pilé et d'acétate de plomb. On en fabrique également avec du chlorate de potasse, du phosphore rouge seul, ou avec du chlorate de potase el du sulfo cyanure do plomb (système Chambard), ou encore avec du chlorate et du sulfure d'antimoine.

La quantité de, matières explosibles des amorces est suffisante pour expliquer la violence de l'explosion, en admettant que les paquets aient défiagré dans un instant relativement court et dans un local restreint et fermé.

Le feu a-Uil été communiqué par imprudence, ou l'inflammation a-t-elle été spontanée? Cette dernière hypothèse est peu probable, mais elle est admissible avec des préparations a base do phosphore rouge pouvant contenir des parcelles de phosphore ordinaire spontanément inflammable.

l'our éviter à l'avenir do semblables malheurs, il faut proscrire (comme depuis longtemps Pa demandé le Conseil do salubrité) d'une manière absolue de pareils dépôts dans l'intérieur de Paris ou dans le voisinage des habitations.

Accident de la place delà Sorbonncy.An\6 mars 1869. (Rapport de M. Jacquot, au nom d'une Commission du Conseil de salubrité). — Cette explosion s'est produite dans les magasins de produits chimiques situés rue de h Sorbonnc 2 cl 4; elle a été suivie d'un incendie qui a mis en danger la vie des locataires du numéro f, et elle a fait plusieurs victimes.

Une quantité assez grande de picrate rte potasse (23 kilogrammes?) contenue dans une tourie en verro a été versée par un employé sur des feuilles de papier. L'inflammation du picrate a été produite, suivant un témoin, par une étincelle provenant du choc dsim clou du soulier sur latlallt?; mais il est beaucoup plus probable qu'elle a été déterminéepar une allumette d'un fumeur, imprudemmenil jetée, présentant des points en i'gnilion. L'opération du transvcrsenient se faisait sur le seuil même du magasin, à l"\i0 du seuil.

Il y a eu deux détonations distinctes mais très rapprochées; la première correspondant à l'inflammation du picrate répandu sur le papier, et la seconde à l'explosion du contenu de la tourie.

Immédiatement après l'explosion, on comptait quatre victimes. Les corps affreusement

la nomenclature ci-après : phosphore; allumettes; sulfure de carbone; éthers; collodion liquide; huiles brutes de pétrole, de schiste, de boghead, de résine; essences et huiles lampantes de pétrole; essences et huiles lampantes de schiste ; essences et huiles lampantes de boghead ; essences et huiles lampantes de résine ; essences de houille ; benzine ; toluène ; acide nitrique monohydraté.

Décret portant règlement d'administration publique pour le transport des matières dangereuses sur les voies navigables intérieures. — Art. 1er. — Les bateaux circulant sur les voies navigables intérieures, qui sont chargés en totalité ou en partie de Tune des marchandises dangereuses dont la nomenclature a été déterminée par le décret du 1-2 août 1874, doivent arborer un pavillon rouge au haut de leur mât, et, à défaut de mât, au haut d'une perche de 2 mètres de hauteur placée à l avant.

mutilés des deux premières, projetés horizontalement dans un sens presque perpendiculaire à la façade du magasin étaient étendus sur le trottoir opposé de la place, et toile était la force avec laquelle ils avaient été lancés, que le cadavre de l'une d'elles, rencontrant un banc scellé, l'avait renversé. Quant au corps d'une autre victime, il était dans un tel état de division, qu'on ne put originairement en recueillir qu'un seul lambeau, un fragment de la colonne vertébrale d'environ 20 centimètres de longueur, dans une chambre du second étage, sise en face, place de la Sorbonne, 5. Toute l'étendue de la place Sorbonne était couverte de débris de la devanture projetés au loin : heureusement qu'elle était déserte au moment de la catastrophe. On a constaté les bris des vitres dans les maisons voisines, dans l'étendue de 66 ares jusqu'au lycée Saint-Louis. Un autre effet immédiat de l'accident a été un incendie d'une extrême violence qui s'est rapidement communiqué par les rayons de bois du magasin enlevés, amoncelés par l'explosion. Des moyens de sauvetage ont été très rapidement organisés pour soustraire à une mort certaine les locataires de ces maisons, un seul a succombé. Cinq morts et deux personnes grièvement blessées, plusieurs autres plus légèrement (un a succombé plus tard à une gangrène pulmonaire provoquée par l'inhalation de vapeurs acides), tel est le contingentdevictimes de la catastrophe delà place de la Sorbonne (Jaccot). Les dégâts matériels ont été considérables. Ils l'eussent été bien davantage si l'explosion ne s'était pas effectuée sur le trottoir et si la maison n'avait pas été si solidement construite.

Explosion produite le 19 novembre 1874, par le nitrate de méthijle, a Saint-Denis, rue des Poissonniers. — Le contre-maître de la fabrique et deux ouvriers pénétraient seuls dans l'atelier isolé où se fabriquait le nitrate de méthyle. On opérait sur un mélange de 2k,500 d'esprit de bois et 5k,800 d'acide sulfurique. Le mélange refroidi pénétrait en mince filet dans un ballon chauffé à 80 degrés et contenant 5k,500 de nitrate de potasse.

Après des distillations et purifications, le nitrate de méthyle était transvasé dans des touries. Malgré les prescriptions du contre-maître, on ne transvasa le liquide détonant que le jour; mais les ouvriers eurent recours à uno lumière. Celui des deux ouvriers qui tenait la lampe eut la malheureuse idée, pour s'assurer de la quantité de nitrate de méthyle qui restait dans la chaudière, d'y descendre la lampe. La vapeur de nitrate de méthyle produisit immédiatement une flamme qui s'éleva jusqu'au plafond. Les deux ouvriers étaient à peine sortis do l'atelier qu'il se produisit deux explosions successives dans les magasins où se trouvait le nitrate de méthyle. Les deux ouvriers ont été grièvement blessés ; l'un a succombé le soir de l'accident.

Pour résumer les moyens les plus propres à prévenir ce renouvellement d'explosions semblables à celles de la place de la Sorbonne en 1865 et de Saint-Denis on 1874, Ja Commission proposa de soumettre à M. le ministre le projet de décret adopté le 12 août 1874 (V. p. 790).

Art. 2. — Le chargement et le déchargement des marchandises dangereuses ne peuvent avoir lieu que sur les quais ou portions de quais désignés à cet ell'et.

Ces opérations ne peuvent être commencées sans l'autorisation écrite d'un agent de la navigation. Elles n'ont lieu que de jour et sont poursuivies sans désemparer avec la plus grande célérité, de telle sorte qu'aucun colis ne reste sur le quai pendant la nuit.

L'embarquement des marchandises dangereuses n'a lieu qu'à la fin du chargement.

Art. 3. — Les essences doivent être contenues dans des vases métalliques hermétiquement fermés.

L'usage des bonbonnes ou touries en verre et en grès, lors même qu'elles sont protégées par un revêtement extérieur, est interdit.

Art. 4. — Les marchandises dangereuses sont arrimées dans des compartiments isolés du reste de la cargaison. Elles sont tenues à l'abri du soleil et recouvertes d'une couche de sable humide de 20 centimètres d'épaisseur.

Art. 5. — Dans le cas où les dispositions de l'article précédent n'auraient pas été observées, il ne peut être fait usage de feu à bord, même pour la préparation des aliments. Il est également interdit de fumer. Les seules lumières permises dans ce cas sont celles des lanternes dont les règlements sur la police de la navigation prescrivent l'emploi, au stationnement, pendant la marche de nuit et au "passage des souterrains.

Art. G. — Lorsque les marchandises dangereuses ont été embarquées en France, le patron est tenu de faire connaître le moment du départ à l'agent de la navigation qui a autorisé l'embarquement, et de lui remettre une déclaration écrite indiquant la nature et la quantité desdites marchandises, ainsi que l'itinéraire à suivre jusqu'à destination.

Lorsque les marchandises dangereuses ont été chargées hors de France, cette déclaration est faite sans délai à l'éclusier ou à l'agent de la navigation le plus voisin de la frontière.

Dans les deux cas, il est délivré un récépissé de la déclaration que le porteur, au cours du voyage, est tenu d'exhiber à toute réquisition des agents de la navigation.

Art. 7. — Les bateaux portant des marchandises dangereuses doivent avoir à bord au moins deux personnes chargées de les diriger.

Sur les canaux et rivières canalisées où il existe des services de traction réguliers, ils doivent se faire halerdans les conditions requises pour l'exercice du droit de trématage et de priorité de passage aux écluses et aux ponts mobiles.

Art. 8. — ïl est interdit aux bateaux chargés de marchandises dangereuses de naviguer de nuit dans les villes, dans les ports et dans

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